"Mais vous êtes fous" : De la poudre aux yeux

ECRANS | De Audrey Diwan (Fr. 1h35) avec Pio Marmai, Céline Sallette, Carole Franck…

Vincent Raymond | Mercredi 24 avril 2019

Photo : ©Wild Bunch/Manuel Moutier 2018


Dentiste apprécié, mari et papa aimant, Roman cache sa cocaïnomanie. L'une de ses fillettes étant victime d'une surdose, la police et les services sociaux débarquent : la famille entière se révélant positive à la drogue, Les enfants sont placés. Et l'image du bonheur parfait se pulvérise…

Audrey Diwan a tiré son argument d'une histoire vraie en modifiant, comme le veut la coutume, les noms et situations des protagonistes afin qu'ils ne soient pas identifiables. De ce fait divers à énigme qui aurait pu ne tenir qu'un court métrage — en clair, comment ont-ils tous pu être contaminés par le père ; ce dernier les a-t-il délibérément empoisonnés ? —, la cinéaste a su étoffer son propos en composant un film où l'addiction prend des significations supplémentaires et se transforme en bombe à fragmentation.

S'ouvrant sur la dépendance aux stupéfiants, le drame bifurque en effet vers un récit centré autour du manque : celui éprouvé par des parents privés de leur progéniture, et puis surtout celui que les deux amants Roman et Camille officiellement séparés ressentent l'un pour l'autre et qu'ils vont s'employer à compenser en douce dans des chambres d'hôtels borgnes, tels deux camés cherchant honteusement leur dose — un besoin physique plus admissible que la dope, mais tout aussi proscrit par le regard moralisateur des proches.

Cette question du regard donne par ailleurs l'occasion à la cinéaste d'effectuer un très intéressant travail sur la manière dont on considère l'autre “après“ que la confiance a été entamée : un plan en apparence anodin peut revêtir un double-sens épouvantablement glaçant. Pour le personnage de Camille, passer de l'aveuglement à la surinterprétation de chaque geste de Roman équivaut bien à basculer dans une forme de folie.

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“Rouge“ de Farid Bentoumi : Poussée à boue

ECRANS | De petits arrangements avec la sécurité dans une influente usine vont empoisonner l’environnement, les salariés et les relations familiale d’une infirmière trop jeune et trop honnête. Après la belle histoire Good Luck Algeria, Farid Bentoumi monte d’un cran avec éco-thriller tristement contemporain. Label Cannes 2020.

Vincent Raymond | Lundi 16 août 2021

“Rouge“ de Farid Bentoumi : Poussée à boue

Tout juste diplômée, Nour a été embauchée comme infirmière dans l’usine où son père est syndicaliste. Très vite, elle découvre l’existence de graves pollutions boueuses affectant l’environnement et les salariés, ainsi que de nombreuses complicités pour dissimuler ces empoisonnements… Ironie tragique, le rouge du titre ne renvoie pas à la couleur du monde ouvrier, celui-ci ayant pactisé avec le patronat atour d’intérêt communs ; en l’occurence sur le dos du monde vert. C’est d’ailleurs l’un des enjeux remarquables de ce film qui infléchit de manière pragmatique la démarcation entre “les bons et les méchants“. En vérité, on n’est plus dans la dialectique ancienne parant mécaniquement le prolétaire de toutes les vertus et l’employeur des pires turpitudes : la loi du marché est passée par là. Et les compromissions clientélistes successives des élus comme des représentants syndicaux ont fait le reste. Le capitalisme ayant horreur du vide (comprenez : de ne pas avoir une classe à exploiter impunément) a donc jeté son dévolu sur l’environnement, au sens large. Alerte rouge

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Une belle équipe : Sorties de leur réserve

ECRANS | De Mohamed Hamidi (Fr., 1h35) avec Kad Merad, Alban Ivanov, Céline Sallette…

