Benoît Jacquot : “Chacun est porteur d'un secret, d'une intimité secrète”

Entretien | Déjà porté à l’écran par Joseph Losey en 1962 avec Jeanne Moreau, le thriller psychologique "Eva" est à présent adapté par Benoît Jacquot avec Isabelle Huppert dans le rôle-titre.

Aliénor Vinçotte | Mercredi 7 mars 2018

Photo : © EuropaCorp Distribution


Qu'est-ce qui vous a plu dans cette histoire?
Benoît Jacquot
: J'avais lu le livre de Chase en cachette à un âge précoce, quand je devais avoir 14 ans, bien avant d'avoir vu Eva de Joseph Losey, sorti sur le grand écran autour de mes 17 ans. Ce film m'avait marqué dans la mesure où je considérais Losey comme un maître à une époque où je commençais à vouloir faire du cinéma. Lorsque j'ai pris connaissance du livre de Chase, je m'étais dit que ce serait un film que je pourrais faire un jour. Cette idée m'a poursuivi de façon régulière pendant longtemps, jusqu'à ce qu'enfin l'occasion se présente.

Quant au film de Losey, je ne l'ai pas revu depuis 50 ans. J'en garde un souvenir très imprécis. Je ne peux pas dire qu'il m'ait soit inhibé, soit élancé pour le film que je faisais. Au final, je l'ai réalisé comme si celui de Losey n'existait pas.

Il faut croire que c'est un exercice que j'aime bien : j'ai fait à peu près la même chose avec le Journal d'une femme de chambre, qui était encore plus marquant dans la mesure où c'étaient deux très grands cinéastes (Jean Renoir, 1946 et Luis Buñuel, 1964) qui l'avaient mis en scène auparavant. Ceux-là en revanche, je les avais gardé en tête.

La version de Buñuel avait aussi été réalisée avec Jeanne Moreau dans le rôle principal…
Je ne crois pas qu'il y ait de lien. Effectivement, un autre film avec Jeanne Moreau avait suscité mon intérêt, mais beaucoup moins connu du public. Le titre était Mademoiselle, d'après Jean Genet. Il avait écrit le scénario avec Marguerite Duras. Le film avait une certaine force.

Au moment venu, j'ai proposé aux productrices avec qui j'étais en contact de mettre en scène soit Eva, soit Mademoiselle qui avaient déjà été réalisés avec Jeanne Moreau. Après, il faut quand même souligner que sa carrière est quand même extraordinairement abondante en bons films, en films intéressants et en chefs d'œuvres… Un peu comme Isabelle ! (rires)

Qu'est-ce qui a motivé vos choix géographiques ?
C'est un peu hasardeux. Je savais que ce film pourrait se faire, j'allais donc entreprendre l'écriture du scénario et la mise en place du projet, sans pour autant avoir d'idée de lieu (je me doutais que ce ne serait pas Venise, comme avec Losey). En allant à un festival italien à Annecy, je me suis dit que l'endroit s'y prêtait bien avec sa géographie, cet enclavement de la ville, ses lacs, la région avec ses montagnes les unes au-dessus des autres. Les hôtels et toute l'activité présente autour du lac ont aussi motivé mes choix de lieux.

Pour Eva, aviez-vous eu immédiatement Isabelle en tête lors de l'écriture du scénario ?
Quasiment. Mais, dans mon processus habituel, j'ai pris l'habitude d'écrire le scénario avant de penser à l'actrice qui interpréterait mon personnage principal — ce qui n'est pas le cas en général quand je travaille avec Isabelle. Quand je fais des films avec elle, on en discute avant même qu'il se mette sur pied. De telle sorte que je l'ai dit au producteur, éventuellement intéressé, qu'Isabelle pourrait interpréter Eva.

Pourquoi avoir fait de Gaspard un personnage de prostitué ?
Parce que ce qui m'intéressait, c'était de fabriquer le film sur un écho des deux lignes de vie — qui sont celles d'Eva, jouée par Isabelle et de Bertrand, incarné par Gaspard Ulliel — et de créer des échos entre leur duplicité, c'est-à-dire leur façon d'être double, divisé. Mais chacun est porteur d'un secret, d'une intimité secrète. L'un, ce quasi crime qu'il a commis, et l'autre la cause réelle, vécue, de son activité prostitutionnelle, qui est cette prison où elle visite son mari. En fait, le personnage d'Eva est peut-être une pute d'un côté mais c'est aussi une très grande amoureuse. C'est une femme absolument fidèle, une Pénélope.

Avez-vous travaillé ensemble sur l'aspect de la ”tenue de travail“ d'Eva ?
Effectivement, on se voit beaucoup pour travailler sur cet aspect-là. Par exemple, l'idée de la perruque — initialement non prévue dans le scénario — est venue d'elle-même en discutant. La question était de savoir comment manifester de façon forte le passage de la vie quotidienne avec les heures de boulot de ton personnage. C'est ainsi que l'idée de la perruque est venue. On s'était dit : « Pourquoi pas une perruque ? », puis Isabelle en a essayé une. On a trouvé que c'était bien.

Vos personnages féminins ont souvent une personnalité complexe et manipulatrice…
Elles ont effectivement des personnalités complexes. Mais je ne dirais pas manipulatrices parce qu'en général, je crois plutôt qu'elles cherchent à s'extraire justement d'une situation manipulée dans mes films. Elles sont douées d'une autonomie qui leur permet de sortir de quelque chose, d'une situation où elles seraient manipulables, où elles dépendraient.

D'où vient cet intérêt pour la gent féminine ?
C'est difficile à dire. Cela fait un bout de temps que je suis au monde et je me suis toujours intéressé beaucoup à la part féminine de l'humanité. Y compris à la mienne d'ailleurs. Cela m'intéresse plus a priori que l'autre côté. Je préfère parler doucement avec Isabelle pendant des heures — ce qu'on fait quand on tourne — plutôt que d'être avec un pote, lui taper sur l'épaule et lui dire : « Hé ça va ? ».

Comment cela s'est passé sur le tournage avec Gaspard Ulliel ?
Gaspard, je m'entends très bien avec lui parce qu'il a quelque chose de très féminin. Enfin, on peut appeler cela "féminin", d'autres diront "félin" ou… Il a même un côté animal. Parfois, on dirait qu'il flaire ce qu'il se passe autour de lui et j'aime bien cela. Et il est immédiatement sexuel, c'est toujours intéressant.


Eva

De Benoît Jacquot (Fr, 1h40) avec Isabelle Huppert, Gaspard Ulliel...

De Benoît Jacquot (Fr, 1h40) avec Isabelle Huppert, Gaspard Ulliel...

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Tout commence par une tempête de neige. Eva, troublante et mystérieuse, fait irruption dans la vie de Bertrand, écrivain prometteur. Cette rencontre va bouleverser Bertrand jusqu’à l’obsession et le fera glisser jusqu’à sa perte.


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Jean-Claude Mourlevat : le bonheur simple des mots

Portrait | Premier récipiendaire français du prestigieux Astrid Lindgren Memorial Award récompensant chaque année un auteur d'enfance et de jeunesse, Jean-Claude Mourlevat voit ainsi couronnées vingt-trois années d’écriture. L’occasion de revenir avec lui sur son parcours d’homme, une vie plurielle faite de rebondissements inattendus et de beaux succès.

Niko Rodamel | Mercredi 9 juin 2021

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Jean-Claude Mourlevat est né au printemps de l’année 1952 à Ambert, en Auvergne. Il se souvient d’une enfance heureuse, au Moulin de la Cour, un lieu-dit situé tout près du village de Job. « Mon père était meunier, il allait chercher le grain dans les fermes et il en faisait de la farine qu'il livrait ensuite aux boulangers. Mais chez nous, c'était aussi une ferme, nous avions des vaches, des cochons, des lapins et des poules. Ma mère s'occupait de ses six enfants, dont les trois aînés sont nés à la maison. Cinquième de la fratrie, j’ai trois frères et deux sœurs. » Jusqu’à ses 10 ans, le petit Jean-Claude fréquente l'école communale du village. Mais en septembre 1962, il doit rejoindre ses frères à l'internat du lycée Blaise Pascal, à Ambert. « La première année s'est très mal passée. » Une autre page se tourne quelques années plus tard, lorsque le paternel est contraint de fermer son moulin. « Notre Moulin de la Cour s'est peuplé de dizaines, puis de centaines de porcs grognant et hurlant. Je n'ai pas aimé ça. » Bac en poche, Jean-Claude prend la poudre d'escampette et poursuit ses études à Strasbourg, Toulouse, Stuttgart,

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C'est un peu comme si les ados avaient désormais leur propre Fête du livre. La Ville de Saint-Étienne a en effet d'annoncer la tenue de son premier festival entièrement dédié à la littérature ado. Vendredi 2 et samedi 3 juillet, Livreurs d'histoires réunira dix auteurs dont les œuvres s'adressent aux 12/18 ans. Parmi ceux-là, Clémentine Beauvais (marraine de cette première), Élise Fontenaille, Myriam Gallot, Jean-Claude Mourlevat - dont nous avons tiré le portrait ce mois -, Zac Deloupy ou encore Jhon Rachid & Léni Malki. À noter que ces deux jours seront également ponctués de plusieurs animations telles que des ateliers Tik Tok (avis aux non-initiés...), coaching vocal et d'écriture mais aussi un concert avec le rappeur Djemin et une adaptation dansée par le Ballet 21 de l'ouvrage Décomposée de Clémentine Beauvais. Festi

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Fierté locale | En recevant le très prestigieux prix de littérature jeunesse Astrid Lindgren, l’auteur ligérien Jean-Claude Mourlevat vient de décrocher le Graal et la timbale du même coup. Une magnifique reconnaissance qui vient couronner l’œuvre de cet homme prolifique qui cultive pour autant la simplicité et la discrétion. Réaction.

