"La Villa" : Une calanque en hiver

ECRANS | Page arrachée à son journal intime collectif, le nouveau Robert Guédiguian capte les ultimes soubresauts de jeunesse de ses alter ego, chronique le monde tel qu’il est et croit encore à la poésie et à la fraternité, le tout du haut d’un balcon sur la Méditerranée. De l’utopie vraie.

Vincent Raymond | Mardi 28 novembre 2017

Photo : © AGAT Films/ France 3 Cinéma


Depuis un drame intime, Angèle n'était jamais revenue voir son père ni ses frères. Après l'AVC du patriarche, elle redescend pourtant un jour d'hiver dans la calanque familiale. Histoire de régler le présent, solder le passé et peut-être se reconstruire un futur.

« J'ai l'impression de faire une espèce de feuilleton depuis trente ans. Sans personnage récurrent, mais avec des acteurs récurrents. Et je joue avec cette ambiguïté. » La confidence de Robert Guédiguian prend d'autant plus de sens ici où le cinéaste convoque un extrait de son film Ki Lo Sa (1985) pour illustrer un flash-back — procédé auquel il avait déjà eu recours dans La Ville est tranquille (2001), agrémenté d'un fragment de Dernier été (1981). « Je serais tenté de le faire souvent, mais ce serait une facilité. Là, par rapport au sujet, ça se prêtait bien », confirme le cinéaste. Bercée par la musique de Bob Dylan, cette réactivation d'une archive ensoleillée du lieu et des protagonistes confère à La Villa une singulière épaisseur temporelle emplie de mélancolie. Passant l'essentiel du film à ressasser cet autre passé à l'origine de leur brouille, les personnages semblent avoir oublié ce temps bien réel et vécu de l'insouciance.

Qu'on me donne l'amphi

Gradinée, plantée de cabanons et s'ouvrant vers la mer comme une enceinte de spectacle sur une scène, la Calanque de Méjean où se déroule La Villa a tout d'un immense théâtre à ciel ouvert. S'y jouent des dramuscules dans la toile de fond du récit principal, participant de la coloration du décor global et de son ancrage dans le temps présent. Outre le surgissement d'enfants migrants traqués par des militaires, comment ne pas évoquer la situation de ce couple âgé préférant à l'expulsion (et à l'humiliation d'être aidé financièrement par son fils) le choix d'une mort conjointe ? Tout n'est heureusement pas désespéré ni triste dans ces agrégats de vies : l'histoire d'amour qui se noue entre Angèle et un jeune pêcheur prouve que même si cela semble improbable en plein hiver, on trouvera toujours un peu de soleil dans l'eau froide.

La Villa de Robert Guédiguian (Fr., 1h 47) avec Ariane Ascaride, Jean-Pierre Darroussin, Gérard Meylan…


La Villa

De Robert Guédiguian (Fr, 1h47) avec Ariane Ascaride, Jean-Pierre Darroussin...

De Robert Guédiguian (Fr, 1h47) avec Ariane Ascaride, Jean-Pierre Darroussin...

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Dans une calanque près de Marseille, au creux de l’hiver, Angèle, Joseph et Armand, se rassemblent autour de leur père vieillissant. C’est le moment pour eux de mesurer ce qu’ils ont conservé de l’idéal qu’il leur a transmis, du monde de fraternité qu’il avait bâti dans ce lieu magique, autour d’un restaurant ouvrier dont Armand, le fils ainé, continue de s’occuper. Lorsque de nouveaux arrivants venus de la mer vont bouleverser leurs réflexions…


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Lucas Belvaux : « Il ne doit pas y avoir un plaisir malsain à regarder la violence »

Rencontre | Adapté du roman de Laurent Mauvignier, Des hommes rend justice à toutes ces victimes de la Guerre d’Algérie payant les intérêts de décisions “supérieures“ prises au nom des États. Et s’inscrit avec cohérence dans la filmographie du (toujours engagé) cinéaste Lucas Belvaux…

