Xabi Molia : « Je place Kad Merad au même rang que Denis Podalydès »

Entrevue | Dans la peau d’un petit escroc à l’aura pâlissante, Kad Merad effectue pour Comme des rois de Xabi Molia une prestation saisissante, troublante pour lui car faisant écho à sa construction d’acteur. Propos glanés entre les Rencontres du Sud d’Avignon et Paris.

Vincent Raymond | Mercredi 2 mai 2018

Xabi, quelle a été la genèse de ce film ?

X. M. : L'idée est venue d'une manière assez amusante. Il faut savoir que j'ai le profil du bon pigeon : j'adore qu'on me raconte des histoire. Je me suis donc fait arnaquer assez régulièrement, et notamment une fois à la gare Montparnasse. Pendant que j'attendais le départ de mon train, un type est monté et m'a raconté une histoire très alambiquée… Je ne saurais la raconter, mais l'enjeu c'était 20 euros. Je me souviens m'être méfié et l'avoir poussé dans ses retranchements ; mais lui, retombais sur ses pattes, trouvait de nouveaux trucs pour que son histoire tienne debout. Bref, il me prend ces 20 euros et je ne le revois évidemment jamais.

J'ai d'abord été déçu de m'être fait délester de 20 euros. Mais finalement, il les avait quand même gagnés de haute lutte ! Et j'ai imaginé le matin que ce type avait peut-être dit à sa femme : « bon bah moi aujourd'hui je vais Gare Montparnasse, j'ai un nouveau truc ». Et le soir, peut-être qu'elle lui a demandé comment ça s'est passé et qu'il lui a répondu « oh bah aujourd'hui difficile j'ai fait 60 / 80 euros ». Il avait donc un boulot — que la société réprouve — mais qui, au fond, avait des points communs avec n'importe quel travail : une routine, des horaires, l'inventivité, la capacité à accepter l'échec avec un client…

Malheureusement je ne connais pas le nom de mon arnaqueur parce que je devrais, au fond, le remercier au générique : “sur une idée originale de « mon arnaqueur »“ (rire).

Il pratique en tout cas le travail à l'ancienne…

X. M. Oui, c'est d'ailleurs ce que disent les personnages du film : maintenant, tout se fait sur Internet. C'est assez anachronique d'aller à la rencontre des gens dans un monde, dans un pays, dans une époque où c'est si difficile de se rencontrer : plus personne ne veut ouvrir ses portes. Mon héros Josep est ce type, flamboyant, qui sent que l'époque est entrain de changer. C'est un artisan qui aime son métier, et qui a envie de transmettre son savoir-faire, sa petite entreprise. Et quand surgit la figure de son fils, son héritier, l'histoire émerge…

Comme dans Family Buisness de Lumet, l'aîné espère convaincre le plus jeune de reprendre les “affaires” et se désespère en le voyant aspirer au métier de comédien. Pourtant, un acteur est un menteur suprême — et légal.

X. M. Je suis fasciné par les comédiens et j'aime beaucoup les films sur le jeu, où il est question de jouer. Ce qui est beau ici, c'est qu'au fond Mika hérite, à bien des égards, des talents de Joseph, son père, mais il ne veut pas les exercer aux mêmes endroits. À la différence des autres comédiens, l'arnaqueur ne dit pas qu'il joue : il n'y a pas la barrière de sécurité entre lui et ses spectateurs, qui sont ses victimes.

Mika veut faire le métier de son père — un métier de jeu — mais dans un endroit où les règles sont claires, où il ne fera de mal à personne et où il ne sera pas prédateur face à des proies. Ce qui est compliqué, c'est le droit à rêver d'être comédien, aujourd'hui, dans une France en crise. Ce métier peut faire peur à beaucoup de parents et pas seulement dans les classes populaires. Peut-on y rêver de l'endroit où l'on est ?

Ayant grandi à Bayonne, en province, dans les années 1980 et je voyais bien le genre de blocage existant concernant les métiers artistiques : quand vous n'avez pas de réseau, que vous ne connaissez ni cinéaste, ni écrivain. Il faut à des parents une grande ouverture d'esprit pour dire « super, vas-y ». Leur réflexe, c'est de se dire que c'est dingue et qu'il faut un plan B.

Ce parcours vous parle, Kad ?