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Sur un nuage

Vos nombreux romans ont été salués par près d’une centaine de prix. Avez-vous conscience qu’en recevant l’ALMA (Astrid Lindgren Memorial Award), vous jouez aujourd’hui dans la cour des très grands ? C’est en effet une vraie dinguerie qui m’arrive là ! En matière de littérature jeunesse il y a des prix de toutes sortes, mais au niveau international il n’y en a que deux. J’avais raté de très peu le prix danois Hans-Christian-Andersen et j’étais dans la shortlist de l’ALMA depuis une dizaine d’années, je m’étais donc fait une raison, me disant que ma chance était sans doute passée. Cette année, nous étions 262 nominés issus de 68 pays. Ma stupéfaction n’en a été que plus grande lorsque j’ai appris la bonne nouvelle ! Comment avez-vous été prévenu et quand allez-vous recevoir votre trophée ? Pour dire la vérité, j’avais complètement oublié le jour de la proclamation du palmarès ! J’étais à un enterrement dans mon petit village familial, Job, près d’Ambert où je suis né. Je venais de perdre ma tante, qui était également ma marraine, une personne que j’aimais vraiment beaucoup. C’est lorsque j’ai checké mes mails au reto

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Une table ronde pour parler culture & création émergente

Evenement | L'association stéphanoise Phénomène, « laboratoire créatif qui promeut l'accompagnement et la diffusion de la création émergente dans la culture et les médias », (...)

Nicolas Bros | Mercredi 27 janvier 2021

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L'association stéphanoise Phénomène, « laboratoire créatif qui promeut l'accompagnement et la diffusion de la création émergente dans la culture et les médias », organise une table ronde ce mercredi à 18h30. Cette dernière permettra à divers acteurs de débattre sur la place de la création émergente dans les politiques culturelles, leur avenir et l'impact de la crise que nous traversons. Cette rencontre réunira Baptiste Thévelin, fondateur de Maze, Médianes et Pays et ex-président d'Animafac, Pierre Triollier, festival du Film Jeune de Lyon, Fanny Chateau, du projet Pluri'elles au sein de l'association Neodémos,

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Une saison relevée

Panorama musiques actuelles 2020/2021 | Le Roi Bazbaz « C'est qui le chef j'te l'demande » interroge Camille Bazbaz en ouverture de Le Boss, troisième titre de son (...)

Nicolas Bros | Mercredi 9 septembre 2020

Une saison relevée

Le Roi Bazbaz « C'est qui le chef j'te l'demande » interroge Camille Bazbaz en ouverture de Le Boss, troisième titre de son album Manu Militari. On aurait envie de dire « c’est toi Camille ! », tellement le dandy troyen a délivré ici un album équilibré même s’il nous avait confié en interview que sa création avait été un « joyeux bordel ». Oscillant entre chanson, reggae et soupçons électroniques, on dandine, on chantonne et on se laisse emporté par ce phrasé nonchalant significatif du monsieur. NB Bazbaz, samedi 26 septembre à 21h, parking Dubuc à Montbrison // Edit : Les concerts du 25 septembre à 21h (Division d’honneur + MC Pampille + BAASTA!) et du 26 septembre à 21h (Belfour + Bazbaz) sont annulés. Pour vous faire rembourser, vous pouvez faire parvenir au théâtre des Pénitents l’original du billet (ou une impression pour les billets achetés sur internet), votre RIB et vos coordonnées (nom, prénom, adresse, email et téléphone portable). Saint

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Isabelle Huppert : « Au cinéma, on ment par définition »

La Daronne | Impossible de la manquer cette semaine à Lyon : sa silhouette est aux frontons de tous les cinéma et vous la croiserez peut-être au gré des rues puisqu’elle vient de débuter le tournage du nouveau film de Laurent Larrivière avec Swann Arlaud. Elle, c’est, évidemment Isabelle Huppert, une des “daronnes“ du cinéma français et celle que Jean-Paul Salomé a choisie pour incarner Patience Portefeux dans son polar. Rencontre.

Vincent Raymond | Jeudi 10 septembre 2020

Isabelle Huppert : « Au cinéma, on ment par définition »

Comment choisissez vous vos rôles ? En fonction de ce que vous auriez envie de voir ou en rupture par rapport à ce vous avez fait auparavant ? Isabelle Huppert : C’est peut-être plus une question que se pose le metteur en scène que l’acteur. Parce qu’au fond, un acteur a peu de pouvoir sur la possibilité d'un film. Sinon, un peu tout dans la genèse m’attire : entrer dans un personnage, travailler avec un metteur en scène, le dialogue, une phrase qui vous reste dans la tête et qu’on se redit et rien que pour cette phrase on a envie de faire le film… C’est mystérieux de définir précisément, parce que c’est un processus particulier qui vous amène chaque fois à faire un film. Un film est quand même à chaque fois une aventure un peu existentielle : il y a tout un chemin qui vous y mène et qui n’est jamais le même… Quel a été le point de départ de La Daronne ? Le livre, que j’ai lu avant de savoir que Jean-Paul Salomé voulait faire le film. J’ai entendu Anne-Laure Cayre [l’autrice et coscén

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"La Daronne" : Chit et chut !

ECRANS | ★★★☆☆ De Jean-Paul Salomé (Fr., 1h30) avec Isabelle Huppert, Hippolyte Girardot, Farida Ouchani… Sortie le 9 septembre 2020

Vincent Raymond | Mercredi 9 septembre 2020

Interprète cachetonnant à la traduction d'écoutes policières, Patience Portefeux trouve un moyen de régler ses ardoises : écouler une cargaison de chit subtilisée à ses propriétaires et devenir fournisseuse en gros. La police va s’escrimer à identifier cette mystérieuse nouvelle “Daronne“… Bardée de slogans qui claquent et d’un logo du festival de l’Alpe-d’Huez, l’affiche mettant en valeur une Isabelle Huppert voilée comme une riche Émiratie tend à faire passer La Daronne pour une comédie. En réalité, il s’agit là, comme pour le personnage de Patience, d’un déguisement dissimulant sa vraie nature de film noir à la croisée des mafias marocaines et chinoises et reposant sur des impératifs sociaux (payer l’EHPAD de sa mère, rembourser les dettes de son défunt mari, aider ses filles) : c’est la nécessité qui fait la hors-la-loi. Et sous cet épiderme de polar affleure un autre film encore, à la tonalité étonnamment mélancolique, nostalgique, où Patience (prénom décidément bien trouvé) peut enfin renouer avec son passé. Celle qui propose dans un langage fleuri mi argotique, mi arabe, à de petites

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"L'Envolée" : L’adolescence au tapis

ECRANS | De Eva Riley (G.-B., 1h23) avec Frankie Box, Alfie Deegan, Sharlene Whyte…

Vincent Raymond | Mercredi 8 juillet 2020

Mère décédée, père au comportement infantile, démissionnaire et absent… À 14 ans, Leigh s’assume toute seule, tenant grâce à la gymnastique. Las, ses résultats sont en berne depuis peu. L’arrivée d’un grand frère, jusqu’alors inconnu et un brin voyou, va faire évoluer son caractère… Rien de nouveau sous le soleil de cette satanée Angleterre : une banlieue entre pavillons premier prix et villas de quartiers huppés, de la misère sociale, des ados qui zonent et des adultes qui picolent. Et puis, au club gym, Leigh la petite prolo se fait chambrer par les “copines“ trop stylées, trop méchantes, trop blondes, trop friquées, trop pétasses… Avouons que le cadre est connu, proche du cliché. Mais Eva Riley sait se centrer sur le ressenti de son personnage et le transmettre sans un mot de trop. Confrontée trop tôt à la solitude, Leigh cherche des yeux une attention — ses regards vers les autres mères en disent long. Pas forcément quelqu’un qui l’admire, juste une présence qui fasse d’elle une “fille normale“, et non une orpheline mendiant de l’affection… et refusant la pitié tout à la fois. La relation ambiguë, semi incestueu

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Frédéric Legros : « On a travaillé deux fois plus vite pour être prêts »

ARTS | Comme beaucoup de responsables d’institutions culturelles, Frédéric Legros se souviendra du printemps 2020 comme d’une saison non en enfer, mais au purgatoire. Le directeur du Palais Idéal du facteur Cheval se projette néanmoins avec confiance dans l’avenir…

Vincent Raymond | Mardi 9 juin 2020

Frédéric Legros : « On a travaillé deux fois plus vite pour être prêts »

