3 jours à Quiberon - Marie Bäumer : « Je me suis approchée de Romy Schneider en prenant de la distance »

ECRANS | Prêtant sa voix et sa silhouette à Romy Schneider, la comédienne Marie Bäumer compose un portrait de troublant de sa compatriote. Instantanés recueillis lors des Rencontres du Sud d’Avignon, à proximité de sa résidence française.

Vincent Raymond | Jeudi 14 juin 2018

Photo : © 2018 PROKINO Filmverleih GmbH


Aimez-vous, autant que Romy semble l'apprécier dans le film, être prise en photo ?

M. B. : J'ai toujours beaucoup aimé la photographie ; j'ai toujours aimé voir le résultat, mais pas forcément le moment-même. Je me suis dit toujours en grandissant que ça allait être plus facile, mais c'est le contraire : le moment avec un photographe est beaucoup plus intime que dans le cinéma où l'on a encore la protection du personnage. Avec un photographe, c'est vraiment que moi et lui ou elle. Je suis toujours contente quand je peux faire des séances de photo avec des photographes que je connais ; c'est beaucoup plus facile.

Qu'avez-vous reconnu de Romy Schneider en vous qui vous a convaincue d'accepter ce personnage — au-delà d'une évidente similitude physique ?

M. B. : Depuis que j'ai 16 ans, les gens m'ont comparée à Romy Schneider. À l'époque, je ne savais pas qui c'était : j'ai grandi sans téléviseur et j'allais rarement au cinéma, et quand j'étais petite, je ne regardais pas ses films. Je me suis un peu plus confrontée à elle et ses films durant ma formation de comédienne. Et depuis que je travaille, on m'a proposé plusieurs fois des biopics que j'ai toujours refusés. D'abord parce que je trouve les biopics rarement réussis : ce qui m'intéresse au cinéma, c'est de rendre les personnages dans les détails ; et quand on veut raconter beaucoup de chose en peu de temps, c'est très exigeant. Ensuite, l'interprétation de l'artiste Romy Schneider c'est quelque chose que j'ai toujours trouvé très risqué : on reste avec l'envie de voir la vraie Romy Schneider.

Dans ce cas présent, un ami producteur m'a demandé si le chapitre Romy Schneider était clos pour moi. Je lui ai dit oui, sauf si on fait un zoom sur la fin de la vie de cette femme qui était par hasard une vedette du cinéma mondial et qui était dans une situation de 360° émotionnel, déchirée, et qui a cherché à revenir à une surface de vie, la lumière… Ce chemin m'a intéressé et du coup il est revenu avec cette idée. Le photographe a donné son accord pour un personnage fictif ; il a donné 500 tirages de cette seéance à Quiberon à la réalisatrice. Et c'est là que l'idée de tourner en noir et blanc est née avec ses contrastes très forts. Ça m'a convaincue encore plus parce qu'il y a un aspect de distance quand on tourne en noir et blanc : on comprend tout de suite qu'on est dans une fiction, on a une certaine distance à cette icône qu'elle est. Et ces ces photos contrastées noir et blanc me renvoient à mon enfance des années 1970.

Vous êtes-vous êtes senti une responsabilité par rapport à sa famille, notamment à sa fille ?

M. B. : J'y ai pensé : j'ai un fils de 20 ans. Le producteur a pris contact avec la fille de Romy Schneider, je sais qu'elle a lu le scénario et qu'elle était au courant que le film se tournait… Je ne peux pas vous dire ce qu'il s'est passé ensuite. Je pense que c'est difficile d'avoir quelqu'un d'aussi connu dans sa famille, surtout qui est parti tôt. Bien sûr j'en ai parlé à la réalisatrice. Malgré l'atmosphère très sombre avec les couleurs de la souffrance, son approche était emplie d'empathie : elle ne voulait pas exposer, mais plutôt protéger Romy Schneider avec ce film.

Comment s'imprègne-t-on d'un tel personnage ? Utilise-t-on sa propre histoire et ses propres interrogations de comédienne ou bien en regardant ses films ?

