"Les Chatouilles" : Touchée mais pas coulée

Drame | Portant le fardeau d’une enfance abusée, Odette craque et solde son passé, subissant en sus l’incrédulité hostile de sa mère. Une histoire vraie passée par la scène peinant à trouver sa pleine voix au cinéma, heureusement relayée par des comédiens d’exception.

Vincent Raymond | Mercredi 14 novembre 2018

Photo : © Stéphanie Branchu - Les Films du Kiosque


Enfant, Odette a été régulièrement abusée par Gilbert, un ami de la famille masquant ses sévices en “chatouilles“. À l'âge adulte, la danse ne suffisant plus pour exorciser son passé, Odette entreprend (à reculons) une psychanalyse. Et lutte en sus contre le déni maternel…

Comme un écho douloureux. Un semaine après la sortie d'Un amour impossible, ce premier long métrage coréalisé par Éric Métayer et Andréa Bescond — adaptation du spectacle autobio-cathartique de cette dernière — aborde à nouveau (et plus frontalement encore) l'abominable question des attouchements et des viols sur mineur·es. S'il a fallu à l'autrice-interprète principale une dose de courage à peine concevable pour se livrer aussi crûment et se reconstruire, on ne peut cependant pas taire sa perplexité face à la forme ce film-témoignage : quelque remuant qu'il soit, aucun projet cinématographique ne saurait se prévaloir d'une absolution de principe quant à sa facture, au motif que ses motivations ou ses intentions sont nobles.

Re-être pour renaître ?

En l'occurrence, la sincérité viscérale du message se trouve brouillée par un dispositif à la lourdeur métaphorique malheureusement bien connue : le mélange théâtre/film // passé/présent dont le redoutable Guillaume Gallienne avait usé pour transposer Les Garçons et Guillaume, à table ! Une fausse bonne idée visant à rappeler à la fois l'origine scénique du film, à matérialiser l'espace mental de la victime d'un trauma d'enfance en montrant qu'elle en est toujours spectatrice (donc prisonnière), à inscrire également l'autrice-interprète comme démiurge. Si ce télescopage entre les deux mondes fonctionne parfois ailleurs (en particulier chez Resnais), c'est dans un cadre de fiction plus “théorique“ et abstrait. Peut-être que le concept eût opéré si Andréa Bescond avait consenti à céder sa place devant la caméra à d'autres comédiennes — et l'on touche là à un autre problème : la légitimité d'un vécu n'induit pas la justesse ni la crédibilité à l'écran. Une question à mettre en regard avec le processus de résilience, qui nécessitait sans doute qu'elle aille au bout de la démarche. Il faut en revanche saluer l'écriture et le jeu des personnages “d'adultes“, terrifiants dans leur actes, réactions ou aveuglement. Notamment Pierre Deladonchamps, endossant le rôle du salaud prédateur, et Karin Viard, révulsante en mère iceberg d'égoïsme.

Les Chatouilles de & avec Andréa Bescond & Eric Métayer (Fr., 1h43) avec également Pierre Deladonchamps, Karin Viard, Clovis Cornillac…


Les Chatouilles

De Andréa Bescond, Eric Métayer (Fr, 1h43) avec Andréa Bescond, Karin Viard...

De Andréa Bescond, Eric Métayer (Fr, 1h43) avec Andréa Bescond, Karin Viard...

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Odette a huit ans, elle aime danser et dessiner. Pourquoi se méfierait-elle d’un ami de ses parents qui lui propose de « jouer aux chatouilles » ? Adulte, Odette danse sa colère, libère sa parole et embrasse la vie...


