Bravo Virtuose : Le roi du pipeau

Pruneaux d'Arménie | de Levon Minasian (Arm.-Fr.-Bel., 1h30) avec Samuel Tadevosian, Maria Akhmetzyanova…

Vincent Raymond | Jeudi 15 février 2018

Photo : © Agat Films & Cie


À la suite d'un quiproquo, Alik, un jeune clarinettiste récupère le portable, les contrats et l'argent d'un tueur à gages. La manne tombe à pic, car il cherche à financer l'orchestre de son grand-père lâché par son mécène. Seul hic : Alik doit exécuter les cibles désignées par le commanditaire…

À quoi reconnaît-on un polar arménien ? Aux plans sur le mont Ararat, équivalant à ceux sur la Tour Eiffel dans une production française ? Au fait que l'un des méchants — en l'occurrence un bureaucrate corrompu — vante la qualité des loukoums stambouliotes dont il se gave à longueur de journée ? Plutôt à l'évocation des anciens combattants du Haut-Karabagh, où sont morts les parents du héros, et dont certains sont devenus des mafieux.

Hors cela, ce premier long métrage promenant une élégante indécision entre comédie sentimentale, burlesque et thriller, s'aventure aussi dans le semi-expérimental, en matérialisant les images mentales et oniriques d'Alik, caverne d'Ali-Baba fantasmatique où circule la silhouette de la séduisante Lara. Levon Minasian donne l'impression d'abattre toutes ses cartes stylistiques, pour prouver qu'il est capable d'intervenir dans n'importe quel registre. Serait-il le virtuose du titre, attendant l'onction et les félicitations du public ? Trop tôt pour le dire ; il faut être patient…


Bravo Virtuose

De Levon Minasian (Arm-Fr, 1h30) avec Samuel Tadevosian, Maria Akhmetzyanova...

De Levon Minasian (Arm-Fr, 1h30) avec Samuel Tadevosian, Maria Akhmetzyanova...

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Arménie. Alik, 25 ans, musicien d’exception, membre d’un orchestre de musique classique prépare un grand concert. Tout bascule quand le mécène de l’orchestre est assassiné. Par un concours de circonstances, Alik se retrouve en possession du téléphone d’un tueur à gage nommé “Virtuose”. Il saisit cette opportunité, endosse l’identité du tueur, le temps de sauver l’orchestre de la faillite et protéger celle qu’il aime.


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"Gloria Mundi" : Un monde immonde

ECRANS | Portrait d’une famille de la classe moyenne soumise au déclassement moyen dans la France contemporaine, où certains n’hésitent pas à se faire charognards pour ramasser les miettes du festin. Un drame noir et lucide. Coupe Volpi à Venise pour Ariane Ascaride.

Vincent Raymond | Mercredi 27 novembre 2019

Autour de Mathilda, qui vient d’accoucher d’une petite Gloria, le cercle de famille s’agrandit mais ne se réjouit pas trop : les jeunes parents peinent à joindre les deux bouts, le père de Mathilda (qu’elle connaît à peine) sort de prison ; quant à sa mère et son nouvel homme, ils ne roulent pas sur l’or. Seuls sa sœur et son compagnon s’en sortent grâce à une boutique de charognards… Est-ce ainsi que les Hommes vivent ? Citer Aragon, l’aède communiste par excellence, a quelque chose d’ironique accentuant la désespérance profonde dont ce film est imprégné. Gloria Mundi s’ouvre certes par une naissance, mais ne se reçoit-il pas comme un faire-part de décès dans l’ambiance mortifère d’un deuil, celui des illusions collectives et de la foi en l’avenir ? Triste est l’époque que Robert Guédiguian nous montre en miroir, où sa génération — celle des actifs usés, sur le point de partir en retraite, incarnés par l’épatant trio Meylan/Ascaride/Darroussin — ne peut plus transmettre le flambeau de la lutte ni des solidarités généreuses à sa progéniture. Cette dernière, hypnotisée par les chimères libérales, s’est muée en soldate

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Robert Guédiguian : « Les idées des dominants sont clairement devenues dominantes »

Gloria Mundi | Une famille déchirée par l’argent, fléau social gangrenant âmes, cœurs et corps… Dans Gloria Mundi, Robert Guédiguian tend un miroir sans complaisance à sa génération, épuisée d’avoir combattu et à la suivante, aveuglée par les mirages. Mais ne s’avoue pas vaincu. Entretien exclusif.

