"Un coup de maître" : Vieilles canailles !

ECRANS | De Gastón Duprat (Esp.- Arg. 1h41) avec Guillermo Francella, Luis Brandoni, Raúl Arévalo…

Vincent Raymond | Mercredi 6 février 2019

Photo : ©Eurozoom


Galeriste à Buenos Aires, Arturo est las de soutenir Renzo, un ami peintre jadis à la mode, mais aujourd'hui dépassé et aigri. Alors qu'il vient de saborder une magnifique chance de se refaire, Renzo est victime d'un accident qui le laisse amnésique. Pour Arturo, c'est une occasion en or…

Coréalisateur de l'excellent Citoyen d'honneur, Gastón Duprat continue d'explorer les saumâtres coulisses de la création artistique, jetant ici son dévolu sur un plasticien et son nécessaire double, conjointement homme-lige et parasite, le galeriste. Car dans ce duo complexe (l'un s'acquitte de l'art, l'autre des chiffres), bien malin qui saurait les départager en terme de filouterie : le peintre se vante d'être ontologiquement ambitieux et égoïste (il prétend que c'est une condition sine qua non pour exercer son métier), le marchand ne fait pas mystère de sa passion pour les dollars.

À partir de ces deux personnages en apparence peu fréquentables, Duprat compose pourtant une touchante ode à l'amitié, glissée dans une pétillante comédie bifurquant vers le thriller. Tournant en ridicule les fats, les spéculateurs et les imbéciles pullulant dans le monde de l'art (une sacrée foule, donc) Un coup de maître fait également en permanence reconsidérer l'image que l'on se fait des protagonistes. C'est aussi l'un des enseignements du film et sa leçon inaugurale : il faut prendre le temps de contempler une œuvre pour la saisir dans sa globalité, et ne pas se contenter d'un fragment ni d'une vision fugace. Sa vérité n'apparaît que dans le temps. Sa vérité… et ses mensonges…


Un coup de maître

De Gastón Duprat (Esp-Arg, 1h41) avec Guillermo Francella, Luis Brandoni...

De Gastón Duprat (Esp-Arg, 1h41) avec Guillermo Francella, Luis Brandoni...

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Arturo est le propriétaire d’une galerie d’art à Buenos Aires; un homme charmant, sophistiqué mais, sans scrupules. Il représente Renzo, un peintre loufoque et torturé qui traverse une petite baisse de régime. Leur relation est faite d’amour et de haine. Un jour, Renzo est victime d’un accident et perd la mémoire. Profitant de cette situation, Arturo élabore un plan osé pour les faire revenir sur le devant de la scène artistique.


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Février : Ailleurs, toutes !

Panorama ciné | Un fidèle lecteur (que l’on salue) s’étonnait le mois passé de la surreprésentation du cinéma français dans notre panorama. Hasard ou coïncidence, février bascule dans l’excès inverse…

Vincent Raymond | Mardi 5 février 2019

Février : Ailleurs, toutes !

Feignons hypocritement la surprise comme si l’on s’ébaubissait de la floraison annuelle du marronnier à fleurs rouges : les vingt-huit jours de février débordent de films de qualité majoritairement anglo-saxons… pile le mois où Hollywood décerne ses bons points. Si vous savez additionner deux et deux, vous comprenez que les studios font d’une pierre deux coups en calant sur cette période dorée les sorties extra-étasuniennes : campagne pour les Oscar, BAFTA etc. et promo européenne sont ainsi mutualisées ; en retour les films capitalisent en notoriété sur les citations et/ou distinctions reçues. Résultat : un embouteillage de séquoias occultant, parfois, de jolies forêts. Débroussaillons un peu tout cela, car il n’y a pas que les excellents La Favorite et Vice dans le mois ! Au sud de Rio Grande La récente poussée des membres de la trinité mexicaine Iñarritu/Cuarón/del Toro ne doit pas oblitérer leurs compatriotes, actifs depuis au moins autant longtemps qu’eux dans le milieu. Tel le polyvalent Robert Rodriguez, qui sign

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Citoyen d'honneur : Inspirez ; expi(r)ez !

ECRANS | De retour dans son village natal pour être célébré, un Prix Nobel voit se télescoper ses œuvres avec ceux dont il s’est inspiré… à leur insu. Il va devoir payer, ou au moins, encaisser. Un conte subtil et drôle sur cet art de pillard sans morale qu’on appelle la littérature.

Vincent Raymond | Mercredi 1 mars 2017

Citoyen d'honneur : Inspirez ; expi(r)ez !

Reclus dans sa villa espagnole depuis l’attribution de son Prix Nobel de Littérature, Daniel Mantovani n’écrit plus et ne répond guère aux invitations. Lorsque survient la proposition de Salas, son village natale d’Argentine de le faire Citoyen d’honneur, il accepte autant par nostalgie que curiosité. Mais était-ce une si bonne idée que cela ? Mariano Cohn & Gastón Duprat n’étaient pas trop de deux pour signer ce film jouant simultanément sur autant de tableaux : s’engageant comme une comédie pittoresque teintée de chronique sociale, Citoyen d’honneur change au fur et à mesure de tonalité. L’aimable farce tourne en effet à l’aigrelet, transformant un auteur habitué depuis des lustres à gouverner son destin (et celui de ses personnages, en bon démiurge) en sujet dépendant du bon vouloir de ses hôtes. Mantovani semble alors propulsé dans un épisode inédit de la série Le Prisonnier, qu’on jurerait ici adaptée par Gabriel García Márquez, avant de plonger dans une inquiétante transposition de Delivrance — cette fois retouchée par Luis Sepúlveda ! Comme un boomerang L’œuvr

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La Isla minima

ECRANS | Deux flics enquêtent sur des assassinats de femme dans une région marécageuse et isolée, loin des soubresauts d’un pays en pleine transition démocratique. En mélangeant thriller prenant et réflexion historique, Alberto Rodríguez réalise avec maestria un True detective espagnol. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 14 juillet 2015

La Isla minima

Au tout début des années 1980, l’Espagne continue sa transition entre la dictature franquiste et la monarchie républicaine. Les échos de cette mutation ne parviennent que lentement vers une région reculée de l’Andalousie cernée par les marais, où les habitants ont définitivement renoncé à mettre leurs pendules à l’heure. Pourtant, l’assassinat de deux jeunes filles lors des fêtes annuelles va conduire deux flics venus de Madrid à débarquer dans cette communauté fermée et discrète pour faire surgir la vérité et lever les hypocrisies morales. Alberto Rodríguez, cinéaste jusqu’ici plutôt mineur au sein de la nouvelle génération espagnole, parvient très vite à lier ensemble son thriller et le contexte politique dans lequel il l’inscrit. Et ce grâce à la personnalité de ses deux enquêteurs : l’un, Juan, obsédé par la résolution de l’affaire, représente la nouvelle Espagne qui se met en place lentement et tente de remplacer les méthodes expéditives des milices franquistes ; l’autre, Pedro, a plus de mal à oublier ses vieux réflexes et y voit surtout une forme d’efficacité non entravée par les droits des suspects. Mais cette tension se retrouve aussi dans l’intrigue elle-même

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