Vincent Lindon : « On fait ce métier pour s'oublier »

Dernier Amour | Passionné comme toujours et comme toujours passionnant, Vincent Lindon évoque sa nouvelle collaboration avec l’un de ses metteurs en scène fétiche. De l’approche d’un rôle historique et de la philosophie de l’interprétation des personnages…

Vincent Raymond | Jeudi 21 mars 2019

Photo : ©Diaphana distribution


Comment avez-vous convaincu Benoît Jacquot, avec qui vous avez une longue complicité, de vous confier ce rôle de Casanova ?

Vincent Lindon : Au départ, je venais le chercher pour déjeuner, il était dans son bureau et il parlait de son prochain film avec ses producteurs. Il m'a annoncé : « Je vais faire Casanova » Et j'ai aussitôt répondu : « Non, c'est moi qui vais faire Casanova. — Non, il a 26 ans, c'est l'histoire d'un jeune Casanova avec une dame plus âgée. — Ben, c'est plus ça. Il y a bien un moment où il est vieux ? — Tu plaisantes ? — Non, non, je suis très sérieux. — Fais attention, Vincent : si je te prends au mot, tu vas être bien embêté — Pas du tout : prends-moi au mot ! — Il y a bien un épisode avec la Charpillon… » Et ils ont bifurqué sur cette histoire.

Qu'est-ce qui vous a séduit à ce point dans ce personnage ?

Casanova, quand même ! Il n'y a pas beaucoup de personnages de cette dimension. J'ai fait Rodin, le professeur Charcot.

Si demain on me demande de jouer Enzo Ferrari je vais le faire ! Napoléon aussi, si je peux ; jouer Picasso, je veux bien ! C'est un peu compliqué de passer à côté.

On fait ce métier pour se déguiser, pour s'oublier, prendre son cerveau le laisser à la maison et rentrer dans la peau d'un autre. Tout le monde est unique, mais c'est vrai qu'il y a des peaux passionnantes.

Être dans celle d'un premier ministre avec Alain Cavalier en président de la République dans Pater, ça me passionne ; entrer dans celle d'un type En guerre qui va se battre pour une usine entière où il n'y a pas une chose qui n'est pas vraie (et très proche de ce qui s'est passé chez Continental), ça me plaît. Faire Rodin, ça me plaît. Faire un homme à Calais dans Welcome, pareil — comme En guerre vis-à-vis des gilets jaunes, Welcome était précurseur par rapport aux migrants. Ce sont des personnages et des peaux dans lesquelles on rêve d'entrer ; c'est à ça que sert le cinéma ; c'est des panoplies. C'est surement pour ça que je le fais, entre autres, pour échapper à moi. C'est pas de la tarte d'être soi, parfois !

Justement, après En guerre de Stéphane Brizé, vous recherchiez un contrepoint ?

Les films se présentent comme des rencontres dans la vie : on ne les planifie pas. C'est comme les amours. On ne dit pas : « tiens, après telle personne, , la prochaine que je vais rencontrer sera comme ça ». On se balade et on tombe sur quelqu'un. Je lis beaucoup, beaucoup de scénarios et j'en refuse énormément. Mais jamais je me dis : « j'ai fait un film où j'étais syndicaliste, ce qui serait bien serait d'être un avec des bagues ». Tout ce qui est calculé, voulu à l'avance ne marche pas. Je pourrais faire trois films de suite où j'aurais quasiment le même rôle. Et si trois histoires d'amours me plaisaient, je les ferais de suite : à partir du moment où chaque scénario est formidable, pourquoi ne pas les faire ? Des comiques font trois comédies de suite qui sont quasiment les mêmes… Comme elles plaisent à chaque fois, il font la quatrième.

Tout personnage est donc susceptible de vous intéresser ?

Je ferais tous les personnages s'ils sont bien écrits. Par exemple, celui de Ralph Fiennes dans La Liste de Schindler : Il est inouï, inoubliable. Si je me mets à juger les personnages en tant que tel, je fais plus rien, pas Casanova, ni En Guerre.