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"L’Aventure des Marguerite" : Malle du transport

ECRANS | De Pierre Coré (Fr., 1h26) avec Alice Pol, Clovis Cornillac, Lila Gueneau…

Vincent Raymond | Jeudi 23 juillet 2020

1942. Le père de Marguerite a disparu à la guerre et l’adolescente se languit de son retour. 2019. Margot, sosie de la précédente, doit passer trois jours avec le nouveau copain de sa mère qu’elle trouve lourd. À cause d’une malle magique, les deux jeune filles vont se substituer l’une l’autre… Comme une étrange impression de se retrouver devant un J’aime Lire mis en images… Pas si loin, en fait, puisque cette comédie fantastique d’aventures est adaptée d’un roman jeunesse signé Vincent Cuvellier. Si le travail visuel est propre, rythmé par le va-et-vient permanent entre les deux époques, la partie 1942 se révèle beaucoup plus riche en rebondissements épiques que le segment contemporain — Marguerite s’adaptant très (trop) vite à l’univers de science-fiction XXIe siècle. Les scénaristes ne se sont pas non plus beaucoup trop préoccupés des inévitables questions de paradoxes temporels, pourtant le sel de ces histoires ainsi que des ressorts dramatiques de premier choix. On ignore quel destin attend ce film d’ambiance automnale un 14 juillet en salles, il fera certainement un meilleur score une après

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"Les Vétos" : Seules les bêtes ?

ECRANS | De Julie Manoukian (Fr., 1h32) avec Noémie Schmidt, Clovis Cornillac, Lilou Fogli…

Vincent Raymond | Mercredi 18 décembre 2019

Nico et son aîné Michel font tourner à deux un cabinet vétérinaire d’un petit village du Morvan. Partant subitement en retraite, Michel fait venir à sa place sa nièce, chercheuse et entêtée mais qui n’a jamais pratiqué. Au contact de Nico, du village et des animaux, elle changera… Évidemment sympathique, terriblement dans l’air du temps, malheureusement téléphonée, l’intrigue des Vétos est au moins aussi lourde que cette phrase surchargée en adverbes. On s’étonne même de voir sur grand écran cette collection de clichés sur la ruralité hexagonale — hostile et obtuse à l’étrangère, mais révélant un cœur “gros comme ça“ à la fin — d’habitude réservée au public captif de la télévision. Tout y passe : du paysan bourru au maire hobereau habillé façon militant LR à la Baule, de l’orpheline-cachant-un-lourd-secret au véto dévoré par son apostolat… Si aucun personnage n’échappe à sa caricature, le film aborde malgré tout un vrai sujet : celui de la désaffection rurale, de son abandon par l’État (raréfaction des services publics, mitage du maillage territorial…) au profit des zones plus urbanisées, créant de fait des insularit

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"Notre dame" : Archi réussite

Fantaisie | Pâques aux tisons, Noël au balcon… des cinés. Grâce à Valérie Donzelli, la cathédrale de Paris revit à l’écran, personnage secondaire d’une délicieuse fantaisie sentimentale burlesque et fantastique. Où il est aussi question de la place des femmes au travail et en amour…

Vincent Raymond | Mercredi 18 décembre 2019

Architecte tyrannisée par son patron, maman séparée d’un ex un brin crampon, Maud Crayon mène plusieurs vies complexes en une. Et voici que par un étrange coup du sort, elle remporte sans avoir concouru le réaménagement de Notre-Dame et se retrouve enceinte. Alléluia ? Les méchantes gens et autres mauvaises langues trouveront une corrélation entre la non-présence de Jérémie Elkaïm au générique et la réussite du 5e long métrage de Valérie Donzelli ; bornons-nous à pointer cet amusant détail, sans en tirer de perfides conclusions. Charmant bijou de joliesse, Notre dame est une irrésistible comédie sentimentale sérieusement drôlement et drôlement sérieuse s'accommodant d'une once de magie — le fameux “réalisme magique“ tant prisé par les romanciers de Garcia Marquez à Murakami, qui n'est rien d'autre qu'un habit poétique ou métaphorique du fatum à l'intérieur d'une fiction. On croit rêver Au reste, la singularité surnaturelle n’en est plus une dès lors que l’on considère Notre dame, dans son ensemble, comme une extrapolation de notre monde passé

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"Chanson Douce" : Requiem pour un film

ECRANS | De Lucie Borleteau (Fr., 1h40) avec Karin Viard, Leïla Bekhti, Antoine Reinartz…

