Embrasse-moi ! : Du genre raté

ECRANS | de Océanerosemarie & Cyprien Vial (Fr., 1h26) avec Océanerosemarie, Alice Pol, Grégory Montel… (5 juillet)

Vincent Raymond | Mercredi 5 juillet 2017

Photo : © Christophe Brachet


Enchaînant les petites amies, Océanerosemarie est installée… dans l'instabilité. Mais lorsqu'elle rencontre Cécile, une sculpturale photographe célibataire, elle promet de changer. Chiche ?

Connue pour fustiger à la scène comme à la ville les pratiques discriminatoires envers la communauté LGBT (notamment le refus d'accorder le mariage pour tous), l'autrice/actrice fait ici un grand pas en faveur de l'égalité : elle prouve qu'on peut signer en France une bluette lesbienne tout aussi calamiteuse que les navrantes comédies romantiques hétéro faisant florès. Pour autant, commettre une profession de foi qui nivelle artistiquement par le sous-sol, est-ce si productif ? Pense-t-elle RÉELLEMENT qu'il faille recourir à une esthétique de salle de bains et de sitcom réunies, un étalage de poncifs sur le “L World” et Michèle Laroque en second rôle pour faire évoluer les mentalités ? Embrasse-moi trahit une forme de candeur ; comme si Océanerosemarie avait sous-estimé la complexité du genre dont elle tente ici de s'emparer. Ne s'improvise pas Billy Wilder, Richard Curtis, ni Nora Ephron qui veut.


Embrasse-moi !

De Océanerosemarie, Cyprien Vial (Fr, 1h26) avec Océanerosemarie, Alice Pol...

De Océanerosemarie, Cyprien Vial (Fr, 1h26) avec Océanerosemarie, Alice Pol...

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Océanerosemarie déborde de vie, d’amis et surtout d’ex-petites amies. Mais elle vient de rencontrer Cécile, la "cette-fois-c'est-vraiment-la-bonne" femme de sa vie ! Il est temps pour Océanerosemarie de grandir un peu pour réussir à la conquérir. En sera-t-elle seulement capable ?


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"L’Aventure des Marguerite" : Malle du transport

ECRANS | De Pierre Coré (Fr., 1h26) avec Alice Pol, Clovis Cornillac, Lila Gueneau…

Vincent Raymond | Jeudi 23 juillet 2020

1942. Le père de Marguerite a disparu à la guerre et l’adolescente se languit de son retour. 2019. Margot, sosie de la précédente, doit passer trois jours avec le nouveau copain de sa mère qu’elle trouve lourd. À cause d’une malle magique, les deux jeune filles vont se substituer l’une l’autre… Comme une étrange impression de se retrouver devant un J’aime Lire mis en images… Pas si loin, en fait, puisque cette comédie fantastique d’aventures est adaptée d’un roman jeunesse signé Vincent Cuvellier. Si le travail visuel est propre, rythmé par le va-et-vient permanent entre les deux époques, la partie 1942 se révèle beaucoup plus riche en rebondissements épiques que le segment contemporain — Marguerite s’adaptant très (trop) vite à l’univers de science-fiction XXIe siècle. Les scénaristes ne se sont pas non plus beaucoup trop préoccupés des inévitables questions de paradoxes temporels, pourtant le sel de ces histoires ainsi que des ressorts dramatiques de premier choix. On ignore quel destin attend ce film d’ambiance automnale un 14 juillet en salles, il fera certainement un meilleur score une après

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"Le Dindon" : Du plomb à la patte

FEYDEAU-DO | De Jalil Lespert (Fr., 1h25) avec Dany Boon, Guillaume Gallienne, Alice Pol…

Vincent Raymond | Mercredi 25 septembre 2019

Séducteur impénitent, Pontagnac suit chez elle Victoire qu’il aimerait mettre dans son lit, ignorant qu’elle est l’épouse de son ami Vatelin. Quand celui-ci apparaît, il faut composer. Encore plus quand un autre soupirant de Victoire débarque. Et davantage à l’irruption de Mme Pontagnac… Transposer une pièce de Feydau : pourquoi pas ? La situer au début des années 1960 : l’idée se défend, révélant à quel point les codes de la bourgeoisie patriarcale ont peu évolué jusqu’au schisme sociétal de 68. Reste la question de l’adaptation… C’est-à-dire pas uniquement un ripolinage cosmétique visant à “actualiser“ ici quelques répliques, là du décor, ailleurs des situations ou des personnages ; juste rendre le matériau compatible avec les contraintes propres à l’écran. Bien sûr, il ne faut pas attendre d’un vaudeville sa métamorphose en fresque de David Lean (ce serait un contresens stupide), mais à tout le moins qu’il trouve une équivalence dans sa mécanique rythmique. Ici, seul le deuxième acte parvient à s’abstraire de la langue pour donner vie aux corps en osant burlesque et absurde : le premier reste prisonnier d’une exposition laborieuse et le troisième d’un dénouement mol