Vincent Raymond | Mercredi 15 janvier 2020

Une belle équipe : Sorties de leur réserve

Un seul point. C’est ce qu’il manque à l’équipe de foot de Clourrières pour assurer son maintien. Sauf que les joueurs ont tous été suspendus après une bagarre. Alors, l’entraîneur monte une équipe féminine pour les trois ultimes rencontres. Et se heurte à l’hostilité machiste du village… Alors qu’il s’apprêtait à en débuter le tournage en 2018, Kad Merad prévenait que ce film n’aurait rien à voir avec Comme des garçons, cette comédie-fiction bâtie sur l’histoire de la première équipe de France de football féminine. On le confirme : Mohamed Hamidi ne s’intéresse ni à la romance ni à la reconstitution historique, mais au — difficile — basculement des mentalités vers une société paritaire, le football étant le symptôme (ou le déclencheur) d'une prise de conscience : troquer le ballon contre la charge domestique ordinairement dévolue à leurs épouses équivaut à une castration pour ces messieurs. Le réalisateur (qui, au passage, remercie ses six sœurs au générique) s’amuse à montrer à quel point la sensibilité masculine est asymétrique : chatouilleux sur leurs “privilèges“ envolés, les hommes sont aveugles au fait que les affiches publicitaires uti

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"Je promets d'être sage" : Prenez garde !

ECRANS | de Ronan Le Page (Fr., 1h32) avec Pio Marmaï, Léa Drucker, François Chattot…

Vincent Raymond | Mardi 20 août 2019

Lassé par ses années d’échec au théâtre, Franck se fait recruter comme gardien vacataire dans un musée. Sa présence suscite l’hostilité de Sibylle, une consœur rigide, mais complète le staff et permet au conservateur de lancer un inventaire des collections. Au grand dam de Sibylle… Imaginez ce que peut donner la rencontre d’un chien fou et d’une minette sauvage dans un magasin de porcelaine : à peu de choses près, voilà à quoi équivaut l’association entre Franck et Sibylle ; deux caractères tellement dissonants qu’ils sont fatalement faits pour s’entendre. Cette comédie trépidante s’inscrit dans la droite ligne du cinéma de Pierre Salvadori, où prédominent fantaisie des situations, dialogue parsemés d’absurdités cocasses et courses-poursuites. Ronan Le Page laisse quelques zones d’ombre bienvenues sur le passé de Sibylle et donc la latitude de l’imaginer ou le déduire de ses actes. Quel plaisir : rien n’est plus agaçant qu’un scénario où la moindre intention a besoin d’être justifiée. Couronnée cette année pour une prestation dramatique — u

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Audrey Diwan : « Le doute m’a permis d’avancer »

Mais vous êtes fous | Pour son premier long métrage, Mais vous êtes fous, l’ancienne journaliste Audrey Diwan s’est penchée sur une histoire d’addiction à fragmentation multiple. Propos rapportés des Rencontres du cinéma d’Avignon et de Gérardmer.

Vincent Raymond | Mercredi 24 avril 2019

Audrey Diwan : « Le doute m’a permis d’avancer »

Pourquoi ce titre ? Audrey Diwan : Je voulais donner un élan. Quand il y a une pulsion dramatique, on ne va pas la renforcer par quelque chose de triste — surtout que j’ai l’impression que le film n’est pas forcément comme ça. Et puis j’avais envie d’un titre inclusif pour les deux personnages du couple Céline Sallette et Pio Marmaï. Comment vous êtes tombée sur ce fait divers ? J’ai rencontré par hasard la femme dont est tirée l’histoire vraie — ce qui ne veut pas dire que c'est son histoire parce que derrière on a pas mal fictionnalisé. Et j’ai était bouleversé par cette femme qui ne comprenait pas ce qui lui arrivait, parce qu’elle venait de découvrir que son mari souffrait d’une grave addiction, que sa famille était contaminé. Elle était surtout pleine de questions, sidérée et puis bouleversée pour elle mais aussi pour lui. C’était quelqu’un capable de sentiments très forts. J’ai longtemps pensée à elle, jusqu’à apprendre quelle avait été la résolution de cette histoire,

