The Disaster Artist : Le fort minable James Franco

ECRANS | de et avec James Franco (E.-U., 1h44) avec également Dave Franco, Seth Rogen…

Vincent Raymond | Mercredi 7 mars 2018

Photo : ©Justina Mintz / A24 / New Line Cinema


Raconté du point de vue de Greg Sestero, un apprenti acteur fasciné par l'excentrique Tommy Wiseau, son condisciple en cours de théâtre, The Disaster Artist raconte comment celui-ci écrivit, produisit et dirigea The Room (2003), un drame si mauvais qu'il fut sacré nanar culte.

Hollywood suit à sa façon le dicton “léché, lâché, lynché” : à l'envers. En clair, une personnalité qui se ridiculise ou déchaîne la vindicte populaire devient, après une nécessaire phase de purgatoire, le substrat idéal pour un film — l'alchimie des studios transformant le vil plomb du réel en or au box-office. Souvent réservés aux politiques (Nixon, Bush), récemment à Tonya Harding, ces biopics volontiers endogènes puisent ainsi dans la masse insondable des casseroles californiennes.

On se souvient que Ed Wood (1994) avait permis à Burton non seulement payer un tribut sincère au roi de la série Z, mais de participer à sa postérité. The Disaster Artist ne peut décemment pas revendiquer la même bienveillance : James Franco faisant de Tommy Wiseau son Schpountz personnel, l'exhibant sur les tapis rouges comme César Vercingétorix vaincu à Rome.

Il y a dans l'attitude de Franco un mixte de cynisme ultime et d'obscénité qui rappelle ces gens justifiant ne pas être raciste en citant quelque ami·e basanné·e : puisqu'il lui lâche les miettes indirecte de sa gloire — tout ce après quoi l'atypique Tommy a couru en vain —, le bon James ne peut être soupçonné de ridiculiser Wiseau, à la ville comme à l'écran. Et pourtant…

S'adjugeant le rôle du type paumé dans sa psychose créatrice, cumulant réalisation et production, le moqueur Franco rivalise en égocentrisme avec son modèle. Certes, le sien est plus admis, plus social — en fait, plus bankable. Mais pour quel résultat ? Artistiquement insipide (n'est pas Hazanavicius qui veut), son film saprophyte est, d'un point de vue éthique, plus bas que terre : en dessous du navet.


The Disaster Artist

De James Franco (ÉU, 1h44) avec James Franco, Dave Franco...

De James Franco (ÉU, 1h44) avec James Franco, Dave Franco...

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En 2003, Tommy Wiseau, artiste passionné mais totalement étranger au milieu du cinéma, entreprend de réaliser un film. Sans savoir vraiment comment s'y prendre, il se lance … et signe THE ROOM, le plus grand nanar de tous les temps. Comme quoi, il n'y a pas qu'une seule méthode pour devenir une légende !


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"Séduis-moi si tu peux !" : Secrétaire très particulier

ECRANS | De Jonathan Levine (É.-U., 1h56) avec Charlize Theron, Seth Rogen, O'Shea Jackson Jr.…

Vincent Raymond | Mercredi 15 mai 2019

Reporter talentueux mais un peu trop intègre, Frank démissionne quand un magnat pourri rachète son journal. Au même moment, Charlotte Field, la Secrétaire d’État visant la Maison Blanche recherche une plume. Coup de bol, elle a été la baby-sitter de Fred quand il était ado… Actualisation d’un thème hollywoodien ô combien classique — le mariage de la carpe et du lapin, ou plus prosaïquement, de la belle de la bête — ces retrouvailles sont conformes à ce que l’on peut espérer, compte-tenu de la présence glamour de Charlize Theron et de celle, plus, transgressive de Seth Rogen : une charmante comédie sentimentale, relevée d’une sauce façon Farrelly — on vous passe l’ingrédient principal. À l’inévitable romance permettant à Madame Parfaite (modèle de luxe, avec élégance incarnée) de fendre l’armure et à Monsieur Tout-le-Monde (version très hirsute) de quitter sa posture d’adolescent rebelle, s’ajoutent les possibilités de comédie offertes par le contexte politico-médiatique, dans les coulisses d'une Maison Blanche occupée par un clown moins intéressé par la conduite de la Nation que

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Pomme Star - Danny Boyle fait le Jobs

ECRANS | Après s’être égaré en racontant les tribulations gore d’un randonneur se sciant le bras pour survivre (“127 heures”), Danny Boyle avait besoin de se rattraper. Il fait le job avec une évocation stylisée du patron d’Apple, première super-pop-star économique du XXIe siècle. Vincent Raymond

