"The Operative" : Sous couverture, dans de sales draps

ECRANS | de Yuval Adler (All.-Isr.-Fr., 1h 56) avec Diane Kruger, Martin Freeman, Cas Anvar… (24 juillet)

Vincent Raymond | Mardi 23 juillet 2019

Photo : ©Kolja Brandt


Recrutée par le Mossad pour infiltrer une entreprise iranienne, Rachel a dérogé aux règles en nouant une liaison avec l'homme qu'elle devait espionner. Des années plus tard, elle reprend contact avec son superviseur avec à la clef un marché visant à la prémunir de toutes représailles…

Jadis monopolisé par James Bond et sa collection d'épigones, le cinéma d'espionnage a depuis déserté le registre spectaculaire ou ludique pour investir celui d'une authenticité et d'une complexité souterraine plus en adéquation avec le monde contemporain ; celui où un bureaucrate des services de renseignement couleur beige terne à l'instar du Smiley de John Le Carré est plus à redouter qu'un milliardaire mégalomane. De fait, ce sont bien les stratégies “d'intelligence“ via le système de recrutement et d'utilisation des “correspondants“ que Adler dépeint ici, dans toute sa perversité manipulatrice. Ramener l'humain au centre du jeu quand il est d'habitude question d'intérêts étatiques et d'actions menées par des agents surhumains, voilà qui est intéressant.

Et de même que certains de ses compatriotes cinéastes dénoncent des mesures pratiquées sur le territoire intérieur, ou que d'autres confrères et consœurs étrangers vitupèrent l'interventionnisme occulte de leurs agences de renseignement (les Étasuniens avec le CIA, par exemple), Adler montre que l'intérêt d'une agence passe avant tout : qu'importe la préservation des civils, le nombre des victimes collatérales ou… la vie de ses agents.

Qu'il y ait du cynisme dans le contre-espionnage, est-ce de bonne guerre — si tant est qu'une guerre puisse être bonne ? En tout cas, avec cette histoire (inspirée, comme le veut la tradition, de faits authentiques), la réputation d'infaillibilité du Mossad en prend un coup…


The Operative

De Yuval Adler (2019, All-Fr-Isr, 1h56) avec Diane Kruger, Martin Freeman...

De Yuval Adler (2019, All-Fr-Isr, 1h56) avec Diane Kruger, Martin Freeman...

voir la fiche du film


À la fin des années 2000, alors que le monde craint que l'Iran ne se dote de l'arme atomique, Rachel, ex-agente du Mossad infiltrée à Téhéran, disparaît sans laisser de trace.


entrez votre adresse mail pour vous abonner à la newsletter

"In the Fade" : Soudain, le vide

Drame | de Fatih Akın (All.-Fr., avec avertissement, 1h46) avec Diane Kruger, Denis Moschitto, Numan Acar…

Vincent Raymond | Jeudi 11 janvier 2018

Allemagne, de nos jours. Katja a épousé Nuri, un commerçant d’origine turque, jadis petit délinquant mais rangé des voitures depuis qu’ils ont eu leur fils Rocco. Leur bonheur familial est brusquement réduit à néant quand un attentat perpétré par des nazis tue Nuri et Rocco… Depuis Head On (2004), on sait qu’il faut compter avec Fatih Akin sur les épaules de qui pèsent la plupart des espoirs placés dans le renouveau du cinéma allemand, après le malheureux feu paille Florian Henckel von Donnersmark. Avec ce film complexe à l’indiscutable maîtrise (successivement une tragédie, un film de procès et un revenge movie), Akin embrasse sans barguigner la somme des réalités contemporaines d’outre-Rhin — notamment la résurgence d’activistes nazis décomplexés. Il signe en sus un bouleversant portrait de femme dans toutes les acceptions organiques du terme, offrant à Diane Kruger son premier réel grand rôle dans sa langue maternelle. Le fort signifiant politique de ce retour aux sources artistique — dûment distingué à Cannes — lui confère une étiquette de c

Continuer à lire

"Tout nous sépare" : Tant mieux…

ECRANS | de Thierry Klifa (Fr., 1h38) avec Catherine Deneuve, Diane Kruger, Nekfeu…

Vincent Raymond | Mercredi 8 novembre 2017

Tout chez Thierry Klifa trahit le désir de faire des “coups” : confronter la briscarde Deneuve à l’apprenti comédien Nekfeu, faire que Nicolas Duvauchelle la rudoie salement ; donner à Diane Kruger un rôle de camée estropiée et meurtrière… Oh, il reconnaît bien volontiers avoir bâti en partie sur ou son scénario autour de l’image de la Reine Catherine empoignant un fusil de chasse à la manière de Clint Eastwood pour défendre son territoire, mais cette fugace séquence n’est pas de nature à bouleverser ni cours du récit, ni l’Histoire du Cinéma. Tout au long du film, la comédienne reste en effet fidèle à ce qu’elle a toujours incarné et représenté : une bourgeoise (ici cheffe d’entreprise) à la paupière distante et la diction précieuse, fumant du bout de ses ongles peints en rouge des cigarettes slim. La dimension tragique de ce polar pâtit en sus d’une séquence de meurtre terriblement maladroite, puisque l’emballement des personnages menant au geste fatal sonne faux. Si l’on a du mal à croire à la réalité de l’acte, la suite du drame nous indiffère.

