"L'Homme aux mille visages" : espion, venge-toi !

Thriller | Transformant une escroquerie d’État des années 1980 en thriller rythmé et sarcastique, le réalisateur de "La Isla minima" poursuit à sa manière son exploration critique de la société espagnole post-franquiste, quelque part entre "Les Monstres", "L’Arnaque" et "Les Affranchis".

Vincent Raymond | Mercredi 5 avril 2017

Remercié par les services secrets espagnols et ruiné, le rusé Paco Paesa a dû se reconvertir du trafic d'armes vers l'évasion fiscale. Quand Luis Roldán, patron de la Garde Civile soupçonné de détournement de fonds, réclame son aide, il flaire le bon coup pour se refaire. Du billard à mille bandes…

Contrairement à Fantômas, Paco Paesa n'a nul besoin de revêtir de masque ni d'user de violence pour effectuer ses coups tordus. C'est par la parole et l'apparence, en douceur, qu'il arrive à ses fins, laissant croire à son interlocuteur ce qu'il a envie de croire. En cela, L'Homme aux mille visages rappelle la grande époque de la comédie italienne, dans sa manière notamment de ridiculiser, voire d'infantiliser les puissants, ravalés au rang en marionnettes dans les mains d'un manipulateur habile. Et de prendre les ambitieux, surtout les corrompus, au piège de leur avidité — c'est l'“arrosé” arrosé, en somme.

Faux et usage de vrai

Alberto Rodríguez est de ces cinéastes qui, à l'instar de Sorrentino pour Il Divo (2008), s'emparent de faits avérés et de personnalités authentiques pour les placer au service d'une œuvre gouvernée par une pensée purement cinématographique. Très éloigné de ces “biopictographes” cherchant à cloner une vérité historique supposée, il a pour priorité de raconter son histoire, inscrite dans un contexte particulier ; et s'arroge pour ce faire le droit d'être transgressif en adoptant pour ce thriller nerveux une forme ludique. Une surenchère rythmique scorsesienne qui n'a pas besoin d'être appuyée par les comédiens. Leur sobriété contribue à l'impression de vérité de ce film, qui en dit si long sur la vanité humaine ; et cette chose à géométrie très variable, par d'aucuns nommée “raison d'État”.

L'Homme aux mille visages de Alberto Rodríguez (Esp., 2h02) avec Eduard Fernández, José Coronado, Marta Etura… (sortie le 12 avril)


L'Homme aux mille visages

De Alberto Rodriguez (Esp, 2h03) avec Eduard Fernández, José Coronado...

De Alberto Rodriguez (Esp, 2h03) avec Eduard Fernández, José Coronado...

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Francisco Paesa, ex agent secret espagnol, est engagé pour résoudre une affaire de détournement d’argent risquant d’entrainer un scandale d’État. L’homme y voit l’opportunité de s’enrichir tout en se vengeant du gouvernement qui l'a trahi par le passé. Débute alors l’une des plus incroyables intrigues politiques et financières de ces dernières années : l’histoire vraie d’un homme qui a trompé tout un pays et fait tomber un gouvernement.


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