Vincent Raymond | Mercredi 27 novembre 2019

Un couple de trentenaires parisiens épanouis recherche la perle rare pour s’occuper de leurs deux enfants afin que la mère puisse reprendre son activité professionnelle. Leur choix s’arrête sur Louise, une quinquagénaire en tout point parfaite. Plus que parfaite, même. En apparence… De l’éternel gouffre séparant un livre de son adaptation cinématographique… Sous la plume de Leïla Slimani, Chanson douce fut un roman d’une épouvantable précision, menant avec une limpidité rigoureuse et clinique vers le dénouement macabre annoncé dès ses premières pages. Ni “objet“ littéraire surstylisé (bien que couronné par le Prix Goncourt), ni polar des familles, cette œuvre profonde et captivante rendait compte d’un faisceau de vérités sociologiques contemporaines — notamment que la précarité peut conduire de la déréliction à la névrose, l’inconsciente arrogance des privilégiés servant alors de catalyseur à une effroyable tragédie. Sur le papier, il y avait tout pour construire un thriller et faire vibrer l’écran. La distribution elle-même était prometteuse — mais ne l’était-elle pas trop ? Le rendez-vous s’avère manqué. Parce que Karin Viard est t

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Novembre : Au(x) détour(s) du regard

Panorama ciné | On le sait, voir n’est pas regarder. Ainsi, il est des films qu’on peut laisser filer d’un œil distrait et d’autres à scruter. Et puis d’autres encore, où la question d'un regard attentif se révèle cruciale…

Vincent Raymond | Mercredi 31 octobre 2018

Novembre : Au(x) détour(s) du regard

Commençons par regarder au-delà de notre champ de vision, à perte de vue, en compagnie de Thomas Vinterberg. On l’avait quitté évoquant ses souvenirs d’enfance dans La Communauté (2017), le réalisateur de Submarino (!) persiste d’une certaine manière dans le huis clos avec Kursk (7 novembre) récit inspiré par la tragédie du sous-marin nucléaire russe homonyme passé par le fond avec son équipage en 2000. Terriblement d’actualité, alors que les tensions est/ouest regèlent, ce drame raconte l’obstination mortifère des nations et des militaires — quel que soit leur pavillon —, davantage prompts à sauver leurs vaniteuses apparences que leurs marins. Sobrement spectaculaire, cette superproduction internationale travaille les formats d’image, la dilatation du temps et le son avec une enviable finesse. Pour High Life (même date), Claire Denis s’échappe quant à elle totalement de l’orbite terrestre pour un conte de science-fiction zonant plu

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"Voyez comme on danse" : Les lauriers sont fanés

Suite | de et avec Michel Blanc (Fr., 1h28) avec également Karin Viard, Carole Bouquet, Charlotte Rampling…

Vincent Raymond | Jeudi 11 octobre 2018

Quinze ans environ après leurs premières aventures, le groupe d’Embrassez qui vous voudrez poursuit sa vie : Véro la poissarde, Elizabeth la distinguée et son fraudeur fiscal de mari, Lucie et son nouveau jules, Julien, un parano qui la trompe. Sans compter la descendance… On attendait avec une confiance raisonnable Michel Blanc pour cette suite d’un divertissement pimpant ayant laissé un agréable souvenir dans le flot des comédies chorales — ce désormais genre en soi qui nous gratifie trop souvent de représentants de piteuse qualité, à oublier comme de vieux mouchoirs. Force est de constater que le comédien-réalisateur et (jadis brillant) scénariste dilue ici paresseusement un ou deux rebondissements et quiproquos à l’ancienne (genre XIXe siècle) en rentabilisant les personnages caractérisés dans l’opus précédent. Seul Jean-Paul Rouve, très bon en velléitaire chronique, apporte un soupçon de fraîcheur. Cela devient une habitude chez lui, entre la vocation et l’apostolat, de sauver l’honneur des machins de guingois. Quant à la fin, comme sabor

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"Photo de famille" : Dans la famille clichés…

Soirée diapo | de Cecilia Rouaud (Fr., 1h38) avec Vanessa Paradis, Camille Cottin, Pierre Deladonchamps…