K.M. : Oui. Le rôle de Mika, c'est moi : j'étais les deux sur le tournage. Je ne viens pas des milieux artistiques, ni des milieux aisés, ni de Paris. Même si n'on était qu'à 30 km de Paris, pour nous c'était le bout du monde. C'est dur de dire à ses parents qui travaillent tous les jours, la mère coiffeuse, le père dans les chemins de fers, qui prennent le train de banlieue, qu'on faire une école de théâtre.

Quand le père dit : « — Comédien ? Ouais ouais, très bien. En attendant, tu vas aller chercher du boulot. — Mais c'est du travail, papa. ». Les gens qui ne sont pas de ce milieu là ne peuvent pas l'imaginer.

Après la seconde on m'a bifurqué vers un C.A.P de vendeur, de commerce. Même si dans ma tête j'avais le rêve de cette que je vis aujourd'hui, il fallait quand même que je travaille pour faire plaisir à mes parents. Alors j'ai regardé des annonces dans les journaux locaux : on cherchait des vendeurs pour des Encyclopedia Universalis (rire). On faisait un petit stage où on nous apprenait comment faire… Mais surtout on n'était payé que si on vendait. C'était un peu le même genre d'urgence et de survie que Joseph : ça coutait 4000 francs à l'époque pour 30 ou 40 volumes ; personne ne pouvait s'acheter ça. J'ai réussi à en vendre une seule, à un copain dentiste, à Evry ou par là. (rires)

Je me revois encore sonner à la porte des gens, comme Joseph. on entendait souvent le son d'un chien, il n'y avait pas la méfiance d'aujourd'hui. Mais c'était une épreuve : il fallait être un acteur. Le but c'était de rentrer chez les gens et d'être assis dans le salon ou sur la table de la cuisine — il faut avoir une bonne tête. Moi, j'arrivais à les embrouiller assez facilement… jusqu'à ce que dise que c'était 4000 francs…

Qu'en avez-vous retiré ?

K.M : J'ai passé ma vie à embrouiller, pardon de dire ça. Même au service militaire, j'ai été reformé : c'était soit je partais un an faire le service, soit je partais au club Méditerranée en G.O… Faire le suicidaire, c'était vraiment un rôle d'acteur. Je faisais genre qu'il ne fallait pas du tout me laisser prêt d'une fenêtre parce que j'étais capable de me jeter… J'étais dans mon plus grand rôle. (rires). Quant à mon oral de C.A.P., je pense que j'ai embrouillé mon examinateur.

Parfois même dans mon métier d'acteur, j'ai dû embrouiller les réalisateurs ou les gens du casting, parce que la vie, c'est ça au fond.

Vous n'en éprouvez pas un sentiment d'imposture ?

K.M : Ah mais je suis un imposteur ! Mais je commence à accepter les compliments… J'ai toujours eu l'impression d'avoir eu de la chance, et c'est vrai.

Xabi, dans quelles mesures étiez-vous sûr de ne pas vous être fait embobiner par Kad en le choisissant ?

X. M. : Il n'était pas du tout dans mes choix de cinéphile, car il a fait beaucoup de comédies qui ont bien marché ; je ne m'imaginais donc pas travailler un jour avec lui. Et puis j'ai vu Baron Noir, la série qu'il a faite sur Canal +. Tout d'un coup, je suis tombé sur un personnage ressemblant à bien des égards à Joseph : un type pour qui tous les moyens sont bons pour y arriver à des fins nobles. On comprend qu'il est à l'aile gauche du parti socialiste — personnellement, je sympathise avec ses convictions — mais qui trafique dans les comptes.

C'est un salaud, mais Kad Merad avec sa barbe lui amène une bonhommie, une empathie immédiate. Et moi, pour mon personnage d'escroc, il fallait absolument que je tombe sur quelqu'un comme ça.

Ce que je veux, c'est qu'on soit avec ce personnage, qu'on soit troublé par lui parce qu'il est toxique pour son fils d'un côté, mais que de l'autre il se débat, il fait ce qu'il peut… Il faut qu'on l'aime quoi ! Ce qui est génial avec un acteur comme Kad Merad, c'est qu'il ne vous laisse pas le choix : quand les gens le voient à l'écran, ils sourient… J'avais ressenti ça avec Denis Podalydès, avec qui j'ai fait mes 2 premiers films. Tous deux ont cette faculté à susciter la proximité.

Comment peut-on demander à Kad Merad de jouer la sincérité alors que le personnage est en permanence dans le mensonge et donne l'impression de se mentir à lui-même ?

