"Amoureux de ma femme" : Sale rêveur

De quoi Zeller ? | de et avec Daniel Auteuil (Fr., 1h24) avec également Gérard Depardieu, Sandrine Kiberlain, Adriana Ugarte…

Vincent Raymond | Jeudi 26 avril 2018

Photo : ©Sony Pictures Releasing France


Daniel a invité à dîner son meilleur ami Gérard afin qu'il lui présente, ainsi qu'à sa femme, sa nouvelle compagne. Lorsqu'il découvre sa jeunesse et sa beauté, Daniel se prend à imaginer des choses, sous l'œil de son épouse. Qui n'est pas dupe.

Daniel Auteuil signe un film comme on fait plus. Un truc peu inconscient et naïf, de l'époque où les sexagénaires exhibaient sans complexes leur nouvelle voiture, leur nouvelle montre, leur nouvelle minette, comme autant de gages de succès. Aujourd'hui, on dissimule tout ces “attributs” sous le vocable commun de “bonheurs” — cela fait moins égoïste et moins démon de seize heures. On n'assume moins que le personnage de Sydney Pollack qui vantait dans Maris et Femmes de Woody Allen (1992) les vertus de sa récente et jeune compagne : « sa bouche ? c'est du velours… »

Amoureux de ma femme, raconte peu ou prou la même histoire que Woody Allen, mais corsetée par l'ère du politiquement correct, dans un (vaste) appartement parisien et se sert de l'imaginaire d'un époux rêveur pour fantasmer un adultère. Comme cela, il n'y a pas d'offense à la morale dans la vraie vie, mais le coquin peut se livrer *virtuellement* à toutes les fantaisies (et le spectateur se rincer l'œil à loisir). Ça pourrait être un voyage onirique dans le Moi profond d'un homme, une excursion surréaliste entre Resnais et Buñuel ; hélas Auteuil n'ose pas quitter les rivages du néo-vaudeville bourgeois. Quant à la morale, elle est simili-féministe, à Guitry. Du style : « j'ai toujours le dernier mot à la maison. C'est : “oui, chérie.“ »


Amoureux de ma femme

De Daniel Auteuil (Fr, 1h24) avec Daniel Auteuil, Gérard Depardieu...

De Daniel Auteuil (Fr, 1h24) avec Daniel Auteuil, Gérard Depardieu...

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Daniel est très amoureux de sa femme, mais il a beaucoup d'imagination et un meilleur ami parfois encombrant. Lorsque celui-ci insiste pour un diner "entre couples" afin de lui présenter sa toute nouvelle, et très belle, amie, Daniel se retrouve coincé entre son épouse qui le connaît par coeur et des rêves qui le surprennent lui-même.


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Lucas Belvaux : « Il ne doit pas y avoir un plaisir malsain à regarder la violence »

Rencontre | Adapté du roman de Laurent Mauvignier, Des hommes rend justice à toutes ces victimes de la Guerre d’Algérie payant les intérêts de décisions “supérieures“ prises au nom des États. Et s’inscrit avec cohérence dans la filmographie du (toujours engagé) cinéaste Lucas Belvaux…

Vincent Raymond | Mercredi 19 mai 2021

Lucas Belvaux : « Il ne doit pas y avoir un plaisir malsain à regarder la violence »

Il y a un lien manifeste entre Chez Nous (2017) et ce film qui en constitue presque une préquelle… Lucas Belvaux. Il est un peu né du précédent, oui. J’avais lu le livre de Laurent Mauvigner à sa sortie en 2009, et à l’époque j’avais voulu prendre les droits et l’adapter. Mais Patrice Chéreau les avait déjà, et puis il est tombé malade et n’a pas eu le temps de le faire. J’avais laissé tombé et puis, avec le temps, ne voyant pas le film se faire, je m’y suis intéressé à nouveau. Surtout après Chez nous : il y avait une suite logique. J’ai relu le livre, je l’ai trouvé toujours aussi bon et mon envie de l’adapter était était intacte — ce qui est bon signe après 10 ans. Outre “l’actualité” de votre désir, il y a celle du sujet : on a l’impression qu’on ne fait que commencer avec le traitement de “liquidation“ de la Guerre

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"La Belle époque" : Tout est affaire de décors

Moi, pas émoi | De Nicolas Bedos (Fr., 1h55) avec Daniel Auteuil, Guillaume Canet, Doria Tillier…