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Intérieurs

Panorama ciné avril 2019 | L’esprit de contradiction, vous connaissez ? C’est cette pulsion bizarre qui, par exemple, vous incite à vous enfermer dans les salles obscures au moment où les beaux jours reviennent…

Vincent Raymond | Mardi 2 avril 2019

Intérieurs

Quitte à se replier sur soi-même, autant le faire jusqu’au bout en balayant le spectre des films explorant les mondes reclus et clos : ils poussent mieux que des champignons en ce mois d’avril — l’effet des giboulées de mars ? Commençons par les territoires les plus vastes : les zones entièrement fermées, ces “pays frères“ de l’époque du Rideau de fer, dont tout un chacun aspirait justement à s’échapper. Dans Le Vent de la liberté (10 avril) Michael Bully Herbig retrace la rocambolesque évasion aérienne grâce à un aérostat artisanal d’une famille d’Est-Allemands coursée par les limiers de la Stasi. Traitée comme un thriller, mais d’un classicisme à l’américaine, cette reconstitution limite ostalgique change des évasions par tunnel et devrait enfin valoir à son réalisateur, le champion de la comédie allemande, son billet pour Hollywood. Plus profond et dramatique se révèle Je vois rouge (24 avril), documentaire où Bojina Panayotova, dont les parents ont émigré de Bulgarie dans les années 1970, enquête sur sa famille après l’ouverture des archives du pays. Et découvre d’inattendues collusions avec le ré

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"En liberté !" : Crédit révolver

Comédie | Pour compenser ses années de taule, un innocent commet des délits. Sans savoir qu’il est “couvert“ par une policière, veuve de celui qui l’avait incarcéré à tort, elle-même ignorant qu’un collègue amoureux la protège… Encore un adroit jeu d’équilibriste hilarant signé Salvadori.

Vincent Raymond | Mercredi 31 octobre 2018

Policière, Yvonne élève son fils dans la légende de son défunt époux Santi, flic héroïque mort en intervention. Découvrant fortuitement que celui-ci était un ripou de la pire espèce, elle entreprend de réhabiliter une de ses victimes, et cause son pesant de dommages collatéraux… Après une parenthèse semi-tendre célébrant les épousailles de la carpe et du lapin (Dans la cour, avec Deneuve et Kervern), Pierre Salvadori revient à ses fondamentaux : une comédie portée par des bras cassés, émaillée d’un franc burlesque et construite autour de mensonges plus ou moins véniels. Qu’ils proviennent de mythomanes pathologiques ou d’affabulateurs·trices d’occasion, qu’ils visent à duper ou à adoucir la vie de ceux qui en sont les destinataires, les gauchissements de la vérité constituent en effet la trame régulière du cinéma salvadorien. Ce qui change toutefois dans En liberté ! — et en juste écho avec le titre — c’est que le mensonge se trouve ici en constante réécriture. En impro(ré)visant la légende dorée de Santi qu’elle raconte chaque soir à son fils, Yvonne triture un pa

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Pierre Salvadori « C’est le film où Camille me complète et comprend le mieux mon univers »

"En liberté !" | L’accord entre un cinéaste et son compositeur est la clef invisible de nombreuses réussites cinématographique. Pierre Salvadori le confirme en évoquant sa collaboration harmonieuse avec Camille Baz-Baz sur En Liberté ! Avec, en prime, un solo de Pio Marmaï…

Vincent Raymond | Mercredi 31 octobre 2018

Pierre Salvadori « C’est le film où Camille me complète et comprend le mieux mon univers »