Je ne sais pas… En même temps, n'y a-t-il pas dans la toute dernière scène p quelque chose de très dépouillé dans la manière dont il dit : « c'est mon fils » ? On avait tous l'appréhension de cette dernière phrase, qui signifiait en fait : « je suis tellement fier de lui ». Avec Kad Merad, on a fait 10 prises, mais en réalité dès la première prise, c'était là. C'était joué avec tellement de simplicité et de justesse qu'on en a fait d'autres pour être sûrs.

Pour le dire différemment, je suis admiratif de Kad Merad : je suis tombé raide dingue depuis le tournage, c'est une rencontre merveilleuse. J'aimerais continuer de faire des choses avec lui. Je le place au même rang que Denis Podalydès.

Ce sont deux comédiens qui ont une palette de jeu incroyable, et une manière simple et concrète de travailler. Denis on l'imagine très cérébral, alors qu'il a une dimension très simple. Quant à Kad Merad, on me disait : « surtout, retiens-le, il ne faut pas qu'il fasse le clown, il ne faut pas qu'il fabrique… ». Pour moi, il ne fabriquait pas du tout, c'est un acteur extraordinairement simple et concret dans ce qu'il joue et ça m'a complètement troublé. Parfois, des acteurs, la cinquantaine passée gagnent en densité humaine. Pour moi, Kad Merad il y a 10 ans, n'avait pas la capacité de jeu qu'il a aujourd'hui. Donc je ne sais pas ce qui l'attend mais déjà avec Baron Noir et ce film les frontières bougent. J'ai lu et entendu des commentaires qui me font très plaisir, du style : « il y a un truc incroyable, j'ai aimé un film avec Kad Merad ».

Avez-vous commencé votre écrire prochain film ?

Oui j'ai d'autres projets, mais je veux aller ailleurs. Je fais partie de ces artistes qui ne veulent pas creuser le même sillon. Huit fois debout, mon premier film, était déjà une chronique sociale, ensuite j'ai fait dans le merveilleux, Les Conquérants, mais si vous voulez je ne me vois pas en Robert Guédiguian junior quoi — cela serait le plus confortable, le plus simple, mais bon. Je sais que j'aimerais bien continuer de tourner avec Kad Merad, de la même manière qu'après Huit fois debout j'avais eu cette envie de faire un deuxième film avec Denis Podalydès — et c'est ce qu'on a fait. Il y a des comédiens avec qui je me dis que l'histoire n'est pas finie.

Vous envisageriez de réunir Denis Podalydès et Kad Merad ?

Ça fait partie des choses auxquelles je pense. Denis… enfin je veux dire, un acteur peut tout jouer. Mais quand j'ai écrit Comme des Rois, je ne voyais pas Denis dans Joseph car un acteur transporte avec lui son parcours de cinéma, de théâtre… Et Denis a quand même une image liée à un univers. Là, je n'arrivais pas à le projeter dans ce milieu populaire — c'est peut-être un manque d'imagination. Mais Denis fait aussi partie des comédiens avec qui, pour moi, il reste mille choses à faire : il à très envie de jouer des méchants. Donc je réfléchis à des choses…



entrez votre adresse mail pour vous abonner à la newsletter

Le théâtre sort de Paris

Théâtre | Cette saison, l’Opéra de Saint-Etienne accueillera six pièces de théâtre qui ont cartonné dans la capitale et fait le succès des salles qui les ont déjà vues passer. Tour d’horizon d’une programmation qui sent bon la rigolade.

La rédaction | Jeudi 9 septembre 2021

Le théâtre sort de Paris

Michel Sardou dans une pièce de Guitry, Michèle Bernier seule en scène face à son avenir, Bruno Solo, Mélanie Page et Julien Boisselier dans un triangle amoureux, Kad Merad aux côtés de Claudia Tagbo et de Lionel Abelanski, Daniel Russo et Véronique Genest plongés dans les méandres du passé, ou encore, les débuts d'Estelle Lefébure sur les planches : en cette saison 2021/22, la comédie populaire et ses vedettes sortent de Paris et débarquent à Saint-Etienne, pour 6 soirées de gala à l’Opéra. Un programme concocté avec pour unique objectif de donner au public une possibilité de se divertir, histoire de, peut-être (sûrement !) retrouver un peu sa vie d’avant. Demandez le programme Au menu de cette saison des Grandes Soirées Théâtre, donc, du rire, du rire, et aussi, du rire. Dix ans après. Un spectacle écrit par David Foenkinos, mis en scène par Nicolas Briançon, dans lequel Pierre (Bruno Solo), assureur peu confiant, retrouve son meilleur ami Yves (Julien Boisselier) écrivain de son état, et Nathalie, l’épouse de ce dernier (Mélanie Page) après 10 ans de séparation… Due à un petit changement de situation. Oui, car il y a 1