Vincent Raymond | Mardi 5 novembre 2019

La soixantaine dépressive, méprisé par sa femme, Victor se voit proposer par un ami de son fils de vivre une expérience immersive dans des décors reconstituant l’époque de son choix. Victor choisit de replonger dans sa jeunesse, pile la semaine où il rencontra sa future épouse… Nicolas Bedos est-il un jeune vieux ? Si Monsieur & Madame Adelman avait dans son projet l’ambition encyclopédique d’embrasser une (double) vie, La Belle Époque — et bientôt OSS 117 : Alerte rouge en Afrique noire, semble-t-il — accréditent la thèse d’une nostalgie un peu paradoxale pour des années 1970 qu’il n’a pas connues. Se livrerait-on à la psychanalyse de comptoir (avec le personnage de Fanny Ardant, psy reconvertie dans le numérique, on se sent presque autorisé), qu’on y verrait comme un fantasme de résurrection de cette époque où son père, dont il est le clone, régnait au music-hall. Mais laissons cette hypothèse. À peine un « grand film malade » (pour reprendre le mot de Truffaut), plutôt un Leo McCarey mort-né, La Belle Époque agace

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"Qui m'aime me suive !" : Éloge du sur-place en marche arrière

ECRANS | De José Alcala (Fr., 1h30) avec Daniel Auteuil, Catherine Frot, Bernard Le Coq…

Vincent Raymond | Jeudi 21 mars 2019

Parce que son grincheux de mari Gilbert s’obstine à conserver son garage, qu’il est fâché avec leur fille depuis qu’elle a convolé, qu’ils sont fauchés, que son voisin et amant a déménagé, Simone quitte le foyer. Pile le jour où le petit-fils débarque. Gilbert, affolé, part à ses trousses. Courses-poursuites poussives, septuagénaires s’escrimant à paraître dix ans de moins, surjeu outré généralisé, accumulation d’enjeux dramatiques éventés évoquant un tout-à-l’égout de pitchs scénaristiques… Est-il bien raisonnable, à l’heure où les plateformes de vidéo en ligne prennent d’assaut le secteur cinématographique, que les salles soient les récipiendaires de médiocrités aussi ineptes ? Même le petit écran, qui jadis leur permettait de trouver une incarnation dans le format téléfilm, semble avoir jeté l’éponge. À raison : un tel objet aurait raison de la meilleure indulgence — pardon, audience. ll y a quelque chose de pathétique à observer des acteurs estimables se livrer à un concours de cabotinage pour tenter de donner quelque intérêt à une comédie. Surtout lorsque leur carrière peut

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Thaïs Alessandrin : « Avec ce film, on a mis de la conscience sur notre séparation »

Mon bébé | Enfant de la balle dont les deux parents sont cinéastes, Thaïs Alessandrin est à la fois. l’inspiratrice et l’interprète principale du nouveau film de sa mère Lisa Azuelos. Un premier “premier rôle“ dont elle s’acquitte avec un beau naturel. Normal : c’est le sien. Rencontre.

Vincent Raymond | Mercredi 13 mars 2019

Thaïs Alessandrin : « Avec ce film, on a mis de la conscience sur notre séparation »

Jade vous emprunte des traits personnels, notamment votre fascination pour Godard puisque vous rejouez l’ouverture du Mépris. Avez-vous cependant souhaité retrancher du scénario des éléments qui vous semblaient trop proches de vous ? T.A. Retranchés, non… Mais il y a une chose que j’aurais aimé davantage montrer : ma relation avec mon grand frère. On n’en montre qu’un aspect, alors qu’elle est beaucoup plus complète, plus intense et plus forte, du fait que l’on a peu d’écart. À part cela, il n’y a rien que j’aurais voulu changer. Quant à Godard, mais aussi tout le cinéma français des années 1960 jusqu’aux années 1980, ça a vraiment été une grande découverte pendant mon année de terminale. J’ai été émerveillée par ce monde, fascinée par les couleurs et les histoires de Godard en particulier dans Le Mépris. Faire ce clin d’œil à Godard et à Brigitte Bardot (pour qui j’éprouve également une grand admiration) était important pour moi. Et puis je trouvais la scène assez drôle…

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"Mon Bébé" : Les liens du sans

ECRANS | De Lisa Azuelos (Fr., 1h27) avec Sandrine Kiberlain, Thaïs Alessandrin, Victor Belmondo…