Vincent Raymond | Mardi 2 février 2016

Pomme Star - Danny Boyle fait le Jobs

« Penser “différent” »… Érigé en précepte par Steve Jobs soi-même, le slogan exhortant à la rupture créative et intellectuelle semble avoir guidé le scénariste Aaron Sorkin et le réalisateur Danny Boyle dans cette travail de la biographie (autorisée) du charismatique fondateur d’Apple, un pavé signé par Walter Isaacson détaillant par le menu l’existence de Jobs, listant également les innovations à mettre à son actif. Plutôt que de se lancer dans une illustration chronologique standard, visant l’exhaustivité en suivant le sempiternel et prévisible « sa vie, son œuvre », l’un et l’autre ont emprunté un chemin de traverse. Jobs ayant été, au-delà de toutes les controverses, une manière de stratège imposant sa vision d’une réalité distordue (et finalement, modelant la réalité à ses désirs), Sorkin et Boyle lui ont donc taillé un écrin biographique hors norme. Pour le cinéaste, cela passait par l’abandon de marques de fabrique virant au tic, comme les effets de montage épileptoïdes ou le recours à une bande originale utilitaire, marqueur temporel ou folklorique. Pour l’auteur du script, par la conception d’une sor

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Every Thing Will Be Fine

ECRANS | À partir d’un matériau ouvertement intimiste et psychologique, Wim Wenders réaffirme la puissance de la mise en scène en le tournant en 3D, donnant à cette chronique d’un écrivain tourmenté des allures de prototype audacieux. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mercredi 29 avril 2015

Every Thing Will Be Fine

On le croyait engoncé dans sa stature d’icône has been, contrebalançant la médiocrité de ses films de fiction par des documentaires consacrés à des "stars" culturelles (Pina Bausch, Sebastiao Salgado)… Mais Wim Wenders a encore la gnaque, et c’est ce que prouve Every Thing Will Be Fine. Le réalisateur de Paris, Texas est allé dégotter le scénario d’un Norvégien, Bjorn Olaf Johannessen, l’a transposé dans une autre contrée enneigée mais anglophone, le Canada, l’a revêtu d’un casting international et sexy (James Franco, Charlotte Gainsbourg, Marie-Josée Croze, Rachel MacAdams) et, surtout, l’a réalisé en 3D. Mais pas pour lancer des objets à la figure du spectateur ; il aurait de toute façon du mal puisque l’histoire est du genre intimiste de chez intimiste. On y suit sur une douzaine d’années les vicissitudes d’un écrivain (Franco) en panne et en bisbille avec sa compagne (MacAdams). Après une énième dispute, il écrase par accident l’enfant d’une jeune femme secrète (Gainsbourg) vers qui il sera attiré comme un aimant. Le récit avanc

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Palo Alto

ECRANS | Dans la famille Coppola, je demande la petite-fille, Gia, qui s’inscrit dans la lignée de Sofia en regardant l’ennui d’une poignée d’adolescents californiens friqués et à la dérive. Ça pourrait être agaçant, c’est étrangement séduisant et troublant. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mercredi 11 juin 2014

Palo Alto

Peut-on imaginer projet plus hype que ce premier film de Gia Coppola, petite-fille de Francis et nièce de Sofia et Roman, adapté des nouvelles autobiographiques écrites par James Franco, ici en professeur d’éducation physique qui prend son métier au pied de la lettre, au lycée comme en dehors ? Palo Alto traîne ce côté branché et chic jusque dans la matière de ses images, nimbées d’une légère brume à la mélancolie très arty — le chef opérateur s’appelle Autumn Duram et ça mériterait d’appeler Jacques Lacan — ne lésinant ni sur les ralentis, ni sur la pop et l’électro ambiant. Gia reconduit ainsi en mode mineur le grand thème de Sofia : le spleen adolescent né d’une rumination existentielle teintée d’ennui. On ne sait pas pourquoi April et Teddy, pourtant attirés l’un vers l’autre, se ratent et préfèrent se perdre dans des aventures sans issue, l’une avec son prof de sport donc, l’autre avec l’alcool et la drogue. Il y a bien chez April une famille manifestement à l’ouest — notamment un beau-père vraiment largué, incarné par un Val Kilmer poursuivant le numéro d’autodérision entamé dans Twixt — et chez Teddy, une sorte de désert affectif et quelques mauv

