"The Strange Ones" : Frères de sang

Drame | de Christopher Radcliff & Lauren Wolkstein (É.-U., 1h21) avec Alex Pettyfer, James Freedson-Jackson, Emily Althaus…

Vincent Raymond | Mercredi 5 septembre 2018

Photo : ©Epicentre Films


Nick est adulte, Sam un pré-ado ; tous deux font la route ensemble, se présentant comme des frères. Mais le sont-ils vraiment ? Et pourquoi sillonnent-ils la campagne américaine, dormant dans des motels ou à la belle étoile ?

Ce road movie étrange joue la carte de la suggestion et du proto-fantastique, entre narration elliptique et linéarité contrariée. The Strange Ones est en effet balafré d'analepses et de prolepses, comme pour dissimuler avec la plus grande ostentation possible — c'est-à-dire lui donner davantage d'écho lors de sa révélation — son drame matriciel.

En maniant l'allusif, en accentuant sans raison apparente certains aspects du réel (notamment en composant avec l'insondable étrangeté de la nature) mais aussi en pratiquant cette forme de récit “déconstruite“ plus proche de la spirale que de la ligne droite, Radcliff & Wolkstein font naître une forme d'angoisse diffuse. Une atmosphère rappelant les climats oppressants de Blue Velvet (1986) quand David Lynch demeurait à la lisière du bizarre sans totalement basculer. Film mental, film à énigme(s), The Strange Ones en est sans doute un lointain parent dont la particularité est de se résoudre en une dimension parallèle, extérieure à l'écran : dans l'esprit des spectateurs.

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"Elvis & Nixon" : la rencontre improbable

ECRANS | de Liza Johnson (É.-U., 1h26) avec Michael Shannon, Kevin Spacey, Alex Pettyfer… (sortie le 20 juillet)

Vincent Raymond | Mardi 5 juillet 2016

À l’écran, les canailles authentiques et les immenses stars font d’épatants personnages : ils le sont déjà dans l’inconscient collectif. Leur aura habitant presque totalement le rôle, il ne reste souvent au comédien qu’un reliquat de job à accomplir. Certains feignants s’en accommodent, misant tout sur le seul mimétisme, à coup de grimaces et de maquillage. D’autres investissent l’intériorité de leur modèle, la personnalité davantage que le personnage. C’est le cas dans ce tête-à-tête insolite, mariage d’une carpe et d’un lapin à peine apocryphe, puisque le rockeur halluciné a bien rencontré le président revêche pour lui proposer ses services comme “agent détaché du FBI”, histoire de prémunir la jeunesse des ravages de la drogue — et d’avoir, surtout, un insigne argenté. À peine grimés, Shannon et Spacey évoquent les contours d’Elvis et Nixon. Mais ce qu’ils dégagent se révèle infiniment plus précieux qu’une banale ressemblance. Cette réflexion sur les illusions des apparences, la vanité de la célébrité, du pouvoir ou de l’argent apparaît en filigrane tout au long du film, culminant lorsque le Chef du Monde libre se rend compte qu’il pèse moins aux yeux de sa fille que

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