Vincent Raymond | Mercredi 13 mars 2019

Jade va passer le bac. Et ensuite ? Direction le Canada pour ses études. Comme elle est la dernière des trois enfants à quitter la maison, sa mère Héloïse commence à angoisser à l’idée de la séparation. Et de la solitude : Héloïse vit sans mec, et a de surcroît un père en petite forme… Il aura fallu à Lisa Azuelos une tentative d’éloignement d’elle-même (le faux-pas Dalida) pour se rapprocher au plus près de ses inspirations, et signer ce qui est sans doute son meilleur film. En cherchant à exorciser son propre “syndrome du nid vide“, la cinéaste a conçu un portrait de parent — pas seulement de mère ni de femme — dans lequel beaucoup pourront se retrouver : égarée dans l’incertitude du quotidien, redoutant le lendemain, son héroïne tente d’emmagasiner (avec son téléphone) le plus d’images d’un présent qu’elle sait volatil. Dans le même temps, elle est gagnée par une tendre mélancolie : des souvenirs de Jade petite se surimprimant par bouffées soudaines sur sa grande ado. Grâce à ces flash-back doucement intrusifs, contaminant le présent par petites touc

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Guillaume Nicloux : « Le cinéma, c’est le traitement du mensonge »

ECRANS | Le prolifique Guillaume Nicloux a mené Gaspard Ulliel aux tréfonds de la jungle et de l’Histoire pour ce qui pourrait être un prélude français à Apocalypse Now. Rencontre en tête à tête avec un réalisateur qui compte.

Vincent Raymond | Mardi 11 décembre 2018

Guillaume Nicloux : « Le cinéma, c’est le traitement du mensonge »

La Guerre d’Indochine fait figure d’oubliée de l’Histoire, mais aussi du cinéma. Comment vous êtes-vous intéressé à ce conflit ? GN : Il y a d’abord une date : le 9 mars 1945 qui m’ a été murmurée à plusieurs reprises de façon insistante par ma productrice Sylvie Pialat et Olivier Radot, mon directeur artistique. Mais ça n’a jamais résonné plus que ça. Un jour, il sont revenus à la charge en me disant de regarder ce qui s’était passé. Et j’ai vu : les Japonais — qui à l’époque occupaient l’Indochine parce qu’Hitler les avaient autorisés à prendre possession de ces territoire pour faire la guerre à la la Chine par les terres — avait décidé le même jour à la même heure d’envahir les garnisons et de tuer soldats, femmes et enfants. Ça a été un massacre terrible, une sorte de coup de force opéré par les Japonais pour convaincre De Gaulle de renoncer aux colonies. Comme il n’était absolument soutenu pas Roosevelt à l’époque, qui ne voulait pas que la France étende son pouvoir colonial, ça été une espèce d’anarchie, de débandade pour l’armée française.

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"Les Confins du monde" : Dragueur de Minh

ECRANS | de Guillaume Nicloux (Fr., 1h43) avec Gaspard Ulliel, Guillaume Gouix, Gérard Depardieu…

Vincent Raymond | Mardi 11 décembre 2018

Indochine, 1945. Rescapé par miracle de l’exécution d’un village où son frère a péri, le soldat Robert Tassen reprend du service afin de châtier l’auteur du massacre, un chef rebelle. S’il n’hésite pas pour cela à recruter d’anciens ennemis, il est aussi chamboulée par Maï, une prostituée… Deux séquences étrangement symétriques encadrent ce film dont le décor et l’histoire sont imprégnés par la guerre, mais qui transcendent ce sujet. Deux séquences où l’absence de mots dits font résonner le silence ; un silence éloquent renvoyant indirectement à l’assourdissante absence de représentation de la Guerre d’Indochine, cette grande oubliée des livres d’Histoire, enserrée qu’elle fut entre 39-45 et les “événements“ algériens. Une guerre sans mémoire (ou presque), dont l’essentiel de la postérité cinématographique repose sur Pierre Schoendoerffer. Une quasi “terre vierge“ historique donc, où Nicloux greffe ses obsessions, notamment le principe d’une quête (ici dissimulée en vengeance) plus métaphysique que réelle. La forme, volontairement elliptique,

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"Pupille" : Une aussi longue attente

ECRANS | de Jeanne Herry (Fr., 1h47) avec Sandrine Kiberlain, Gilles Lellouche, Élodie Bouchez…

