"Tremblements" : La passion du cri

ECRANS | De Jayro Bustamante (Fr.-Gua.-Lux., 1h40) avec Juan Pablo Olyslager, Diane Bathen, Mauricio Armas…

Vincent Raymond | Jeudi 2 mai 2019

Photo : ©TuVasVoir - François Silvestre de Sacy


Guatemala, époque contemporaine. Consternation au sein de la famille de Pablo : ce père de famille pratiquant, nanti d'une jolie situation, vient de “virer sa cuti“. Pour l'Église, il est un paria à rejeter aux marges ultimes de la société ou à “sauver“ contre un traitement religieux onéreux…

Et voici une nouvelle pierre dans la critique des pseudo-cures (ou exorcismes) visant à “guérir“ de leur “déviance“ les fidèles osant avouer leur homosexualité. Mais à la différence du récent Boy Erased, il ne s'agit plus en l'occurrence de thérapie de conversion destinée aux adolescents : les fous de Dieu s'en prennent aux adultes et usent de leur influence sectaire pour pulvériser l'existence sociale, professionnelle et familiale des réfractaires.

Le culte ici promu par l'Église a moins à voir avec la foi qu'avec une transe collective savamment organisée par les prédicateurs, faux prophètes le sermon aux lèvres, la main agitant la corbeille de la quête. Leur bienveillance intéressée, leur empressement à vendre “des stages de normalité“ ou — un comble — à recruter Pablo pour ses compétences financières, montre que la lumière jaillit du tiroir-caisse, à défaut d'inonder les esprits. Bustamante ajoute à ce cynisme obscurantiste une étouffante obscurité visuelle, rendant charbonneuse, sombre, épaisse et glauque l'image de ce film à l'issue pathétique. Quand on dit que les Églises feraient mieux de s'occuper de leur calottes plutôt que des culottes de leurs fidèles…


Tremblements

De Jayro Bustamente (2019, Fr-Lux, 1h40) avec Juan Pablo Olyslager, Diane Bathen...

De Jayro Bustamente (2019, Fr-Lux, 1h40) avec Juan Pablo Olyslager, Diane Bathen...

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Guatemala, Pablo, 40 ans, est un "homme comme il faut", religieux pratiquant, marié, père de deux enfants merveilleux. Quand Il tombe amoureux de Francisco, sa famille et son Église decident de l’aider à se "soigner". Dieu aime peut-être les pécheurs, mais il déteste le péché.


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Bandes à part

Panorama ciné mai 2019 | Contrairement aux plateformes vidéo destinées à un usage domestique souvent solitaire, le cinéma se partage — et en très grand format. Autant en profiter avec des films de troupes…

Vincent Raymond | Mardi 30 avril 2019

Bandes à part

Mai équivaut à un supplice de Tantale pour l’amateur de cinéma : pendant dix jours, on lui distille des images de la quintessence d’une production mondiale dont l’écrasante majorité sera invisible jusqu’à l’automne ou l’hiver. Alors, pour tromper son attente, et pendant que la masse des Élus gravite autour de la Croisette, le commun du public pourra toujours faire foule dans les salles en allant voir des films de bandes, particulièrement représentées. Premier (et plus attendu) de ceux-ci, la suite de la “comédie générationnelle“ de Guillaume Canet Les Petits Mouchoirs, Nous finirons ensemble (1er mai) Même distribution (avec l’ajout bienvenu de Clémentine Baert et celui, hélas inutile, de José Garcia), même concept (faire fermenter dans une résidence de nabab texan un groupe “d’amis“ aux égos hypertrophiés se mesurant la longueur du portefeuille pour savoir qui sera le nouveau mâle alpha de la cohorte), même succession de séquences culminant en crise, même longueurs et même succès à prévoir si le principe d’adoration des dominants est, comme toujours,

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Ixcanul - Le Volcan

ECRANS | De Jayro Bustamante (Gua/Fr, 1h31) avec María Mercedes Croy, Maria Telon, Manuel Antún…

Vincent Raymond | Mercredi 25 novembre 2015

Ixcanul - Le Volcan

Promise à un contremaître de la plantation de café où travaille son père, la jeune Maria couche avec un ouvrier maya qui part sans elle aux États-Unis. Enceinte, malgré ses suppliques au volcan sacré, ne parvenant pas à avorter, elle est rejetée par son ex- futur époux… Cousin de La Terre et L’Ombre (Caméra d’Or à Cannes), ce film primé à Berlin s’ancre dans la réalité sociale guatémaltèque en adoptant une forme cinématographique tantôt occidentale, tantôt persane. S’ensuit une impression bizarre d’écartèlement, assez légitime puisque l’un des enjeux dramatiques d’Ixcanul concerne le décalage linguistique demeurant entre les indigènes mayas, parlant leur idiome, et les "dominants" du pays, forcément hispanophones. Dommage que les sous-titres ne marquent pas davantage cette nuance, essentielle. VR

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