Vincent Raymond | Mercredi 19 mai 2021

Lucas Belvaux : « Il ne doit pas y avoir un plaisir malsain à regarder la violence »

Il y a un lien manifeste entre Chez Nous (2017) et ce film qui en constitue presque une préquelle… Lucas Belvaux. Il est un peu né du précédent, oui. J’avais lu le livre de Laurent Mauvigner à sa sortie en 2009, et à l’époque j’avais voulu prendre les droits et l’adapter. Mais Patrice Chéreau les avait déjà, et puis il est tombé malade et n’a pas eu le temps de le faire. J’avais laissé tombé et puis, avec le temps, ne voyant pas le film se faire, je m’y suis intéressé à nouveau. Surtout après Chez nous : il y avait une suite logique. J’ai relu le livre, je l’ai trouvé toujours aussi bon et mon envie de l’adapter était était intacte — ce qui est bon signe après 10 ans. Outre “l’actualité” de votre désir, il y a celle du sujet : on a l’impression qu’on ne fait que commencer avec le traitement de “liquidation“ de la Guerre

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"Gloria Mundi" : Un monde immonde

ECRANS | Portrait d’une famille de la classe moyenne soumise au déclassement moyen dans la France contemporaine, où certains n’hésitent pas à se faire charognards pour ramasser les miettes du festin. Un drame noir et lucide. Coupe Volpi à Venise pour Ariane Ascaride.

Vincent Raymond | Mercredi 27 novembre 2019

Autour de Mathilda, qui vient d’accoucher d’une petite Gloria, le cercle de famille s’agrandit mais ne se réjouit pas trop : les jeunes parents peinent à joindre les deux bouts, le père de Mathilda (qu’elle connaît à peine) sort de prison ; quant à sa mère et son nouvel homme, ils ne roulent pas sur l’or. Seuls sa sœur et son compagnon s’en sortent grâce à une boutique de charognards… Est-ce ainsi que les Hommes vivent ? Citer Aragon, l’aède communiste par excellence, a quelque chose d’ironique accentuant la désespérance profonde dont ce film est imprégné. Gloria Mundi s’ouvre certes par une naissance, mais ne se reçoit-il pas comme un faire-part de décès dans l’ambiance mortifère d’un deuil, celui des illusions collectives et de la foi en l’avenir ? Triste est l’époque que Robert Guédiguian nous montre en miroir, où sa génération — celle des actifs usés, sur le point de partir en retraite, incarnés par l’épatant trio Meylan/Ascaride/Darroussin — ne peut plus transmettre le flambeau de la lutte ni des solidarités généreuses à sa progéniture. Cette dernière, hypnotisée par les chimères libérales, s’est muée en soldate

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Robert Guédiguian : « Les idées des dominants sont clairement devenues dominantes »

Gloria Mundi | Une famille déchirée par l’argent, fléau social gangrenant âmes, cœurs et corps… Dans Gloria Mundi, Robert Guédiguian tend un miroir sans complaisance à sa génération, épuisée d’avoir combattu et à la suivante, aveuglée par les mirages. Mais ne s’avoue pas vaincu. Entretien exclusif.

Vincent Raymond | Mercredi 27 novembre 2019

Robert Guédiguian : « Les idées des dominants sont clairement devenues dominantes »

Dans la mesure où vous travaillez en troupe, mais aussi où un lien très privilégié vous unit à Ariane Ascaride, comment avez vous reçu la Coupe Volpi qui lui a été remise à la Mostra de Venise ? Robert Guediguian : Je crois que tous les gens qui travaillent ensemble depuis toujours, dont moi, ont pris ce prix pour eux, disons-le. Et l’on trouve juste et justifié ce rapport qui a été fait entre Ariane (qui est d’origine italienne), ses rôles dans le cinéma que je fais et les grandes références comme Anna Magnani. Un prix à Venise oblige à penser à tout le cinéma italien des années 1970 qu’on aime beaucoup et qui nous a grandement frappés : dans notre adolescence, c’était le plus fort du monde. On a plus de références avec le cinéma italien qu’avec le cinéma français ou américain. C’est un peu une transmission, un passage de témoin magnifique. Gloria Mundi est un film sur les valeurs. Mais ce mot à des acceptions différentes selon les générations : pour les aînés, il s’agit de valeurs humaines alors que les enfants les considèrent sur le plan économique… Je crois, oui. C’est ce q