Vincent Raymond | Mardi 11 décembre 2018

Une jeune femme arrive pour donner naissance à un petit garçon dont elle ne veut pas et qui aussitôt est pris en charge par tout une chaîne d’assistantes sociales et d’assistants maternels. Au bout du compte, ce bébé né sous X sera confié à une mère célibataire en souffrance d’enfant… De l’amour irraisonné à l’amour inconditionnel. Tel est le chemin que la réalisatrice Jeanne Herry a suivi, troquant l’obsession érotomane destructrice de la fan de Elle l’adore contre le bienveillant désir d’une mère méritante, son opposée exacte. Documenté à l’extrême, suivant une procédure d’adoption dans ses moindres détails psycho-administratifs aux allures parfois ésotériques (le cérémonial de rupture entre la mère biologique et l’enfant peut ainsi laisser dubitatif), Pupille s’échappe heureusement du protocole jargonnant par la mosaïque de portraits qu’il compose. Diversité d’approches, de caractères ; espoirs et désespoirs ordinaires meublent l’existence des personnages intervenant dans la lente chaîne menant le bébé à sa future maman ; autant d’accidents heureux ou malheureux

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"Fleuve noir" : Fugue en ado mineur

Polar | de Erick Zonca (Fr., 1h54) avec Vincent Cassel, Romain Duris, Sandrine Kiberlain…

Vincent Raymond | Mercredi 5 septembre 2018

Flic lessivé et alcoolo, le capitaine Visconti enquête la disparition de Dany. Très vite, il éprouve une vive sympathie pour la mère éplorée de l’ado, ainsi qu’une méfiance viscérale pour Bellaile, voisin empressé, professeur de lettres et apprenti écrivain ayant donné des cours privés à Dany… Des Rivières pourpres à Fleuve noir… Vincent Cassel a un sens aigu de la continuité : les deux films sont on ne peut plus indépendants, mais l’on peut imaginer que son personnage de jeune flic chien fou chez Kassovitz a, avec le temps, pris de la bouteille (n’oubliant pas de la téter au passage) pour devenir l’épave chiffonnée de Quasimodo au cheveu gras et hirsute louvoyant chez Zonca. Cette silhouette qui, entre deux gorgeons, manifeste encore un soupçon de flair et des intuitions à la Columbo ; ce fantôme hanté par ses spectres. Terrible dans sa déchéance et désarmant dans son obstination à réparer ailleurs ce qu’il a saccagé dans son propre foyer, ce personnage est un caviar pour un comédien prêt à l’investir physiquement. C’est le cas de Cassel, qui n’avait pas eu à hab

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Daniel Auteuil : « Rêver sa vie, c’est un peu comme mener une rechercher poétique »

Amoureux de ma femme | C’est sur les terres de sa jeunesse avignonnaise, lors des Rencontres du Sud, que le réalisateur et cinéaste Daniel Auteuil est venu évoquer son nouvel opus, Amoureux de ma femme. Le temps d’une rêve-party…

Vincent Raymond | Jeudi 26 avril 2018

 Daniel Auteuil : « Rêver sa vie, c’est un peu comme mener une rechercher poétique »

Le scénario est adapté d’une pièce de Florent Zeller que vous avez jouée. Y a-t-il beaucoup de différences ? D.A : Ah oui, il est très très librement adapté ! On a beaucoup parlé : je lui ai raconté à partir de la pièce de quelle genre d’histoire j’avais envie. Je voulais parler des pauvres, pauvres, pauvres hommes (rires), et de leurs rêves, qui sont à la hauteur de ce qu’ils sont. Certains ont de grands rêves, d’autres en ont des plus petits. Et puis il y avait l’expérience de cette pièce, qui était très drôle et qui touchait beaucoup les gens. Mon personnage est un homme qui rêve, plus qu’il n’a des fantasmes. Un homme qui, au fond, n’a pas tout à fait la vie qu’il voudrait avoir, peut-être ; qui s’identifie dans la vie des autres. Le cinéma vous permettait-il davantage de fantaisie ? La pièce était en un lieu unique et était très axée sur le verbe, sur le texte. Une grande partie était sur les pensés, les apartés. Ici, c’est construit comme un film : le point de départ était cette idée de

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"La Belle et la Belle" : Moi, en pas mieux

Encore ? | de Sophie Fillières (Fr., 1h35) avec Sandrine Kiberlain, Agathe Bonitzer, Melvil Poupaud…