Comment s’est déroulée votre réouverture ? Frédéric Legros : Pour tout vous dire, nous nous attendions à rouvrir en juin. Et au cours d’une conférence de presse, le préfet de la Drôme a annoncé qu’il invitait les musées et différentes structures du département à rouvrir au public, dont le Palais Idéal — seule structure nommément citée. On a donc accéléré le travail en cours sur le protocole de réouverture qui passait notamment par la mise en place d’une billetterie en ligne et d’un système de réservation, ce qui n’avait jamais existé au Palais. On l’avait prévu pour juin afin de gérer les flux, et au final on a travaillé deux fois plus vite pour être prêts. Mais c'était plutôt heureux d’avancer dans ce sens. D’autant que ça été vécu vraiment comme une bonne nouvelle, et un très bon signe. La semaine dernière j’ai fait une réunion en visio avec les différents partenaires de la Communauté de commune — 39 communes entre l’Ardèche et la Drome — et tout le monde était hyper content d’apprendre la réouverture du Palais. Après deux mois de confinement à

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Correspondances : Les Pages d’Agnès

ARTS | Jeune photographe, Agnès Varda avait en 1955 visité et immortalisé par quelques clichés le Palais Idéal. Celui-ci lui rend son hommage en lui consacrant un triptyque d’expositions dont la première s’admire en ce moment, en toutes lettres…

Vincent Raymond | Mardi 9 juin 2020

Correspondances : Les Pages d’Agnès

Fécondes sont depuis toujours les noces entre les artistes et le Palais Idéal. En particulier ceux et celles dont l’originalité ne souffre pas de frontière ni ne conçoit rien d’impossible. Picasso, Breton, Lee Miller, Éluard, Max Ernst ou Neruda sont ainsi tombés sous le charme de l’étrange édifice quand une masse objectait encore des atrocités sur cette œuvre spontanée. Entre eux, les artistes se reconnaissent, s’inspirent et nouent naturellement d’osmotiques correspondances. Pour les développer, le Palais Idéal accueille depuis une quinzaine d’années dans son enceinte (où il dispose d’un espace muséographique flambant neuf, en sus de la Villa Alicius) ainsi que dans le Château de Hauterives, des expositions en résonance, vibration ou capillarité artistique avec l’univers du facteur. Inventive, fantasque et pluridisciplinaire, la regrettée photographe-cinéaste-plasticienne Agnès Varda a les honneurs des lieux pour non pas une, mais trois expositions, dont la première actuellement visible, porte avec justesse et sobriété le titre de Correspondances. Tournée géniale

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Le Palais idéal du Facteur Cheval, le message au-delà de l’enveloppe

Visite | À 75km de Lyon, Grenoble et Saint-Étienne, se dresse à Hauterives dans la Drôme le Palais Idéal du Facteur Cheval, « unique exemple d’architecture naïve » selon André Malraux qui le fit classer Monument historique. Une destination elle aussi idéale pour renouer avec l’Art…

Vincent Raymond | Mardi 9 juin 2020

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Au premier abord, cela tiendrait presque de la provocation : pourquoi, après presque deux mois de confinement, sortir de chez soi pour se précipiter vers… une maison — pardon : un “palais” ? Atypique, certes, car bien loin du faste et de l’immensité généralement attachés à ce type de bâtiment : assez monumental pour être gravi ou traversé de part en part, mais trop réduit pour servir de demeure. “Idéal“, il l’est pourtant, puisqu’il constitue l’exceptionnelle matérialisation d’un rêve, offrant à tout un chacun la possibilité de le partager concrètement, d’en faire collectivement l’expérience physique. Nous sortons d’une période entre parenthèses qui nous a forcés à habiter différemment l’espace et reconsidérer les notions de domicile, de dedans, de dehors. Mais permis, aussi, de mieux percevoir l’importance structurante des méthodiques rituels quotidiens, quels qu’ils soient, ainsi que la valeur de l’obstination. Un contexte propice pour comprendre à quel point la fameuse sentence (attribuée à un peu tout le monde) « l’imagination est la folle du logis » prend son sens devant cet édifice, fruit du

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"Proxima" : Maman est au ciel

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Vincent Raymond | Mercredi 27 novembre 2019

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Ni selle, ni maître

Nuits de Fourvière | Sans cavalier, les chevaux s'emparent de la piste. Ils sont les acteurs, les comédiens et les danseurs d'Ex Anima. Les dresseurs, eux, (...)

Antoine Desvoivre | Mardi 2 juillet 2019

Ni selle, ni maître

Sans cavalier, les chevaux s'emparent de la piste. Ils sont les acteurs, les comédiens et les danseurs d'Ex Anima. Les dresseurs, eux, s'effacent et laissent les animaux seuls maîtres à bord. En rupture avec la tradition des spectacles de Bartabas, ici, pas de voltige, pas d'acrobatie mais une interprétation libre des chevaux, qui enchaînent une suite de tableaux en harmonie et sans aucune interférence humaine. Il ne s'agit pas d'une performance de dressage ; le miracle à l'œuvre est tout autre. Au lieu de s'appuyer sur un conditionnement de l'animal, le spectacle rend hommage aux comportements instinctifs des équidés. C'est un véritable théâtre équestre et ses protagonistes se laissent régulièrement aller à l'improvisation. Et quand la star décide de ne pas suivre le script, c'est la régie son et lumière qui s'adapte. Une belle mise en valeur de la part de la troupe de Bartabas pour les chevaux qui travaillent fidèlement pour eux depuis tant d'années. Ex-Anima du Théâtre Équestre Zingaro, Jusqu'au 24 juillet dans le chapiteau du Parc de Parilly à Bron (Rhône)

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"Nevada" : Remise en selle

ECRANS | De Laure de Clermont-Tonnerre (Fr.-É.-U., 1h36) avec Matthias Schoenaerts, Jason Mitchell, Bruce Dern…

Vincent Raymond | Mercredi 19 juin 2019

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"Greta" : L'affaire est dans le sac

Thriller | de Neil Jordan (É.-U.-Irl., int.-12ans, 1h38) avec Isabelle Huppert, Chloë Grace Moretz, Maika Monroe…

Vincent Raymond | Mercredi 12 juin 2019

Serveuse à New York, Frances trouve un soir dans le métro un élégant sac à main. Il appartient à Greta, une excentrique vieille Française qui conquiert vite la jeune fille. Frances découvre alors combien Greta peut se montrer intrusive et inquiétante. Mais n’est-ce pas déjà trop tard ? Depuis combien de temps n'avait-il pas été plaisant de voir Isabelle Huppert à l'écran ; c'est-à-dire appelée pour autre chose qu'un rôle lui donnant le prétexte d'être soit une victime à la passivité suspecte pour ne pas dire consentante, soit une épave bourgeoise — les deux n'étant pas incompatibles ? Neil Jordan a eu le nez creux en pensant à elle : d'ordinaire agaçantes, les minauderies de son jeu se révèlent ici franchement inquiétantes et servent à asseoir la dualité de son personnage de prédatrice : sous des dehors lisses et respectables, sans âge, Greta tient du vampire, auquel il ne faut jamais ouvrir sa porte si l'on veut s'en prémunir, mais qui ne vous lâchera pas si vous l'invitez chez vous. Jordan s'y connaît sur le sujet. Le terme a beau paraître galvaudé, on peut parler en l'occurren

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Justine Triet : « La particularité de Sibyl, c’est son côté kaléidoscopique »

Sibyl | Le troisième long métrage de Justine Triet sera le dernier à être présenté aux jurés du 72e festival de Cannes. Avant les marches et donc le palmarès, la scénariste-réalisatrice évoque la construction de ce film complexe et multiple…

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Justine Triet : « La particularité de Sibyl, c’est son côté kaléidoscopique »

Est-ce difficile de parler d’un film où la confession occupe une place aussi importante ? Le plus difficile quand on fait un film, c’est quand il n’est pas assez vu ou qu’il reste très peu en salle… C’est une expérience que j’ai un peu connue avec mon premier, La Bataille de Solférino. Le reste franchement, c’est chouette… (rires) Sibyl parle de la création et aussi de la transgression (des confessions, des serments médicaux)… Est-ce qu’il faut une part de transgression dans tout acte de création ? Je pense que oui. C’est difficile de ne pas être tenté de transgresser pour écrire, pour faire un film, pour tourner : on est tous des vampires, d’une certaine façon. Après, Sibyl va beaucoup plus loin que la majorité des gens et ça m’intéressait de pousser mon personnage dans les limites extrême. Quand elle est sur l’île, elle ne distingue même plus ce qui est de l’ordre de la réalité et de la fiction : elle est dans un vertige absolu de son existence, elle a dépassé les limites

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"Sibyl" : Voleuse de vie

Dramédie | Une psy trouve dans la vie d’une patiente des échos à un passé douloureux, s’en nourrit avec avidité pour écrire un roman en franchissant les uns après les autres tous les interdits. Et si, plutôt que le Jarmusch, Sybil était LE film de vampires en compétition à Cannes ?