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"Les Éblouis" : Il n’est pire aveugle que celui qui ne veut pas voir

Un Christ d'horreur | De Sarah Suco (Fr., 1h39) avec Camille Cottin, Jean-Pierre Darroussin, Eric Caravaca…

Vincent Raymond | Mercredi 27 novembre 2019

Depuis que sa famille a rejoint la communauté chrétienne de Luc-Marie, Camille a vu sa mère sortir de son apathie dépressive. Mais les règles et les rites qui lui sont imposés, ainsi qu’à ses frères, l’étouffent. Camille sent bien l’anormalité de cette aliénation souriante, au nom de la foi… Dans une semaine faste en films d’épouvante, Les Éblouis ne dépare pas. S’inspirant de ses souvenirs personnels, la comédienne Sarah Suco signe un premier long métrage d’autant plus effrayant qu’il se passe d’effets en décrivant au jours le jour et à travers les yeux d’une adolescente, les conséquences du mécanisme d’embrigadement sectaire. Comment un loup aux allures débonnaires se déguise en berger pour attirer à lui les proies qu’il a flairées fragiles — en l’occurence, la mère de Camille, dépressive et flétrie dans son existence. Et parvient à tout obtenir d’eux grâce à un conditionnement culpabilisateur. Se revendiquant du christianisme et pratiquant une lecture très personnelle des Écritures, la “communauté“ déviante de Luc-Marie est l’un de ces trop nombreux cercles de fêlés prétendant détenir la Vérité en droite

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La Route sauvage (Lean on Pete) : Sans pitié pour le cheval

ECRANS | Cavale épique d’un gamin s’étant piqué d’affection pour un canasson promis à la fin dévolue aux carnes hippiques, cette errance passant du hara qui rit au chaos corral est menée par le prometteur Charlie Plummer, Prix Marcello-Mastroianni du meilleur jeune espoir à la Mostra.

Vincent Raymond | Mercredi 25 avril 2018

La Route sauvage (Lean on Pete) : Sans pitié pour le cheval

Vivant seul avec un père instable, Charley, 15 ans, a su tôt se prendre en charge. À peine arrivé en Oregon, il découvre fasciné le monde hippique et est embauché par l’entraîneur grognon d'un vieux pur-sang, Lean on Pete. Quand il apprend que l’animal est menacé, Charley fugue avec lui. Rebaptisés en débarquant en France, les films étrangers sont souvent gratifiés d’une dénomination outrepassant la pure traduction. Si la mode est aux franglaisicismes approximatifs — The Hangover (La gueule de bois) de Todd Philips se soigne en Very Bad Trip — autrefois, on aimait embrouiller les spectateurs : connu comme La Cinquième Victime, While The City Sleeps (1956) de Fritz Lang pouvait difficilement être traduit par Quand la ville dort, déjà attribué à Asphalt Jungle (1950) de John Huston ! Parfois, les deux titres coexistent. Et se succèdent comme pour témoigner d’une variété de focalisations ou d’inflexions soudaines à venir

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"Jusqu’à la garde" : entre la mère et le pire de famille

Film du mois | Drame familial anxiogène, au réalisme brut et à l’interprétation terrifiante de vérisme, le premier long métrage de Xavier Legrand offre à Denis Ménochet un rôle de monstre ordinaire le faisant voisiner avec le Nicholson de Shining au rayon des pères perturbés.

