The Last Family - Portrait de famille

ECRANS | de Jan P. Matuszynski (Pol., 2h03) avec Andrzej Seweryn, Dawid Ogrodnik, Andrzej Chyra…

Vincent Raymond | Mercredi 21 mars 2018

Principalement connu des amateurs d'art et de faits divers, Zdzisław Beksiński (1929, assassiné en 2005) est un peintre polonais dont la singulière existence, au moins aussi atypique que ses toiles (classées “surréalistes”), méritait a minima un coup de projecteur. Créant de l'étrangeté par son hypernaturalisme, ce biopic propose une approche astucieuse des trente dernières années de ce plasticien vivant quasi reclus avec sa famille — comptant un fils bancal et suicidaire —, en faisant se succéder de longues séquences empruntées à leur quotidien.

L'acte créatif ne figure pas au centre du propos de Jan P. Matuszynski, c'est bien la vie privée — ce ferment de l'imaginaire — qui l'intéresse. Beksiński y apparaît comme exagérément stable dans des situations requérant des émotions chez des individus lambda (comme la maladie ou la mort de ses proches), doublé d'un authentique maniaque enregistrant tout, jusqu'au conversations domestiques. Imperméable à ce qui se passe hors de son pâté de maison, il l'est aussi aux chamboulement considérables rencontrés par la Pologne durant ces trois décennies : c'est le monde qui doit faire des incursion dans le territoire de cet autarcique, où la politique n'a pas droit de cité.

Sensible aux évolutions du temps, amendé par les apports de la technologie, l'appartement habité par le peintre ressemble d'ailleurs à une toile soumise à ses incessants repentirs. En cela, elle constitue sans doute une de ses œuvres invisibles, un work in progress d'arrière-plan dont Matuszynski effectue ici la révélation.

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"Oleg" : Au plus balte

ECRANS | De Juris Kursietis (Lett.-Bel.-Lit.-Fr., 1h48) avec Valentin Novopolskij, Dawid Ogrodnik, Anna Próchniak…

Vincent Raymond | Mercredi 23 octobre 2019

Travailleur letton émigré en Belgique, Oleg tombe dans l’illégalité et, pour son malheur, dans les rets d’une mafia polonaise dont il devient le larbin. Piégé, il doit accepter des tâches de plus en plus risquées et dégradantes… Europe, face B. Celle des travailleurs détachés et de la main-d’œuvre ligotée, d’un sous-prolétariat livré à une servitude grandissante par la “vertus“ d’accords inter-états mal fagotés ; cela parce que l'Union repose moins sur un projet politique ou humain qu’économique, et que le libre-échange est sa doxa. Une manne pour tous les circuits parallèles, pour qui fausser l’équité théorique des transactions relève de la promenade et santé et constitue une source d’enrichissement inépuisable. On pense énormément au Skolimowski de Travail au noir face à cette histoire d’exploitation et d’isolement : ne parlant qu’un peu d’anglais, privé de papiers, figé par la honte de rentrer bredouille au pays, Oleg est une proie vulnérable que tout renvoie à sa situation de précaire. La séquence la plus cruelle est précisément celle où, à la suite

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"Frost" : Ça craint en Ukraine

Là-balte si j’y suis | de Šarūnas Bartas (Lit.-Fr.-Ukr.-Pol., 2h) avec Mantas Janciauskas, Lyja Maknaviciute, Andrzej Chyra, Vanessa Paradis…

Vincent Raymond | Mardi 27 mars 2018

Pour dépanner un ami, Rokas et Inga acceptent de convoyer une camionnette humanitaire de Lituanie en Ukraine. Sauf que la zone n’est pas si facile d’accès en période de guerre — une guerre dont Rokas n’avait même pas idée, et qui intrigue ce jeune homme sans but… Cinéaste du politique, voire du géopolitique, Bartas ne pouvait rester insensible à la situation ukrainienne et au chaos qu’elle produit. Un chaos mâtiné d’incertitudes et de danger, conforme à l’ambiance inquiétante de ses premiers films, explorant par la contemplation le flou des frontières et de l’attente. Pourtant, c’est par une structure des plus linéaires que Bartas engage son récit : il faut que ses deux protagonistes se perdent, littéralement ; qu’ils éprouvent la réalité de la guerre en discutant avec des “humanitaires” pour qu’ils se trouvent — ou du moins parviennent à orienter leur boussole intérieure. La curiosité de Rokas, cette irrépressible pulsion le menant au plus près du danger — histoire d’en apprécier la réalité mais aussi de tester le hasard — rappelle la démarche de John Locke, héros de

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