"Glass" : En verre et contre tous

Suite à trois bandes | Sorti du purgatoire avec The Visit (2016), M. Night Shyamalan signe un combo magique avec cette double suite d’Incassable (2000) et de Split (2016) réunissant James McAvoy, Bruce Willis et Samuel L. Jackson pour un thriller conceptuel, à revoir pour le plaisir de l’analyse.

Vincent Raymond | Mercredi 16 janvier 2019

Kevin Crumb et ses identités multiples ayant à nouveau enlevé des jeunes filles, “l'incassable“ David Dunn se lance à ses trousses. Mais lors de la capture, Dunn est lui aussi arrêté et transféré avec Crumb dans un hôpital où une psy veut les convaincre qu'ils ne sont pas des super-héros…

L'intrigue de Glass risque de surprendre les adeptes de tarabiscotages et d'artifices par son apparente simplicité. Mais tout comme la tétralogie Scream a permis à Wes Craven de dérouler du concept sur l'architecture générale du film d'horreur (et de ses séquelles) par la mise en abyme, Glass constitue pour Shyamalan un parfait véhicule théorique visant à illustrer ses principes cinématographiques, les stéréotypes narratifs et à donner un écho supplémentaire à ses films.

Ligne de partage des os

Se situant pour l'essentiel dans un hôpital psychiatrique, Glass fait de ses héros des objets d'étude placés sous l'œil permanent de caméras ubiquistes. De fait, c'est le film lui-même qui s'avère un cobaye, s'auto-analysant au fur et à mesure que l'histoire avance en répondant à ses deux préquelles.

C'est là la moindre des caractéristiques de cette “méta-suite“ : poursuite conjointe de deux films disjoints — même si un discret pont augurait d'un lien plus étroit entre Split et Incassable Glass est un film hybride qui possède les caractéristiques de ses personnages. L'identité multiple, en partageant l'affiche avec trois protagonistes (Crumb, Dunn, Elijah “Mr. Glass“ Price pour commencer) mais aussi la production avec deux studios concurrents (Disney et Universal) — un genre de schizophrénie peu fréquent à Hollywood. À l'instar du héros d'Incassable, il se régénère de lui-même en incorporant ici des scènes coupées dans le premier opus, à peine remontées, mais donnant 19 ans après une profondeur supplémentaire aux personnages. Elles trouvent ainsi leur destination, leur légitimité, comme si le stratège Mr. Glass l'avait anticipée ab ovo.

Avec son jeu de résonances et de corrélations, Glass est conçu pour être revu, disséqué. Il s'agit autant d'une friandise pour exégète que d'un thriller. À la Hitchcock, en somme.

Suite à trois bandes Glass (É.-U., 2h09) de M. Night Shyamalan avec James McAvoy, Bruce Willis, Samuel L. Jackson…


Glass

De M. Night Shyamalan (ÉU, 2h09) avec James McAvoy, Bruce Willis...

De M. Night Shyamalan (ÉU, 2h09) avec James McAvoy, Bruce Willis...

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Peu de temps après les événements relatés dans Split, David Dunn - l’homme incassable - poursuit sa traque de La Bête, surnom donné à Kevin Crumb depuis qu’on le sait capable d’endosser 23 personnalités différentes. De son côté, le mystérieux homme souffrant du syndrome des os de verre Elijah Price suscite à nouveau l’intérêt des forces de l’ordre en affirmant détenir des informations capitales sur les deux hommes…


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De guingois

Design | L'exposition Flops ! Quand le design s’emmêle passe en revue de façon décomplexée une sélection d'objets franchement improbables, voire (...)

Niko Rodamel | Mardi 8 décembre 2020

De guingois

L'exposition Flops ! Quand le design s’emmêle passe en revue de façon décomplexée une sélection d'objets franchement improbables, voire parfaitement inconfortables tant l'inéquation entre leur forme et leur fonction est criante d'évidence. On croise çà et là des produits hilarants comme un arrosoir qui n'arrose que lui-même, une théière pour masochiste, ou encore des flops retentissants tels que le vélo tout-en-plastique Volvo Itera, les Google Glass ou le Crystal Pepsi. Une expo en trois parties accessible au grand public qui apporte la preuve que le monde sérieux du design est bien heureusement capable d’autodérision. Flops ! Quand le design s’emmêle, du 15 décembre au 21 février, Cité du design à Saint-Etienne

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Simon Kinberg : « l’émotion primait sur l’action »

X-Men : Dark Phoenix | De passage à Paris (où se déroule l’épilogue du film), l’équipe de X-Men : Dark Phoenix est revenue sur la conception de nouvel opus. Propos rapportés de la conférence de presse.