Ce n’est pas la première fois que vous travaillez avec Baz-Baz… Pierre Salvadori : C’est le quatrième cinquième film ensemble après Comme elle respire, Les Marchands de sable, Hors de prix… Pio Marmaï (surgissant) Quelle fripouille celui-ci. J’adore ! Il a une identité musicale ce film, c’est un chef-d’œuvre — César ou je meurs ! T’imagines, le roublard ? Je veux voir son costume ! Vous l’auriez vu, à Cannes. On avait un look… PS : Moi je m’en fous de l’avoir, mais je prie pour que Camille retire un peu de gloire. Entre nous, c’est une vieille histoire. Comment vous êtes-vous rencontrés ? PS : Par la musique, dans les années 1990. Dans le XVIIIe arrondissement, il y avait un endroit qui s’appelait l’Hôpital Éphémère, un squat, avec des peintres où il avait son studio de répétition. J’allais voir ses concerts, j’étais un peu fan. Quand j’ai appris qu’il adorait Les Apprentis, on s’e

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"Santa & Cie" : Lutins de sa glace !

ECRANS | de & avec Alain Chabat (Fr., 1h35) avec également Pio Marmaï, Golshifteh Farahani, Audrey Tautou…

Vincent Raymond | Mercredi 6 décembre 2017

Comme par un fait exprès, la Saint-Nicolas tombe cette année le jour de la sortie de la nouvelle comédie d’Alain Chabat consacrée au Père Noël. Un Père Noël à sa hotte, c’est-à-dire prêt à transgresser les conventions. En l’occurence de quitter le pôle Nord en avance afin de venir chercher de quoi soigner la soudaine épidémie frappant ses lutins. Sauf que Santa Claus n’ayant pas l’habitude des usages du monde réel, ni des enfants éveillés, va un peu patiner… Chabat ne cesse de se bonifier avec le temps. Au départ très inféodé aux ZAZ — ces stakhanovistes du gag visuel/référentiel le distribuant à la mitraillette dans Y a-t-il un pilote dans l’avion et compagnie —, le réalisateur-comédien s’est depuis affranchi de ces tutelles d’outre-Atlantique hurlantes pour travailler un registre où la connivence demeure, mais à un niveau plus souterrain : la parodie n’étant plus une finalité, il dispose de plus de place pour sa vaste fantaisie. Ses multiples niveaux de lecture font de ce film une authentique comédie grand public et familiale, dépourvue de ce kitsch façon glaçage de

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Ce qui nous lie : Je suis des vôtres

ECRANS | D’une vendange à l’autre, une fratrie renoue autour du domaine familial… Métaphore liquide du temps et de la quintessence des souvenirs précieux, le (bon) vin trouve en Cédric Klapisch un admirateur inspiré. Un millésime de qualité, après une série de crus inégaux.

Vincent Raymond | Mardi 6 juin 2017

Ce qui nous lie : Je suis des vôtres

Dix ans après avoir laissé sa Bourgogne pour courir le monde, Jean s’en revient au domaine viticole familial, alors que son père agonise. Oubliant rancune et rancœur, dépassant les tracas administratifs, il s’emploie avec sa sœur et son frère à réussir le meilleur vin possible. Le travail d’un an, le travail de leur vie… Loin de délaisser la caméra ces mois passés (il a en effet enchaîné pour la télévision la création de la série Dix pour cent et des documentaires consacrés à Renaud Lavillenie) Cédric Klapisch a pourtant pris son temps avant de revenir à la fiction sur grand écran. Une sage décision, au regard de ses dernières réalisations : sa sur-suite facultative et paresseuse à L’Auberge espagnole en mode cash-machine ou son recours systématique au film choral néo-lelouchien, constituaient autant de symptômes d’un essoufflement préoccupant. Au temps en emporte le vin Ce qui nous lie estompe cette inquiétude : respectueux de son sujet — l’apprentissage et la domestication du temps (d’horloge et de météorologu

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Vendeur : le jeu cruel de la transaction

ECRANS | de Sylvain Desclous (Fr, 1h29) avec Gilbert Melki, Pio Marmai, Pascal Elsoplus…