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As I lay dying

ECRANS | De et avec James Franco (ÉU, 1h49) avec Tim Blake Nelson, Danny MacBride…

Christophe Chabert | Lundi 7 octobre 2013

As I lay dying

Qui est James Franco ? Un dandy ? Un intellectuel ? Un phénomène branchouille ? Ainsi, la même semaine, il s’affiche devant la caméra déconnante de son pote Seth Rogen dans C’est la fin et fait ses débuts en tant que réalisateur. Enfin, pas vraiment, car si As I lay dying est son premier film à connaître une distribution sur les écrans français, il en a déjà tourné une quinzaine d’autres à un rythme fassbinderien, courts, moyens et longs, tous restés confidentiels. Cette adaptation de Tandis que j’agonise de Faulkner est en soi une énigme : s’agit-il d’une œuvre culottée, portée par un vrai regard de cinéaste, cherchant l’expérimentation plutôt que le conformisme, ou est-ce seulement le caprice arty d’un comédien à la mode qui se fait mousser en transposant à l’écran ses bouquins de chevet — aujourd’hui Faulkner, demain Cormac MacCarthy — ? La première partie, où Franco utilise avec une certaine audace le split screen pour retranscrire à la fois les actions et les monologues intérieurs des personnages, le tout dans une reconstitution minimale mais crédible, est assez fascinante, fidèle à la lettre du livre et à sa violence san

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Le Monde fantastique d’Oz

ECRANS | La rencontre entre Disney et Sam Raimi autour d’une ingénieuse genèse au «Magicien d’Oz» débouche sur un film schizo, où la déclaration d’amour au cinéma du metteur en scène doit cohabiter avec un discours de croisade post-Narnia. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 12 mars 2013

Le Monde fantastique d’Oz

En écrivant la semaine dernière que Spring Breakers était une variation autour du Magicien d’Oz où James Franco serait une version gangsta dudit magicien, on ne savait pas encore que celui-ci l’incarnait pour de bon dans cette version signée Sam Raimi. Il faut dire que le titre français est trompeur : il laisse entendre que l’on est face à un remake du classique de Victor Fleming, alors qu’il en écrit en fait la genèse. Il s’agit donc de raconter comment un prestidigitateur minable et très porté sur la gente féminine, qui se rêve en Thomas Edison mais se contente de tours à deux sous dans une roulotte du Kansas, va passer de l’autre côté de l’arc-en-ciel et découvrir le monde d’Oz, ses vilaines sorcières et son chemin de briques jaunes. Sam Raimi rend avant tout un hommage esthétique à l’original : il débute par trente minutes en noir et blanc, son mono et format carré, avant de laisser exploser couleurs, effets sonores et 3D débridée par la suite. Il y a là une jolie déclaration d’amour au cinéma comme illusion permanente et néces

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Spring Breakers

ECRANS | On le croyait égaré dans les paradis artificiels, mais Harmony Korine était en train de les filmer : avec Spring Breakers, il envoie quatre bimbos de la classe moyenne vivre le «rêve américain» en Floride, pour un aller sans retour où expérimentations furieuses, visions élégiaques et distance ironique composent une sorte de «Magicien d’Oz» à l’ère du dubstep et de l’ecstasy. Une claque ! Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 5 mars 2013

Spring Breakers

«Spring break, bitches !» : c’est le slogan lancé sur une plage à l’attention de centaines d’étudiants américains ivres de bière et avides de sexe, en maillots de bain ou topless, saisis sur fond de dubstep dans un ralenti qui vient souligner les défauts de leurs corps pas si parfaits. Ici, de la cellulite sur les fesses et les cuisses ; là, une trop visible marque de bronzage une fois le bikini tombé. «Spring break, bitches !» : c’est aussi un mot de passe qui ouvre sur une autre planète, soudain libérée de cette gravité qui pèse sur l’adolescence. Les parents, les cours, la morale, les interdits, tout cela disparaît quand ce nouveau magicien d’Oz qu’est le rappeur-gangsta James Franco, qui se fait appeler «Alien», prononce la formule magique. Le magicien des doses L’apesanteur, Harmony Korine en fait le motif principal de sa mise en scène. Spring breakers se maintient une heure trente durant dans un flottement permanent, le cinéaste prélevant de brefs instants à l’intérieur des scènes pour construire une temporalité irréelle où le passé, le présent et le futur se télescopent sans cesse. L’expérience, hautement narc

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