Vincent Raymond | Vendredi 31 août 2018

La mort d’un grand-père place une famille éclatée face à une épineuse question : que faire de la grand-mère qui perd la boule ? Le fils pense à la maison de retraite, le petit-fils se défausse mais deux des petites-filles proposent de l’héberger à tour de rôle. Crêpages de chignons en vue… Depuis le succès de Qu’est-ce qu’on a fait au bon Dieu ?, les films de famille sont produits par wagons entiers et déversés en toute saison sur les écrans. Parfois l’on trouve une variante “de remariage“ ou une sous-espèce “avec des morceaux d’Alzheimer dedans“, — voire un hybride des deux comme ici —, mais le principe actif est le même : une fratrie de petits-bourgeois se déchire, découvre une ou deux vérités profondes façon secret de feuilleton avant de recoller les morceaux en faisant trompéter ses mouchoirs à l’unisson autour d’un mariage/d’un enterrement/d’une bar-mitsva de la réconciliation. Bref, une trame convenue pour des films globalement inutiles car redondants, que peuvent sauver une écriture atypique et/ou des comédiens bien guidés. Las ! Cecilia Rouaud charge sa barque avec tant de personnag

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"Plaire, aimer et courir vite" : Un peu, pas du tout et avec de bonnes chaussures

ECRANS | Pour raconter ses jeunes années entre Rennes et Paris, quand le sida faisait rage, Christophe Honoré use de la fiction. Et les spectateurs, avec un pensum dépourvu de cette grâce parfois maladroite qui faisait le charme de ses comédies musicales. En compétition Cannes 2018.

Vincent Raymond | Mardi 15 mai 2018

Paris, 1993. Écrivain dans la radieuse trentaine, célibataire avec un enfant, Jacques a connu beaucoup de garçons. Mais de ses relations passées, il a contracté le virus du sida. Lors d’une visite à Rennes, il fait la connaissance d’Arthur, un jeune étudiant à son goût. Et c’est réciproque… Il faudrait être d’une formidable mauvaise foi pour taxer Christophe Honoré d’opportunisme parce qu’il situe son nouveau film dans les années 1990 à Paris — ces années de l’hécatombe pour la communauté homosexuelle, ravagée par le sida —, quelques mois après le triomphe de 120 battements par minute. Car Plaire, aimer et courir vite s’inscrit dans la cohérence de sa filmographie, dans le sillage de Non, ma fille tu n’iras pas danser (2009) pour l’inspiration bretonne et autobiographique et des Chansons d’amour (2007) ou d’Homme au bain (2010) pour la représentation d’étreintes masculines. L’ego lasse

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Clovis Cornillac : “Quel bonheur de faire des films !”

ECRANS | Après Nicolas Vanier et Christian Duguay, Clovis Cornillac signe le troisième et dernier épisode de "Belle et Sébastien", adaptation grand écran de la série de Cécile Aubry. Le réalisateur y joue aussi le rôle du méchant.

Aliénor Vinçotte | Mercredi 14 février 2018

Clovis Cornillac : “Quel bonheur de faire des films !”

Pourquoi autant de temps entre vos deux longs-métrages ? C.C : Entre les deux, j’ai aussi réalisé 4 épisodes de la saison 2 de Chefs, la série télévisée. Même si c’est passionnant, la réalisation demande beaucoup de temps. Belle et Sébastien 3 m’a pris un an et demi, tous les jours jusqu’à aujourd’hui. Mais quel bonheur de faire des films — c’est dément ! Qu’est-ce qui vous a amené à réaliser Belle et Sébastien 3 ? Son producteur Clément Miserez. La proposition en elle-même m’a un peu déstabilisé au début — je ne voyais pas le lien avec moi. C’est à la lecture du scénario que je me suis fait avoir, car l’histoire m’a plongé dans la littérature d’aventures, type nord-américaine comme Conrad, Steinbeck. J’ai alors réalisé que ce genre de films d’aventures n’existe plus en France. On ne nous donne plus la possibilité d’en faire. J’étais aussi très intéressé par les thématiques comme la nature, les animaux, l’enfant et la figure du grand-père. Ce qui m’amusait plus que tout, c’était l’idée de faire un conte, de pouvoir emmener ce film sur des références qui m’importent.

