"Comme des garçons" : Droites aux buts

Goalées | de Julien Hallard (Fr., 1h30) avec Max Boublil, Vanessa Guide, Bruno Lochet…

Vincent Raymond | Jeudi 26 avril 2018

Photo : © Mars Films


1969, Reims. Journaliste sportif sûr de lui et macho, Paul Coutard écope d'un sanction : trouver une attraction pour la kermesse annuelle. Boutade au départ, l'idée d'un match de foot féminin est retenue, et se mue en croisade pour le droit aux femmes de jouer comme des garçons…

Réunir dans un même film le foot (en année de Coupe du monde), le vintage sixtize-séveuntize et le féminisme, voilà ce qui s'appelle faire un panier à trois points. Ou un strike. Enfin un truc de sportif drôlement fortiche augmentant sensiblement les chances d'attirer les regards sur son travail. L'opération est à double tranchant : s'il ne répond pas aux attentes qu'il cherche à susciter, Comme des garçons ne sera pas qu'un film bancal. Mais LE film raté sur le foot féminin, c'est-à-dire une raison supplémentaire pour ses détracteurs de s'en gausser — on ne sait trop ce qui l'empoche chez eux entre puérilité et l'ignorance. Cela dit, vu que Mohamed Hamidi commence ces prochains jours le tournage des Footeuses avec Kad Merad, ils faut qu'ils s'habituent.

Heureusement, Julien Hallard ne signe qu'un film conventionnel, auquel on peut reprocher la paresse systémique affligeant la plupart des scripts de comédies françaises — un calibrage qu'on croirait inspiré de la culture OGM ou des manuels américains. Dans les interstices, et malgré Max “zéro nuance” Boublil, il reste un peu de place pour quelques éclats de surprise, comme des trognes à l'ancienne et du décor soigné rappelant OSS 177. Pas assez pour s'enthousiasmer, trop pour détester. Match nul.


Comme des garçons

De Julien Hallard (Fr, 1h30) avec Vanessa Guide, Max Boublil...

De Julien Hallard (Fr, 1h30) avec Vanessa Guide, Max Boublil...

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Reims, 1969. Paul Coutard, séducteur invétéré et journaliste sportif au quotidien Le Champenois, décide d’organiser un match de football féminin pour défier son directeur lors de la kermesse annuelle du journal. Sa meilleure ennemie, Emmanuelle Bruno, secrétaire de direction, se retrouve obligée de l’assister. Sans le savoir, ils vont se lancer ensemble dans la création de la première équipe féminine de football de France.


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"Alad'2" : Pareil, et en moins bien

$uit€ | de Lionel Steketee (Fr., 1h38) avec Kev Adams, Jamel Debbouze, Vanessa Guide…

Vincent Raymond | Mercredi 26 septembre 2018

Sofia a quitté Sam. Dans l’avion pour la rejoindre, Sam imagine la suite des aventures d’Aladdin, chassé de Bagdad par le cruel Shah Zaman qui, de surcroît veut épouser la princesse Shalila. Aidé par son génie, le rusé voleur repart en conquête de sa promise et de Bagdad… La coutume veut que la suite d’un succès cherche à le superlativer — en y parvenant rarement, d’ailleurs — grâce à une histoire plus époustouflante, la montée en gamme de la réalisation et une distribution de prestige. C’est visiblement ce troisième point qui a été privilégié avec le recrutement de Jamel Debbouze comme co-star (par ailleurs intercesseur idéal pour qui souhaite tourner au Maroc, semble-t-il. Mais associer les deux humoristes revient à mélanger de l’eau et de l’huile (ou l’inverse) ; de fait, chacun déroule son one man show à sa sauce dans son segment de film sans qu’il y ait réellement de rencontre. On suit donc en alternance des sketches où Kev, aventurier aux adbos souriants, croise pléthore de stars venues faire des caméos, et d’autres où Djamel, en félon, bredouille ses répliques façon de Funès oriental. Notons

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Julien Hallard : « Ce qui m’intéresse, c’est que le message passe »

Comme des garçons | S’il n’a tourné aucune image de son film inspiré de l’équipe de foot féminine de Reims dans la ville de ses exploits, Julien Hallard est bien allé à Avignon pour parler aux Rencontres du Sud de Comme des garçons…

Vincent Raymond | Jeudi 26 avril 2018

Julien Hallard : « Ce qui m’intéresse, c’est que le message passe »

Y a-t-il a un lien entre le foot et votre mère, à qui vous avez dédié ce film ? J.H. : C’est une dédicace affective avant tout. S'il y en avait un, ce serait sur la cause féministe — ma mère était très engagée. Et comme elle aimait le cinéma, je me devais de lui dédier mon premier film. Quel est votre propre rapport au foot ? J’ai joué dans le Calvados chez les poussins, j’aime ça depuis l’enfance. Et je m’intéresse vraiment au football féminin, ce n’est pas un truc opportuniste : je suivais Lyon et l’équipe de France, ça joue bien. Au moment où les hommes plongeaient en 2010, les filles faisaient une bonne coupe du monde, ça m’a inspiré. Elles vont trouver leur place dans ce sport majeur, avec beaucoup d’argent. Et si elles arrivent à s’imposer, elle s’imposeront dans le sport le plus populaire sur la planète. Donc j’aimerais bien que ça arrive. À partir de quand la fiction prend-elle ici le pas sur l’histoire authentique ?