Continuer à lire

"Just Kids" : Seuls les mômes

ECRANS | De Christophe Blanc (Fr.-Sui., 1h43) avec Kacey Mottet Klein, Andrea Maggiulli, Anamaria Vartolomei…

Vincent Raymond | Mardi 25 août 2020

Après la mort accidentelle de leur père, Mathis 10 ans retrouve sous la responsabilité de Jack, 19 ans. Une charge bien lourde pour les deux : le cadet ne tient guère en place, et le jeune adulte adulte espère un miracle en reprenant les combines louches et foireuses du paternel… Comment totalement détester ce film sur la trajectoire de gamins livrés à eux-mêmes, en manque de père et de repères, hésitant entre suivre les traces d’un défunt peu reluisant ou créer de nouvelles attaches ? Mais comment totalement aimer ce film aux criants airs de déjà-vu chez Téchiné, Kahn, Bercot ou Doillon, entre autres cinéastes plutôt fréquentables par ailleurs ? Le road movie familial initiatique, les jeunes fratries confrontées ensemble et individuellement à des problématiques de deuil, l’incorporation d’une sous-trame noire sont censés apporter un chaos supplémentaire à la situation instable des personnage, et donc de la surprise. Mais ces relances narratives procèdent dans ce contexte de la simple logique, pour ne pas dire de la convention. Sinon, il y a quelques beaux plans du Grenoblois, po

Continuer à lire

Une belle équipe : Sorties de leur réserve

ECRANS | De Mohamed Hamidi (Fr., 1h35) avec Kad Merad, Alban Ivanov, Céline Sallette…

Vincent Raymond | Mercredi 15 janvier 2020

Une belle équipe : Sorties de leur réserve

Un seul point. C’est ce qu’il manque à l’équipe de foot de Clourrières pour assurer son maintien. Sauf que les joueurs ont tous été suspendus après une bagarre. Alors, l’entraîneur monte une équipe féminine pour les trois ultimes rencontres. Et se heurte à l’hostilité machiste du village… Alors qu’il s’apprêtait à en débuter le tournage en 2018, Kad Merad prévenait que ce film n’aurait rien à voir avec Comme des garçons, cette comédie-fiction bâtie sur l’histoire de la première équipe de France de football féminine. On le confirme : Mohamed Hamidi ne s’intéresse ni à la romance ni à la reconstitution historique, mais au — difficile — basculement des mentalités vers une société paritaire, le football étant le symptôme (ou le déclencheur) d'une prise de conscience : troquer le ballon contre la charge domestique ordinairement dévolue à leurs épouses équivaut à une castration pour ces messieurs. Le réalisateur (qui, au passage, remercie ses six sœurs au générique) s’amuse à montrer à quel point la sensibilité masculine est asymétrique : chatouilleux sur leurs “privilèges“ envolés, les hommes sont aveugles au fait que les affiches publicitaires uti

Continuer à lire

"L'Adieu à la nuit" : Muriel, ou le temps d’un départ

ECRANS | Une grand-mère se démène pour empêcher son petit fils de partir en Syrie faire le djihad. André Téchiné se penche sur la question de la radicalisation hors des banlieues et livre avec son acuité coutumière un saisissant portrait d’une jeunesse contemporaine. Sobre et net.

Vincent Raymond | Mercredi 24 avril 2019

Printemps 2015. Dirigeant un centre équestre, Muriel se prépare à accueillir Alex, son petit-fils en partance pour Montréal. Mais ce dernier, qui s’est radicalisé au contact de son amie d’enfance Lila, a en réalité planifié de gagner la Syrie pour effectuer le djihad. Muriel s’en aperçoit et agit… Derrière une apparence de discontinuité, la filmographie d’André Téchiné affirme sa redoutable constance : si le contexte historique varie, il est souvent question d’un “moment“ de fracture sociétale, exacerbée par la situation personnelle de protagonistes eux-mêmes engagés dans une bascule intime — le plus souvent, les tourments du passage à l’âge adulte. Ce canevas est de nouveau opérant dans L’Adieu à la nuit, où des adolescent·es en fragilité sont les proies du fondamentalisme et deviennent les meilleurs relais des pires postures dogmatiques. Grand-mère la lutte Sans que jamais la ligne dramatique ne soit perturbée par le poids de la matière documentaire dont il s’inspire, L’Adieu à la nuit