Vincent Raymond | Mercredi 14 mars 2018

Quand Margaux, 20 ans, rencontre Margaux, 45 ans… Chacune est l’autre à un âge différent de la vie. La surprise passée, l’aînée paumée tente de guider la cadette en l’empêchant de commettre les mêmes erreurs qu’elle. Mais qui va corriger l’existence de qui ? À l’instar de nombreux “films du milieu” tels que Camille redouble, ou Aïe de la même Sophie Fillière, il flotte dans La Belle et la Belle comme une tentation du fantastique — mais un fantastique un brin bourgeois, qui ne voudrait pas (trop) y toucher ; admettant sagement les faits disruptifs et restant à plat, en surface, sans déranger le moindre objet. Un effet de style ? Plutôt l’incapacité à créer une ambiance par la mise en scène, puisqu’ici tout se vaut. Vous qui entrez dans ce film, ne redoutez pas les atmosphères à la Ruiz, de Oliveira ou des Larrieu ; ne redoutez rien, d’ailleurs, si ne ce n’est le mol écoulement du temps. On a coutume de qualifier ces comédies d’auteur redondantes tournées dans des catalogues Ikéa à poutres apparentes et d

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"Le Brio" : Laborieux

ECRANS | de Yvan Attal (Fr., 1h35) avec Daniel Auteuil, Camélia Jordana, Yasin Houicha…

Vincent Raymond | Mardi 21 novembre 2017

Inégal, parfois maladroit, le film à sketches précédent d’Yvan Attal (Ils sont partout) ne méritait pourtant pas de se faire agonir : il riait de l’antisémitisme et des antisémites sans se perdre dans les lourdeurs du film à thèse — et suivait l’exemple des Monty Python, Mel Brooks ou Woody Allen avec, il est vrai, moins de métier. Dommage, donc, que le réalisateur n’ait pas poursuivi dans cette veine et que son nouveau sujet (de société) soit traité sur un mode aussi conventionnel. Dans ce Pygmalion à la fac, l’équivalent de Higgins est un prof provocateur un brin réac et le pendant d’Eliza une étudiante en droit issue de banlieue, qu’un concours d’éloquence va rapprocher. Mais entre les deux, que de cabotinages et de démonstrations ! Que de professions de foi naïves sur la méritocratie ou l’éthique ! Dans cet emploi de beauf supérieur, Auteuil se dieupardeuïse, mais n’arrive pas être totalement crédible en odieux salaud. Sans doute parce qu’on le voit trop réciter ses répliques goujates. Quant à Camélia Jordana, abonnée aux rôle d’étudiantes, elle sauve sa mise dans ses scènes avec sa mère et sa

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"Julieta" : Almodóvar se met à nu

ECRANS | de Pedro Almodóvar (Esp., 1h36) avec Emma Suárez, Adriana Ugarte, Daniel Grao…

Vincent Raymond | Mercredi 18 mai 2016

Accrochant un nouveau portrait de femme abattue aux cimaises de sa galerie personnelle, le cinéaste madrilène semble avoir concentré sur cette malheureuse Julieta toute la misère du monde. Avec son absence de demi-mesure coutumière, Almodóvar l’a en effet voulue veuve, abandonnée par sa fille unique, dépressive, en délicatesse avec son père et rongée par la culpabilité. Un tableau engageant – qui omet de mentionner son amie atteinte de sclérose en plaques… Construit comme une lettre à l’absente, Julieta emprunte la veine élégiaque de l’auteur de La Fleur de mon secret. On est très loin des outrances, des excentricités et des transgressions des Amants passagers (2013), son précédent opus façon purge s’apparentant à un exercice limite de dépassement de soi – et qui s’était soldé par un colossal décrochage. Revenu les pieds sur terre, Almodóvar se met ici au diapason de sa bande originale jazzy : en sourdine. Au milieu de ce calme relatif, seules les couleurs persistent à crier – les personnages et le montage faisan

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Au nom de ma fille

ECRANS | Critique du film Au nom de ma fille de Vincent Garenq (Fr, 1h27) avec Daniel Auteuil, Sebastian Koch, Marie-Josée Croze…

Vincent Raymond | Mercredi 16 mars 2016

Au nom de ma fille

À l’époque de Présumé coupable (2011), Vincent Garenq confessait avec l’aplomb d’un Cahuzac moyen ne pas connaître le cinéma d’André Cayatte, auquel son deuxième film (consacré à l’affaire d’Outreau) renvoyait immanquablement. Depuis, soit il a rattrapé un manque et succombé au charme suranné du spécialiste français des films “accusé-seul-contre-tous-levez-vous” avec questions de société intégrées, soit il a enfin décidé d’assumer l’héritage de son devancier. Ce qui implique de se ruer sur tous les faits divers montrant un innocent malmené par la Justice : ils sont susceptibles de se transmuter en scénario à procès ! Après Denis Robert et Clearstream pour L’Enquête (2015), place au combat d’André Bamberski, l’opiniâtre père qui lutta contre les chancelleries pour que l’assassin présumé de sa fille soit poursuivi, extradé, jugé et condamné en France pendant près de trente ans, et dut pour cela commanditer l’enlèvement du scélérat. Si le doute bénéficie en théorie à l’accusé, ici son ombre est inexistante : le méchant est méchant, Daniel Auteuil (en Bronson hexagonal) est gentil, et la réalisation, illustrative, sert de

