Benoît Forgeard : « À force de laisser entrer les IA dans le quotidien, il va devenir de difficile de leur résister »

Yves | Quand le cinéaste montre le frigo qui fait du rap, le spectateur peut rire mais aussi s’inquiéter. Benoît Forgeard grime en comédie ses inquiétude devant l’avénement des intelligences artificielles destinées aux consommateurs superficiels

Vincent Raymond | Jeudi 27 juin 2019

Photo : ©Ecce Films


Après Gaz de France, vous continuez avec un scénario racontant une sorte de fin de monde…

Oui c'est vrai : c'est ça la définition d'apocalypse d'ailleurs : pas forcément la destruction de la planète, plutôt le début d'un nouveau monde.

Comment Yves a-t-il germé dans votre esprit ?

Pendant plusieurs années, je faisais des pitchs de films imaginaires pour la revue SoFilm, et j'avais pour habitude de les écrire de façon assez poétique, sans trop me soucier de leur faisabilité. Là, j'étais allé à une conférence sur la domotique au Collège de France ; un spécialiste parlait des IA domestiques qui allaient arriver dans les maisons, notamment de la voiture automatique de demain qui lorsqu'elle percevra l'abaissement de vos paupières, prendra le contrôle du véhicule, se mettra sur le côté et appellera un proche (rires) Quand j'ai entendu ça, je me suis dit qu'il y avait une possibilité de faire une comédie le potentiel burlesque est important dans cette idée que les IA prennent des initiatives.

Pourquoi un réfrigérateur ?

Déjà j'aime bien l'aspect un peu trivial du frigo : se faire concurrencer par une intelligence artificielle qui a l'allure (un super ordinateur comme c'était le cas autrefois) ou virtuelle comme dans Her, passe encore mais quand l'AI s'incarne dans un frigo, c'est plus rude : on est face à un objet dont on ne s'attend pas à ce qu'il soit un rival. E puis, le frigo, c'est plus ou moins anthropomorphe : dans la cuisine, il a une taille à peu près humaine, ça me paraissait assez intéressant à exploiter esthétiquement.

Et puis c'est lourd, encombrant… Et même si certains sont dotés de capacités, bien que sommaires, ils ont à voir avec des choses très fondamentales ; ils ne sont pas là pour être poète ou musicien. Leur fonction est archaïque : conserver la bouffe.

Avez-vous veillé au réalisme de votre frigo ?

D'un point de vue technologique ? Oui et non parce qu'en fait un objet comme Yves n'existe pas : c'est qu'on appelle une intelligence forte. Il est métaphorique d'objets d'une idéologie qui existe déjà : ces IA qui ne se contentent pas dépanner ou de rendre service mais qui analysent et sont prescriptrices ; qui vont vous recommander, donc tenter de vous réformer pour que vous deveniez un peu meilleur.

Ces principes sont déjà actifs quand on utilise Waze dans sa voiture. La fonction principale de Waze, c'est de vous recommander des trajets plus courts. À une autre échelle, sachant qui est Jérem, ce qu'il fait de sa vie, Yves établit un diagnostic considérant qu'il a telles et telles carences et tente de l'aider.

Pourquoi avez-vous choisir le rap pour Jérem, et donc pour Yves ?

Je n'y ai pas pensé tout de suite mais je me suis rendu compte que le rap avait plusieurs atouts. D'abord, c'est la musique populaire d'aujourd'hui : en quelques années, elle a vraiment infiltré toute la variété aussi ; donc Jérem fait naturellement du rap. Le rap me permettait aussi de faire des choses plus savoureuses dans les paroles, plus crues, d'aller assez loin : j'aimais bien qu'il y ait une forme de vulgarité. Et puis, il y avait aussi quand même cette obsession de tous les rappeurs, majoritairement masculins, pour le phallus : ça les travaille beaucoup. Qu'un rappeur soit en rivalité avec un frigo pour une histoire d'amour, c'est comme si il y avait une double peur de perdre sa position en tant qu'homme et en tant qu'humain.

Vous aviez pensé Jérem comme un idiot un peu ennuyeux ?