Vincent Raymond | Jeudi 2 mai 2019

Alors qu’elle cesse peu à peu ses activités de psychanalyste pour reprendre l’écriture, Sibyl est contactée par Margot, une actrice en grande détresse qui la supplie de l’aider à gérer un choix cornélien. Sybil accepte, mais elle va transgresser toutes les règles déontologiques… « On construit sur la merde », lâche à un moment Sibyl à sa patiente désespérée, comme l’aveu de sa propre déloyauté : pour accomplir son œuvre artistique et se réconcilier avec son propre passé, n’est-elle pas en train de piller les confidences de Margot, d'interférer dans sa vie ? Comme si la pulsion créatrice l’affranchissait des commandements inhérents à sa profession de thérapeute, et justifiait son entorse éthique majeure. Dans Petra de Jaime Rosales, un grand artiste — mais être humain parfaitement immonde — proclamait qu’il fallait être d’un égoïsme total pour réussir dans sa partie ; à sa manière, Sibyl suit son précepte. Coup de psychopompe La tentation est grande d’effectuer une interprétation lacanienne

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"Avengers : Endgame" : La fin justifie les grands moyens

MARVEL | Les Avengers s’unissent pour défaire l’œuvre destructrice de Thanos. Après un Infinity War en mode “demande à la poussière“, ce Endgame boucle (quasiment) par un grand spectacle philosophique la 3e phase de l’Univers cinématographique Marvel.

Vincent Raymond | Mercredi 24 avril 2019

Après que Thanos a, grâce au gantelet orné des six Pierres d’Infinité, exterminé la moitié des êtres de l’univers, les Avengers survivants tentent de se rassembler. Il faudra attendre cinq ans que Ans-Man sorte accidentellement de l’infiniment petit quantique, pour que Tony Stark accepte de joindre ses forces à leur plan fou : remonter dans le temps afin d’empêcher Thanos de s’emparer des Pierres… Où l’ensemble des fils et arcs narratifs laissés en suspens depuis 21 films et 3 phases par les différentes franchises Marvel sont appelés à se boucler. Mais de même qu’« il faut savoir finir une grève » comme disait Thorez, mettre un terme à un cycle ne s’improvise pas. Avengers : Infinity War (2018) avait laissé entrevoir une bienheureuse inflexion dans la série : à la surenchère de combats de colosses numériques entrelardés de punchlines boutonneuses (Captain America Civil War), avait succédé une dimension plus sombre, volontiers introspective grâce à l’intégration de Thanos. Un antagoniste moins manichéen qu’il y semblait, semant une

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"Comme si de rien n'était" : Stupeur et tremblements

Drame | De Eva Trobisch (All., 1h30, avec avert.) avec Aenne Schwarz, Andreas Döhler, Hans Löw…

Vincent Raymond | Mardi 2 avril 2019

Encore un peu secouée par la liquidation de sa petite société d’édition, Janne se rend à une soirée d’anciens. Si elle renoue avec un ancien prof, elle y rencontre aussi le patron de celui-ci qui abuse d’elle. Sous le choc, Janne est incapable de réaliser de ce qu’elle a subi… On ne pouvait choisir meilleur titre pour ce portrait de femmes — car au-delà de Janne, sa mère et l’épouse de son agresseur sont aussi représentées — à la fois mélancolique et terriblement actuel. Perturbant dans le bon sans du terme, ce film sortant dans le sillage du mouvement #MeToo met en lumière l’état de sidération psychique touchant de nombreuses victimes de viol pouvant les rendre mutiques, honteuses voire les contraindre à refouler leur traumatisme, histoire de “sauver les apparences“. Piégée par son silence, par le contexte social et les pressions professionnelles comme sa volonté de donner le change pour complaire aux stéréotypes sociétaux, Janne perd doucement pied ainsi que ses proches. Renvoyant chacune et chacun à son seuil d’acceptation et de tolérance face aux agressions du quotidien, qu’

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Vincent Lindon : « On fait ce métier pour s’oublier »

Dernier Amour | Passionné comme toujours et comme toujours passionnant, Vincent Lindon évoque sa nouvelle collaboration avec l’un de ses metteurs en scène fétiche. De l’approche d’un rôle historique et de la philosophie de l’interprétation des personnages…

Vincent Raymond | Jeudi 21 mars 2019

Vincent Lindon : « On fait ce métier pour s’oublier »

Comment avez-vous convaincu Benoît Jacquot, avec qui vous avez une longue complicité, de vous confier ce rôle de Casanova ? Vincent Lindon : Au départ, je venais le chercher pour déjeuner, il était dans son bureau et il parlait de son prochain film avec ses producteurs. Il m’a annoncé : « Je vais faire Casanova » Et j’ai aussitôt répondu : « Non, c’est moi qui vais faire Casanova. — Non, il a 26 ans, c’est l’histoire d’un jeune Casanova avec une dame plus âgée. — Ben, c’est plus ça. Il y a bien un moment où il est vieux ? — Tu plaisantes ? — Non, non, je suis très sérieux. — Fais attention, Vincent : si je te prends au mot, tu vas être bien embêté — Pas du tout : prends-moi au mot ! — Il y a bien un épisode avec la Charpillon… » Et ils ont bifurqué sur cette histoire. Qu’est-ce qui vous a séduit à ce point dans ce personnage ? Casanova, quand même ! Il n’y a pas beaucoup de personnages de cette dimension. J’ai fait Rodin, le professeur Charcot.

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"Dernier Amour" : Plaire, aimer, éconduire vite

ECRANS | De Benoît Jacquot (Fr., 1h38) avec Vincent Lindon, Stacy Martin, Valeria Golino…

Vincent Raymond | Jeudi 21 mars 2019

Au soir de sa vie, Casanova évoque à une confidente un épisode de sa vie aventureuse se déroulant à Londres, où il vivait alors en exil ; un souvenir douloureux lié à une femme dont il s’est épris, qui jamais n’a cédé à sa cour : la Charpillon, une courtisane au corps et à l’esprit bien faits… Comment diable éprouver de l’empathie pour la personne de Casanova, l’aventurier qui épousa le XVIIIe siècle en triomphant des geôles, des duels et des revers de fortune ; l’infaillible séducteur que sa réputation en tout lieues précédait et qui, de surcroît taquina la muse pour composer en sus de ses mémoires, quelques ouvrages réputés ? En le dépeignant dépourvu de ses talents et mérites, chevalier à la triste figure confronté au doute, à l’échec et à la déchéance. En rendant, en fait, à ce héros hors normes sa qualité d’humain. Le Casanova façonné par Benoît Jacquot pour Vincent Lindon (et réciproquement) apparaît ainsi comme une montagne de fragilité et de doute, au moment où la certitude de son prestige commence à s’effilocher, où de l’adret son charme verse dans l’ubac. Da

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"Un coup de maître" : Vieilles canailles !

ECRANS | De Gastón Duprat (Esp.- Arg. 1h41) avec Guillermo Francella, Luis Brandoni, Raúl Arévalo…

Vincent Raymond | Mercredi 6 février 2019

Galeriste à Buenos Aires, Arturo est las de soutenir Renzo, un ami peintre jadis à la mode, mais aujourd’hui dépassé et aigri. Alors qu’il vient de saborder une magnifique chance de se refaire, Renzo est victime d’un accident qui le laisse amnésique. Pour Arturo, c’est une occasion en or… Coréalisateur de l’excellent Citoyen d’honneur, Gastón Duprat continue d’explorer les saumâtres coulisses de la création artistique, jetant ici son dévolu sur un plasticien et son nécessaire double, conjointement homme-lige et parasite, le galeriste. Car dans ce duo complexe (l’un s’acquitte de l’art, l’autre des chiffres), bien malin qui saurait les départager en terme de filouterie : le peintre se vante d’être ontologiquement ambitieux et égoïste (il prétend que c’est une condition sine qua non pour exercer son métier), le marchand ne fait pas mystère de sa passion pour les dollars. À partir de ces deux personnages en apparence peu fréquentable

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Un Conte qui se « Goupil » bien

Classique | Ouvrage médiéval à la genèse obscure, le Roman de Renart n’en finit pas d’inspirer les écoliers pas très sages. Adapté, interprété, mis en scène par Grégoire Béranger, cet (...)