Vincent Raymond | Mercredi 4 mai 2016

Vendeur : le jeu cruel de la transaction

Grandeur et servitudes des cuisinistes… Vendeur rend hommage à un métier qui, lorsqu’il est bien exercé, emprunte son spectaculaire au jeu d’acteur et son habileté à l’art de l’escroc, tout en cumulant pour l’officiant le stress engendré par ces deux activités. Davantage qu’aux façades brillantes ou aux réussites de la profession, Sylvain Desclous s’intéresse à ses coulisses, à ses recoins sombres, et aux contrastes métaphoriques qu’ils révèlent. Aux magasins où les commerciaux font l’article autour de modèles étincelants, il oppose ainsi les hôtels impersonnels et les cafétérias interchangeables des zones d’activité, où les vendeurs se posent entre deux “représentations”. Se consumant dans le négoce de la promesse, le héros Serge (sur)vit dans un présent permanent et contagieux, puisque son fils habite une maison inachevée et son père se contente d’un minimum pour subsister. Serge semble autant de passage dans son existence que les clients en transit dans les galeries marchandes, dans l’attente d’être harponnés. Mais si Vendeur dévoile avec adresse le jeu cruel de la transaction, forme moderne de la chasse primitive, le film manque un peu d

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Un château en Italie

ECRANS | De et avec Valeria Bruni Tedeschi (Fr, 1h44) avec Louis Garrel, Céline Sallette…

Christophe Chabert | Lundi 28 octobre 2013

Un château en Italie

Une actrice qui ne joue plus rencontre un acteur qui en a marre de jouer ; avec lui, elle veut avoir un enfant. Pendant ce temps, son frère se meurt du SIDA et sa mère, aristocrate déchue, veut vendre le château familial… Il est plus facile pour un chameau et Actrices, les deux premiers films réalisés par Valeria Bruni Tedeschi, exaspéraient par l’impudeur avec laquelle elle étalait sa vie et son métier, sans jamais trouver une forme cinématographique autre que l’ordinaire de l’auteurisme à la française. Un château en Italie fait à peu près la même chose, et quiconque connaît un peu sa biographie — qui, pas de bol, est en partie aussi celle de sa très médiatique sœur — passera son temps à chercher les clés pour démêler ce qui relève ici de la vérité et de la fiction. Un jeu aussi vain que lassant, qui pousse parfois loin la plaisanterie — Garrel travesti refusant un rôle à un cinéaste manifestement gay, si ce n’est pas une référence à l’affaire Laurence Anyways… Dommage, car Bruni Tedeschi a progressé en tant que cinéaste, moins arc-boutée sur ses intentions, plus concentrée sur

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Alyah

ECRANS | Faux polar suivant la dérive existentielle d’un dealer juif qui tente de raccrocher pour s’exiler à Tel Aviv, le premier film d’Elie Wajeman opère un séduisant dosage entre l’urgence du récit et l’atmosphère de la mise en scène. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Lundi 17 septembre 2012

Alyah

À 27 ans, Alex Rafaelson est dans l’impasse. Dealer de shit tentant de se ranger des voitures, il n’arrive pas à se décoller d’un frère, Isaac, dont il éponge les dettes et dont il dissimule les embrouilles sentimentales. Un soir de shabat, son cousin Nathan lui propose de devenir son associé pour ouvrir un restaurant à Tel Aviv ; mais pour cela, Alex doit faire son Alyah — la procédure de demande d’exil en Israël — et réunir 15 000 euros. Si Alyah possède les atours du film noir, avec son héros cherchant à échapper à son destin en s’offrant un nouveau départ, quitte à sombrer un peu plus dans la délinquance en passant au trafic de cocaïne, Elie Wajeman s’est fixé un cap plus complexe et ambitieux pour ses débuts dans le long-métrage. Exil existentiel C’est d’abord l’observation d’un milieu, la communauté juive, qu’il traite dans tous ses paradoxes, subissant autant qu’elle profite de sa culture — liens familiaux écrasants, ombre du sionisme transformée en point de fuite existentiel… C’est ensuite le beau dialogue qu’il instaure entre les urgences de son récit, de l’apprentissage de l’hébreu à la nécessité de se procurer la somme nécessaire pour quitte

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