Continuer à lire

"Continuer" : Route que coûte

Cavale | De Joachim Lafosse (Fr.-Bel., 1h24) avec Virginie Efira, Kacey Mottet Klein, Diego Martín…

Vincent Raymond | Mercredi 23 janvier 2019

Son grand ado de fils ayant pris le mauvais chemin vers la violence et la rébellion, Sibylle tente un coup de poker en l’emmenant en randonnée équestre au cœur du Kirghizstan, loin de tout, mais au plus près d’eux. Le pari n’est pas exempt de risques, ni de solitude(s)… Tirée du roman homonyme de Laurent Mauvignier, cette chevauchée kirghize va droit à l’essentiel : la rudesse des paysages permet à l’âpreté des sentiments de s’exprimer, de la tension absolue à la compréhension, avec un luxe de dents de scie. Joachim Lafosse capture la haine fugace qui déchire ses protagonistes, la peur continue qu’un acte définitif ne vienne mettre un terme à leurs tentatives de communiquer, comme les joies insignifiantes — celle, par exemple, de retrouver un iPod perdu dans la steppe. À l’initiative de l’équipée, Sibylle n’est pas pour autant une mère d’Épinal rangée derrière son tricot : son exubérance, son intempérance et sa relation… épisodique avec le père de Samuel expliquent une partie de ses propres fractures, qu’il ont beaucoup avoir avec celles que son fils doit réduire. Lafosse confir

Continuer à lire

"Le Doudou" : Canaille Peluche

Objet transitionnel | Employé à Roissy, Sofiane excelle dans les magouille foireuses et le baratin. Découvrant l’avis de recherche d’un nounours perdu, il espère dans un premier (...)

Vincent Raymond | Vendredi 15 juin 2018

Employé à Roissy, Sofiane excelle dans les magouille foireuses et le baratin. Découvrant l’avis de recherche d’un nounours perdu, il espère dans un premier temps escroquer des parents aux abois. Mais finit par partager l’obsession du papa excédé : retrouver le précieux doudou. Première réalisation de Philippe Mechelen & Julien Hervé, ce buddy movie des familles se révèle bien plus sympathique que Les Tuche, la série à succès commise par le duo. Car s’y côtoient en bonne intelligence et avec rythme de l’absurde (un maître-chien psychopathe persuadé que son dogue est sa “fille“, des châtelains fin de race et hors d’âge), une pointe d’incorrection (Isabelle Sadoyan, dans son ultime rôle, campe une vieille résistante frappée d’Alzheimer révélant ses sympathies collabo) ainsi qu’une certaine tendresse de mieux en mieux assumée par Kad Merad. Paupière lourde de patriarche à la Danny Glover, effets contenus, celui-ci confirme donc dans la comédie populaire le virage pris avec Comme des rois. C’est donc à Malik Bentalha

Continuer à lire

"Comme des rois" : L’embrouille en héritage

ECRANS | Un bonimenteur de porte-à-porte à la rue donne malgré lui le virus de la comédie à son fils… Xavi Molia signe une splendide comédie sociale aux accents tragiques, portée par Kacey Mottet Klein et Kad Mérad, touchants dans l’expression maladroite d’une affection mutuelle.

Vincent Raymond | Mercredi 2 mai 2018

Volubile embobineur, Joseph a connu des jours meilleurs dans l’escroquerie. Pour se sortir de cette période un peu délicate, il pense pouvoir compter sur sa famille, en particulier sur Micka, son fils qu’il a patiemment formé. Mais ce dernier rêve d’exercer ses talents ailleurs : sur scène. Aspirer à être comme un roi, c’est un peu construire des châteaux en Espagne : viser un objectif prestigieux, tout en sachant inconsciemment en son for intérieur qu’il est d’une essence incertaine. On ne pourrait mieux résumer le personnage de Joseph, artisan-escroc à l’ancienne dont les talents de hâbleur ne lui permettent plus que de ramasser des miettes dans un monde contemporain le dépassant chaque jour davantage. Bateleur sans public, il demeure seigneur révéré d’une famille soudée dans le délit, mais assiste impuissant à la rébellion paradoxale de son fils dont il réprouve les choix et déplore l’absence de conscience criminelle. Un fils qui, de surcroît, le surpasse dans sa branche. Art, niaque et arnaques Xabi Molia avait entre ses doigts un sujet

