Fête comme chez vous

"The Party" | de Sally Potter (G.-B., 1h08) avec Kristin Scott Thomas, Timothy Spall, Patricia Clarkson…

Vincent Raymond | Lundi 18 septembre 2017

Photo : © Sally Potter


Ministre de la Santé ! Tout juste nommée à ce poste prestigieux, Janet compte fêter la nouvelle avec son mari et des proches. Hélas, la soirée en petit comité va sonner l'hallali de son couple, de ses amitiés, de sa carrière, de ses illusions…

La réalisatrice anglaise Sally Potter réunit une distribution de poids pour ce tout juste long-métrage d'1h08. Bien lui a pris, d'ailleurs, de ne pas chercher à le rallonger par principe en diluant l'intrigue : elle l'aurait abîmée. Empruntant au théâtre son huis clos, elle ne se trouve cependant pas prisonnière de son décor grâce à une réalisation et un montage nerveux, à l'unisson de l'ambiance électrique de la soirée.

Le choix esthétique du noir et blanc, marqueur inconscient du genre polar, surprend – et l'affiche, montrant l'héroïne brandissant un pistolet (reprenant une double image-clé du film) pourrait l'accréditer. En réalité, la dualité des personnages se trouve ainsi représentée (et ses moyens termes dans leurs nuances de gris). Et si le noir finit par dévorer l'écran, c'est parce que la fête célèbre en définitive le deuil des idéologies ; on imagine mal une veillée funèbre britannique se transformer en Holi (fête des couleurs indienne). Ce serait… shoking, isn't it ?


The Party

De Sally Potter (EU, 1h08) avec Kristin Scott Thomas, Timothy Spall... Janet vient d’être nommée ministre de la santé, l’aboutissement de toute une carrière. Elle réunit avec son époux Bill quelques amis proches. Mais la fête prend un tournant inattendu.
Cinéma Le Méliès Jean Jaurès 10 place Jean Jaurès Saint-Étienne
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


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Un beau Ténébreux

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Florence Barnola | Vendredi 8 janvier 2016

Un beau Ténébreux

Pourquoi chroniquer un ouvrage paru en 1945 ? Parce que le 2e roman de Julien Gracq fait l’objet pour la première fois d’une adaptation théâtrale, et de plus par une compagnie stéphanoise, The Party. Un beau ténébreux, c’est le récit apparemment d’une bourgeoisie insouciante et oisive, rentière, pour qui le temps des vacances s’expand, qui pique nique sur la plage, joue au casino, badine, intellectualise et attend qu’un événement brise son ennui… Bien loin de nos préoccupations actuelles. Cette "société" là paraît désuète mais l’était sans doute tout autant au sortir de la Seconde Guerre mondiale. L’auteur ne date pas le prologue de son narrateur, lui aussi écrivain, qui suspend le siècle, le XXe, et laisse au lecteur le choix de la décennie. Cette histoire assez viscontienne, pourrait prendre place avant la première guerre mondiale, un groupe d’estivants passe le temps dans un hôtel au bord d’une plage bretonne quand un couple au charisme magique fait son apparition. Le talent de Gracq exprime davantage que les vicissitudes d’un groupe de nantis désoeuvrés en vacances. L’écriture, élitiste, demande un effort au lecteur pour y entrer, elle est abrupte pour l’

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Une histoire de rencontres

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Florence Barnola | Mercredi 2 décembre 2015

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« Le livre raconte le dernier projet que l’on vient de terminer, mais à la base, nous avons commencé en 2012 … », explique Philippe Chastel, directeur du centre socio-culturel Espace Boris Vian. L’Âge d’Or. Une aventure artistique mais pas que… se lit comme un carnet de voyage. Un périple entre 3 structures (l’Espace Boris Vian, la compagnie The Party et la Comédie de Saint-Étienne) et 14 comédiens amateurs issus de plusieurs générations (de 11 à 91 ans) qui, durant une année, vont se côtoyer, échanger, écrire, répéter et jouer ensemble pour se produire à la Comédie de Saint-Étienne. C’est une histoire de rencontre(s), certaines plus anciennes que d’autres. C’est l’histoire d’un projet démarré en janvier 2014 qui au départ ne devait être qu’un atelier de pratique théâtrale scindé en deux groupes, l’un composé de personnes âgées de la résidence Chavanelle, et l’autre d’adolescents et d’adultes. C’est certainement l’histoire d’amoureux de la scène qui ont voulu poursuivre ensemble une aventure théâtrale. C’est aussi une histoire de transmission et de lien social entre des générations qui vivent notre époque sans se voir ni se parler et qui prouve

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Mr Turner

ECRANS | Étrange essai de Mike Leigh autour du peintre Turner, qui s’efforce de casser son image romantique en le transformant en un homme bourru et peu aimable, tout en s’enfonçant dans une mise en scène beaucoup trop solennelle. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 2 décembre 2014

