"Et mon coeur transparent" : Clair-obscur de femme

Bien propre | de Raphaël & David Vital-Durand (Fr., 1h26) avec Julien Boisselier, Caterina Murino, Serge Riaboukine…

Vincent Raymond | Mercredi 16 mai 2018

Photo : ©Destiny Films


Le taciturne Lancelot a quitté sa première épouse pour vivre au côté de la sculpturale Irina des plaisirs volcaniques, à peine interrompus par les escapades professionnelles de la belle. Un jour, Irina meurt dans un accident de la route. Assommé, Lancelot découvre alors sa vie cachée…

Les frères Vital-Durand ont pris leur temps pour passer des courts au long. Sans doute trop. Résultat : ils appliquent des recettes esthétiques ayant fait leur gloire il y a vingt ans bien tassés dans la pub et le clip — où en général une intuition plastique reposant sur une image saturée ou polarisée, doublée d'une grande maîtrise formelle ainsi que d'un ou deux clichés, peuvent compenser toutes les fragilités d'une structure narrative défaillante.

Avec leur goût pour les belles optiques et les vastes décors déserts, ils auraient pu tirer vers l'arty étrange façon Jérôme Salle, voire le fantastique malsain de Mocky, le roman de Véronique Ovaldé dont ils signent ici l'adaptation. Hélas, ils semblent avoir préféré explorer une autre voie, s'enlisant quelque part entre le sentimentalisme flasque et le polar atone, que de grands coup de ralentis peinent à dynamiser. Et s'ils disposent d'une distribution enviable pour une première œuvre, on peut toutefois s'étonner de leur choix pour le rôle principal : le charisme naturel de Julien Boisselier, même vêtu en clerc de notaire branché, s'accorde mal avec la silhouette effacée de son personnage. Tout cela est bien transparent, oui, comme un verre de vain.


Et mon coeur transparent

De Raphaël Vital-Durand, David Vital-Durand (Fr, 1h26) avec Julien Boisselier, Caterina Murino... « Je m’appelle Lancelot Rubinstein, ma femme est morte ce jour-là, à cet instant précis. Elle s’appelait Irina. Le plus étrange dans cette histoire c’est de découvrir la personne avec laquelle on vit une fois qu’elle est morte. »
Cinéma CGR Brignais Rue de l'Industrie Brignais
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


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"En mille morceaux" : Résilience maladroite

Théâtre filmé | de Véronique Meriadec (Fr., 1h22) avec Clémentine Célarié, Serge Riaboukine…

Vincent Raymond | Mardi 11 décembre 2018

Éric a assassiné un enfant en 1977. Après ses 25 ans de prison, la mère de la petite victime lui donne rendez-vous dans le bric-à-brac d’un inquiétant hangar, où elle le presse de questions sur les circonstances et les motivations de son geste. Veut-elle se faire justice après la justice ? De la difficulté de transmuter un tête-à-tête en film, de mettre en images et en scène ce qui repose avant tout sur des mots… Si le sujet est grave, la forme l’est aussi : à la base, En mille morceaux est censé promouvoir la “justice restaurative“, un procédé visant à faire se rencontrer les victimes de crimes et leurs auteurs dans le but de permettre aux uns d’accorder leur pardon, aux autre de les faire prendre conscience de leurs actes afin de réduire la tentation de récidive. Louable démarche. Seulement ici, pour faire thriller, la mère surculpabilise jusqu’à la terreur psychologique son bourreau sans expliquer le pourquoi de leur rencontre ; on ne peut pas être plus contreproductif. Du côté de l’assassin, ce n’est guère mieux : ses confessions nous amènent à comprendre qu’il a lui-même été martyrisé

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