Alain Koenig | Mardi 5 février 2019

Un Conte qui se « Goupil » bien

Ouvrage médiéval à la genèse obscure, le Roman de Renart n’en finit pas d’inspirer les écoliers pas très sages. Adapté, interprété, mis en scène par Grégoire Béranger, cet agrégat de mystérieuses et subversives octosyllabes, donnera par la magie du Choeur de Femmes de Laurent Touche du grain à moudre aux petits comme aux grands. Le pêcheur à la lune, samedi 16 février 2019 à 20h à l'Opéra de Saint-Étienne

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"L'Incroyable histoire du Facteur Cheval" : Aux marges du palais

Biopic et pioche | Biopic et pioche de Nils Tavernier (Fr., 1h45) avec Jacques Gamblin, Laetitia Casta, Bernard Le Coq…

Vincent Raymond | Mercredi 16 janvier 2019

Drôme, XIXe siècle. Maladivement réservé et mutique, le facteur Cheval effraie bon nombre des villageois qu’il croise durant sa tournée. Sauf la belle Philomène, qu’il va épouser. Pour leur fille Alice, il va entreprendre la construction d’une œuvre spontanée et insensée : un palais idéal. À partir des bribes de témoignages et de rares documents d’époque (dont le fameux cahier autographe de Joseph-Ferdinand Cheval), Nils Tavernier dresse son portrait du mystérieux architecte naïf autodidacte, postulant à demi-mots que son aversion pour les rapports humains relevait peut-être d’un trouble du spectre de l’autisme. Obstiné, raide dans son col et sa souffrance, Gamblin s’accapare ce personnage s’exprimant davantage par ses doigts bandés et ses monosyllabes soufflées sous ses volumineuses moustaches : le moindre de ses tressaillements est signifiant. De fait, sa construction de Cheval s’avère tout aussi fascinante que l’histoire de l’édification de son palais, qui elle répond à des impératifs narratifs plus classiques, scandée de drames et de deuils ayant marqué le bâtisseur, comme autant de malédictions sourn

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"Une jeunesse dorée" : Jeunesse qui rouille fait l’andouille

Autobiopic | De Eva Ionesco (Fr.-Bel., 1h52) avec Isabelle Huppert, Melvil Poupaud, Galatea Bellugi…

Vincent Raymond | Mercredi 16 janvier 2019

1979. Rose quitte le foyer où elle est placée pour vivre avec son amoureux, un peintre débutant. Seule condition : suivre son apprentissage. Qu’elle va vite déserter pour se fondre dans les folles nuits d'une boîte parisienne à la mode, en compagnie d’excentriques autodestructeurs… Poursuivant ici après My Little Princess la résurrection de ses souvenirs par le cinéma, Eva Ionesco aborde à présent la stupéfiante (!) époque du Palace, hantée de noctambules vaguement arty-dandy, à qui les années 1980 réservaient de mirifiques promesses — mais aussi son lot de morts violentes. D’où le ton crépusculaire de cet opus, façon gueule de bois et cendrier froid, traversé de fantômes plus ou moins nommément cités (Pacadis, Pascale Ogier, Jacno s’y reconnaissent par flashes) et son cousinage avec les ambiances des Nuits de la pleine lune — tout de même, quel flair le vieux Rohmer avait eu en capturant en temps réel la joie triste de cette jeunesse. Mais hélas pour Ionesco, son auto-biopic décalé se trouve pénalisé par la fausseté de son interprète principale, la baby-doll

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Jazz de ville

Festival jazz | La neuvième édition des Jazzeries d’Hiver arrive à grands pas avec son lot de belles promesses. Parmi les têtes d’affiches, la triplette Charlier-Sourisse-Winsberg, le retour de Joel Forrester et le nouveau projet du saxophoniste Eric Séva.

Niko Rodamel | Mercredi 9 janvier 2019

Jazz de ville

Concocté par la team Gaga Jazz, le festival hivernal se veut cette année encore le plus éclectique possible, couvrant différents styles de la note bleue et tentant ainsi de satisfaire tous les publics. Quelques nouveautés s’annoncent avec notamment deux temps forts en direction des plus jeunes, autour du spectacle Chut Oscar (le 1er février) et d’un très prometteur ciné-concert au cours duquel le flegmatique pianiste américain Joel Forrester improvisera sur les images du film Monte là-dessus, dont la mythique scène où Harold Lloyd est suspendu dans le vide aux aiguilles d’une horloge (le 8). La soirée blues combinera la projection du tout nouveau biopic sur Eric Clapton (Life in 12 bars) avec le concert d’un trio acoustico-bluesy issu du groupe Devil Jo and The Backdoormen (le 10). La soirée Big Bands devrait quant à elle envoyer du lourd (le 13). En tête de gondole, nous retiendrons la date du 15, avec le vibrant hommage à Michael Brecker rendu par le trio de haute volée Charlier-Sourisse-Winsberg. Joueurs de blues S’il est une soirée à ne manquer sous aucun prétexte, ce serait sans doute celle du samedi 9 févrie

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"Border" : Aux limites du genre

Conte de faits | La rencontre de deux êtres à la monstruosité apparente, une enquête sur des monstruosités cachées et des éveils sensuels peu humains… Chez Ali Abbassi, la Suède est diablement fantastique et plus vraie que nature. Prix Un Certain Regard Cannes 2018.

Vincent Raymond | Mercredi 9 janvier 2019

Dotée d’un physique ingrat, Tina possède un odorat hors du commun lui permettant de repérer les fraudeurs à la frontière où elle est douanière. Un jour, elle détecte un suspect au physique aussi repoussant que la sien, Vore. En sa compagnie, Tina va découvrir qui elle est réellement… Par ses personnages rivalisant avec l’immonde Jo “Le Ténia“ Prestia (Irréversible) ou le répugnant Willem “Bobby Peru“ Dafoe (Sailor & Lula), Ali Abbasi interroge ici en premier chef la féconde question de la monstruosité, travaillant le traditionnel syntagme affichée/effective : la disgrâce physique n’étant pas le réceptacle obligé d'une âme hideuse — le fantastique abonde d’exemples contraires ; souvenons-nous de Freaks ou de La Belle et la Bête. Mais s’il tient du conte initiatique, Border ne se borne pas à traiter des seules apparences et oppositions ; il explore cette zone grise, intermédiaire, aux contours indistincts et flous constituant la frontière, dans les nombreuses acceptions du concept. Et m

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Guillaume Nicloux : « Le cinéma, c’est le traitement du mensonge »

ECRANS | Le prolifique Guillaume Nicloux a mené Gaspard Ulliel aux tréfonds de la jungle et de l’Histoire pour ce qui pourrait être un prélude français à Apocalypse Now. Rencontre en tête à tête avec un réalisateur qui compte.

Vincent Raymond | Mardi 11 décembre 2018

Guillaume Nicloux : « Le cinéma, c’est le traitement du mensonge »

La Guerre d’Indochine fait figure d’oubliée de l’Histoire, mais aussi du cinéma. Comment vous êtes-vous intéressé à ce conflit ? GN : Il y a d’abord une date : le 9 mars 1945 qui m’ a été murmurée à plusieurs reprises de façon insistante par ma productrice Sylvie Pialat et Olivier Radot, mon directeur artistique. Mais ça n’a jamais résonné plus que ça. Un jour, il sont revenus à la charge en me disant de regarder ce qui s’était passé. Et j’ai vu : les Japonais — qui à l’époque occupaient l’Indochine parce qu’Hitler les avaient autorisés à prendre possession de ces territoire pour faire la guerre à la la Chine par les terres — avait décidé le même jour à la même heure d’envahir les garnisons et de tuer soldats, femmes et enfants. Ça a été un massacre terrible, une sorte de coup de force opéré par les Japonais pour convaincre De Gaulle de renoncer aux colonies. Comme il n’était absolument soutenu pas Roosevelt à l’époque, qui ne voulait pas que la France étende son pouvoir colonial, ça été une espèce d’anarchie, de débandade pour l’armée française.

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"Les Confins du monde" : Dragueur de Minh

ECRANS | de Guillaume Nicloux (Fr., 1h43) avec Gaspard Ulliel, Guillaume Gouix, Gérard Depardieu…

Vincent Raymond | Mardi 11 décembre 2018

Indochine, 1945. Rescapé par miracle de l’exécution d’un village où son frère a péri, le soldat Robert Tassen reprend du service afin de châtier l’auteur du massacre, un chef rebelle. S’il n’hésite pas pour cela à recruter d’anciens ennemis, il est aussi chamboulée par Maï, une prostituée… Deux séquences étrangement symétriques encadrent ce film dont le décor et l’histoire sont imprégnés par la guerre, mais qui transcendent ce sujet. Deux séquences où l’absence de mots dits font résonner le silence ; un silence éloquent renvoyant indirectement à l’assourdissante absence de représentation de la Guerre d’Indochine, cette grande oubliée des livres d’Histoire, enserrée qu’elle fut entre 39-45 et les “événements“ algériens. Une guerre sans mémoire (ou presque), dont l’essentiel de la postérité cinématographique repose sur Pierre Schoendoerffer. Une quasi “terre vierge“ historique donc, où Nicloux greffe ses obsessions, notamment le principe d’une quête (ici dissimulée en vengeance) plus métaphysique que réelle. La forme, volontairement elliptique,

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"Carmen et Lola" : Gitanes sans filtre

¡Hola Amor! | de Arantxa Echevarría (Esp., 1h43) avec Rosy Rodriguez, Zaira Romero, Moreno Borja…

Vincent Raymond | Mercredi 14 novembre 2018

Carmen s’apprête à convoler avec un jeune Gitan de sa communauté madrilène, quand elle rencontre Lola, travaillant sur les marchés comme elle. Rebelle, grapheuse et lesbienne, Lola lui révèle la possibilité d’une autre romance. Avec, comme conséquences, le secret ou l’exil… De la difficulté de sortir du rang et des traditions séculaires… Drame sentimental urbain et bariolé, Carmen et Lola est aussi un film ethnographique où Arantxa Echevarría montre à quel point l’homosexualité féminine, considérée comme une malédiction dans une culture soumise à des codes ultra patriarcaux, peut encore créer de rejet et de violence, avec de surcroît — hélas — la complicité des femmes de la précédente génération. En filigrane, la réalisatrice montre l’ostracisme et la méfiance dont les Gitans sont l’objet en Espagne, qui les contraint à demeurer en vase-clos, dans un analphabétisme humiliant. Ce contexte permet de mieux mesurer la menace pesant sur les deux protagonistes hors du groupe : une marginalisation définitive sans espoir de future, ni retour en arrière possibl