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Saint Amour

ECRANS | Le millésime 2016 des plus illustres cinéastes grolandais est arrivé, et il n’a rien d’une pochade : derrière son nez rouge de clown, Saint Amour dissimule une histoire d’amour(s) tout en sobriété.

Vincent Raymond | Mercredi 9 mars 2016

Saint Amour

Pour un réalisateur seul, jongler les yeux bandés avec un baril de pétrole ouvert et un flambeau doit certainement se révéler plus sécurisant que diriger la paire Depardieu-Poelvoorde partant en goguette sur la route des vins. Sur le papier, Kervern & Delépine n’étaient donc pas trop de deux face au fameux duo. Cela dit, les risques étaient limités pour les compères, étant donné leur proximité avec les comédiens (déjà pratiqués dans Mammuth et Le Grand Soir) ; ils partageaient en outre leur science du jus de la treille. Cette… “communion d’esprit” explique comment et pourquoi les auteurs ont pu mener leur barque sans dériver, en nochers précis. Spirituel ou spiritueux Mais Saint Amour ne se limite pas à son germe éthylique : l’essence de ce road movie, c’est le voyage de quelques centimètres que vont parcourir un père et un fils l’un vers l’autre. Un rapprochement sensible et enivrant — facilité par leur hâbleur de chauffeur — donnant l’occasion d’apprécier Depardieu, plus fragile qu’un roseau dans son corps de chêne, lorsqu’il tente avec une maladresse rustaude de parler à son Bruno de fils,

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Encore heureux

ECRANS | De Benoît Graffin (Fr., 1h33) avec Sandrine Kiberlain, Édouard Baer, Bulle Ogier…

Vincent Raymond | Mercredi 27 janvier 2016

Encore heureux

Quand des petits-bourgeois s’attellent à l’écriture d’une comédie vaguement sociale (chacun des mots mérite d’être pesé : on suit ici une famille dont le père, cadre-sup’ au chômage depuis 2 ans, squatte un studio des beaux quartiers parisiens) en faisant l’économie d’un "script doctor", la vraisemblance et la dignité en prennent pour leur grade. Quelques exemple à la volée ? L’histoire est censée se passer autour du réveillon de Noël, de surcroît en week-end ; or tout est ouvert fort tard, y compris les administrations, qui n’hésitent pas à menacer, d’ailleurs, d’expulsion… en pleine trêve hivernale. Un besoin urgent d’argent se fait sentir ? La mère s’en va troquer ses faveurs contre un chèque auprès d’un bellâtre de supérette – ah, le romantisme de la prostitution occasionnelle ! Même en ajoutant un macchabée voyageur en guise d’hypothétique ressort macabre (au point où l’on en est…), le scénario continue de tirer à hue et à dia, atteignant à peine la cheville brisée de la moindre pochade d’humour noir belge. Miséricorde pour les comédiens ; ils devaient avoir faim… VR

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Valley of love

ECRANS | De Guillaume Nicloux (Fr, 1h32) avec Gérard Depardieu, Isabelle Huppert…

Christophe Chabert | Mardi 16 juin 2015

Valley of love

« Putain, la chaleur ! » dit Gérard (Depardieu) transpirant sous le soleil californien lorsqu’il retrouve son ex-compagne Isabelle (Huppert). Qui sont-ils et que viennent-ils faire là ? La première réponse est la plus complexe : Depardieu et Huppert sont comme des hybrides du couple qu’ils formèrent à l’écran à l’époque de Loulou et des comédiens qu’ils ont été ensuite. Ce mélange-là, entre ce que l’on sait de leur vie (étalée et commentée pour Depardieu, plus discrète pour Huppert) et les rôles que leur fait jouer Guillaume Nicloux, est la meilleure idée de Valley of love, son mystère le plus persistant. Il repose sur l’idée que certaines stars ont un besoin minimal de fiction pour exister à l’écran, charriant leur légende avec eux. Cette fiction a minima répond à la deuxième question et s’avère plus problématique : convoqué post-mortem par un fils gay, exilé aux États-Unis et récemment suicidé, le couple traverse le désert en attendant un signe de cet enfant disparu qui leur promet de revenir. On sent que Nicloux aimerait retourner aux sources atmosphériques et inquiétantes de ses premiers polars (notamment le beau Une affaire privée