Continuer à lire

Le Hobbit : La Désolation de Smaug

ECRANS | Ce deuxième épisode retrouve les défauts d’Un voyage inattendu, même si Peter Jackson a soigné et densifié en péripéties son spectacle, seul véritable carte dans sa manche pour faire oublier qu’au regard de la première trilogie, ce Hobbit fait figure de série télé sur grand écran. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mercredi 11 décembre 2013

Le Hobbit : La Désolation de Smaug

Tout d’abord, la sortie de ce deuxième volet du Hobbit donne lieu à une surenchère technologique quant à sa diffusion, si bien qu’entre la 2D, la 3D, l’IMAX, le HFR, le Dolby Atmos et ce truc tellement XXe siècle qu’est la VO, il y a presque autant de versions du film que de cinémas qui le projettent — quoique certains les diffusent toutes, sait-on jamais, faudrait pas perdre un spectateur potentiel et sa carte illimitée.… Cela pourrait être purement anecdotique, mais cela en dit long aussi sur le statut même de cette nouvelle trilogie tirée de Tolkien : elle semble chercher à compenser par de la nouveauté technique son évidente infériorité thématique par rapport au Seigneur des anneaux, comme un petit frère qui voudrait à tout prix se hisser sur les épaules de son aîné. Rien n’y fait pourtant, et même si les efforts de Jackson sont louables pour inverser les carences manifestes d’Un voyage inattendu, La Désolation de Smaug ne tient pas la comparaison avec Les Deux tours, l’opus ma

Continuer à lire

Le Hobbit : un voyage inattendu

ECRANS | Premier volet d’une nouvelle trilogie adaptée de Tolkien par Peter Jackson, «Le Hobbit» fait figure de longue exposition délayant un matériau moins passionnant que celui du «Seigneur des Anneaux», sauvé dans sa dernière partie par une mise en scène assez virtuose. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Vendredi 14 décembre 2012

Le Hobbit : un voyage inattendu

À sa sortie, Le Seigneur des anneaux ressemblait à un pari un peu fou : une trilogie tirée de Tolkien par un cinéaste néo-zélandais jusqu’ici connu pour des films gore potaches, s’attaquant à un monument de la contre-culture et de l’héroïc fantasy dont personne ne savait, à l’époque, s’il était capable de dépasser son cercle de fans. Dix ans plus tard, la donne a bien changé : reconnu à la fois par le public, la critique et même par les oscars, Jackson retourne en Terre du milieu avec une nouvelle trilogie en forme de flashback. Littérairement, Bilbo le Hobbit est une œuvre qui préfigure la mythologie du Seigneur des anneaux, écrite des années auparavant, et qui se retrouve, cinématographiquement parlant, dans la situation inverse : une prequel dont on attend qu’elle s’inscrive dans la lignée d’une saga à la mythologie désormais connue de tous, ou presque. Bilbo et les douze nains C’est évidemment là que le bât blesse : en cherchant à donner la même ampleur à ce récit d’aventure reposant sur les principes basiques de la naissance d’un héros selon Joseph Campbell, Jackson en est fatalement réduit à tirer à la ligne. Passé un p

Continuer à lire

Un plan parfait

ECRANS | De Pascal Chaumeil (Fr, 1h45) avec Diane Kruger, Dany Boon…

Christophe Chabert | Lundi 29 octobre 2012

Un plan parfait

Le navet français de cette rentrée, ce n’est ni Les Seigneurs, ni Astérix, ni Stars 80, tous échappant peu ou prou à l’infamie, mais bien ce calamiteux Plan parfait. C’est une surprise car Pascal Chaumeil avait, avec son très bon Arnacœur, su revitaliser un genre (la comédie française) en lui insufflant charme et légèreté, et en misant sur un impeccable double duo d’acteurs (Paradis / Duris et Damiens / Ferrier). Un plan parfait tente de refaire le coup mais le casting est sa faiblesse la plus criante : le tandem Kruger / Boon n’est jamais crédible, elle peu à l’aise avec des gags il est vrai éculés, lui jamais émouvant dans la partie romantique. Quant aux deux seconds rôles comiques, ils ont été confiés à des comédiens dont la médiocrité et la vulgarité

Continuer à lire