Continuer à lire

La tentation des îles

Panorama ciné avril | Wes Anderson n’a pas l’apanage de l’escapade insulaire : sur avril flotte comme un désir inconscient de fuir la foule déchaînée, ou d’évoquer la situation d’îliens des mers ou des terres…

Vincent Raymond | Mercredi 4 avril 2018

La tentation des îles

C’est en Sicile que débute ce tour d’horizon avec un documentaire au titre paradoxal, Nul homme n'est une île (4 avril), dans lequel Dominique Marchais sillonne une Europe des solutions locales positives : ici une coopérative agricole hyper-égalitaire (et bio), là un village autrichien à la pointe de l’environnement et de la démocratie. Loin d’être repliées sur elles-mêmes, ces petites collectivités parvenant à l’autosuffisance énergétique ou alimentaire sont culturellement ouvertes sur le monde et plus accueillantes que bien des grandes mégalopoles dites “planétaires”. Un éloge de la proximité, en somme. De vraies îles géographiques constituent le décor (ou le prétexte) d’une palanquée d’autres films. On passera sur la comédie sensément féminine Larguées d’Éloïse Lang (18 avril) réunion de famille à La Réunion avec les Camille Cottin & Chamoux en filles de Miou-Miou pour considérer Albion. Dans À l’heure des souvenirs (4 avril), Ritesh Batra transforme Jim Broadbent en vieux bougon confronté à un legs étrange : le journal intime de l

Continuer à lire

"Vent du Nord" : Le pays où le travail est moins cher

Import/Export | Prouvant que la misère est aussi pénible au soleil que dans les zones septentrionales, Walid Mattar offre dans son premier long métrage un démenti catégorique à Charles Aznavour. Et signe un film double parlant autant de la mondialisation que de la famille. Bien joué.

Vincent Raymond | Mardi 27 mars 2018

Délocalisation d’usine au nord. Grâce aux indemnités qu’il a acceptées, Hervé espère devenir pêcheur et convertir son glandouiller de fils. Relocalisation au sud. Embauché, Foued rêve grâce à ce job de conquérir Karima et de disposer d’une mutuelle. Que de rêves bâtis sur du sable… À l’aube du XXIe siècle néo-libéraliste, quand le capitalisme se réinventait dans des bulles virtuelles, une théorie miraculeuse promettait des lendemains de lait et de miel (un peu comme celle du “ruissellement” de nos jours) : la “convergence”. Force est de reconnaître aujourd’hui qu’elle n’était pas si sotte, s’étendant au-delà des contenants-contenus médiatiques. Enfin, tout dépend pour qui… Du nord au sud en effet, l’accroissement des inégalités a depuis fait converger les misères, les plaçant au même infra-niveau social : les contextes semblent différents, mais la matière première humaine subit, avec une sauvagerie identique, la même nivellement par le bas. Mistral perdant Sur un thème voisin du maladroit Prendre le large

Continuer à lire

Bis

ECRANS | De Dominique Farrugia (Fr, 1h38) avec Franck Dubosc, Kad Merad…

Christophe Chabert | Mardi 17 février 2015

Bis

C’est un cas d’école : comment le succès d’un film d’auteur français — Camille redouble — conduit à un dérivé opportuniste et commercial qui en reprend exactement la même formule — ce Bis signé Dominique Farrugia. Impossible d’oublier cette donnée pendant qu’on regarde cette comédie, pourtant pas la plus nulle engendrée par le cinoche français ces derniers temps. Il y a certes les éternels jeux de mots foireux qu’affectionne l’ex-Nul et qui nous donnent plutôt envie de chialer de dépit ; et une fin d’un conservatisme tellement inouï et assumé qu’on se demande si Farrugia ne fait pas déjà campagne pour la réélection de Sarkozy en 2017. Ceci mis à part, dans le foutoir ambiant, il y a quelques bonnes idées, notamment celle qui montre ces deux vieux-jeunes tenter de convaincre la secrétaire de Claude Berri de produire les futurs succès du box office hexagonal. Voir Kad Merad voler l’idée des Ch’tis à Dany Boon est assez amusant, mais la réaction sceptique de la secrétaire l’est plus encore, venant corroborer l’idée qu’un succès est