Vincent Raymond | Mercredi 5 juin 2019

Simon Kinberg : « l’émotion primait sur l’action »

Pourquoi vous êtes-vous focalisée ici sur le personnage de Jean Grey ? Simon Kinberg : D’abord, je suis tombé amoureux du personnage de Phoenix : je le trouvais absolument fascinant, comme tout le monde parmi les X-Men. J’aimais aussi l’idée d'un personnage qui perdait à la fois sa tête et ses pouvoirs, mais également voir de quelle manière cela affectait tous les X-Men ; comme des ennemis deviennent des amis, comment des amis, au contraire, devenaient des ennemis. Et puis il y avait ce dilemme : lorsque l’on a des amis proches qui perdent temporairement pied, quand cesse-t-on de vouloir les sauver ? Il était important ici de montrer que les conséquences du combat intérieur de Jean Grey font souffrir les autres autant qu'elle-même. Il fallait donc que le film ait une qualité intime humaine presque primitive ; et que l’on sente ce combat jusque dans le style, les acteurs ainsi qu'un forme plus naturaliste. Quand on a une telle distribution, il faut lui donner de vraies scènes afin que les acteurs puissent exercer leurs super-pouvoirs — qui est d'être formidables.

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"X-Men : Dark Phoenix" : 50 nuances de Grey

ECRANS | De Simon Kinberg (E.-U., avec avert. 1h40) avec James McAvoy, Sophie Turner, Michael Fassbender…

Vincent Raymond | Mercredi 5 juin 2019

1992. Partie avec les X-Men à la rescousse d’astronautes en détresse, Jean Grey est submergée par un magma cosmique qui déchaîne ses pouvoirs en puisant dans les aspects obscurs de son passé. Incontrôlable et dangereuse, elle rejette Xavier et compte sur l’aide de Magneto… L’absence de Bryan Singer, mis à l’index pour ses histoires de pantalon, serait-elle à déplorer ? Force est de reconnaître que l’avance prise par la bande à Xavier sur la troupe de Stark a fondu comme la calotte polaire : la surmultipliée déployée par les Avengers dans le diptyque habité par Thanos a rattrapé et ordonné l’accumulation foutraque (parfois poussive) qui diluait les enjeux à force de tonalités divergentes. Limitant ses spin-off aux aventures de Wolverine — achevées en apothéose dans Logan —, voire à l’inclassable Deadpool, les X-Men avaient pour eux une cohérence globale, conséquence directe des schémas narratifs reposant sur des oppositions duelles (Xavier contre Magneto, humanité contre mutants etc…) ; de bonnes rivalités bipolaires fondées sur des présupposés manichéens ainsi que sur la puissance

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"X-Men : Apocalypse" : le boss, c'est Bryan Singer !

ECRANS | En mettant ses mutants aux prises avec le premier d’entre eux, Apocalypse, Bryan Singer boucle une seconde trilogie des X-Men épique. Et montre que, de tous les réalisateurs de productions Marvel déferlant sur les écrans ces temps-ci, c’est bien lui le patron.

Vincent Raymond | Mercredi 18 mai 2016

Lorsqu’une franchise achemine sur les écrans son huitième opus en seize années d’existence, le plus docile et bienveillant des spectateurs est fondé à émettre quelques inquiétudes quant à la pertinence du film. Heureusement, il existe des exceptions ; des sagas parvenant à coups de rebondissements intrinsèques à dépasser le stade de la “suite” et de la resucée, sachant se réinventer ou créer une singularité – James Bond en est un parangon. Dans le vaste univers Marvel (en expansion continue), la tradition (du tiroir-caisse) impose à une série de se développer par ramifications autour de ses personnages-phares, puis de faire tabula rasa en lançant un reboot… tout en s’affadissant. Sauf pour X-Men, îlot d’exception dans un océan tanguant vers les rivages du morne ordinaire. Oh, cela ne signifie pas que l’ensemble de l’octalogie mérite d’être portée aux nues (un ventre mou modelé par Brett Rattner et Gavin Hood la plombe), mais elle présente, outre sa remarquable longévité, une capacité à absorber ses propres spin-off (Wolverine) et reboots (

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Prochain PB Live : Philip Glass par Bruce Brubaker

MUSIQUES | Pianiste virtuose considéré comme l'un des maîtres actuels de la musique répétitive, c'est Bruce Brubaker qui ouvrira en grand la saison des Petit Bulletin (...)