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"La Tendre indifférence du monde" : Camus roi de la steppe

ECRANS | de Adilkhan Yerzhanov (Kaz.-Fr., 1h39) avec Dinara Baktybayeva, Kuandyk Dussenbaev, Kulzhamiya Belzhanova…

Vincent Raymond | Mercredi 31 octobre 2018

Kazakstan. Les usuriers s’apprêtant à saisir la ferme familiale, la belle Saltanat n’a trouvé qu’un seul moyen pour la sauver : aller en ville, escortée par le costaud Kuandyk, son ami d’enfance. Ces deux innocents découvrent alors un monde corrompu où réussite rime avec compromission… Empruntant au réalisme magique, au roman picaresque, à la philosophie camusienne comme à la comédie sentimentale burlesque, ce conte kazakh où les héros tentent de préserver leur candeur feinte ou réelle, dissimule au détours de son récit de multiples surprises cocasses ou stupéfiantes. Et notamment cette fascination pour les arts, qu’il partage avec le personnage de Kuandyk, portraitiste à ses heures : le film véhicule en contrebande de discrètes mais reconnaissables reconstitutions d’œuvres picturales (de Van Gogh, Caspar David Friedrich etc.) inscrivant les protagonistes dans une forme d’éternité, entre la fatalité et l’évidente postérité. Se déroulant sur un territoire à cheval entre l’Asie et l’Europe, La Tendre indifférence du monde peut aisément

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Terrenoire : « Le Black Paradiso ? Un jeu d'enfant, un imaginaire qui prend vie »

Chanson & électro poétiques | Le duo stéphanois Terrenoire formé par les deux frères Raphaël et Théo Herrerias, sort son premier disque. Un EP éponyme regroupant six de leurs créations poétiques et enjôleuses. L'occasion de discuter de l'univers du groupe avec Raphaël, l'aîné.

Nicolas Bros | Mercredi 10 octobre 2018

Terrenoire : « Le Black Paradiso ? Un jeu d'enfant, un imaginaire qui prend vie »

Quel a été le déclencheur de cette nouvelle aventure musicale pour votre frère Théo et vous-même ? Vous n'aviez pas eu de projet artistique aussi abouti ensemble jusqu'à Terrenoire ? Raphaël Herrerias : Non, c'est vrai. Nous avions fait des essais sur quelques chansons. Il y a vraiment quelque chose qui s'est aligné à un moment donné. C'était un moment où Théo avait bien avancé sur son projet solo 1000 Chevaux-Vapeur. La genèse de Terrenoire a été un concert à Lyon, en janvier 2016 dans la salle À Thou Bout d'Chant, où Théo a monté avec moi une partie de mon répertoire. Je devais me produire en guitare/voix et au final il est venu ajouter ses machines. C'était alors évident ! On s'est dit qu'on tenait quelque chose. J'ai besoin, dans la visualisation d'un projet, de le penser comme un récit. Cela m'aide à créer et peut donner de la cohérence à tous éléments constituant un projet musical aujourd'hui : la musique, les textes mais aussi les images, les vidéos... La création de cet univers mêlant Terrenoire, le Black Paradiso... était une idée que vous aviez depuis longtemps ou c'est venu progressivemen

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" Un Peuple et son roi " : Astre déchu

Dîner de têtes | Dans cette fresque révolutionnaire entre épopée inspirée et film de procédure, Schoeller semble fusionner Versailles et L’Exercice de l’État, titres de ses deux derniers long métrages de cinéma. Des moments de haute maîtrise, mais aussi d’étonnantes faiblesses. Fascinant et bancal à la fois.

Vincent Raymond | Lundi 24 septembre 2018

1789. La Bastille vient de tomber, et le Roi quitte Versailles après avoir signé la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen soumise par l’Assemblée. Dans les rues de Paris, la famille d’un souffleur de verre est portée par ce vent d’espérance. Et si le peuple avait enfin voix au chapitre ? Moment clef de notre histoire, tournant civilisationnel du fait de sa résonance sur les nations voisines, de son potentiel dramatique et de ses conséquences contemporaines, la Révolution française constitue un morceau de choix pour tout amateur de geste épique, de combats d’idées et d’élans tragiques. Filmer l’exaltation d’une guerre civile éclatant sous l’auspice des Lumières et la conquête de la liberté par le peuple a déjà galvanisé Gance, Guitry ou Renoir. Comme eux, Schoeller rallie ici la quintessence des comédiens de son époque : le moindre rôle parlé est donc confié à un·e interprète de premier plan. Le défilé en est étourdissant, mais pas autant que celui des députés ayant à se prononcer par ordre alphabétique de circonscription et à haute voix sur la mort de Louis XVI dans une séquence aussi édifiante que captiva

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Léa Frédeval : « Ma génération doit s’enlever de l’individualisme »

Les Affamés | Léa Frédeval raconte la genèse du film adapté de son livre qu’elle avait présenté en primeur au Rencontres du Sud d’Avignon. Elle confie également ses futurs projets…

Vincent Raymond | Mercredi 5 septembre 2018

Léa Frédeval : « Ma génération doit s’enlever de l’individualisme »

Votre aventure est partie d’un roman ? LF : Oui, Les Affamés a été publié en 2014. Ce sont les édition Bayard qui m’ont commandé le livre… Je n’avais pas prévu d’écrire du tout. J’étais à ma troisième année de fac dans ma troisième fac, moi-même en errance, je n’avais aucune piste. J’essayais des choses en faisant de grands écarts universitaires assez fous. Et puis fin de ma troisième année, frustrée par un mauvais résultat, je lance un blog. Pas pour être connue : il y a 15 ans j’aurais ouvert un journal intime. J’ai pris mon ordi et 3 semaines plus tard j’ai reçu un email des éditions Bayard me disant être tombé sur mon blog par hasard et me demandant de faire dans un livre le constat de ma génération. Donc je l’ai fait, il n’y avait rien de plus sympa. Un an et demi après, on m’a appelé pour l’adapter au cinéma. Comment avez-vous abordé cette première expérience cinématographique ? Il n’y a rien de plus cool à faire dans la vie ; je ne vois pas ce que je pourrai

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"Les Affamés" : Si jeunesse pouvait !

Naïveté | de Léa Frédeval (Fr., 1h35) avec Louane Emera, François Deblock, Nina Melo…

Vincent Raymond | Mercredi 4 juillet 2018

Pauv’ Zoé ! À 21 ans, elle cumule étude, stage et p’tit boulot et désespère d’obtenir un job à responsabilités digne de ses compétences. La faute aux méchants z’adultes verrouillant la société. Avec ses colocataires, elle tente de fédérer sa génération pour pouvoir en croquer à son tour… « Il faut toujours viser la lune car même en cas d’échec on atterrit dans les étoiles ». N’en déplaise à Oscar Wilde, on peut aussi s’écraser tristement, comme une bouse. C’est un peu ce que l’on se dit devant ce premier long métrage de Léa Frédeval hallucinant de candeur — le degré 1 (celui qu’on retient ?) de l’engagement politico-citoyen. Reposant sur argument de classe de 4e et cousu de gags éventés vus dans tous les films de colocs, Les Affamés donnent de la jeunesse contemporaine une image nunuche d’elle-même, fantasmant son Mai-68 en carton, mais incapable de militantisme dans la durée, de se fondre dans un collectif (l’individualisme est trop puissant) et surtout de tenir un discours cohérent — il manque quelques notions de dialectique. Ajout

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"Les Municipaux, ces héros" : Du rouge au front

Agit’-sale | de et avec Eric Carrière & Francis Ginibre avec Bruno Lochet…

Vincent Raymond | Jeudi 26 avril 2018

À leurs débuts, Les Chevaliers du Fiel s’étaient sans doute baptisés ainsi par dérision, en clin d’œil gamin à la série qu’ils devaient idolâtrer minots. Le temps a depuis filé, faisant son office délétère : il a ainsi comblé le duo de succès. Tant mieux pour eux, pour leur percepteur et pour Bolloré qui a trouvé avec ces faquins de quoi meubler ses tuyaux. Le duo a dû sacrifier au passage un petit quelque chose en échange de cette bonne fortune. Oh, trois fois rien quand on ne s’embarrasse pas d’un semblant de dignité : sa conscience. Las, non contents de l’oublier sur le petit écran, les deux lurons l’omettent aussi sur le grand, en reprenant leurs boucs émissaires favoris : les employés communaux, assimilés à des parasites ultimes entretenus par les représentants corrompus de la collectivité et jamais satisfaits de leurs privilèges indus. D’une rare abjection poujadiste, ce long métrage vomit à jet continu de la haine sociale sous couvert de “galéjade”. Ni farce, ni satire, c’est une attaque mesquine enfilant les clichés anisés sur les planqués, les syndicalistes, les placardisés, les guichetiers des administrati