Continuer à lire

Le Grand méchant loup

ECRANS | De Nicolas et Bruno (Fr, 1h45) avec Benoît Poelvoorde, Fred Testot, Kad Merad…

Christophe Chabert | Lundi 8 juillet 2013

Le Grand méchant loup

Le cinéma commercial français souffre de sa trop bonne santé ; trop d’argent, trop de calculs, trop de compromis. Le Grand méchant loup, à l’inverse, est un film profondément malade, comme l’était d’ailleurs le précédent opus de Nicolas et Bruno, La Personne aux deux personnes : un truc personnel greffé sur un remake — celui des Trois petits cochons, un gros succès québécois — un film sur la névrose, la solitude et la mort qui se planque derrière toutes les formes de comédie possibles, un casting bankable dans lequel un seul acteur intéresse vraiment les réalisateurs, qui lui donnent du coup beaucoup plus d’espace à l’écran — Poelvoorde évidemment, évidemment génial… C’est donc très bancal, peu aimable, mais ça reste singulier. Signe qui ne trompe pas : à un moment, Nicolas et Bruno pastichent gentiment Comment je me suis disputé de Desplechin. C’est pourtant un faux-fuyant, tant on sent que dans une autre économie, plus modeste, le film aurait décliné ses histoires de démon de midi, et notamment celle où Poelvoorde renaît à la passion physique dans les bras de Charlotte Le Bon, sur un ton pas si éloigné de ce cinéma français-là. Cett

Continuer à lire

Des gens qui s’embrassent

ECRANS | De Danièle Thompson (Fr, 1h40) avec Kad Merad, Éric Elmosnino, Monica Bellucci, Lou De Laâge…

Christophe Chabert | Mardi 9 avril 2013

Des gens qui s’embrassent

Poursuivant ce qu’elle pense être une observation de la société française, Danièle Thompson invente surtout au fil des films une grande célébration des classes supérieures et de leurs valeurs : famille, religion, argent, apparences, réussite… Elle a beau, comme ici, créer des oppositions — les artistes contre les nantis, les candides contre les cyniques — ce n’est qu’une habile diversion avant la réconciliation finale — dans ce film-là, incroyablement bâclée. Et quand il s’agit de critiquer vaguement l’arrogance de ses personnages, c’est à travers des stéréotypes embarrassants, pas aidés par des comédiens parfois en pleine panade — Monica Bellucci est catastrophique en bourgeoise hystérique. Surtout, Des gens qui s’embrassent a l’ambition d’un film choral, mais se retrouve coincé dans un format de prime time d’évidence trop étroit, et qui intensifie tous ses défauts : ainsi la narration avance par bonds temporels, s’attarde sur des événements sans intérêt et passe à toute vitesse sur ce qui pourrait créer du trouble — le déterminisme amoureux qui relie les deux cousines, par exemple.

Continuer à lire

Mais qui a retué Pamela Rose ?

ECRANS | De et avec Kad Merad et Olivier Baroux (Fr, 1h30) avec Audrey Fleurot, Omar Sy…

Christophe Chabert | Mardi 4 décembre 2012

Mais qui a retué Pamela Rose ?

Un air de fête du slip flotte au-dessus de cette suite de Pamela Rose, réalisée cette fois par Kad et Olivier eux-mêmes. En effet, le film a été gavé jusqu’à la gueule de tous les types d’humour existant, produisant beaucoup de déchets en pensant sans doute toucher tous les segments de public. Les deux zouaves se sont sans doute bien amusés, allant jusqu’à s’autociter période Kamoulox, se vieillir avec fausses bedaines et grotesques moustaches texanes, ou se distribuer en faux commentateurs de catch. À leurs côtés, une moitié du casting d’Intouchables tente de garder une certaine dignité au milieu de pantalonnade assez sinistre qui pense que le cinéma, c’est seulement plus gros et plus cher que la télévision. On est même éberlué de voir que la meilleure idée du film, celle qui pouvait légitimer cette suite, débarque seulement vingt minutes avant la fin ! Dans son envie de rire de tout n’importe comment, Mais qui a retué Pamela Rose ? prend acte de cette inflation ridicule, et c’est bien les seuls moments où l’on rit : quand un figurant dit à Kad qu’il «tourne trop», ou quand le comptable de la production vient rappeler que tout ça, c’

Continuer à lire