Vincent Raymond | Mardi 6 février 2018

L’an dernier, il fallait en remontrer au jury de la Mostra pour se distinguer sur la Lagune : la sélection vénitienne était en effet aussi éclectique qu’éclatante, comptant notamment Three Billboards…, Mother!, The Shape of Water, Downsizing et L’Insulte. Face à une telle concurrence, qui aurait misé sur le premier long métrage de Xavier Legrand ? Qui aurait imaginé qu’il figurerait doublement au palmarès, meilleur réalisateur et meilleur premier film ? Au moins le public de son court métrage Avant que de tout perdre, prologue de ce film raisonnant aussi fort qu’un uppercut. Jusqu’à la garde s’ouvre dans l’intranquillité d’une audience de séparation entre les époux Besson. Elle, frêle, craintive mais décidée de s’éloigner de lui, massif, menaçant au regard lourd. Entre eux, la garde de leurs enfants. Une fille bientôt majeure et un fils, revendiqué par chacun… Legrand, comme son nom l’indique Xavier Legrand réussit à prolonger (et non adap

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Bravo Virtuose : Le roi du pipeau

Pruneaux d'Arménie | de Levon Minasian (Arm.-Fr.-Bel., 1h30) avec Samuel Tadevosian, Maria Akhmetzyanova…

Vincent Raymond | Jeudi 15 février 2018

Bravo Virtuose : Le roi du pipeau

À la suite d’un quiproquo, Alik, un jeune clarinettiste récupère le portable, les contrats et l’argent d’un tueur à gages. La manne tombe à pic, car il cherche à financer l’orchestre de son grand-père lâché par son mécène. Seul hic : Alik doit exécuter les cibles désignées par le commanditaire… À quoi reconnaît-on un polar arménien ? Aux plans sur le mont Ararat, équivalant à ceux sur la Tour Eiffel dans une production française ? Au fait que l’un des méchants — en l’occurrence un bureaucrate corrompu — vante la qualité des loukoums stambouliotes dont il se gave à longueur de journée ? Plutôt à l’évocation des anciens combattants du Haut-Karabagh, où sont morts les parents du héros, et dont certains sont devenus des mafieux. Hors cela, ce premier long métrage promenant une élégante indécision entre comédie sentimentale, burlesque et thriller, s’aventure aussi dans le semi-expérimental, en matérialisant les images mentales et oniriques d’Alik, caverne d’Ali-Baba fantasmatique où circule la silhouette de la séduisante Lara. Levon Minasian donne l’impression d’abattre toutes ses car

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"Hannah" : Seule avec le silence

ECRANS | de Andrea Pallaoro (Fr.-Bel.-It., 1h35) avec Charlotte Rampling, André Wilms, Jean-Michel Balthazar…

Vincent Raymond | Lundi 29 janvier 2018

L’histoire d’Hannah n’a que peu à voir avec celle de 45 ans sorti l’an dernier ; et la forme des deux films diffère. Pourtant, les deux semblent indissolublement liés par la présence de leur interprète féminine commune, Charlotte Rampling. Comme si la comédienne s’appliquait à réunir, dans sa maturité, une galerie de portraits de femmes éprouvées portant haut leur dignité. Des portraits tels quels avait pu esquisser chez Ozon, où elle offre sans fard la dignité de son délitement et qui lui valent aujourd’hui une razzia de prix : après l’Ours d’argent, elle a ici conquis la Coupe Volpi à Venise. Hannah voit ses repères basculer lorsque son époux est incarcéré pour une histoire dont on comprend peu à peu la sombre nature. Mais cette femme droite tente de faire bonne figure, et de ne rien laisser paraître aux yeux du monde… Peu de dialogue et un minimum d’action marquent cette œuvre d’ambiance “statique” — de photographe, pourrait-on dire, tant soignée est la composition visuelle avec ses pénombres et ses camaïeux de gris. De quoi

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Ariane Ascaride : « Les films de Robert Guédiguian fonctionnent à plusieurs niveaux »

"La Villa" | Bienveillante, passionnée, Ariane Ascaride demeure l’incontournable muse et visage du cinéma de Robert Guédiguian. Dans La Villa, elle incarne Angèle, une actrice de retour dans sa fratrie…

Vincent Raymond | Mardi 28 novembre 2017

Ariane Ascaride : « Les films de Robert Guédiguian fonctionnent à plusieurs niveaux »