Stéphane Duchêne | Lundi 1 juin 2015

Prochain PB Live : Philip Glass par Bruce Brubaker

Pianiste virtuose considéré comme l'un des maîtres actuels de la musique répétitive, c'est Bruce Brubaker qui ouvrira en grand la saison des Petit Bulletin Live pour un concert exceptionnel au Sucre le 21 octobre. Au menu, l'une de ses spécialités : la (ré)interprétation de l'oeuvre pour piano solo de Philip Glass. Mieux : dans l'esprit du Philip Glass Ensemble primordial qui squattait lofts et galeries, Brubaker évoluera devant un public qui aura tout loisir de choisir sa position d'écoute (debout, assis, couché) dans un rooftop laissé à nu et prêt à accueillir l'hypnose minimaliste. Ouverture de la billetterie ce mercredi 3 juin.

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Kingsman : services secrets

ECRANS | De Matthew Vaughn (Ang, 2h09) avec Colin Firth, Taron Egerton, Samuel L. Jackson…

Christophe Chabert | Mardi 17 février 2015

Kingsman : services secrets

Drôle de film raté que ce Kingsman, antipathique à force de chercher la connivence et le deuxième degré avec le spectateur. L’idée est de créer une sorte de James Bond 2.0 qui connaîtrait par cœur les codes de son modèle et se plairait à les pasticher en multipliant clins d’œil et références décalées. Une sorte de Scream de l’espionnage que Matthew Vaughn, tentant de reprendre la formule déjà contestable de son Kick-Ass, plonge dans une esthétique de comic book où la violence, pourtant extrême — corps coupés en deux, têtes qui explosent — serait dans le même temps totalement déréalisée. Même le propos politique, plutôt judicieux sur le papier — comment un nerd félé, incarné par un Samuel L. Jackson s’amusant manifestement à jouer avec son cheveu sur la langue, utilise le consumérisme ambiant pour pratiquer une ségrégation radicale entre les élites et le peuple, promis à l’autodestruction — ne va finalement pas plus loin qu’une grosse baston dans une église et des décapitations en série transformées en feux d’artifices multicolores. Des idées toutes mieux exploitées — et mieux mises en scène — dans le sous-estimé Le Dernier pub avant la fin

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Glass is more

MUSIQUES | À l'occasion du festival Nouveau Siècle, consacré au courant minimaliste new-yorkais et intitulé The New York Moment, le Mam et l'Opéra Théâtre ont aimablement convoqué Philip Glass pour une rétrospective du maître courant sur 40 ans. L'occasion d'admettre enfin que comme il le clame lui-même, Glass est peut-être le moins minimaliste des minimalistes. Stéphane Duchêne.

Marc Chassaubene | Jeudi 16 janvier 2014

Glass is more

«Less is more» aura été le mantra, le slogan même, d'un courant minimaliste qui se voulait dans les années 60 anti-consumériste. Un courant, auquel le festival Nouveau siècle a souhaité cette année rendre hommage et dont Philip Glass a été avec Steve Reich l'un des hérauts musicaux les plus populaires. A ceci près que depuis quarante ans, Glass a mis fin à sa période minimaliste répétitive (avec Music in twelwe parts, plus précisément) dont il ne veut plus guère entendre parler. S'en est suivi une œuvre qu'on pourrait presque qualifier, par provocation, de maximaliste dans sa prolificité comme parfois dans son emphase, dans sa manière d'explorer les medias et les supports, les genres, de croiser les arts étirant, appliquant les préceptes de la musique dite savante – puis de la musique indienne –  vers des horizons plus commerciaux. Du cinéma à la pop (dont il devient l'une des grandes influences, Woodkid en tête aujourd'hui), Glass peut ainsi s'attaquer à l'œuvre des Bowie/Eno, d'Aphex Twin ou de Paul Simon, s'essayer à surpasser, en y ajoutant une partition pour ciné-concert, La Belle et la Bête de Cocteau (pour surpasser Coct

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After earth

ECRANS | Étrange sensation face à cette rencontre entre la dynastie Smith et l’ex-prodige déchu Shyamalan, celle d’assister à un film dont la simplicité le tire à la fois vers la beauté et vers l’ennui, à une œuvre coincée entre l’épure et l’esbroufe, la sincérité et les arrières pensées. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mercredi 5 juin 2013