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Comme un avion

ECRANS | Bruno Podalydès retrouve le génie comique de "Dieu seul me voit" dans cette ode à la liberté où, à bord d’un kayak, le réalisateur et acteur principal s’offre une partie de campagne renoirienne et s’assume enfin comme le grand cinéaste populaire qu’il est. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 9 juin 2015

Comme un avion

Qu’est-ce qu’un avion sans aile ? Un kayak… Drôle d’idée, qui surgit par paliers dans la tête de Michel (Bruno Podalydès lui-même, endossant pour la première fois le rôle principal d’un de ses films). À l’aube de ses cinquante ans, il s’ennuie dans l’open space de son boulot et dans sa relation d’amour / complicité avec sa femme Rachelle (Sandrine Kiberlain, dont il sera dit dans un dialogue magnifique qu’elle est «lumineuse», ce qui se vérifie à chaque instant à l’écran). Michel a toujours rêvé d’être pilote pour l’aéropostale, mais ce rêve-là est désormais caduque. C’est un rêve aux ailes brisées, et c’est une part de l’équation qui le conduira à s’obséder pour ce fameux kayak avec lequel il espère descendre une rivière pour rejoindre la mer. Une part, car Bruno Podalydès fait un détour avant d’en parvenir à cette conclusion : son patron (Denis Podalydès), lors d’un énième brainstorming face à ses employés, leur explique ce qu’est un palindrome. Pour se faire bien voir, tous se ruent sur leurs smartphones afin de trouver des exemples de mots se lisant à l’endroit et à l’envers. Plus lent à la détente, Michel finira in extremis par

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Avant l’hiver

ECRANS | À défaut de convaincre, le troisième film de l’écrivain Philippe Claudel intrigue. Ce drame où un chirurgien du cerveau, marié à une femme qui passe ses (...)

Christophe Chabert | Lundi 25 novembre 2013

Avant l’hiver

À défaut de convaincre, le troisième film de l’écrivain Philippe Claudel intrigue. Ce drame où un chirurgien du cerveau, marié à une femme qui passe ses journées à jardiner dans une grande demeure qu’elle appelle judicieusement une «cage de verre», s’obsède peu à peu pour une jeune et belle inconnue aux multiples visages ­— serveuse, étudiante, putain — dont il ne sait trop si elle complote contre lui ou si elle est simplement folle amoureuse, prend parfois des allures de thriller hitchcockien. Du point de vue de sa mise en scène, le film, justement, a de l’allure. Claudel a un vrai sens du plan qui fait sens, méticuleusement composé et éclairé, et il parvient à faire entrer de l’inquiétude et de la mélancolie dans son récit par la seule force de l’image. En revanche, son passé littéraire refait surface dans les dialogues, incroyablement démonstratifs et sentencieux, où l’on sent plus le discours de l’auteur que la parole des personnages. Tout cela manque cruellement de santé, et même le mystère qui sous-tend toute l’intrigue finit par être trop clairement élucidé dans le dernier acte. Ce manque de quotidienneté, rien ne le souligne plus que le choix mal

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9 mois ferme

ECRANS | De et avec Albert Dupontel (Fr, 1h21) avec Sandrine Kiberlain, Nicolas Marié…

Christophe Chabert | Lundi 14 octobre 2013

9 mois ferme

Annoncé comme le retour de Dupontel à la comédie mordante après le mal nommé Le Vilain, 9 mois ferme s’avère une relative déception, confirmant au contraire que son auteur ne sait plus trop où il veut amener son cinéma. Il y a certes beaucoup d’excès en tout genre, une caméra déchaînée et quelques passages ouvertement gore, mais aussi des choses beaucoup plus prévisibles, sinon rassurantes. Il y a surtout un mélange de registres comiques dont le moins que l’on puisse dire est qu’ils sont loin de tous fonctionner. Ce que Dupontel réussit le mieux, c’est le grotesque, le gag énorme basé sur la surenchère — le passage hilarant de la vidéo surveillance avec Bouli Lanners en est le meilleur exemple. Mais le cartoon live ou, à l’opposé, la comédie de caractère, ne trouvent jamais leur ton ni leur rythme. Dupontel reprend son personnage habituel et, malgré de louables efforts pour se couler dans le moule délirant de l’auteur-réalisateur, Kiberlain manque de ce grain de folie qui emporterait le morceau. Enfin, dans cette farce où une avocate se retrouve enceinte d’un serial killer après une nuit de biture, Dupontel puise une part de son inspiration dans