Non mais c'est vrai qu'il a un côté un peu comme ça. Je trouvais sympathique ce personnage un peu candide. Mais on parle d'un rappeur nul, alors qu'il est pas si mauvais. Seulement, on lui rabâche qu'il l'est et il est à des années-lumière d'Yves qui arrive chez lui pour le prendre en main

Mais Jérem refuse d'être commercial, il se rêve pur. Et revendique pour son exil en banlieue la période berlinoise de Bowie

Il ne l'est pas tant que ça : il ne serait pas contre l'idée d'avoir du succès, mais moralement, il a dû se trouver une posture en se disant tant qu'il n'en a pas, il va feindre de ne pas vouloir en avoir. C'est plus une stratégie. Quand à son exil, c'est un argument qu'il donne à son manager. C'est pas complètement crédible.

Comment William Lebghil a-t-il fait évoluer, nourri ce personnage ?

Les répétitions ont permis que des dialogues soient éliminés parce que je me suis aperçu qu'ils ne fonctionnaient pas. D'autres ont été trouvé parce que les répétitions sont quand même assez créatives : parfois je m'aperçois qu'un mot, une phrase lui convient, que ça lui sied donc c'est dans ce sens-là que le personnage évolue avec les répétitions.

Comment avez-vous choisi la voix du réfrigérateur ?

C'est ce qui a été le plus long. Pour les autres personnages je n'ai pas rencontré beaucoup de gens, mais pour la voix du frigo j'en ai écouté beaucoup pour en revenir finalement à la première : celle de quelqu'un avec qui j'avais déjà tourné, Antoine Gouy. Il fallait une voix qui puisse convenir aux différents moments du film. Antoine, qui en fait souvent, avait différents atouts pour faire la voix de Yves sur la totalité du film. Et comme il est en plus un bon camarade, il a été engagé.

Aviez-vous avez envisagé de doter la voix d'un timbre synthétique ?

Plus la voix était naturelle et mieux c'était : aujourd'hui les assistants tels que Siri ont eu une voix qui n'est pas celle d'un robot. Après, il y avait aussi cette idée, importante dans la mise en scène, je voulais que le réfrigérateur soit interprété en direct, c'est à dire qu'Antoine était dans une pièce à proximité et interagissait en direct. Ça avait l'atout essentiel que chaque prise soit différente, que je puisse diriger Yves comme les autres. Ça aurait été un enfer si l'on avait eu une voix pré-enregistrée — même pour l'équipe ça aurait d'un ennui épouvantable. Là, c'était amusant parce qu'Yves était différent. En plus, Antoine est un garçon très pointilleux donc il réclamait des prises. Ça donnait beaucoup de vie et de chaleur.

Pourquoi est-il censé avoir la voix de Victor Hugo ?

C'est typiquement une idée qui m'arrive et qui n'a pas véritablement d'explication. Ça m'amusait évidemment qu'on puisse choisir la voix de Victor Hugo dont on ne sait pas trop comme il parlait — enfin, peut-être qu'il y a des enregistrements ? C'est des choses que je pratique assez souvent parce que j'aime bien être assez représentatif de l'époque, j'aime bien surtout qu'il y ai des sauts culturels importants : ça me parait très symptomatique de notre époque, cette sorte de relativisme culturel. On peut avoir Joey Starr, Victor Hugo…

Au fond, le film se ressent plus comme une comédie que comme une satire. Comment avez-vous équilibré les choses ?

La satire porte surtout sur le “positivisme“, c'est-à-dire la croyance dans le progrès et la technologie pour nous améliorer. Cela date de loin, mais c'est revenu au goût du jour avec la Silicon Valley, et le fait que les gens de Facebook ou d'Amazon réfléchissent au fait d'abolir la mort, comme ils le disent. Ils mettent énormément d'argent dans ce genre de chose.

Et puis, le principe du film c'est l'idéologie qui est derrière l'IA : cette idée d'essayer de réformer l'humain tel qu'il est, de le rendre meilleur — ce qui en soit n'est pas mauvais, je suis assez preneur. Une application comme Sleep vous aide à dormir, par exemple, mais elle va vous envoyer des notifications dans la journée pour vous dire que ce serait bien d'aller dormir (rires) On peut imaginer dans quelques années un miroir qui vous donnera des indications mais de façon assez fine, ludique. Depuis quelques temps, on constate que les algorithmes ont de meilleurs résultats que certains spécialistes dans les diagnostics médicaux. On a beau dire qu'on est contre les IA, le jour où l'intelligence artificielle sera partout, sous la forme d'un ordinateur ou d'une brosse à dents, ce sera difficile de ne pas l'écouter. À force de laisser entrer ces intelligences dans nos quotidiens, il va nous devenir de plus en plus difficile de leur résister : leur expertise devient assez consistante, assez crédible.