Si quelqu'un m'écrit demain le rôle d'un monstre dans un très très bon scénario mis en scène par un très grand réalisateur, je le ferai !

Rappelez-vous Le Parrain : on ne va se raconter d'histoire, c'est un film sur une famille de monstres ! Ils vendent de la drogue, un frère tue un autre frère sur une barque, ils sont infréquentables ! C'est l'une des seules familles de mafieux qui ont des casinos au départ et se reconvertissent dans la drogue ; pourtant on les regarde en tremblant pour eux, fascinés… Je suis comme les spectateurs. Le héros de Breaking bad est un pourriture, mais c'est écrit génialement bien.

Si vous racontez de grandes histoires bien écrites, tout est acceptable. Plus un film est bien écrit et un méchant est bien joué, plus il est ciselé, plus les gens vont le prendre en haine et cela fera du bien à la communauté. Si un personnage monstrueux est maltraité, moins on a envie d'adhérer et ça fait du bien à la cause.

Casanova aime les femmes avant, pendant et après : il aime la femme en tant qu'être humain, il aime sa compagnie et son intelligence. Ce n'est pas un consommateur, pas qu'un jouisseur, et pas du tout Don Juan qui fait des conquêtes et qui les abandonne.

La douceur du personnage était-elle dans le scénario ou bien est-ce vous qui l'avez ajoutée ?

La douceur de Casanova ? (songeur) J'ai dû l'amener ; je ne vais pas arriver les mains vides (sourire) Il y a des gens qui trimballent des choses consciemment et inconsciemment ; Probablement que pour cet état crépusculaire et mélancolique, Benoît pensait que j'étais mélancolique. Et même nostalgique, ce qui n'est pas la même chose :

je me considère plus mélancolique que nostalgique. La nostalgie est empreinte de regrets et de remords, la mélancolie est juste une pensée, un état.

Il y a un jugement dans la nostalgie, un “c'était mieux avant et moins bien aujourd'hui“ ; alors que la nostalgie, c'est “ça me va aujourd'hui mais j'aimais bien avant“.

Le rôle a pourtant deux visages et deux époques : l'une contemporaine où il raconte le passé et celle où il vit son dernier amour, traversée par la mélancolie.

C'est vrai : j'oublie à chaque fois qu'il y a un autre visage et une autre époque. Mais je suis très dans le Casanova vivant son dernier amour. J'oublie que le film commence par un homme racontant son histoire — c'est le scénario. Je me suis concentré sur le temps de l'amour.

Ce Casanova vieilli ne se voit que de dos…

J'avais prévenu Benoît : le côté vieilli-grimé, avec la peau plissée, il faut oublier. Je trouve ça ridicule. J'avais envie de jouer le vieillissement avec la voix et pas le physique : il y a plus de force. Très essoufflé, très fatigué, c'est plus efficace que de montrer quelqu'un de face.

Ce Casanova est aussi l'ombre de lui-même : non seulement il est de dos, mais également dans de basses lumières, voûté, la voix triste…

Alors ça… (souriant) Vous voyez des choses que je n'ai pas forcément mises ou que je n'ai pas vues. C'est très intéressant ce que l'on fait sans s'en rendre compte et qui est étudié comme si on les avait faites exprès. Si j'étaus très prétentieux, je pourrais un jour tenter l'expérience de reprendre tout ce que les journalistes me disent en disant « oui, ça a été un travail très long, j'ai dégradé ma voix tout au long du film… » Et ça donnerait une force à mon travail incroyable ! Mais c'est surement inconscient : le film avance, et en quatrième semaine, vous savez plus de choses sur le personnage et vous mettez moins la gomme, vous lâchez un peu de lest…

Benoît Jacquot explique que vous aviez un rapport particulier à votre perruque…

Non, en fait je lui ai dit avant de commencer le film que je ne ferai le rôle et je ne viendrai me présenter sur le plateau que dès qu'on aurait trouvé une perruque absolument géniale qui fait qu'elle a quelque chose de différent des autres. Si c'est pour en avoir une comme tout le monde avec les roudoudous ici, je ne peux pas ! Il fallait qu'elle donne quelque chose de rock'n roll à Casanova. Elle est différente, je la trouve très belle.