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Jappeloup

ECRANS | De Christian Duguay (Fr, 2h10) avec Guillaume Canet, Marina Hands, Daniel Auteuil…

Christophe Chabert | Mardi 12 mars 2013

Jappeloup

Plus scandaleux que l’affaire des lasagnes, l’acharnement du cinéma français à mettre du cheval à toutes les sauces sur les écrans. Après la comédie hippique qui pique comme un vin éventé (Turf), voici le biopic de la monture et de son destrier certifié 100% histoire vraie, avec la fine fleur des acteurs cavaliers dans les rôles principaux. Jappeloup cherche d’un bout à l’autre un angle pour raconter cette success story à la française, pendant que son réalisateur Christian Duguay, yes man canadien à qui on a curieusement accordé un titre de séjour, lui cherche vainement une forme. On sent l’armada de monteurs venus sortir le truc de la panade, tentant de dynamiser l’alternance mécanique de gros plans, plans à la grue et ralentis sur le canasson qui saute un obstacle, pendant qu’un groupe de script doctors prenaient la décision, absurde, de changer toutes les trente minutes de sujet : d’abord le jockey indécis, puis le lien père/fils, puis la réflexion sur le cavalier qui doit aimer son cheval, puis le triomphe seul contre tous. Dans tous les

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L’Homme qui rit

ECRANS | De Jean-Pierre Améris (Fr, 1h33) avec Gérard Depardieu, Marc-André Grondin, Christa Theret…

Christophe Chabert | Vendredi 21 décembre 2012

L’Homme qui rit

Il y a quelque chose d’involontairement comique à voir sortir, deux semaines après Le Hobbit, cet Homme qui rit signé Jean-Pierre Améris. Là où Jackson étire chaque ligne de Tolkien jusqu’à la nausée, Améris compresse façon César le roman de Victor Hugo ; là où Le Hobbit surjoue l’épique, L’Homme qui rit ramène tout le grandiose hugolien à une platitude de téléfilm tourné dans les pays de l’Est. De la tempête initiale au grand discours de Gwynplaine devant le Parlement, la mise en scène est d’une pauvreté désarmante, incapable de donner du souffle aux images sinon en les inondant d’une musique pompière ou en creusant les fonds verts de décors numériques laids à pleurer. C’est simple, on se croirait dans un plagiat de Tim Burton filmé par Josée Dayan ! Si Depardieu reste digne au milieu du naufrage, Marc-André Grondin ne sait visiblement pas dans quel film il est embarqué, et Christa Theret, qu’on aime beaucoup pourtant, joue les aveugles comme au temps du muet, les yeux écarquillés et les bras tendus en avant. Grotesque

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Astérix et Obélix : au service de sa Majesté

ECRANS | Passant après le calamiteux épisode Langmann, Laurent Tirard redonne un peu de lustre à une franchise inégale en misant sur un scénario solide et un casting soigné. Mais la direction artistique (affreuse) et la mise en scène (bancale) prouvent que le blockbuster à la française se cherche encore un modèle. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mercredi 17 octobre 2012

Astérix et Obélix : au service de sa Majesté

Dans quel âge se trouve le blockbuster français ? Économiquement, sans parler d’âge d’or, on peut dire que l’affaire roule ; même une chose laborieuse comme Les Seigneurs remplit sans souci les salles. Artistiquement, en revanche, on est encore à l’âge de pierre. La franchise Astérix en est le meilleur exemple : après le navet ruineux de Thomas Langmann, c’est Laurent Tirard, fort du succès glané avec son Petit Nicolas, qui a récupéré la patate chaude. Avec un budget quasiment divisé par deux (61 millions quand même !), il n’avait guère le choix : finies les courses de char dispendieuses et les packages de stars ; retour aux fondamentaux. Tirard et son co-auteur Grégoire Vigneron prennent ainsi deux décisions payantes : remettre le couple Astérix et Obélix au centre du film (ainsi que les comédiens qui les incarnent, Baer et Depardieu, excellents), et soigner un casting pour lequel chaque personnage semble avoir été écrit sur mesure. Il y a dans Au service de sa Majesté un petit charme très français du second rôle savoureux, plus digeste que la pratique éculée de la guest écrasante. Guillaume Gallienne, Vincent Lacoste, Valérie Lemercier, Catherine Den

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