Yves

De Benoit Forgeard (2019, Fr, 1h47) avec William Lebghil, Doria Tillier...

De Benoit Forgeard (2019, Fr, 1h47) avec William Lebghil, Doria Tillier...

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Jérem s'installe dans la maison de sa mémé pour y composer son premier disque. Il y fait la rencontre de So, mystérieuse enquêtrice pour le compte de la start-up Digital Cool. Elle le persuade de prendre à l'essai Yves, un réfrigérateur intelligent, censé lui simplifier la vie…


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ARTS | Yves Tanguy (1900-1955) ne cesse, dans ses toiles, d'ouvrir les portes de l'imaginaire et de nous faire frémir avec ses représentations (...)

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 1 mars 2016

Focus sur une œuvre : Yves Tanguy, Mains et gants, 1946

Yves Tanguy (1900-1955) ne cesse, dans ses toiles, d'ouvrir les portes de l'imaginaire et de nous faire frémir avec ses représentations « réalistes » (ombres portées, perspective classique...) d'un mode rêvé, ou du moins totalement inconnu. Son tableau Mains et gants, composé en 1946 et présenté à la galerie Maeght à Paris en 1947 lors de la dernière grande exposition surréaliste, fut acheté par le Musée d'art moderne et contemporain en 1988. C'est la « Joconde » du Musée nous dit avec humour Sébastien Delot, et c'est, sans conteste, l'un des chefs-d’œuvre de cet artiste si mystérieux qui allait jusqu'à faire de ses titres de tableaux autant d'énigmes. Difficile ici de reconnaître des mains et des gants (motifs importants chez les Surréalistes). Mais peut-être ce titre évoque-t-il un corps et ce qui l'enveloppe et le double, une peau et une seconde peau-objet... ? Peut-être la toile est-elle l'évocation d'une conscience « laiteuse » et fluide du monde où espace mental et espace physique se confondraient. Où les frontières entre l'oeil, la main et l'objet seraient brisées... JED

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Les quatre font la paire

MUSIQUES | Jazz à Montbrison place la barre très haut en invitant lors d’une même soirée deux duos de premier choix, avec les instrumentistes Emile Parisien, Vincent Peirani, Michel Mandel et Yves Gerbelot... Niko Rodamel

Niko Rodamel | Mardi 1 mars 2016

Les quatre font la paire

Après les Poly’sons, le Théâtre des Pénitents ouvre au printemps sa seconde parenthèse annuelle, celle consacrée au jazz, avec cette année une petite dizaine de concerts saupoudrés du 19 mars au 8 avril. Il semblerait que l’édition 2016 soit celle de tous les duos avec notamment Eric Bibb et Jean-Jacques Milteau, Baptiste Trotignon et Minino Garay, ou encore le binôme italien Musica Nuda. Le 22 mars, une soirée immanquable alignera sur scène deux doublettes de haut vol… Ces deux-là croulent sous les récompenses : Vincent Peirani (accordéon) a reçu le Prix Django Reinhardt du musicien français en 2013 ainsi qu’une Victoire du jazz en 2014. Emile Parisien (saxophone) a quant à lui été nommé "Artiste de l’année" aux mêmes Victoires du jazz 2014… C’est dire si ces musiciens reçoivent la reconnaissance unanime de leur talent ! Les deux compères entretiennent depuis plusieurs années une complicité musicale pleine de fraîcheur et de poésie qui fait le plus grand bien au jazz hexagonal. Gratin de souffleurs Autre duo de choc avec Michel Mandel (clarinettes) et Yves Gerbelot (saxoph

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Yves Boisset : "Le cinéma français actuel est frileux"

ECRANS | Voilà l'un des seuls réalisateurs à avoir osé aborder de front des sujets polémiques, là où le cinéma français s'est enlisé dans une léthargie. Le sulfureux Yves Boisset est un homme de caractère comme le démontre sa détermination à travailler pour dénoncer et mettre le doigt là où ça fait mal. Dans sa filmographie comptant nombre de pièces maîtresses, un de ses films les plus marquants, Le Juge Fayard dit le Shériff, autour de l'assassinat du juge lyonnais François Renaud, a été tourné à Saint-Étienne en 1977. Un film coup de poing que l'on peut retrouver pour la première fois en DVD. Retour avec Yves Boisset sur son aventure stéphanoise et sa vision du cinéma actuel. Propos recueillis par Nicolas Bros.