M. B. : J'ai eu plusieurs piliers au cours de ma préparation. J'ai dit à la réalisatrice Emily Atef que je souhaitais m'approcher comme un dessin très fin, avec quelque traits dans le maquillage, par la langue aussi avec son petit accent de la vieille bourgeoisie viennoise, qui est très doux. J'ai visionné pas mal de ses interviews : on pouvait lire au-travers de sa respiration, elle était souvent agitée ; sa manière de fumer était assez masculine, sa manière de suivre ses pensées sans écouter les journalistes… J'ai commencé à jouer, à m'adapter, et j'ai montré à Emily qui donnait son accord pour l'intégrer dans l'interview. Au bout d'un moment, j'ai voulu faire un point pour être libre dans le jeu, pour ne pas tomber dans le piège de l'interprétation de l'icône : on revenait au danger que le public se dise sans arrêt « là elle ressemble, là non… ».

Et à la fin, je me suis approchée en prenant de la distance, ça m'a amenée à un état déséquilibré qui était bien pour le personnage.

Le scénario reprend-il intégralement les questions de l'interview, dont les enjeux étaient particuliers : Romy Schneider était alors considérée comme ayant “abandonné“ son pays de naissance…

M. B. : On est très proche de l'interview d'origine et de l'histoire authentique. Mais ça reste une fiction. C'est un sujet intéressant, sa relation avec la presse allemande : elle était sortie de sa famille artistique en Allemagne et en Autriche et je crois qu'il ne faut pas sous-estimer à quelle point c'est douloureux pour un artiste. Et puis en Allemagne, on a une manière d'être dur avec nos talents — on peut comparer ça à des parents qui n'acceptent pas que leur fille grandisse et qu'elle fasse sa propre vie. Au-delà du fait qu'elle ait abandonné Sissi, la presse allemande a toujours reproché à Romy Schneider d'être devenue une véritable bonne actrice. Elle a toujours eu du talent, mais elle trouvé le bon moment, les bons réalisateurs, probablement surtout Claude Sautet qui a montré toutes ses capacités. En Allemagne, les propositions n'étaient pas forcément excellentes et les films de Sautet, s'ils ne rendaient pas forcément les gens euphoriques en France, avaient critiques infernales en Allemagne — on ne peut pas imaginer c'est fou. Tandis qu'en France, la presse people s'intéressait beaucoup à elle, et surtout les gens l'adoraient, l'admiraient.

Jusqu'à la fin de sa vie, elle a cherché à renouer le lien, à être en paix avec la presse et derrière avec l'industrie du film — je l'ai compris en profondeur pendant le tournage… Si elle a accepté cette interview, c'est qu'elle n'avait pas de protection, qu'elle était très ouverte, comme une éponge.

Accepteriez-vous ce genre d'interview brutale ?

M. B. : Écoutez, après la deuxième question je dirais : « on boit un coup de champagne à l'extérieur », mais je suis absolument sûre que non.

N'est-ce pas angoissant d'interpréter une actrice mal aimée ?

M. B. : À partir du moment où les gens aiment quand je joue une femme mal aimée, je suis très contente. Heureusement, jusqu'à aujourd'hui je n'ai pas eu de mauvaises expériences avec la presse — sauf une fois j'avais voulu faire une mise en scène au théâtre. C'est très risqué vous savez, d'ouvrir un nouveau tiroir. Et en Allemagne, ça fait peur quand quelqu'un ne suit pas ses rails : la presse commence à dire « non, non, non, non, tu restes dans ton secteur ». Mais si tu t'obstines, alors ça commence à changer…

Est-ce perturbant pour une actrice ? Est-ce que ça laisse des traces ?

M. B. : Non car j'ai une formation brechtienne. J'ai suivi trois écoles de théâtres différentes, et j'ai eu de très bons professeurs qui m'ont appris à laisser les personnages au moment où l'on quitte la scène… Et j'explique la même chose à mes étudiants, car ça aide beaucoup. Je ne suis pas du tout une actrice qui mélange son travail avec la vie privée. Ici, c'était intense et j'ai dû beaucoup travailler, pleurer autant : j'avais peur de ne pas réussir à trouver l'accès à cette icône. Quand je suis rentrée dans mon petit village, dans le Midi, tout allait bien, j'étais sauvée.