Mr Turner

N’importe quelle bio filmée d’artiste — qu’il soit peintre, écrivain, chanteur ou cinéaste — repose sur la même idée : derrière le génie, il y a un homme complexe et torturé. Mike Leigh, en s’attaquant à la figure de Turner, peintre ayant magnifié le romantisme anglais, n’échappe pas à la règle, mais son approche est beaucoup plus radicale. Alors que Turner-le peintre est en quête de sublime dans son art, Turner-l’homme est un individu rugueux, qui s’exprime par des grognements, tire perpétuellement la gueule, se comporte de manière rustre avec les femmes et méprise profondément ses contemporains. La misanthropie du personnage fait écho à celle du cinéaste, toujours prompt à livrer de l’humanité des portraits sarcastiques et cruels, pointant sa lâcheté, son égoïsme et sa laideur. Confronté à une forme d’alter ego, Leigh lui témoigne une tendresse inattendue, sans aucun doute ce qu’il y a de mieux dans Mr Turner. Ainsi des rapports entre Turner et son père, qui s’avère être son lien le plus solide avec le monde, complicité fusionnelle qui conduit, à sa mort, à un instant particulièrement déchirant : Turner craque et cet ours mal léché fond en larmes comme un gami

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Party time !

ECRANS | L’expression "anarchisme pop" est-il un oxymore ? Peut-on à la fois foutre un bordel monstre et le faire dans une explosion de joie, de couleurs et de (...)

Christophe Chabert | Jeudi 30 mai 2013

Party time !

L’expression "anarchisme pop" est-il un oxymore ? Peut-on à la fois foutre un bordel monstre et le faire dans une explosion de joie, de couleurs et de musique ? En dehors de son statut de "film le plus drôle de l’histoire du cinéma", La Party de Blake Edwards séduit encore aujourd’hui grâce à cette douce utopie. Pourtant, l’idée du cinéaste est plutôt, des années avant son virulent S.O.B., de se moquer d’Hollywood et de ses mœurs, en propulsant dans une soirée mondaine donnée par un producteur ventripotent à gros cigare un figurant indien invité par mégarde. Et pour cause, il est persona non grata suite au désastre provoqué sur une superproduction où il a fait sauter un décor coûteux en voulant rattacher le lacet de sa sandale. Il s’appelle Hrundi V. Bakshi, et c’est Peter Sellers qui lui prête ses traits avec une bonne couche de cirage sur la tronche. Sa pantomime comique s’accorde en stradivarius à la précision des cadres, du découpage et du montage d’Edwards, mais aussi à son esprit rebelle. Bakshi provoque des catastrophes en série par son inadéquation à cet environnement rigide et c

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Only god forgives

ECRANS | Nicolas Winding Refn rate le virage post-Drive avec ce film vaniteux qui ressemble à l’œuvre d’un chef décorateur surdoué cherchant sans y parvenir quelque chose à raconter. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mercredi 22 mai 2013

Only god forgives

Quant on avait découvert Drive, Nicolas Winding Refn n’était plus un inconnu : la trilogie Pusher et le génial Bronson avaient déjà montré l’étendue de son talent et de ses ambitions. Si surprise il y avait, c’était celle d’un cinéaste qui synthétisait dans une forme pop et romantique un creuset d’influences et de codes qu’il arrivait à régénérer. Avec Only god forgives, Winding Refn tombe dans son propre maniérisme et ce qui hier relevait du plaisir se transforme ici en effort désespéré pour faire autre chose que de l’imagerie pure et simple. L’argument, en soi, n’est pas plus original que celui de Drive : en Thaïlande, deux frères vivotent entre matchs de boxe et trafics de drogue. Le plus âgé, dans un coup de folie, tue une prostituée, avant d’être à son tour massacré par le père éploré, poussé dans son geste par un flic sadique adepte du karaoké. Débarque alors la maman de la fratrie, qui va pousser le frangin survivant à accomplir sa vengeance. Destockage à Bangkok Passons sur le sous-texte psychanalytique absolument balourd q

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Dans la maison

ECRANS | De François Ozon (Fr, 1h45) avec Fabrice Luchini, Kristin Scott-Thomas, Emmanuelle Seigner…

Christophe Chabert | Lundi 8 octobre 2012

Dans la maison

Germain Germain (bonjour Nabokov !) est un prof de français désespéré par la nullité de ses élèves. Alors qu’il lit leurs médiocres rédactions à sa femme qui, elle, tient une galerie d’art contemporain sur le thème sexe et pouvoir (bonjour Sade !), l’une d’entre elles sort du lot. L’élève y raconte son envie de s’introduire dans la maison d’un de ses camarades pour s’approcher de cette vie bourgeoise, avec une mère archétypale des «femmes de la classe moyenne» (bonjour Flaubert !). Germain pense qu’il y a là un talent à canaliser, sans savoir qu’il met le doigt dans un dispositif dangereux : celui qui brouille la frontière entre la réalité et la fiction, mais aussi celui de François Ozon, qui déroule ici une mécanique ludique où l’on ne sait jamais si ce que l’on nous raconte est le fruit d’une narration objective, si celle-ci a été influencée par les conseils de Germain ou encore si elle n’est que le reflet de l’imagination de son élève. Le voyeurisme littéraire de l’un rencontre le voyeurisme réel de l’autre, et tout le monde finit par vivre son fantasme (d’auteur frustré, d’adolescent orphelin, de femme délaissée) par procuration. Ozon s’amuse manifestement — et on s’amuse av

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