Heath Ledger en avait une assez intéressante dans son Casanova ; Tom Hulce dans Amadeus aussi. J'ai pensé que la perruque n'était pas rien. L'autre chose, c'est que je l'ai, je ne l'ai pas, comme dans la vie. C'est un chapeau — il l'a très souvent quand il sort.

Et Casanova a des bagues ! C'était un gros travail, surtout pour quelqu'un comme moi. J'ai aimé cette chose intéressante : porter des bagues et des mains pas soignées du tout, avec des ongles rongés. Être en même temps extrêmement distingué, et manger comme un sanglier. Être très précieux et très animal.


Dernier amour

De Benoît Jacquot (Fr, 1h38) avec Vincent Lindon, Stacy Martin...

De Benoît Jacquot (Fr, 1h38) avec Vincent Lindon, Stacy Martin...

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Au XVIIIe siècle, Casanova, connu pour son goût du plaisir et du jeu, arrive à Londres après avoir dû s’exiler. Dans cette ville dont il ignore tout, il rencontre à plusieurs reprises une jeune courtisane, la Charpillon, qui l’attire au point d’en oublier les autres femmes. Elle lui lance un défi, elle veut qu’il l’aime autant qu’il la désire.


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Nicolas Bros | Mercredi 27 mai 2015

Stéphane Brizé en visio-conférence

Le Méliès réussit un nouveau joli coup dans sa programmation de séances de cinéma suivies ou précédées par des rencontres en visio-conférence avec des réalisateurs ou des acteurs. Ce soir, ce sera au tour de Stéphane Brizé, réalisateur de La Loi du Marché, film primé à Cannes pour la performance impressionnante de réalisme de Vincent Lindon, de se prêter au jeu des questions-réponses. Rendez-vous est donné à 20h10 au Méliès Jean Jaurès. Projection de La Loi du Marché à 20h10 au Méliès Jean Jaurès + rencontre en visio-conférence avec Stéphane Brizé, réal., au Méliès Café

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Journal d’une femme de chambre

ECRANS | Même si elle traduit un certain regain de forme de la part de Benoît Jacquot, cette nouvelle version du roman d’Octave Mirbeau a du mal à tenir ses promesses initiales, à l’inverse d’une Léa Seydoux épatante de bout en bout. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 31 mars 2015

Journal d’une femme de chambre

Après Jean Renoir et Luis Buñuel, Benoît Jacquot tente donc une nouvelle adaptation du livre d’Octave Mirbeau avec Léa Seydoux dans le rôle de Célestine, bonne à tout faire envoyée de Paris vers la Province pour servir les bourgeois Lanlaire. Co-écrit avec la jeune Hélène Zimmer — réalisatrice d’un premier long, À 14 ans, sorti le mois dernier en salles — ce Journal d’une femme de chambre a l’ambition de revenir au roman initial en en sélectionnant les épisodes plutôt qu’en l’actualisant. Pendant trente minutes, le film s’inscrit dans la droite ligne des Adieux à la Reine : la caméra et les comédiens prennent de vitesse la reconstitution historique, tandis que Jacquot, au diapason de son héroïne, pointe avec sarcasme les rapports de pouvoir et ce qui va avec — abus de pouvoir et droit de cuissage. C’est ce qui séduit le plus dans cette ouverture, sans doute ce que Jacquot a filmé de plus brillant depuis des lustres : comment, en replongeant dans la France du début du XXe siècle, il offre un commentaire très pertinent sur la nôtre. Les échos sont nombreux, de la résurgence d’une lutte des classes à l’antisémitisme qui se d