Est-ce que jouer la souffrance, c'est souffrir ?

M. B. : Il y a peu de temps, j'aurais répondu non ; aujourd'hui je vois les choses différemment. La couleur a une influence, par exemple : quand je porte tout le temps du noir, ça me fait subtilement quelque chose. Et je parle souvent du muscle émotionnel qu'il faut entraîner. Là, j'ai dû l'entraîner beaucoup ! On parle de deux mois de jeu, avec toutes les couleurs de la souffrance… Ce n'est pas que fort mentalement, d'abord physique :

il ne faut pas sous estimer la tension dans le corps des acteurs devant la caméra.

Le réalisateur Sebastian Schipper avec qui j'ai tourné Vers la fin de l'été me disait : « quand tu as la caméra sur toi, c'est comme un revolver ». Ensuite, il y a les limites du corps : on ne peut pas pleurer plus de 20 minutes. Alors quand on doit pleurer à nouveau pendant plusieurs heures, pendant la nuit alors que le physique demande du repos, vous pouvez imaginer : c'est comme faire quatre heures de sauna. À ces moments-là, j'essaye de me nourrir correctement, je prends des minéraux, je bois beaucoup d'eau et dès que j'ai une petite pause, je marche, je regarde la lumière, je fais des méditations, j'utilise des huiles essentielles je prends des bouillottes, c'est ce qui aide… Mais c'est mon métier, notre passion, c'est très beau. Mais je ne pourrai pas le faire quatre fois par an !

Avez-vous déjà éprouvé des doutes comparables à ceux de Romy Schneider ?

M. B. : Oui. Quand on travaille à un certain niveau dans le cinéma, et on qu'on a un enfant, la mauvaise conscience nous accompagne immédiatement. Michel-Ange a dit : « L'art est jaloux, il vous veut en totalité ». J'ai toujours amené mon fils sur les tournages avec une baby-sitter, même si ce n'est pas un lieu pour les enfants. J'étais heureuse quand d'autres collègues amenaient leurs enfants : on créait un petit groupe.

Mais il faut se réconcilier avec cette culpabilité : porter cette mauvaise conscience n'est pas très agréable pour les enfants. Mon fils ne me reproche rien aujourd'hui. Et comme je n'enchaîne pas tout le temps les films, j'ai essayé de faire mon métier à 200% et d'être mère à la maison à 200%. Je pense que ça s'est plutôt bien passé, car on s'entend très bien aujourd'hui.

La fin est extrêmement ambiguë parce qu'on pourrait y voir une sorte de happy end, sauf que le spectateur connaît l'issue tragique de Romy Schneider. Comment l'avez-vous perçue ?

M. B. : Je l'ai adorée ! Quel coup de génie la réalisatrice a eu ! J'adore ce moment, comme une photographie. On a tourné ce moment, c'était le premier jour du tournage, avec légèreté, avec la petite fille en se disant que cette femme est décédée un an après…

Aujourd'hui prohibée à l'écran, la cigarette imprègne cette histoire comme elle marque l'époque. Êtes-vous une fumeuse ou avez-vous “joué“ cette pratique ?

M. B. : J'ai fumé et j'ai arrêté. Donc dans le film, je fumais des fausses cigarettes — ce qui est encore pire pour les gens autour de mo, i parce que ça pue encore plus que les vraies cigarettes — mais après, j'étais addict aux fausses cigarettes (rires). Ensuite, malheureusement j'ai recommencé à fumer. Et j'ai arrêté, et recommencé. Là, je suis un pied dedans, un pied dehors. C'est grave, mais vous savez, je me dis toujours, qu'est-ce que c'est romantique !

Quel film de Romy Schneider préférez-vous ?

M. B. : C'est difficile : il y a surtout des scènes. Bien sûr, les films de Claude Sautet que je trouve si réussis. Après, j'adore les scènes extrêmes dans Le Vieux Fusil de Robert Enrico : on voit à quel point c'était une actrice physique. Pour moi, elle est l'actrice au cinéma la plus physique que je connaisse. Moi qui enseigne, je montre toujours les films avec les scènes où elle joue avec le dos très ouvert : elle a eu une façon de mettre une tension, de se détendre tellement vite, ça fait partie de sa sensualité ; un côté masculin et féminin, c'est important dans le cinéma d'avoir cette manière un peu archaïque.