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Belle et Sébastien 3 : le dernier chapitre - Chienne d’arrêt

Film pour occuper les petits-enfants pendant les vacances | de et avec Clovis Cornillac (Fr., 1h37) avec également Félix Bossuet, Tchéky Karyo…

Vincent Raymond | Mardi 6 février 2018

Belle et Sébastien 3 : le dernier chapitre - Chienne d’arrêt

Comme si la montagne lui tombait sur la tête ! Sébastien, qui a désormais 12 ans, apprend que son père veut l’emmener au Canada, loin de ses alpages chéris. Pire que tout, Joseph, un odieux bonhomme débarqué de nulle part, revendique la propriété de Belle et de ses trois chiots… Après deux opus touristiques sentant le foin, le vieux poêle et les années cinquante, on n’attendait plus grand chose de Belle et Sébastien, si ce n’est une nouvelle collection de chandails qui grattent et de guêtres en flanelle. Pur objet de producteurs, confié de surcroît à un réalisateur différent, chaque épisode de ce reboot du feuilleton de l’ORTF a déjà l’air d’être la rediffusion de Heidi contre Totoro. Alors, quelle heureuse surprise que ce volet qui, en plus d’annoncer clairement la fin de la série, le propulse dans une direction inattendue. Comme dans Harry Potter, gagnant en noirceur au fur et à mesure que le héros-titre prend de l’âge, Sébastien s’approche de l’adolescence en se confrontant à l’arrachement et à la perte de ses référents d’enfant. Ici, la pri

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"Jalouse" : L’envie d’avoir envie

ECRANS | de David & Stéphane Foenkinos (Fr., 1h42) avec Karin Viard, Anne Dorval, Thibault de Montalembert…

Vincent Raymond | Mercredi 8 novembre 2017

Nathalie est bizarre en ce moment : elle éprouve le besoin de tancer en public sa charmante fille à peine majeure ; elle dénigre une jeune collègue et ne loupe pas une occasion de causer du tort à ses proches qu’elle envie pour tout et rien. Sa névrose serait-elle due à la pré-ménopause ? Pour leur premier long, les frères Foenkinos s’étaient rassurés en adaptant un roman de David, La Délicatesse, pour un résultat mitigé — malgré François Damiens. Partant ici d’un scénario original, ils semblent avoir davantage pensé leur narration et leurs personnages pour le cinéma, c’est-à-dire en laissant aux comédiens la possibilité de les investir. Karin Viard excellant dans les emplois de râleuse-déprimée-déboussolée (revoyez La Nouvelle Ève ou Reines d’un jour), sa présence prédatrice s’imposait au centre de cette toile d’araignée. Bien contrebalancée par un aréopage de partenaires solides — même si certain·e·s, comme Anaïs Demoustier, auraient mérité plus d’espace —, l’actrice oscille à la merveille dans ce qui s’annonçait par

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"Nos Patriotes" Gabriel Le Bomin : le soldat noir

ECRANS | Que la guerre, en tant que concept, travaille Gabriel Le Bomin est compréhensible ; c’est surtout une évidence. Depuis son court-métrage Le Puits (2001), il (...)

Vincent Raymond | Mercredi 14 juin 2017

Que la guerre, en tant que concept, travaille Gabriel Le Bomin est compréhensible ; c’est surtout une évidence. Depuis son court-métrage Le Puits (2001), il a exploré la majeure partie des champs de bataille français du XXe siècle, de manière documentaire ou fictionnelle ; traditionnelle ou plus expérimentale — voir son premier long Les Fragments d’Antonin (2006). Avoir à ce point fait le tour de la question devrait à tout le moins l’inciter à quelques audaces ; où diable sont-elles dans Nos Patriotes ? Adaptant ici Le Terroriste Noir de Tierno Monénembo, il raconte l’histoire authentique d’Addi Ba, tirailleur sénégalais caché par des villageois des Vosges, devenu l’une des pièces maîtresses d’un maquis de la région, avant d’être arrêté et exécuté. S’il faut bien sûr reconnaître au cinéaste le mérite d’illustrer un chapitre longtemps occulté de l’histoire officielle, quel dommage qu’il ait souscrit à une forme aussi policée, accumulant tant de facilités et de conventions : pers

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La Famille Bélier

ECRANS | Bons sentiments à la louche, pincée d’humour trash, mise en orbite d’une star de télé-crochet, célébration de l’art de Michel Sardou, regard pataud sur le handicap, populisme facile : Eric Lartigau signe un film dans l’air moisi du temps, qui donne des envies de sepuku critique. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Lundi 15 décembre 2014