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"Moi, Maman, ma mère et moi" : Sa mère la fantôme

ECRANS | De Christophe Le Masne (Fr., 1h27) avec Grégory Montel, Olivia Côte, Philippe Rebbot…

Vincent Raymond | Mardi 19 mars 2019

Après vingt ans d’absence, Benoît est de retour dans la maison familial pour faire du tri avant, peut-être, de la vendre. Entre deux engueulades avec son frère et ses sœurs, il subit les visites intempestives et insistantes de sa mère. Problème : elle est morte l’année d’avant… Du réalisme magique made in Pays de Loire. Pourquoi pas, après tout… À condition de ne pas être trop regardant sur l’intrigue, façon secret de famille de feuilleton estival, et de tolérer l’arythmie générale qui réclame de supporter dix minutes plan-plan pour à chaque fois qu’il y a quinze secondes dynamiques. Dommage, car il y a de bonnes idées ou personnages (comme le voisin magnétiseur susceptible) au milieu des incohérences (le puzzle intact après trois décennies au bord de la flotte). Pour cette réunion de famille, le cinéaste a fait appel à des interprètes ayant tous un haut potentiel de sympathie. Sans doute est-ce parce que lui-même est comédien, il a eu la délicatesse de laisser à chacune et chacun un “solo“ leur permettant d’avoir une partition face au groupe. L’attention, louable, a le

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Jean-Pierre Améris : « Il faut rire de ses petites névroses »

"Je vais mieux" | Le prolifique Jean-Pierre Améris revient avec une comédie sentimentale qui parlera aux lombaires sensibles et aux reins délicats : la douleur dorsale en est en effet la colonne vertébrale…

Vincent Raymond | Jeudi 31 mai 2018

Jean-Pierre Améris : « Il faut rire de ses petites névroses »

Qu’est-ce qui vous a fait vous identifier au personnage principal du livre de David Foenkinos ? Son mal de dos ? JPA : Ah oui vraiment, c’est la première chose. J'en souffre aujourd’hui pour la simple raison que je suis très grand et que je me tiens très bas, n’assumant toujours pas ma taille. L’autre jour dans un débat avec le public, une dame m’a dit « osez être grand » ! Elle a raison : je me tiens mal car j’essaie de me mettre à hauteur des gens. Ce qui m’a vraiment amusé dans le roman, c’est le mal de dos qui raconte tout ce qu’on a de mal de nos vies : on est tous fait pareil. 43% des gens associent leur douleur physique au travail : l’ambiance, le harcèlement même. On est quand même dans un monde où on est malmené : je vois le matin la tête des gens. C’est une fichue société de performance, il faut tout réussir, le familial, le conjugal, l’éducation, et les gens n’y arrivent pas. Au bout d’un moment, le corps dit : « stop, je ne sais pas ce que font les neurones là haut, mais moi j’arrête. » C’est un signal d’alarme.

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"Je vais mieux" : Le dos, c’est dans la tête

Encore, en corps | de Jean-Pierre Améris (Fr., 1h26) avec Eric Elmosnino, Alice Pol, Judith El Zein…

Vincent Raymond | Jeudi 31 mai 2018

Au beau milieu d’un repas entre amis, Laurent est pris d’un violent mal de dos qui va persister et résister à la médecine traditionnelle, spécialisée et même alternative. Et si cette douleur était le signal d’un dysfonctionnement inconscient dans sa vie professionnelle ou privée ? Il faut toujours prêter attention aux signaux inconscients. Observez l’affiche de Je vais mieux. Sa typo — une cousine de la EF Windsor-Elongated, pour nos ami·e·s graphistes —, ne rappelle-t-elle furieusement pas celle, si caractéristique, de Woody Allen ? La silhouette de l’échalas coiffé à la diable, n’évoque-t-elle pas le juif new-yorkais névrosé le plus célèbre du monde ? Traduction : attendez-vous à une comédie psychanalytique à forte composante autobiographique. Car bien qu’il s’agisse d’une adaptation de Foenkinos, Améris se retrouve tout entier dans cette histoire où la douleur d’un corps longtemps ignoré fusionne avec celles de l’âme. Héros effacé se mettant à somatiser, Laurent serait-il une forme de prolongement de ses charmants inadaptés des Émotifs anonymes, ces timides qui