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Mea culpa

ECRANS | De Fred Cavayé (Fr, 1h30) avec Vincent Lindon, Gilles Lellouche…

Christophe Chabert | Mardi 4 février 2014

Mea culpa

«Sur une idée d’Olivier Marchal» nous dit le générique de fin. Tout s’explique ! «L’idée» en question est en fait un fonds de commerce : un ex-flic traumatisé et au fond du trou va tenter de se racheter en protégeant son fils et en flinguant à tout va du méchant, ici des gangsters serbes dont les motivations sont très sommairement résumées : «les filles et la came». Justice expéditive, tirage de tronches et gros accès de virilité sont donc au programme, mais là n’est pas le problème de cet actionner à la française. Il y a d’un côté la minceur du scénario — pas grave — et de l’autre sa farandole d’incohérences, que Cavayé tente de noyer sous une pluie de fusillades, poursuites et bastons qui ne justifient jamais la réputation de "bon artisan" appliquée un peu vite au cinéaste. Rien ne tient debout donc, que ce soit la gestion du temps, de l’espace ou de l’élémentaire réalisme des situations — les flics interviennent une bonne heure après un carnage homérique dans une boîte de nuit, une bagnole va plus vite qu’un TGV… On a tendance à fustiger l’état de la comédie française ; mais entre Besson, Cavayé et Marchal, le polar d’ici n’est pas f

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Nymphomaniac volume 2

ECRANS | Fin du diptyque de Lars von Trier, qui propulse très haut sa logique de feuilleton philosophique en complexifiant dispositif, enjeux, références et discours, prônant d’incroyables audaces jusqu’à un ultime et sublime vertige. On ose : chef-d’œuvre ! Christophe Chabert

Christophe Chabert | Lundi 27 janvier 2014

Nymphomaniac volume 2

5+3. Cette addition, qui lançait la vie sexuelle de Joe dans le premier volume de Nymphomaniac, est aussi la répartition choisie par Lars von Trier entre les chapitres de chaque partie. 5 pour le coït vaginal et le volume 1 ; 3 pour la sodomie et le volume 2 qui, de facto, fait un peu plus mal que le précédent… Après nous avoir laissé sur un climax diabolique, où la nymphomane hurlait : «Je ne sens plus rien !», von Trier reprend les choses là où elles en étaient : dans la chambre de Seligman, qui ne va pas tarder à expliquer les raisons de sa chaste attitude face au(x) récit(s) de débauche de Joe-Gainsbourg ; et dans celle de Joe-Martin et de Jerome, premier amant, grand amour idéalisé, compagnon et père de son enfant. Mais avant d’embrayer sur un nouveau chapitre et un nouvel épisode entre fantasme (romanesque) et fantasme (sexuel), le voilà qui digresse déjà en flashback sur Joe-enfant et son premier orgasme où lui apparaissent deux icônes qu’elle prend pour des visions de la vierge Marie, mais que S

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Miele

ECRANS | De Valeria Golino (It-Fr, 1h36) avec Jasmine Trinca, Carlo Cecchi…

Christophe Chabert | Lundi 23 septembre 2013

Miele

L’entrée en matière de Miele est intrigante et réussie : on suit une jeune femme fébrile et sur la brèche, entre l’Italie, l’Amérique et le Mexique, accrochée à ses écouteurs, sans savoir exactement ce qu’elle cherche. Junkie ? Dealeuse ? La révélation est plus inattendue : sous le pseudonyme de Miele, Irène pratique illégalement des suicides assistés. La scène où on découvre son activité est forte, décrivant avec précision ce protocole qui doit prendre en compte les victimes tout en dissimulant les preuves de ce qui reste un délit. Jasmine Trinca est d’ailleurs au diapason de ce mélange de froideur et d’empathie, vraiment formidable. Mais Valeria Golino choisit ensuite de centrer son film autour de la relation entre Miele et un homme misanthrope et blasé qui décide de mourir par affliction. La cinéaste s’embourbe alors dans une ode au retour à la vie qui confond sensibilité et sensiblerie, mais surtout vient entériner sans le vouloir l’idée que le suicide assisté n’est pas forcément légitime médicalement. Cela reste latent, car Golino insiste surtout sur la métamorphose de Miele, qui à son tour s’ouvre au monde et cesse d’être une passeuse — de mort, de sexe ou