Et ce film de Zulawski, L'Important c'est d'aimer, dans lequel, pour moi, elle dépasse tout : on a presque physiquement mal, dur à supporter pendant tout le film, il y a un côté si cruel mais aussi si fascinant…

Trois jours à Quiberon va vous exposer davantage dans le cinéma français. Le redoutez-vous ?

M. B. : J'ai eu très peur et beaucoup de doutes par rapport à ce sujet, surtout en France. En Allemagne, les gens l'attendaient ; ils étaient même soulagés que je joue enfin Romy Schneider et que ce ne soit pas quelqu'un d'autre — j'en étais même étonnée. Même mes collègues trouvaient le film beau avant de l'avoir vu ! Ici, c'était différent, je me suis dit « que vont dire les français qui ont une telle admiration pour Romy Schneider » — ce que je peux comprendre d'ailleurs…

Selon ce que je sais, les Français disent que les vrais héros du cinéma sont les femmes, ils savent très bien mettre en scène les femmes. C'est une fête de voir comme les actrices sont naturelles, belles, fortes, contradictoires, dans le cinéma français. On a toujours un problème d'un plus grand nombre de rôles principaux pour les acteurs que pour les actrices. C'est un petit appel : moi, je suis là et j'adorerais faire quelque chose, avancer, apprendre (rires), une comédie sombre si possible (rires)


Trois jours à Quiberon

De Emily Atef (All-Autr, 1h56) avec Marie Bäumer, Birgit Minichmayr...

De Emily Atef (All-Autr, 1h56) avec Marie Bäumer, Birgit Minichmayr...

voir la fiche du film


1981. Pour une interview exceptionnelle et inédite sur l'ensemble de sa carrière, Romy Schneider accepte de passer quelques jours avec le photographe Robert Lebeck et le journaliste Michael Jürgs, du magazine allemang "Stern" pendant sa cure à Quiberon. Cette rencontre va se révéler éprouvante pour la comédienne qui se livre sur ses souffrances de mère et d'actrice, mais trouve aussi dans sa relation affectueuse avec Lebeck une forme d'espoir et d'apaisement.


entrez votre adresse mail pour vous abonner à la newsletter

"3 jours à Quiberon" : La passante aux cent soucis

ECRANS | Emily Atef et Marie Bäumer ressuscitent Romy Schneider au cours d’un bref épisode de sa vie. Mais davantage qu’un “biopic à performance“, ce film tient de l’essai cinématographique, du huis clos théâtral et du portrait de femme, d’actrice, de mère.

Vincent Raymond | Jeudi 14 juin 2018

1981. En plein doute sentimental et professionnel, Romy Schneider est partie en cure de repos à Quiberon. Bien qu’en froid depuis des lustres avec la presse allemande, elle accepte au nom de son amitié avec photographe Lebeck une interview pour le Stern. L’occasion de faire le point… Cénotaphe froidement révérencieux, hagiographie méthodique, recueil d’images dorées autorisées… Le biopic est sans nul doute le genre cinématographique le plus prévisible et le moins passionnant. Si l’on y songe, il procède d’ailleurs trop souvent d’un dialogue d’initiés entre un fétichiste — le cinéaste — et une foule de fans autour de l’objet de leur fascination commune ; fascination quasi-morbide puisque l’idole en question a la plupart du temps trépassé. Alors que le cinéma est un art (collectif) de la fabrication, de la reconstitution, rares sont les films osant s’affranchir du cadre illusoire de l’histoire officielle pour construire une évocation : ils préfèrent s’engager dans l’impossible réplique du modèle… S’employer à le cerner plutôt que de le contrefaçon permet de se débarrasser du leurre du mimétisme, et donner lib

Continuer à lire

"L’Île aux Chiens" : Rōnins canins

Ouah l’animation ! | Wes Anderson renoue avec le stop motion pour une fable extrême-orientale contemporaine de son cru, où il se diversifie en intégrant de nouveaux référentiels, sans renoncer à son originalité stylistique ni à sa singularité visuelle. Ces Chiens eussent mérité plus qu’un Ours argenté à Berlin.

