"Game Night" : Un coup de dés jamais n'abolira le bazar

Comédie | de Jonathan Goldstein & John Francis Daley (E.-U., 1h40) avec Jason Bateman, Rachel McAdams, Kyle Chandler…

Vincent Raymond | Mercredi 18 avril 2018

Photo : ©2018 WARNER BROS. ENTERTAINMENT INC. AND RATPAC-DUNE ENTERTAINMENT LLC / Hopper Stone


Depuis toujours, Max est rabroué et humilié par son frère aîné Brooks, dont la superlative réussite minore le moindre de ses succès. Invités chez le vantard pour une soirée jeux entre amis, Max et son épouse Annie ont l'intention de prendre leur revanche. Mais rien ne se passe comme prévu…

Semblant résulter de la rencontre fortuite entre The Game et Very Bad Trip sur un plateau de Pictionnapoly, Game Night appartient à cette race de films qu'on soupçonne d'avoir été créés par des scénaristes en chien un soir d'éthylisme festif ; à ce moment d'open bar où les hybridations les plus tordues n'effraient plus personne — c'est dans ce contexte que le (pas si mal, d'ailleurs) Abraham Lincoln : Chasseur de vampires avait dû voir le jour. Comme il y a toujours un producteur éméché pour dire « j'achète », vous devinez la suite…

Pas de surprise dans l'enchaînement des gags, ni des situations : le film déroule une escalade de quiproquos et de méprises comme Fast & Furious aligne les chevaux-fiscaux. Oh, il y a bien un ou deux moments qui secouent de la torpeur ambiante, et ils sont d'une veine (ou d'une artère, plutôt) bien trash : une extraction de balle sans anesthésie avec les moyens du bord sur un parking obscur ; un vilain aspiré dans un réacteur, broyé façon centrifugeuse… L'interminable série de fausses-fins rend d'autant plus précieuses ces petites lueurs d'humour déviant.


Game Night

De Jonathan Goldstein (XII), John Francis Daley (ÉU, 1h40) avec Jason Bateman, Rachel McAdams...

De Jonathan Goldstein (XII), John Francis Daley (ÉU, 1h40) avec Jason Bateman, Rachel McAdams...

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Pour pimenter leur vie de couple, Max et Annie animent un jeu une nuit par semaine. Cette fois ils comptent sur Brooks, le frère charismatique de Max, pour organiser une super soirée à thème autour du polar, avec vrais faux malfrats et agents fédéraux ! Brooks a même prévu de se faire enlever…. sauf qu'il reste introuvable. En tentant de résoudre l'énigme, nos joueurs invétérés commencent à comprendre qu'ils se sont peut-être trompés sur toute la ligne. De fausse piste en rebondissement, ils n'ont plus aucun point de repère et ne savent plus s'il s'agit encore d'un jeu… ou pas. Cette nuit risque bien d'être la plus délirante – et la plus dangereuse – de toute leur carrière de joueurs…


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Spotlight

ECRANS | De Tom McCarthy (É.-U., 2h08) avec Michael Keaton, Mark Ruffalo, Rachel McAdams…

Vincent Raymond | Mardi 26 janvier 2016

Spotlight

On devrait toujours se méfier des rumeurs, surtout lorsqu’elles concernent un film portant sur une enquête journalistique. Celles qui précédaient celui-ci étaient flatteuses ; force est de constater qu’il s’agissait d’une magnifique opération d’enfumage, tant la réalisation (“mise en images” serait plus approprié) et l’interprétation semblent rivaliser de classicisme plat. Spotlight s’abrite derrière ce qu’il révèle (la mise au jour par une équipe d’investigation du Boston Globe de l’implication de l’Église de la ville dans plusieurs dizaines d’affaires de prêtres pédophiles) pour justifier son absence hurlante de projet cinématographique original. C’est tenir le 7e art en bien piètre estime que de le considérer comme une vulgaire lentille grossissante, ne méritant pas d’attention particulière ! Et réfléchir à très court terme. Car les œuvres narrant des combats asymétriques au service d’innocents ou dénonçant des abominations humaines sont légions. Seules celles osant se démarquer artistiquement, esthétiquement impriment réellement leur époque, voire l’Histoire, offrant à la cause qu’elles défendent un écho supplémentaire.

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À la merveille

ECRANS | L’amour naissant et finissant, la perte et le retour de la foi, la raison d’être au monde face à la beauté de la nature et la montée en puissance de la technique… Terrence Malick, avec son art génial du fragment et de l’évocation poétiques, redescend sur terre et nous bouleverse à nouveau. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 5 mars 2013

À la merveille

Les dernières images de Tree of life montraient l’incarnation de la grâce danser sur une plage, outre monde possible pour un fils cherchant à se réconcilier avec lui-même et ses souvenirs. C’était sublime, l’expression d’un artiste génial qui avait longuement mûri un film total, alliant l’intime et la métaphysique dans un même élan vital. Autant dire que Terrence Malick était parti loin, très loin. Comment allait-il revenir au monde, après l’avoir à ce point transcendé ? La première scène d’À la merveille répond de manière fulgurante et inattendue : nous voilà dans un TGV, au plus près d’un couple qui se filme avec un téléphone portable. Malick le magicien devient Malick le malicieux : l’Americana rêvée de Tree of life laisse la place à la France d’aujourd’hui, et les plans somptueux d’Emmanuel Lubezki sont remplacés par les pixels rugueux d’une caméra domestique saisissant l’intimité d’un homme et d’une femme en voyage, direction «la merveille» : Le Mont Saint-Michel. La voix-off est toujours là, mais dans la langue de Molière — le film parle un mélange de français, d’espagnol, d’italien et d’anglais — et son incipit est là aussi une pirouett

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