Nicolas Bros | Mardi 31 mars 2015

Yves Boisset :

Pourquoi avez-vous tourné Le Juge Fayard à Saint-Étienne ? Nous avons été empêchés de tourner à Lyon par la Préfecture de police. Il a fallu trouver une solution et un de mes amis, le journaliste Bernard Frangin, m'a proposé Saint-Étienne. Nous avons été accueillis les bras ouverts à Saint-Étienne, notamment par les flics stéphanois qui détestaient leurs homologues lyonnais... Nous avons pu effectuer notre tournage en toute liberté. Mais votre film a tout de même subi la censure ? Oui, le film a provoqué des réactions diverses, parfois violentes. Nous avons par exemple été obligés de poinçonner la bande sonore et de rayer la copie pour que les évocations du «SAC» (ndlr : Service d'action civique) pour que ce terme soit remplacé par des bip. Mais les spectateurs hurlaient « SAC assassins » dans les salles au moment où il y avait ce bip. En matière de censure, je pense que j'ai battu le record de France. Dans votre filmographie, que représente Le Juge Fayard ? C'est un film qui m'est assez cher pour beaucoup de raisons. Outre le fait que ça a été un gros succès à tous

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Futurs antérieurs

ARTS | Du post-minimalisme américain de Jonathan Lasker au post-modernisme mélancolique de Lee Bull, en passant par l’a-temporalité apaisée de Serse, le Musée d'art moderne et contemporain ouvre grand ses portes à la différence des styles, des temporalités, des aires géographies... Et propose une fois encore un programme artistique des plus alléchants ! Jean-Emmanuel Denave

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 3 mars 2015

Futurs antérieurs

Le Musée d'art moderne et contemporain présente un kaléidoscope d'expositions hétérogènes d'artistes peu montrés en France. Accentuant ainsi son rôle de défricheur et d'entité muséale singulière en France. Parmi les cinq principaux artistes invités ce printemps, le musée poursuit aussi deux lignes artistiques débutées il y a plusieurs années : explorer la scène asiatique contemporaine avec la surprenante Coréenne Lee Bul ; suivre les devenirs du Minimalisme américain à travers ses héritiers (qui à la fois prennent en compte ses «préceptes» et les contestent) avec le new-yorkais Jonathan Lasker, et après les passionnantes expositions Denis Oppenheim, Richard Nonnas, Joel Shapiro et Peter Halley... Né en 1948 à Jersey City, Jonathan Lasker étudie à New York à la School of Visual Arts et poursuit ses études d’art visuel dans le fameux California Institute of Arts, bastion dans les années 1970 de l'art conceptuel. A l'encontre de ses comparses conceptuels qui pensent que la peinture est morte ou destinée seulement aux artistes du dimanche, Lasker brandit ses pinceaux et reprend les fondamentaux de l'art pictural : lignes, couleurs, textures, motifs simples, en s'inspirant notamment

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Boucherie fine

ECRANS | Yves-Marie Le Bourdonnec, surnommé le «boucher star», devient vedette de cinéma dans Steak (R)évolution, documentaire de Franck Ribière qui fait le tour de la planète à la recherche du «meilleur steak du monde». Ou comment le plaisir de la viande se conjugue avec une démarche éco-responsable… Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mercredi 12 novembre 2014

Boucherie fine

Il squatte plateaux télé et émissions de radio ; on voit régulièrement sa tronche dans les magazines ; on s’est même inspiré de lui pour un roman (Comme une bête, signé Joy Sorman). Cette semaine, Yves-Marie Le Bourdonnec va franchir une étape supplémentaire dans sa starisation : il est le héros d’un film appelé Steak (R)évolution, réalisé par Frank Ribière, que l’on connaissait jusque-là pour ses activités de producteur et distributeur des films d’Alex De La Iglesia, ainsi qu’une malheureuse tentative pour faire renaître une tradition du cinéma de genre en France. Le Bourdonnec, pourtant, n’est ni acteur, ni chanteur, ni vedette de la télé-réalité ; il est boucher. Pas n’importe quel boucher : un boucher révolutionnaire, décidé à redonner ses lettres de noblesse à son art et, surtout, à transformer en profondeur l’approche française de la viande, de sa production à sa consommation. Ce qui lui a valu sa réputation ? La maturation. Mais ce n’est que l’aboutissement d’une démarche globale mêlant plaisir du goût et responsabilité écologique et économique. Son credo : «L’histoire de la viande, c’est l’histoire d’un paysage, c’