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"My Wonder Women" : Gloria aux lassos

Biopic | de Angela Robinson (E.-U., 1h49) avec Luke Evans, Rebecca Hall, Bella Heathcote…

Vincent Raymond | Mercredi 18 avril 2018

Université de Harvard, années trente. Chercheur en psychologie avec son épouse, le Pr Marston recrute pour l’assister une étudiante, qui devient l’amante du couple. Ce ménage à trois leur vaut d’être virés. Marston rebondit en instillant ses théories dans une BD féministe, Wonder Woman… La première authentique héroïne de comics méritait bien qu’on rétablisse les conditions particulières de sa genèse faisant d’elle un personnage ontologiquement transgressif, épousant les penchants SM et le goût pour le bondage de son créateur que la censure et le politiquement correct tentèrent d’atténuer à plusieurs reprises. Dominatrice, indépendante, désinhibée, dotée d’un audacieux caractère Wonder Woman est un fantasme accompli en même temps qu’un modèle d’émancipation. Hélas, le révisionnisme esthétique dont la fiction s’est fait une spécialité ordinaire (en glamourisant, notamment, à outrance les protagonistes) résonne ici comme une contradiction absolue. Plutôt que de préférer l’évocation réaliste (on ne parle pas de ressemblance ni de mimétisme), la réalisatrice

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Entrez dans le Black Paradiso

Chanson électro-pop | Les frères Raphaël et Théo Herrerias (connu également sous le pseudo de 1000 Chevaux-Vapeur) n'ont pas fini de surprendre leur monde. Après des carrières solo (...)

Nicolas Bros | Mercredi 4 avril 2018

Entrez dans le Black Paradiso

Les frères Raphaël et Théo Herrerias (connu également sous le pseudo de 1000 Chevaux-Vapeur) n'ont pas fini de surprendre leur monde. Après des carrières solo plutôt convaincantes, le temps de la réunion fraternelle est arrivé en 2017 avec la naissance d'un projet commun plutôt nébuleux et au nom hommage à leur quartier : Terrenoire. Les frangins inventent gracieusement un univers poétique, en forme d'écrin pour leur chanson électro-pop qu'ils font ainsi naviguer dans leur "Black Paradiso", une destination onirique qu'ils décrivent habilement. Pas facile de résumer le projet Terrenoire, mais évoquer Jean-Louis Murat se plaisant à rentrer en contact avec Massive Attack ne parait pas si loin de la vérité. Véritable coup de force musical, Terrenoire a tapé dans l'oreille des programmateurs. La preuve avec leurs participations annoncées au prochain Printemps de Bourges – dans le cadre de la sélection régionale des Inouïs – mais également du prochain festival Paroles & Musiques où ils partageront la scène de Nekfeu,

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"Madame Hyde" : Bozon maudit

Pas fantastique | de Serge Bozon (Fr., 1h35) avec Isabelle Huppert, Romain Duris, José Garcia…

Vincent Raymond | Mardi 27 mars 2018

Prof de physique dans un lycée de banlieue, Madame Géquil est chahutée par ses élèves et méprisée par ses collègues. Un jour, un choc électrique la métamorphose en une version d’elle-même plus conquérante, capable parfois de s’embraser, voire de consumer les autres… Auteur de manifestes puissamment anti-cinématographiques (La France, Tip-Top) et jouissant d’un prestige parisien aussi enviable qu’inexplicable au-delà du périphérique, le redoutable Serge Bozon confirme tout ce qu’il était permis de craindre d’une transposition du roman de Stevenson revêtue de sa signature. Substance fantastique siphonnée (forcément, ce serait convenu), interprétation plate (la stakhanoviste du mois Isabelle Huppert poursuit ici le rôle qu’elle endosse depuis environ dix ans), vision de la banlieue telle qu’elle était fantasmée au début des années 1990, on peine d’ailleurs à comprendre le “pourquoi” de ce film. Son “comment” demeure également mystérieux, avec ses séquences coupées trop tôt, son pseudo humour décalé sinistre, la réalisation de “moments“ musicaux plus statiqu

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Status Quo, Brigitte et Grand Corps Malade en Haute-Loire

Festival | Il va faire bon cet été en Haute-Loire. Les programmations des festivals tombent petit à petit et il y aura du beau monde. Tout d'abord, le (...)

Nicolas Bros | Jeudi 8 mars 2018

Status Quo, Brigitte et Grand Corps Malade en Haute-Loire

Il va faire bon cet été en Haute-Loire. Les programmations des festivals tombent petit à petit et il y aura du beau monde. Tout d'abord, le festival The Green Escape (nouveau nom du festival Country Rendez-Vous de Craponne-sur-Arzon) a réussi un joli coup en décrochant la venue d'une formation anglaise mythique : Status Quo. Les rockers partageront l'affiche avec des groupes country tels que les Français Appaloosa et les Américains de Mike and The Moonpies, Sam Outlaw ou encore The Nickel Slots. Du côté de Sainte-Sigolène, le Live des Brumes monte en grade tout en revenant à trois atistes programmés. Le festival attire cette année de belles têtes d'affiche. Outre Julien Clerc, ce seront les incontournables Brigitte et le slammeur Grand Corps Malade - qui vient de sortir son nouvel album Plan B - qui se produiront début juillet.

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"9 doigts" : Ossang n’a pas perdu la main

Film du mois de mars 2018 | L’épisodique F. J. Ossang est de retour avec un nouvel objet manufacturé aux saveurs intemporelles, empruntant sa cosmogonie au polar comme au fantastique, et sa linéarité à la courbe d’une spirale. Meilleure réalisation à Locarno, forcément.

Vincent Raymond | Mardi 6 mars 2018

Une gare, la nuit. Magloire se soustrait à un contrôle de police et court. Sa fuite le mène à un homme agonisant sur une plage, qui lui remet une liasse de billets. Un cadeau empoisonné lui valant d’être traqué par Kurtz et sa bande. Capturé, Magloire va être coopté par ces truands… 9 doigts raconte un peu mais invoque, évoque, provoque. Beaucoup de voix au service d’un film noir à la Aldrich que viendra insidieusement “polluer” une inclusion de radioactivité. Également d'une histoire de survivance paradoxale : celle d’un héros malgré lui, dépositaire d’un trésor qui n’est pas le sien, embarqué dans un rafiot vide au milieu d’escrocs rêvant d’un gros coup, échouant tous à le concrétiser. Une métaphore du cinéma, où pour durer il vaudrait mieux voyager léger, à l’écart des apprentis-sorciers, quitte à se retrouver isolé. Mais libre d’agir à sa guise, de créer un monde non orthodoxe, à gros grain et son saturé, avec des fermetures à l’iris, des ruptures de ton, des ellipses… Ossang ne saurait mentir Fidèle à sa ligne

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Rosa & Dara : leur fabuleux voyage : Science-diction

Jeune public | de Natalia Chernysheva, Katerina Karhankova & Martin Duda (Tch., 0h48) animation…

Vincent Raymond | Mercredi 28 février 2018

Rosa & Dara : leur fabuleux voyage : Science-diction

Quand un film à destination du jeune public tend à rejeter ton lénifiant et fin forcément heureuse, il faut sans tarder en souligner l’existence. C’est le cas de ce programme proposant en ouverture deux courts métrages susceptibles de surprendre, car leur issue rappelle davantage la vie réelle que les contes de fées. L’un montre une chenille et un têtard amis “d’enfance”, ne se reconnaissent plus une fois métamorphosés ; l’autre un groupe d’enfants ayant découvert un os inconnu se heurter à l’incrédulité (et au manque de curiosité) des adultes. Deux historiettes montrant que l’ignorance (ou l’obscurantisme, l’absence d’esprit critique etc.) nous prive de bien des trésors. Morceau central de la séance, Rosa & Dara… met en scène deux fillettes racontant à leurs camarades les incroyables aventures vécues durant les vacances dans la ferme de leurs grands-parents, grâce à une grand-mère inventrice, se saisissant du moindre prétexte pour leur prodiguer un cours de science (pendant que le grand-père lit Le Figaro…). Ce pédagogisme forcené est cependant compensé par une joyeuse fantai

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Happy End : Point trop final

ECRANS | de Michael Haneke (Fr.-Aut.-All., 1h48) avec Isabelle Huppert, Jean-Louis Trintignant, Mathieu Kassovitz…

Vincent Raymond | Mercredi 4 octobre 2017

Happy End : Point trop final

Après avoir causé la mort de sa mère dépressive par surdose d’anxiolytique, une pré-adolescente débarque chez son chirurgien de père, qui partage la demeure familiale calaisienne avec un patriarche réclamant l’euthanasie, une sœur entrepreneuse en plein tracas professionnels… Toujours aussi jovial, Michael Haneke convoque ici des figures et motifs bien connus pour une mise en pièce classique d’une caste déclinante, résonnant vaguement avec l’actualité grâce à l’irruption un tantinet artificielle de malheureux migrants. Dans le rôle du patriarche appelant la mort, Trintignant joue une extension de son personnage de Amour — il y fait explicitement allusion ; quant à Huppert, elle fronce le museau, écarquille les sourcils et incarne un bloc de béton congelé — quelle surprise ! Happy End ressemble hélas à du Haneke en kit : si tous les éléments habituels dérangeants sont là, manque un liant — comme la durée obstinée des plans, par exemple. Privé des longues séquences de tension faisant l’ordinaire si perturbant du cinéaste autrichie