Vincent Raymond | Mercredi 27 novembre 2019

Robert Guédiguian : « Les idées des dominants sont clairement devenues dominantes »

Dans la mesure où vous travaillez en troupe, mais aussi où un lien très privilégié vous unit à Ariane Ascaride, comment avez vous reçu la Coupe Volpi qui lui a été remise à la Mostra de Venise ? Robert Guediguian : Je crois que tous les gens qui travaillent ensemble depuis toujours, dont moi, ont pris ce prix pour eux, disons-le. Et l’on trouve juste et justifié ce rapport qui a été fait entre Ariane (qui est d’origine italienne), ses rôles dans le cinéma que je fais et les grandes références comme Anna Magnani. Un prix à Venise oblige à penser à tout le cinéma italien des années 1970 qu’on aime beaucoup et qui nous a grandement frappés : dans notre adolescence, c’était le plus fort du monde. On a plus de références avec le cinéma italien qu’avec le cinéma français ou américain. C’est un peu une transmission, un passage de témoin magnifique. Gloria Mundi est un film sur les valeurs. Mais ce mot à des acceptions différentes selon les générations : pour les aînés, il s’agit de valeurs humaines alors que les enfants les considèrent sur le plan économique… Je crois, oui. C’est ce q

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"La Villa" : Une calanque en hiver

ECRANS | Page arrachée à son journal intime collectif, le nouveau Robert Guédiguian capte les ultimes soubresauts de jeunesse de ses alter ego, chronique le monde tel qu’il est et croit encore à la poésie et à la fraternité, le tout du haut d’un balcon sur la Méditerranée. De l’utopie vraie.

Vincent Raymond | Mardi 28 novembre 2017

Depuis un drame intime, Angèle n’était jamais revenue voir son père ni ses frères. Après l’AVC du patriarche, elle redescend pourtant un jour d’hiver dans la calanque familiale. Histoire de régler le présent, solder le passé et peut-être se reconstruire un futur. « J’ai l’impression de faire une espèce de feuilleton depuis trente ans. Sans personnage récurrent, mais avec des acteurs récurrents. Et je joue avec cette ambiguïté. » La confidence de Robert Guédiguian prend d’autant plus de sens ici où le cinéaste convoque un extrait de son film Ki Lo Sa (1985) pour illustrer un flash-back — procédé auquel il avait déjà eu recours dans La Ville est tranquille (2001), agrémenté d’un fragment de Dernier été (1981). « Je serais tenté de le faire souvent, mais ce serait une facilité. Là, par rapport au sujet, ça se prêtait bien », confirme le cinéaste. Bercée par la musique de Bob Dylan, cette réactivation d’une archive ensoleillée du lieu et des protagonistes confère à La Villa

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Ariane Ascaride : « Les films de Robert Guédiguian fonctionnent à plusieurs niveaux »

"La Villa" | Bienveillante, passionnée, Ariane Ascaride demeure l’incontournable muse et visage du cinéma de Robert Guédiguian. Dans La Villa, elle incarne Angèle, une actrice de retour dans sa fratrie…

Vincent Raymond | Mardi 28 novembre 2017

Ariane Ascaride : « Les films de Robert Guédiguian fonctionnent à plusieurs niveaux »

À quoi pense-t-on quand on endosse un rôle d’actrice ? Je ne pense jamais à ce que je fais quand je joue : je le fais, je le suis. Je pense avant ; peut-être après. Si vous pensez, vous ne jouez pas ; c’est une drôle d’alchimie. Je suis toujours fascinée quand j’entends des acteurs dire qu’ils sont allés en usine une semaine pour travailler à la chaine. Je ne le ferais jamais, car je ne serai jamais aussi crédible que quelqu’un qui travaille à la chaîne. Qu’est-ce que le personnage d’Angèle a de vous ? Mon corps, mes yeux, ma voix… Elle a joué La Bonne âme de Setchouan de Brecht. Ça a à voir avec moi : je suis entrée au Conservatoire à Paris avec cette pièce, je l’adore. C’est l’histoire d’une fille tellement gentille qu’elle est obligée de se déguiser en garçon pour parfois ne pas être gentille. C’est une parabole extrêmement violente et juste : il est difficile d’être bon. Ce personnage m’a toujours accompagnée dans ma vie. Tous les gens qui me connaissent le savent. Robert me vole tout le temps de

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