"Petra" : Coeur de pierre

ECRANS | De Jaime Rosales (Es.-Fr.-Dan., 1h47) avec Bárbara Lennie, Alex Brendemühl, Joan Botey…

Vincent Raymond | Jeudi 2 mai 2019

Photo : ©Quim Vives


Jeune artiste peintre, Petra vient effectuer une résidence auprès de Jaume, un plasticien réputé au caractère entier, dominateur et volontiers arrogant. Si elle se lie d'amitié avec le fils de celui-ci, Lucas, elle empêche que les choses aillent plus loin. Car Petra cache un secret…

Depuis La Soledad (2008) et Un tir dans la tête (2009), c'est toujours un plaisir de retrouver Jaime Rosales : il fait partie de ces auteurs qui n'usent pas en vain de leur art, et dont chaque film procure ce double plaisir de la découverte : quelle est l'histoire ; comment Rosales choisit de la raconter. En bon théoricien, la forme interroge toujours le fond et lui répond. Ici, le récit est chapitré à la manière d'un roman, mais son ordre chronologique est contrarié. Une perturbation qui permet d'occulter des franges du passé, de présenter des conséquences avant certaines causes, d'induire également dans l'esprit du spectateur des hypothèses quant à la raison de ces ellipses.

Cette construction n'est pas non plus sans évoquer le processus artistique, fait d'allers-retours, de repentirs — on assiste d'ailleurs aux essais, corrections, hésitations de Petra comme à ceux de Jaume. Rosales filme le work in progress, et donne par la bouche de l'immonde Jaume une profession de foi de l'artiste épouvantable — une sorte de Cronos dévorant tout avec une délectation profonde afin d'assouvir l'égoïsme de sa création, détruisant sans cesse Carthage pour pouvoir tout reconstruire. Furieusement dramatique, beau jusque dans l'abjection du patriarche, interprété par une distribution de rêve, Petra cultive même une ironie dans son twist final qui réveillera quelques souvenirs dans la mémoire des amateurs de calypso. Du grand art.


Petra

De Jaime Rosales (Esp-Fr-Dan 1h47) avec Bárbara Lennie, Alex Brendemühl...

De Jaime Rosales (Esp-Fr-Dan 1h47) avec Bárbara Lennie, Alex Brendemühl...

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Petra, jeune artiste peintre, n’a jamais connu son père. Obstinée, la quête de ses origines la mène jusqu’à Jaume Navarro, un plasticien de renommée internationale. Ce dernier accepte de l’accueillir en résidence dans son atelier, perdu dans les environs de Gérone. Petra découvre alors un homme cruel et égocentrique, qui fait régner parmi les siens rancœur et manipulation. Espérant des réponses, la jeune femme consent à se rapprocher de cette famille où dominent les non-dits et la violence. Petra trouvera-t-elle vraiment ce qu’elle est venue chercher ?


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Bandes à part

Panorama ciné mai 2019 | Contrairement aux plateformes vidéo destinées à un usage domestique souvent solitaire, le cinéma se partage — et en très grand format. Autant en profiter avec des films de troupes…

Vincent Raymond | Mardi 30 avril 2019

Bandes à part

Mai équivaut à un supplice de Tantale pour l’amateur de cinéma : pendant dix jours, on lui distille des images de la quintessence d’une production mondiale dont l’écrasante majorité sera invisible jusqu’à l’automne ou l’hiver. Alors, pour tromper son attente, et pendant que la masse des Élus gravite autour de la Croisette, le commun du public pourra toujours faire foule dans les salles en allant voir des films de bandes, particulièrement représentées. Premier (et plus attendu) de ceux-ci, la suite de la “comédie générationnelle“ de Guillaume Canet Les Petits Mouchoirs, Nous finirons ensemble (1er mai) Même distribution (avec l’ajout bienvenu de Clémentine Baert et celui, hélas inutile, de José Garcia), même concept (faire fermenter dans une résidence de nabab texan un groupe “d’amis“ aux égos hypertrophiés se mesurant la longueur du portefeuille pour savoir qui sera le nouveau mâle alpha de la cohorte), même succession de séquences culminant en crise, même longueurs et même succès à prévoir si le principe d’adoration des dominants est, comme toujours,

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"Les Conquérantes" : Les femmes en ont plein les urnes

ECRANS | de Petra Biondina Volpe (Sui., 1h36) avec Marie Leuenberger, Maximilian Simonischek, Rachel Braunschweig…