After earth

La première surprise d’After Earth, c’est qu’il n’y a à proprement parler aucune surprise. Comprenez : pas de twist spectaculaire, pas de grands morceaux de bravoure, pas de 3D débordante. Même les décors, soigneusement choisis pour représenter une terre revenue à l’état sauvage après une catastrophe écologique ayant obligé l’humanité à la déserter, ne sont jamais regardés comme des éléments d’exotisme rétro-futuriste, mais dans l’ordinaire d’une nature ayant repris ses droits ancestraux. Ça, c’est pour le versant M. Night Shyamalan, et on peut voir After earth comme un autodafé de son horrible Dernier maître de l’air : là où hier, la surenchère était de mise pour tenter de retrouver le crédit des studios, c’est un principe déflationniste qui s’applique ici, mais qui conduit paradoxalement à retrouver l’éclat de ses premières œuvres. Même lenteur calculée, mêmes dialogues chuchotés comme si les personnages se réveillaient d’un accident en état de choc, et surtout refus d’un découpage frénétique au profit de plans qui prennent le temps d’installer un climat, reposant sur d’habiles mais di

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Django unchained

ECRANS | La chevauchée sanglante d’un esclave noir décidé à retrouver sa fiancée en se vengeant de blancs racistes n’est pas qu’une occasion pour Quentin Tarantino de rendre hommage aux westerns ; c’est aussi un réquisitoire contre l’Histoire américaine, d’autant plus cinglant qu’il conserve le style fun de ce définitivement immense cinéaste. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Vendredi 4 janvier 2013

Django unchained

Première réaction à la sortie de ce Django unchained : Tarantino est fidèle à lui-même, et c’est pour ça qu’on aime son cinéma. De fait, ils sont peu à offrir 2h45 de spectacle qui semble passer en quelques minutes, sans pour autant renier le fondement de leur style : des scénarios privilégiant le dialogue et la durée des épisodes à une construction en trois actes où l’action et la parole sont dosées équitablement. Tarantino y ajoute cette élégance de mise en scène qui frappe dès le générique, où une chaîne d’esclaves traverse de nuit une étendue aride et rocailleuse. Pourtant, il convient de tempérer ce jugement hâtif : oui, Tarantino est immense et oui, Django unchained est un très grand film, mais il n’est que l’aboutissement d’une mue amorcée entre les deux volumes de Kill Bill. Cette césure marquait un tournant décisif, celui où le cinéaste cessait de déployer sa maestria en cinéphile compulsif visitant avec une gourmandise enfantine le cinéma bis, et où il prenait au sérieux ses sujets sans pour autant se prendre au sérieux lui-même. Dans Django unchained, l’esclave incarné par Jamie Foxx va se transformer en cavalier badass et

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Looper

ECRANS | Conçu comme un casse-tête spatio-temporel mais aussi comme une série B mélangeant science-fiction et action, le film de Rian Johnson est la bonne surprise américaine de l’automne, à la fois cérébral, charnel, trépidant et poétique. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mercredi 31 octobre 2012

Looper

Boucler la boucle. C’est en substance l’enjeu de Looper, jusque dans son titre, qui désigne les tueurs du film, chargés de supprimer les témoins gênants d’exactions commises 30 ans plus tard et envoyés dans le passé grâce à une machine à remonter le temps. Loopers, car vient fatalement le moment où ce sont eux, ou plutôt leur double de trente ans plus âgé, qu’ils doivent supprimer, contre quelques lingots d’or qui leur assureront une "retraite" méritée ; la boucle est donc bouclée. Quand arrive le tour du héros, Joe, le protocole est rompu : son autre lui débarque tête nue, se débat et réussit à s’échapper. Pas le choix : il faut le retrouver au plus vite, car sinon c’est lui qui sera exécuté, mettant fin de facto à l’existence de son alter ego. Compliqué ? Ce n’est pourtant que la trame de base d’un film dont le scénario se montre particulièrement généreux avec le spectateur. Rian Johnson fait partie de ces cinéastes matheux (proche cousin par exemple d’un Christopher Nolan) pour qui une œuvre est avant tout une suite d’équations entremêlées dont la logique, une fois comprise, s’avère imparable. Là où le garçon a vraiment du talent, c’est qu’il ne se contente p

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