Pearl : Sculpture humaine

ECRANS | De Elsa Amiel (Fr.-Sui., 1h20) avec Julia Föry, Peter Mullan, Arieh Worthalter…

Vincent Raymond | Mercredi 6 février 2019

Léa Pearl s'apprête concourir pour un titre de culturiste. Alors que son entraîneur lui prodigue ses ultimes conseils, son ex débarque avec un enfant, leur fils Joseph. Charge à Léa, qui l'a abandonné, de s'en occuper pendant deux heures. Mais l'instinct maternel n'est pas un muscle…

De la fascination… Pour le corps et sa sculpture, d'abord. Elsa Amiel promène avec amour son œil-caméra sur les courbes body-buidées surréelles de Léa et des autres adeptes du jusqu'au-boutisme musculaire, jouant par des gros plans ambigus et des ahans suggestifs, sur les similitudes entre la mécanique de entraînement et la gymnastique d'un coït. En creux se pose naturellement la question de la féminité de la femme culturiste, et incidemment de sa capacité à être mère, maternelle et maternante — d'autant que la cinéaste sous-entend que les “supplémentations“ ont une action hormonale inhibitrice.

De la fascination pour les ambiances de nuit, les couloirs d'hôtel et les milieux semi-interlopes, ensuite. Elsa Amiel reprend une grammaire de néons et de veillées sans fin classique, exploitée dans les polars comme dans des films de Laetitia Masson, ou des réalisations aussi diverses que Backstage, La Vanité et naturellement Bodybuilder. Ne pas avoir tenté d'échapper aux clichés esthétiques, voilà peut-être le muscle atrophié de ce film.


Pearl

De Elsa Amiel (Fr, 1h22) avec Julia Föry, Peter Mullan...

De Elsa Amiel (Fr, 1h22) avec Julia Föry, Peter Mullan...

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Léa Pearl s’apprête à concourir pour le prestigieux titre de Miss Heaven. Son entraîneur, Al, espère, grâce à elle, revenir sur le devant de la scène et rien ne pourra les détourner de cet objectif… Mais à quelques heures de la finale, Ben, l’ex-mari Léa débarque avec Joseph, leur enfant, qu’elle n’a pas vu depuis 4 ans.


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"Girl" : Lara au bal du diable

Camera d'Or | Le portrait plein de vie d’une adolescente née garçon luttant pour son identité sexuelle et pressée de devenir femme. Une impatience passionnée se fracassant contre la bêtise à visage de réalité, filmée avec tact et transcendée par l’interprétation de l’étonnant·e Victor Polster.

Vincent Raymond | Mardi 2 octobre 2018

Jeune ballerine de 15 ans, Lara se bat pour rester dans la prestigieuse école de danse où elle vient d’être admise, mais aussi pour accélérer sa transition de garçon en fille. La compréhension bienveillante de ses proches ne peut hélas en empêcher d’autres d’être blessants. Jusqu’au drame. Girl pose sur des sujets divers un regard neuf, lesquels sont loin de l’être : la danse comme école de souffrance et de vie (on se souvient de la claque Black Swan), la difficulté de mener une transition de genre (voir Transamerica), la vie d’un parent isolé élevant deux enfants. Des thèmes rebattus mais qui, par coagulation et surtout grâce à une approche déconcertante, c’est-à-dire bannissant les situations attendues, trouvent une perspective nouvelle. Ainsi, la question de l’acceptation par la famille du choix intime de la jeune Lara ne se pose même pas ; au contraire bénéficie-t-elle ici d’un accompagnement solide et complice. Quant aux professeurs de danse, ils n’ont rien des tyrans ordinaires martyrisant les petits rats. Bref, outre l’absence de la

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"Razzia" : Casa, avant le chaos ?

ECRANS | Après Much Loved, Nabil Ayouch poursuit son auscultation des fractures du Maroc contemporain. Derniers instants avant le cataclysme dans un Casablanca qui n’a plus rien à voir avec l’image idéalisée par Curtiz.

Vincent Raymond | Mercredi 14 mars 2018

Maroc, entre les montagnes de l’Atlas et Casablanca, en 1982 et 2015. Portraits croisés de plusieurs personnages en proie au durcissement du régime et des mœurs, aux préjugés, alors que le religieux gagne du terrain et que les différences sociales mènent à un inévitable chaos… Cette manière de brasser les époques et les protagonistes autour d’une communauté de destins (et de cet événement final annoncé par le titre, cristallisant les tensions, rancœurs et humiliations accumulées) rappelle le “cinéma-choral” à la Iñarritu ou le Magnolia de Paul Thomas Anderson. Mais Ayouch ne le fait pas glisser vers ce pan-humanisme lyrique à la mode il y a une dizaine d’années. Les temps ont changé ; un voile de désenchantement s’est abattu sur le monde, douchant les espérances. Y compris celles suscitées par les Printemps arabes. Empire chérifien, fais-moi peur Jadis apprécié à Rabat pour l’aura internationale dont ses œuvres bénéficiaient, Nabil Ayouch est passablement tombé en disgrâce avec Much Loved (2015), intrans

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