Vincent Raymond | Mardi 31 octobre 2017

Fin des années 1960, dans un petit village d’Appenzel. Obéissant à des règles séculaires, Nora est une femme au foyer soumise. La révolte de sa nièce et l’arrivée d’une divorcée au village la poussent à s’engager en faveur le droit de vote des Suissesses. Y parviendra-t-elle, ou bien ? Pourquoi les Suisses n’auraient-ils pas le droit de tourner des films à l’américaine sur le question de leurs droits civiques ? C’est la question que l’on se pose face à cette production aussi lisse qu’une meule de gruyère, signée par la co-scénariste de la plus récente adaptation de Heidi — sympathique au demeurant, mais gentiment passe-partout. Désespérément discret depuis des années, le cinéma helvétique ne parvient donc à franchir les frontières qu’en se conformant aux standards internationaux ; pour exister à l’écran, un combat social se doit d’être romancé en semi-comédie prévisible, assaisonnée à la sauce anglo-saxonne — ôtez les vaches, l’idiome suisse-allemand et autres particularismes alpins, et vous obtiendrez facilement un décalque irlandais, voire kansassais.

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La Niña de fuego

ECRANS | Deuxième film du dessinateur de BD espagnol Carlos Vermut, "La Niña de fuego" impressionne par sa beauté vénéneuse, sa construction mystérieuse et sa singularité cinématographique, faisant pleinement confiance au spectateur pour s’orienter dans son labyrinthe. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Vendredi 24 juillet 2015

La Niña de fuego

Il est finalement assez rare de voir débarquer sur les écrans un pur ovni, un film qui ne ressemble à aucun autre et qui se paye même le luxe de prendre à rebrousse-poil toutes les modes actuelles. C’est d’autant plus délectable que La Niña de fuego est un deuxième film signé par un inconnu qui possède manifestement une certaine réputation dans son pays, l’Espagne, en tant que dessinateur de BD. Cette notation biographique-là pourrait pousser paresseusement à expliquer son goût des cadres fixes et rigoureux ; on est pourtant tout aussi loin de l’idée de cases que de la pratique de certains cinéastes autrichiens, avides de plans implacables enfermant les personnages dans des prisons filmiques. Ce qui intéresse Carlos Vermut, ce n’est pas tant ce qui s’exprime à l’intérieur des plans que ce qui n’y figure pas ; et lorsqu’il pratique des ruptures spectaculaires d’axe, comme dans un prologue étrange qui ne trouvera d’écho qu’en toute fin de métrage, c’est pour faire circuler du mystère et de la magie. « Magical girl » : c’est le surnom d’une héroïne de manga qui fascine une jeune fille de 12 ans, Alicia, atteinte d’une leucémie. Son père aimerai

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La Belle jeunesse

ECRANS | Jaime Rosales continue son chemin très personnel fait d’expérimentations formelles et de constat socio-politique sur l’Espagne actuelle, même si La Belle jeunesse, hormis quelques éclairs de génie dans la mise en scène, patauge un peu dans un naturalisme éventé. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mercredi 10 décembre 2014

La Belle jeunesse

Filmer la crise en Espagne, ses conséquences sur une jeunesse qui tente, malgré les impasses sociales, d’avancer et d’élaborer un projet d’avenir : c’est l’ambition de Jaime Rosales et c’est plutôt étonnant de le voir viser si frontalement une question d’actualité. Jusqu’ici, son cinéma parlait de son pays de biais, à travers des dispositifs formels très forts : les split screens de La Soledad, les plans séquences au téléobjectif d’Un tir dans la tête, le noir et blanc et les ellipses de Rêve et silence. Cinéaste passionnant, Rosales est aussi un metteur en scène aventureux et en quête d’expérimentations. Sa façon de suivre Natalia et Carlos, le couple de La Belle jeunesse, en quête laborieuse de jobs foireux et mal payés, surprend donc par le cliché visuel qui lui sert de forme : caméra à l’épaule et image HD mal éclairée, soit l’ordinaire d’un naturalisme dont nous Français avons sérieusement fait le tour. Rosales tient donc la chronique de cette jeunesse mal barrée sans lui offrir aucun point de fuite ni dans l’intrigue, ni dans la mise en scène. Et quand Natalia et Carlos décident de tourner ensemble un porno amateur pour arrondir

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