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Steak (R)évolution

ECRANS | De Franck Ribière (Fr, 2h10) documentaire

Christophe Chabert | Mercredi 12 novembre 2014

Steak (R)évolution

Le projet peut paraître gonzo, mais il est plus malin qu’il n’y paraît : Franck Ribière, qui a grandi dans une famille d’éleveurs, en a gardé une passion pour la viande de bœuf, et décide de partir caméra au poing à la recherche du meilleur steak du monde. Un itinéraire qui l’emmène de l’Amérique au Japon, de l’Argentine au Brésil, de l’Italie à l’Espagne, soit autant de rencontres avec des éleveurs, des bouchers et des chefs pour qui la viande est une affaire sérieuse qui nécessite du temps, de l’amour et une véritable philosophie. Avec le boucher Yves-Marie Le Bourdonnec comme guide éclairé, Ribière accouche d’un film dont la plus grande qualité est d’être autant pédagogique que joyeux, instructif que festif. Pas question de s’apitoyer sur quoi que ce soit, ni de dénoncer ceux qui font mal leur boulot — même si on voit apparaître en transparence le spectre d’un fiasco de l’agriculture industrielle ; ici, il s’agit d’affirmer le plaisir d’une viande de qualité, produite selon des méthodes respectueuses des écosystèmes et des paysages. Et surtout d’y goûter : les instants de dégustation vont faire saliver même le plus ardent des vegan sans pour autant lui donner

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Tom à la ferme

ECRANS | Même s’il affirme une sobriété inédite dans sa mise en scène, Xavier Dolan échoue dans ce quatrième film à dépasser le stade de la dénonciation grossière d’une homophobie rurale dont il se fait la victime un peu trop consentante. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Jeudi 17 avril 2014

Tom à la ferme

Un discours d’adieu écrit à la peinture bleue sur du papier cul, une reprise des Moulins de mon cœur de Michel Legrand, une crise d’hystérie en bord de route : Tom à la ferme démarre en caricature du cinéma de Xavier Dolan, mélange d’immaturité et de pose qui nous l’a d’abord rendu insupportable, avant qu’il ne réussisse à en extraire d’authentiques fragments de sidération dans son beau quoi qu’inégal Laurence anyways. Surprise ensuite : le film adopte une sobriété inattendue pour raconter l’arrivée de Tom (Dolan lui-même) dans la ferme familiale de son ancien compagnon décédé. La musique de Gabriel Yared, le climat lourd de menaces et quelques clins d’œil appuyés lorgnent vers le thriller à la Hitchcock, mais la peinture de cette famille hypocrite et sadique rappelle plutôt le cinéma de Chabrol, Que la bête meure en premier lieu. Dolan brouille ainsi les motifs qui conduisent Tom à s’éterniser sur les lieux du "crime" — désir de vengeance ? Volonté de témoignage ? Attirance-répulsion envers ses hôtes, et notamment le frère brutal, homophobe autant qu’homo refoulé ? — laissant s’installer une tension anxiogène qui met de côté la tentat

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Main basse sur la ville

ECRANS | Les Italiens ont Francesco Rosi ; nous avons Yves Boisset. On pourra discuter du fossé qualitatif entre les deux cinéastes, mais force est de constater (...)

Christophe Chabert | Mardi 1 avril 2014

Main basse sur la ville

Les Italiens ont Francesco Rosi ; nous avons Yves Boisset. On pourra discuter du fossé qualitatif entre les deux cinéastes, mais force est de constater qu’à peu près au même moment, ils ont creusé un sillon similaire : celui de la fiction politique engagée, virulente et portée sur la dénonce. Chez Boisset, les années 70 sont un terreau assez fertile, donnant naissance à quelques films populaires qui tiennent plutôt bien le coup aujourd’hui : R.A.S., Allonzenfants, Dupont Lajoie et Le Juge Fayard dit le shériff. Ce dernier bénéficie d’un atout choc : la présence de Patrick Dewaere dans le rôle-titre. Comme dans tous les films dans lesquels il a joué, Dewaere tire l’ensemble vers le haut — autre exemple : Mille milliards de dollars, où il fait oublier la réalisation télévisuelle d’Henri Verneuil. Le Juge Fayard dit le shériff le montre ainsi en preux juge d’instruction s’élevant contre la corruption politico-financière au péril de sa vie, dans une France giscardienne qui prend encore ses aises avec la séparation des pouvoirs. Particularité du film : il a été tourné à Saint-Étienne, et devient donc un document sur la vil

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