La Famille Bélier

«Bélier : n. m. 1) Mâle non châtré de la brebis. 2) Machine de guerre des anciens servant à battre les murailles en brèche.» Cette double définition piquée dans le Robert sonne comme la meilleure critique possible de La Famille Bélier. 1) Le nouveau film d’Éric Lartigau s’apparente à une comédie sentimentale mi-chèvre, mi-chou, qui met les pieds dans le purin campagnard et la tête dans les étoiles de la réussite, les mains dans le cambouis du populisme et le nez dans la grande cause du handicap, via une famille de sourds-muets avec en son centre Paula, jeune adolescente qui non seulement parle et entend, mais en plus chante d’une voix d’or. Lartigau emprunte d’abord la piste gonflée du comique trash, avec une scène chez le médecin où les parents s’engueulent à cause de la mycose de madame et de l’appétit sexuel de monsieur. Admirateur des Farrelly, Lartigau est loin de leur humanisme par la provoc’ : le vrai gag de la séquence, ce sont les traductions de Paula, et les reproches qu’elle adresse à ses géniteurs. Ce qui compte, ce n’est pas que le spectateur s’identifie aux parents sourds, mais à la petite valide. Qui, comme le spectateur, n’entend

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On a failli être amies

ECRANS | D’Anne Le Ny (Fr, 1h31) avec Karin Viard, Emmanuelle Devos, Roschdy Zem…

Christophe Chabert | Mardi 24 juin 2014

On a failli être amies

Au départ d’On a failli être amies, il y a un beau sujet : comment deux femmes en viennent à échanger leurs rôles, l’une par ennui de sa vie conjugale, l’autre par envie d’une aventure sentimentale. Au lieu de se jouer sur le terrain du vaudeville, cela se fait par le biais du travail : la conseillère pole emploi tente de recaser professionnellement sa rivale pour lui piquer son patron de mari. Curieusement, Anne Le Ny ne choisit pas de creuser ce regard profondément inquiet sur une époque où la compétition libérale se répercute même dans les rapports amoureux ; elle préfère broder une comédie vieillotte et télévisuelle aux dialogues impossibles et à la musique régulièrement à côté de la plaque, où tout sonne faux et où le boulevard reprend sans cesse le dessus sur l’observation sociale. Ce mixe de calibrage et de décisions hasardeuses fait un dommage collatéral : les deux actrices, qu’on a rarement vues autant à la peine. Il faut dire aussi que Karin Viard et Emmanuelle Devos trustent tellement les écrans depuis un an — et même six mois pour Viard — qu’on a l’impression de ne plus voir que leurs tics de jeu et pas les personnages qu’elles défendent. Chr

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Lulu femme nue

ECRANS | De Solveig Anspach (Fr, 1h27) avec Karin Viard, Bouli Lanners, Claude Gensac…

Christophe Chabert | Lundi 20 janvier 2014

Lulu femme nue

Signe des temps : après Elle s’en va, voici un nouveau portrait de femme qui choisit la rupture sociale, l’errance et l’aventure au confort étouffant de sa vie bourgeoise. Là où Bercot se fourvoyait dans une vague et embarrassante pulsion ethnologique, Solveig Anspach choisit au contraire la fantaisie comique pour montrer comment Lulu se "dénude" socialement, réapprend l’amour physique puis la compassion envers autrui. La première moitié, où elle batifole avec un ancien repris de justice à qui ses deux frères un peu tarés collent en permanence aux basques, fait preuve d’un sens du croquis burlesque sans doute hérité de la BD originale. Le tandem Karin Viard / Bouli Lanners fonctionne à la perfection, et la mise en scène, qui utilise avec intelligence l’écran large pour donner de l’air aux situations, prend à revers le bâclage en vigueur dans la comédie française. La deuxième partie, autour de la vieille dame interprétée par Claude Gensac, est moins convaincante, plus attendue et moins farfelue, mais le film a pour lui sa co

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L’Amour est un crime parfait