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"Les Municipaux, ces héros" : Du rouge au front

Agit’-sale | de et avec Eric Carrière & Francis Ginibre avec Bruno Lochet…

Vincent Raymond | Jeudi 26 avril 2018

À leurs débuts, Les Chevaliers du Fiel s’étaient sans doute baptisés ainsi par dérision, en clin d’œil gamin à la série qu’ils devaient idolâtrer minots. Le temps a depuis filé, faisant son office délétère : il a ainsi comblé le duo de succès. Tant mieux pour eux, pour leur percepteur et pour Bolloré qui a trouvé avec ces faquins de quoi meubler ses tuyaux. Le duo a dû sacrifier au passage un petit quelque chose en échange de cette bonne fortune. Oh, trois fois rien quand on ne s’embarrasse pas d’un semblant de dignité : sa conscience. Las, non contents de l’oublier sur le petit écran, les deux lurons l’omettent aussi sur le grand, en reprenant leurs boucs émissaires favoris : les employés communaux, assimilés à des parasites ultimes entretenus par les représentants corrompus de la collectivité et jamais satisfaits de leurs privilèges indus. D’une rare abjection poujadiste, ce long métrage vomit à jet continu de la haine sociale sous couvert de “galéjade”. Ni farce, ni satire, c’est une attaque mesquine enfilant les clichés anisés sur les planqués, les syndicalistes, les placardisés, les guichetiers des administrati

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"Going to Brazil" : apocalypse girls

ECRANS | Après un drame césarisable (Mauvaise Fille), virage à 180° pour Patrick Mille qui s’essaie à la comédie populaire moderne. Invitées au mariage de leur amie (...)

Julien Homère | Mardi 21 mars 2017

Après un drame césarisable (Mauvaise Fille), virage à 180° pour Patrick Mille qui s’essaie à la comédie populaire moderne. Invitées au mariage de leur amie enceinte Katia à Rio de Janeiro, Agathe, Chloé et Lily voient leur séjour virer au cauchemar lorsqu’elles défenestrent accidentellement un homme dans une soirée. Assumant sans gêne sa filiation avec la farce US trash (Todd Phillips), le film brasse tous ses codes visuels et narratifs, frôlant presque le racolage. On peut déplorer ici et là les facilités des gags gores, certains d’entre eux étant vus ailleurs en mieux, mais un plaisir sincère s’en dégage. Le trip possède un rythme soutenu, venant de répliques jouissives, larguées par un quatuor d’actrices habité. Naviguant dans les zones risquées de la comédie dramatique avec une certaine aisance, le concept a le mérite d’aller jusqu’au bout de ses ambitions. Going to Brazil de Patrick Mill

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Des gens qui s’embrassent

ECRANS | De Danièle Thompson (Fr, 1h40) avec Kad Merad, Éric Elmosnino, Monica Bellucci, Lou De Laâge…

Christophe Chabert | Mardi 9 avril 2013

Des gens qui s’embrassent

Poursuivant ce qu’elle pense être une observation de la société française, Danièle Thompson invente surtout au fil des films une grande célébration des classes supérieures et de leurs valeurs : famille, religion, argent, apparences, réussite… Elle a beau, comme ici, créer des oppositions — les artistes contre les nantis, les candides contre les cyniques — ce n’est qu’une habile diversion avant la réconciliation finale — dans ce film-là, incroyablement bâclée. Et quand il s’agit de critiquer vaguement l’arrogance de ses personnages, c’est à travers des stéréotypes embarrassants, pas aidés par des comédiens parfois en pleine panade — Monica Bellucci est catastrophique en bourgeoise hystérique. Surtout, Des gens qui s’embrassent a l’ambition d’un film choral, mais se retrouve coincé dans un format de prime time d’évidence trop étroit, et qui intensifie tous ses défauts : ainsi la narration avance par bonds temporels, s’attarde sur des événements sans intérêt et passe à toute vitesse sur ce qui pourrait créer du trouble — le déterminisme amoureux qui relie les deux cousines, par exemple.

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