À quoi pense-t-on quand on endosse un rôle d’actrice ? Je ne pense jamais à ce que je fais quand je joue : je le fais, je le suis. Je pense avant ; peut-être après. Si vous pensez, vous ne jouez pas ; c’est une drôle d’alchimie. Je suis toujours fascinée quand j’entends des acteurs dire qu’ils sont allés en usine une semaine pour travailler à la chaine. Je ne le ferais jamais, car je ne serai jamais aussi crédible que quelqu’un qui travaille à la chaîne. Qu’est-ce que le personnage d’Angèle a de vous ? Mon corps, mes yeux, ma voix… Elle a joué La Bonne âme de Setchouan de Brecht. Ça a à voir avec moi : je suis entrée au Conservatoire à Paris avec cette pièce, je l’adore. C’est l’histoire d’une fille tellement gentille qu’elle est obligée de se déguiser en garçon pour parfois ne pas être gentille. C’est une parabole extrêmement violente et juste : il est difficile d’être bon. Ce personnage m’a toujours accompagnée dans ma vie. Tous les gens qui me connaissent le savent. Robert me vole tout le temps de

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Matches nuls, balles au centre

Panorama ciné novembre | Nul besoin de beaujolais nouveau pour voir double : la masse absurde de films déferlant ce mois sur les écrans contient déjà son pesant de décalques, miroirs et autres psittacismes…

Vincent Raymond | Mardi 31 octobre 2017

Matches nuls, balles au centre

Grosse bataille de romans d’apprentissage en perspective sur les écrans : d’un côté, un délinquant manqué repris en mains par un convoyeur à la retraite dans un bon petit polar argentin, La Educación del Rey de Santiago Esteves (22 novembre) ; de l’autre, trois apprentis comédiens francophones réussissent à force d’échouer. D’abord Maryline (15 novembre) de — mais sans — Guillaume Gallienne, où Adeline D’Hermy incarne sans beaucoup de charisme une aspirante actrice rongée par le trac tombant dans l’alcool. Bof. Ensuite, Marvin ou la belle éducation (22 novembre), lointaine adaptation de l’autobiographie d’Eddy Bellegueule, dans laquelle Anne Fontaine dépeint le quart-monde picard avec une telle ironie qu’on a du mal à percevoir l’intention. Rebof. Enfin, Nawell Madani dans C'est tout pour moi (29 novembre), un autobiopic tiré de ses nombreuses galères assumant son ego et sa réflexivité, où la comédienne se joue elle-même sans pour autant (trop) se la jouer.

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Le Cœur des hommes 3

ECRANS | De Marc Esposito (Fr, 1h53) avec Marc Lavoine, Jean-Pierre Darroussin, Bernard Campan, Eric Elmosnino…

Christophe Chabert | Mardi 22 octobre 2013

Le Cœur des hommes 3

Le deuxième volet était déjà atroce, mais ce troisième épisode le surclasse encore dans l’infamie. Le cœur des hommes, ici, c’est plutôt leurs «couilles», terme généreusement employé tout au long de dialogues d’une absolue vulgarité, à l’avenant de la beaufitude satisfaite de ses quatre personnages. Qui, non contents d’accueillir chaleureusement le spectateur par une charge anti-fonctionnaires sur l’air du «on les paie à rien foutre avec nos impôts», vont ensuite s’employer à démontrer, dans un chorus de phallocrates rigolards, que les femmes ne serviraient à rien s’il n’y avait pas les hommes pour donner un sens à leur vie. La preuve : quand elles font chier, la meilleure chose à faire est de les virer — du pieu ou de leur boulot — ou de leur donner une bonne petite leçon en allant voir ailleurs. Et, bien sûr, tout cela se conclut par un éloge du mariage… Décomplexé politiquement, Le Cœur des hommes 3 l’est aussi, et c’est bien le pire, vis-à-vis de la forme télévisuelle, qu’il repique sans aucune mauvaise conscience : ouvertures de séquences avec le même panoramique sur les toits de Paris, mise

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