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"Des trésors plein ma poche" : Trésors (jeunes) publics

ECRANS | de Ana Chubinidze, Natalia Chernysheva, Camille Müller & Vera Myakisheva (Fr., 0h35min) animation

Vincent Raymond | Mercredi 27 septembre 2017

Il était une fois un bonhomme miniature, un dragon mélomane, une araignée tricoteuse, un écureuil amateur de luge, une baleine et une poule voulant voler. Il était une fois six réalisatrices à l’origine de ces histoires. Quand il n’en réalise pas lui même, le studio valentinois Folimage aime à rassembler des courts métrages à destination du tout jeune public dans des programmations à l’éclectisme graphique réjouissant. Les six films ici présentés remplissent leur office, même si comme dans tout trésor qui se respecte, certains joyaux brillent davantage que d’autres. Par exemple, on remarque ici l’aquarelle d’Alena Tomilova sur Le Nuage et la Baleine rappelant évidemment Le Moine et le Poisson de Michael Dudok de Wit ; ou bien La Luge de Olesya Shchukina, qui n’est pas sans évoquer le style anguleux, voire atome, de l’illustration jeunesse de la fin des années 1950.

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Une femme douce : L’évaporation de l’homme

ECRANS | de Sergei Loznitsa (Fr.-All.-Litu.-P.-B., 2h23) avec Vasilina Makovtseva, Valeriu Andriuta, Sergeï Kolesov… (16 août)

Vincent Raymond | Lundi 21 août 2017

Une femme douce : L’évaporation de l’homme

Une femme tente de faire parvenir un colis à son conjoint arbitrairement incarcéré. La poste lui retournant l’envoi, elle se rend à la prison pour le lui remettre en mains propres. Sur place, on refuse de lui dire si son époux est là, avant de l’éconduire sèchement. Bienvenue en Russie. Le monde est dur pour cette femme sans nom, d’un bloc et en apparence sans affect. Témoin quasi muet d’une situation kafkaïenne, elle nous fait pénétrer dans un État de non-droit, où le village qui abrite la prison est un petit royaume proliférant sur la misère des visiteurs ; où les policiers exercent un potentat tranquille. Un décor de dictature, avec ses lieux de tolérance, sa pègre officielle et l’incertitude de trouver une compassion authentique. Entre le réalisme glacial et l’onirisme pétrifiant, Sergei Loznitsa joue sur plusieurs tableaux. Comme s’il voulait nous prouver qu’il ne reste aucune issue, aucune échappatoire à la malheureuse plaignante. Le pouvoir qui gouverne son existence a envahi jusqu’à son territoire mental. Difficile de ne pas lire dans l’humiliante déconfiture de la plaign

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Ambiance vacances

Apéros-Musique de Blesle (Haute-Loire) | Le village de Blesle, en Haute-Loire, est un lieu magique. Abritant un patrimoine riche entre son abbaye bénédictine du IXe siècle, sa tour aux vingt (...)

Nicolas Bros | Mardi 4 juillet 2017

Ambiance vacances

Le village de Blesle, en Haute-Loire, est un lieu magique. Abritant un patrimoine riche entre son abbaye bénédictine du IXe siècle, sa tour aux vingt angles ou son cadre médiéval, la petite commune accueille également chaque été, un festival haut en couleur et en musiques : les Apéros-Musique de Blesle. Le seul mot d'ordre : éclectisme à tous les étages ! La programmation en est le témoin chaque année, faisant la part belle aux découvertes de tous styles, du jazz aux musiques sacrées en passant par le rock ou la chanson française. Pour sa 16e édition, ce sont plus de 35 formations qui seront accueillies. Parmi les conviés, citons les Stéphanois d'Odlatsa créateur d'une chanson engagée et toujours festive, aux confins du rock, de la musique tzigane et du jazz. Avec leur album L'Homme qui a vu l'Homme, le groupe a démontré l'étendue de sa sensibilité artistique, dans une fibre poétique et piquante à la fois. Lauréat du tremplin des Poly'Sons de Montbrison en 2016, la formation écume les salles de la région et fait mouche à chaque apparition. "Au-delà de ça", le festival réserve un tas de moments musicaux inédits, plus ou moins intimistes, aux détours des rues du village,

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Huit artistes Inouïs à découvrir en vidéo

Sélections régionales du printemps de Bourges : | Comme chaque année, Les Inouïs du Printemps de Bourges proposent huit candidats aux sélections régionales, toutes disciplines musicales confondues. Et pour aller avec huit clips musicaux confiés aux bons soins des vidéastes de Shoot !t. En attendant la grande révélation des deux vainqueurs, découvrez leurs visages et leur musique au jour le jour à raison d'une vidéo quotidienne pendant une semaine.

Stéphane Duchêne | Lundi 29 mai 2017

Huit artistes Inouïs à découvrir en vidéo

1000 Chevaux-vapeur – Electro (Loire) S'ils sont vapeur, les 1000 chevaux de 1000 Chevaux-vapeur n'en sont pas moins des chevaux de race, remorquant une électro classieuse et atypique, langoureuse, vaporeuse (forcément), aqueuse, même. En un mot insidieuse. Son EP Animals (Cascade Records), sorti fin novembre, et ses live pas comme les autres – s'il reste dans la veine de ces électroniciens solo qui chantent, plus rares sont ceux qui sont aussi habités dans l'exercice vocal, comme le prouve ce Dream #1 ou agrémentent leurs sets de saxophone – témoignent de cet abord immédiatement addictif. Comme dans un rêve donc, doucement tentaculaire comme une pieuvre (Octopus), piquant et cavalant comme une armée de fourmis vous montant le long des bras (Ants), lumineux et brûlant comme une méduse (Jellyfish), et on

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Émergences #7 : 1 000 Chevaux-Vapeur

Vidéos Émergences | La Ville de Saint-Étienne, avec le soutien du Petit Bulletin, vous présente "Émergences", l'émission web qui met en avant les talents locaux qui feront parler d'eux demain. Le septième volet est disponible sur la chaîne YouTube du Petit Bulletin et traite de 1 000 Chevaux-Vapeur, artiste ligérien de musique électronique.

Nicolas Bros | Mercredi 5 avril 2017

Émergences #7 : 1 000 Chevaux-Vapeur

Chaque trimestre, Émergences, l'émission web de la Ville de Saint-Étienne, avec le soutien du Petit Bulletin, met en avant des acteurs de l'émergence culturelle stéphanoise. Sous le format d'une vidéo courte, des groupes de musique, des compagnies de théâtre ou de danse, des designers... sont présentés de manière originale. Après avoir suivi le Collectif X, le groupe Doorsfall, la compagnie de danse ALS, les designers de l'Atelier Regards, le festival de courts métrages Kinoctambule et la compagnie LalalaChamade, c'est au tour de 1 000 Chevaux-Vapeur (Théo Herrerias) de se prêter au jeu. En concert le 9 juin au Château du Rozier (Feurs) et le 10 juin au festival Paroles & Musiques avec Jabberwocky, Étienne de Crécy, The Shoes...

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Citoyen d'honneur : Inspirez ; expi(r)ez !

ECRANS | De retour dans son village natal pour être célébré, un Prix Nobel voit se télescoper ses œuvres avec ceux dont il s’est inspiré… à leur insu. Il va devoir payer, ou au moins, encaisser. Un conte subtil et drôle sur cet art de pillard sans morale qu’on appelle la littérature.

Vincent Raymond | Mercredi 1 mars 2017

Citoyen d'honneur : Inspirez ; expi(r)ez !

Reclus dans sa villa espagnole depuis l’attribution de son Prix Nobel de Littérature, Daniel Mantovani n’écrit plus et ne répond guère aux invitations. Lorsque survient la proposition de Salas, son village natale d’Argentine de le faire Citoyen d’honneur, il accepte autant par nostalgie que curiosité. Mais était-ce une si bonne idée que cela ? Mariano Cohn & Gastón Duprat n’étaient pas trop de deux pour signer ce film jouant simultanément sur autant de tableaux : s’engageant comme une comédie pittoresque teintée de chronique sociale, Citoyen d’honneur change au fur et à mesure de tonalité. L’aimable farce tourne en effet à l’aigrelet, transformant un auteur habitué depuis des lustres à gouverner son destin (et celui de ses personnages, en bon démiurge) en sujet dépendant du bon vouloir de ses hôtes. Mantovani semble alors propulsé dans un épisode inédit de la série Le Prisonnier, qu’on jurerait ici adaptée par Gabriel García Márquez, avant de plonger dans une inquiétante transposition de Delivrance — cette fois retouchée par Luis Sepúlveda ! Comme un boomerang L’œuvr

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