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Les Salauds

ECRANS | De Claire Denis (Fr, 1h40) avec Vincent Lindon, Chiara Mastroianni…

Christophe Chabert | Lundi 15 juillet 2013

Les Salauds

J’ai pas sommeil, Trouble every day, Les Salauds : trois films qui, dans l’œuvre de Claire Denis, forment une sorte de trilogie de l’horreur, où elle fouille les désirs monstrueux pour en sortir des récits en forme de cauchemars éveillés. On peut aussi y voir l’asymptote d’une carrière, du vouloir-dire omniprésent (J’ai pas sommeil) à un plus rien à dire franchement gênant (Les Salauds), avec au milieu un point d’équilibre fragile (Trouble every day, son meilleur film). Les Salauds donc, est une sorte de magma filmique incohérent, que ce soit dans l’enchaînement des séquences ou celui des plans, où Denis s’enfonce dans le ridicule à mesure qu’elle s’approche de l’immontrable. Grotesque, ce plan récurrent de Lola Creton avançant nue sur une route le vagin ensanglanté ; ridicules, ces scènes de cul entre Lindon et Mastroianni ; risible, ce porno final qui semble répondre à ceux que projetait Lynch dans Lost highway. Tout cela paraît assemblé à l’arrache sur un banc de montage, comme un work in progress dénué de sens, masquant à grand pe

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Augustine

ECRANS | D'Alice Winocour (Fr, 1h41) avec Vincent Lindon, Soko, Chiara Mastroianni…

Jerôme Dittmar | Mardi 6 novembre 2012

Augustine

Si les images de Charcot n'ont cessé d'irriguer le cinéma (de Furie à A.I. en passant par Carrie), rarement l'histoire du docteur et sa patiente star, Augustine, n'a fait l'objet d'un film. À Alice Winocour de compenser cette absence avec un premier long aussi ambitieux que petit à l'arrivée. La faute à une approche trop polie, presque scolaire, qui ouvre autant de pistes théoriques qu'elle enferme la mise en scène dans un carcan appliqué et limité. Tout est finalement si réfléchi, dans cette histoire sur les mystères de la sexualité féminine, qu'aucune ambiguïté n'émerge. Là où devraient exister des personnages ébranlés par leurs désirs, fascinés par une attirance réciproque dans un monde aux portes de la psychanalyse et du spectacle permanent, surnagent deux acteurs filmés par une caméra proche de l'académisme télévisuel. Pas facile aussi d'être bouleversé par la semi-lourdeur de Soko dans le rôle d'Augustine. L'actrice, jamais troublante, plombant limite le film à elle seule. Jérôme Dittmar

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Quelques heures de printemps

ECRANS | Un fils sort de prison et renoue des rapports électriques avec sa mère malade. Avec ce film poignant emmené par une mise en scène sans psychologie ni pathos et deux comédiens incroyables, Stéphane Brizé s’affirme comme un grand cinéaste. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Lundi 17 septembre 2012

Quelques heures de printemps

C’est un malentendu qui persiste et qui s’agrandit : un fils, Alain, et sa mère, Yvette, deux échoués de la classe moyenne dans une banlieue pavillonnaire en Bourgogne. Lui vient de purger un an et demi de prison pour une connerie qui lui a coûté cher, elle souffre d’une tumeur au cerveau dont l’avancée inéluctable la pousse à envisager un suicide assisté en Suisse. Les voilà à nouveau sous le même toit, mais les épreuves ne les rapprochent pas ; au contraire, le fossé du ressentiment qui a toujours existé entre eux se creuse encore. Un ressentiment qui est surtout affaire de non-dits. Dans Mademoiselle Chambon, Stéphane Brizé mettait en scène des silences qui en disaient long sur le désir et le sentiment amoureux ; avec Quelques heures de printemps, le silence se fait douloureux, blessant, cruel. Commencé à la manière d’Un mauvais fils de Sautet, le film bifurque peu à peu vers un territoire qui lui est propre, où le cinéaste observe la dernière tentative de communication entre Alain et Yvette avec un vérisme constant (de l’accent des personnages à la déco des intérieurs, c’est une observation maniaque et en même temps discrète de cette France du mili

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