ECRANS | Derrière une intrigue de polar conduite avec nonchalance et un manque revendiqué de rigueur, les frères Larrieu offrent une nouvelle variation autour de l’amour fou et du désir compulsif. Si tant est qu’on en accepte les règles, le jeu se révèle assez fascinant. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Lundi 13 janvier 2014

L’Amour est un crime parfait

Dans le campus suisse high tech où se déroule une partie de L’Amour est un crime parfait, débarquent à mi-film des spécialistes américains des techniques scénaristiques, venus à la pêche aux jeunes talents parmi les classes de lettres de l’université. Ce que Marc, le professeur de littérature incarné par un Mathieu Amalric frénétique, passant de l’exaltation à l’angoisse avec le même regard fiévreux, voit comme une menace. Plus tard, le même Marc, rejoignant son chalet isolé dans les montagnes enneigées, y découvre sa sœur Marianne (Karin Viard) avachie sur le canapé avec son rival Richard (Denis Podalydès), tous deux affublés de lunettes ridicules pour voir sur un écran plasma gigantesque la version 3D des Derniers jours du monde, le précédent film des frères Larrieu… Deux digressions sans rapport avec le récit policier qu’ils nous racontent, mais qui font office de plaidoyer pro domo rigolard envers leur méthode, peu soucieuse d’efficacité ou de rigueur narrative. En cela, L’Amour est un crime parfait est peut-être le vrai descendant de cette Nouvelle vague à la fois conspuée, révérée et régulièrement pillée, inscrivant à l’

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L’Inconnu du lac

ECRANS | Quelque part entre Simenon et Weerasethakul, Alain Guiraudie installe une intrigue de film criminel sur les bords d’un lac transformé en paradis homo, interrogeant les mécanismes du désir et l’angoisse de la solitude. Drôle et envoûtant. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mercredi 29 mai 2013

L’Inconnu du lac

L’Inconnu du lac, c’est d’abord un espace scrupuleusement posé : un lac, une plage ; autour de la plage, une petite forêt ; et au-delà de la forêt, un parking. De cet espace, le film ne sortira jamais, préférant combler les ellipses du récit par les allusions du dialogue. Même la plage elle-même possède sa topographie, qu’Alain Guiraudie dessine avec méticulosité, au point de créer d’entrée une familiarité entre le spectateur et le lieu. Cette familiarité, c’est aussi celle qu’entretient Franck avec l’endroit et ses habitués : des hommes, rien que des hommes, qui viennent bronzer (à poil ou pas, la liberté est de mise) et faire trempette en ce début d’été. Accessoirement, après quelques regards échangés, ils se retrouvent pour baiser dans les bosquets alentours. Le lac est un lieu de drague homo mais c’est aussi un petit paradis à l’abri de toute morale déplacée, où l’hédonisme sexuel s’accomplit avec un certain sens de la courtoisie — les amants se préviennent toujours avec politesse du moment où ils vont jouir… «Il n’y a pas grand monde» dit Franck lors de s

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Mes héros

ECRANS | D’Éric Besnard (Fr, 1h27) avec Josiane Balasko, Gérard Jugnot, Clovis Cornillac…

Jerôme Dittmar | Lundi 10 décembre 2012

Mes héros

Exemple effarant d'un cinéma post-sarkozy qu'on n'aurait jamais voulu voir naître, Mes héros confirme l'état alarmant de la production française en 2012. Pire que tout, cette comédie d'occupation où la tendresse neuneu côtoie le militantisme débile a des airs de "Mamie fait de la résistance chez Jardiland". Dans un décor digne d'un shooting pour magazine déco, Josiane Balasko cache un jeune sans-papiers (le juif de l'an 2000) qui, séparé un temps de sa mère, trouve refuge à la campagne où il découvre les joies des tartines au beurre et de la 2CV vintage. Venue d'un autre temps, cette fable morale qui lave plus blanc que la Mère Denis, veut tout réconcilier : la famille, le pays, les années Hortefeu et ses gendarmes. Mené tambour battant par un duo Jugnot/Balasko ayant enfanté de Clovis Cornillac (pire casting de l'année), Mes héros laboure l'humanisme blotti dans le petit coeur de chacun. L'enfant, qui n'a rien demandé à personne, enfonçant le clou de ce cauchemar hygiénique. Jérôme Dittmar

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