Vincent Raymond | Mercredi 4 avril 2018

Sale temps pour les cabots de Megasaki ! Prétextant une épidémie de grippe canine, le maire décide de bannir tous les toutous et le parque sur une île dépotoir. Atari, 12 ans, refuse d'être séparé de son Spots adoré. Il vole un avion pour rallier l’Île aux Chiens. Ce qu’il y découvrira dépasse l’entendement… Peu de cinéastes peuvent se targuer d’être identifiables au premier coup d’œil, qu’ils aient signé un film d’animation ou en prises de vues réelles. Tel est pourtant le cas de Wes Anderson, dont le cosmos se trouve, à l’instar d’une figure fractale, tout entier contenu dans la moindre de ses images. Martelée par trois tambourineurs asiates dans une pénombre solennelle, l’ouverture de L’Île aux Chiens est ainsi, par sa “grandiloquente sobriété”, un minimaliste morceau de bravoure andersonien en même temps qu’une mise en condition du public. Au son mat des percussions, celui-ci entame sa plongée dans un Japon alternatif nuke-punk, synthèse probable entre le bidonville de Dodes'kaden ! et le sur-futurisme compos

Continuer à lire

"La Prière" : Joints, les poings

ECRANS | de Cédric Kahn (E.-U., 1h47) avec Anthony Bajon, Damien Chapelle, Alex Brendemühl…

Vincent Raymond | Mercredi 21 mars 2018

C'est la dernière chance pour Thomas. Lourdement dépendant, violent, le jeune homme a accepté une retraite dans une communauté montagnarde dirigée par d’ex-toxicomanes n’ayant pour soutien que le groupe, l’amitié et la foi. Il va falloir tenir, avec la prière pour seul expédient. Restant extérieur au protocole, comme un observateur privilégié un brin éthologue, Kahn s’intéresse crûment à la trajectoire particulière de son protagoniste durant sa parenthèse thérapeutique hors le monde “ouvert”. Ni prosélyte, ni film à charge, La Prière ne prouve ni n'élucide rien : il montre les effets — placebo ? Sur ce point, chacun se fera sa religion — d’une thérapie par l’ascèse, où une addiction est délogée par une autre (menant du désordre aux ordres), avant d’être chassée par une nouvelle idée fixe, d’ordre sentimental celle-là. Le déclic de la guérison reste aussi brutal dans son mystère que la cristallisation amoureuse ou la survenue d’un miracle : il faut vivre l’événement pour le ressentir ; aussi, les ellipses ménagées par Kahn laissent-elles toute leur place

Continuer à lire

Cédric Kahn : « J’ai une attirance pour une forme de radicalité »

"La Prière" | De retour de la Berlinale, où son film a été distingué de l’Ours d’argent pour son jeune interprète Anthony Bajon, Cédric Kahn se confie. Sans se faire prier.

Vincent Raymond | Mercredi 21 mars 2018

Cédric Kahn : « J’ai une attirance pour une forme de radicalité »

Votre personnage “n’existe” cinématographiquement que durant son passage dans la communauté… C. K. : J’avais écrit une première version du scénario il y a 5 ans, où on racontait l’avant, d’où il venait. Mais il ne fonctionnait pas. Ce projet a marché à partir du moment où l’on a mis la prière au centre du récit. Cela s’est fait par étapes : le film commence quand il arrive et finira quand il part, comme un western ; comme quelqu’un qui tape à la porte du ranch et dit : « sauvez-moi ! ». La situation était tellement forte, simple et lisible que plus on en racontait, plus elle s’affaiblissait. On ne trouvait pas de meilleur enjeu que l’histoire d’un gars arrivant en disant : « j’ai failli mourir et j’ai envie de vivre ». Tous les détails ajoutés sur la biographie amenuisaient le personnage. C’est assez étrange, et un peu contraire à toutes les règles du scénario. Quelles ont été vos sources documentaires ? Comment avez-vous recueilli les parcours de vie des résidents s’exprimant face caméra ?

Continuer à lire