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"Maryline" : Démise en scène

ECRANS | de Guillaume Gallienne (Fr., 1h47) avec Adeline D'Hermy, Vanessa Paradis, Alice Pol…

Vincent Raymond | Mercredi 15 novembre 2017

Venue de sa province, Maryline se rêve comédienne. Outre la blondeur attachée à son prénom si lourd à porter, elle dégage un je-ne-sais quoi séduisant les cinéastes. Las ! Son incapacité à fendre l’armure la plombe et elle végète, quand elle ne s’auto-détruit pas dans l’alcool… La bonne nouvelle, c’est que Guillaume Gallienne a renoncé à jouer dans son second long métrage — il nous devait bien cela, après avoir doublement imposé sa présence dans Les Garçons et Guillaume, à table ! La mauvaise, c’est le choix de la presque jeune Adeline D’Hermy, empruntée au Français. Son visage marqué est dépourvu de la cinégénie requise pour ce rôle : on ne perçoit jamais la radieuse séduction censée émaner de son personnage. La malheureuse semble pourtant se donner du mal pour être à la hauteur ; sans beaucoup de succès malheureusement : on est plus enclin à la conspuer avec ses opposants qu’à éprouver de la compassion pour elle. Paradoxalement, le réalisateur parvient à tirer de ce malaise un effet productif à la toute fin de son film, quand Maryline au bord

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Histoire de matous

SCENES | A l’heure où le Beaujolais nouveau fait son apparition annuelle, Océanerosemarie montre à l’occasion du festival Face à Face de Saint-Étienne, (...)

Florence Barnola | Mardi 3 novembre 2015

Histoire de matous

A l’heure où le Beaujolais nouveau fait son apparition annuelle, Océanerosemarie montre à l’occasion du festival Face à Face de Saint-Étienne, son seule-en-scène Chatons Violents. L’humoriste, chroniqueuse notamment dans On va tous y passer sur France Inter mais aussi sur Europe 1 dans Faites entrer l'invité, s’est d’abord fait connaître comme chanteuse sous le nom de scène Oshen. Après deux albums, elle fait une pause en 2009 pour se consacrer au one-man-show. Son premier spectacle, La lesbienne invisible, fait un carton avec plus de quarante mille spectateurs. Après un autre album sorti en 2011, deux livres (Ma cuisine lesbienne, Le guide pratique du mariage homo) en 2012 et 2013 et une BD (adaptation de son one-man-show), des chroniques radio, elle revient en 2015 avec Chatons violents. Au vu des dernières productions de l’artiste, on pourrait aisément penser qu’il s’agit à nouveau d’un spectacle sur l’homosexualité. Pas du tout. Dans ce deuxième opus, Océanerosemarie évoque les problèmes de couple, l’adoption de chatons, les Parisiens s’exilant à Marseille, le racisme de gauche, etc. La comédie

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Bébé Tigre

ECRANS | De Cyprien Vial (Fr, 1h27) avec Harmandeep Palminder, Vikram Sharma…

Christophe Chabert | Mardi 13 janvier 2015

Bébé Tigre

L’adolescence, la place d’un immigré dans la société française, les méandres nauséabonds des économies parallèles… Le territoire qu’a choisi Cyprien Vial pour son premier film s’inscrit sur une carte bien connue du cinéma hexagonal, sans doute trop. C’est la limite de Bébé Tigre : il ne procure pas, loin de là, le frisson de l’inédit. Pourtant, l’histoire de Many, jeune adolescent indien ayant suivi les voies de l’immigration illégale pour venir travailler en France, où il a bénéficié de la mansuétude de son passeur et été adopté par une famille d’accueil aimante et attentionnée, est racontée avec une évidente volonté de laisser toute forme de pathos ou de discours sur le bas-côté. C’est une certitude : Cyprien Vial a le sens, devenu rare, de l’efficacité, délestant son récit de toute forme de gras, puis filmant à l’os les situations, dans l’action et la vitesse. Pas le temps de se poser des questions ; l’énergie du film est celle de son héros, tiraillé entre son envie de s’intégrer et son désir de travailler pour envoyer de l’argent à sa famille. Le dilemme moral auquel il finira par être confronté rappelle ceux que l’on trouve chez les frères Dardenne, dont Vi

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