MJÓLK, La guerre du lait : Petite paysanne

ECRANS | De Grímur Hákonarson (Isl., 1h30) avec Arndís Hrönn Egilsdóttir, Sveinn Ólafur Gunnarsson, Sigurður Sigurjónsson…

Vincent Raymond | Mercredi 11 septembre 2019

Photo : ©Haut et Court


La campagne islandaise. À la mort de son époux, Inga reprend l'exploitation laitière familiale et découvre l'emprise mafieuse de la coopérative agricole locale sur les fermes du coin. Malgré les intimidations, les mesures de rétorsion, Inga résiste et tente d'en rallier d'autres à sa cause…

Mjólk a un petit côté “Erin Brockovich contre les Soviets“ ou pour faire plus imagé encore, le petit pot de lait en terre contre les pots-de-vin en fer. En apparence, la fermière isolée étranglée par les dettes ne peut pas grand-chose contre un système censément mutualiste et vertueux qui, avec le temps (et sous l'action d'un chef aussi avide que manipulateur), s'est transformé en machine surcapitaliste omnipotente. Mais nous sommes au cinéma, où le bon droit peut triompher du vilain tordu ; alors on peut croire à un dénouement heureux. Même s'il vient de très loin.

Car Grímur Hákonarson charge la barque d'entrée, au point que l'on pense être dans un drame de la pire essence charbonneuse. Visant sans doute la comédie sociale à la Loach, avec ses coups d'éclats de groupe, il tente d'éclairer par la suite le tableau, peinant toutefois à balayer tout le plomb initial. Heureusement que le sujet — le cannibalisme du monde paysan par le modèle industriel, fût-il déguisé en coopérative — vient compenser une structure narrative méga classique et l'espèce de valse-hésitation tonale de l'ouverture.

On ne manquera évidemment pas de faire le lien avec Woman at War sorti l'an dernier — même s'il y a moins d'originalité formelle ici — en espérant toutefois que les cinéastes islandais ne se mettent pas tous à exploiter le filon de la quinquagénaire réfractaire limite anar s'attaquant au capitalisme et indirectement, aux fondements du patriarcat : à force, les quadra et sexagénaires pourraient se sentir exclu·e·s…


MJÓLK, La guerre du lait

De Grímur Hákonarson (2019, Isl, 1h30) avec Arndís Hrönn Egilsdóttir, Þorsteinn Bachmann...

De Grímur Hákonarson (2019, Isl, 1h30) avec Arndís Hrönn Egilsdóttir, Þorsteinn Bachmann...

voir la fiche du film


Inga et son mari possèdent une exploitation laitière dans un petit village près de Reykjavik. Mais à la mort de ce dernier, Inga reprend seule les rênes de l’entreprise familiale. Très vite elle découvre le monopole abusif que la coopérative impose aux agriculteurs locaux.


entrez votre adresse mail pour vous abonner à la newsletter

24 révoltes par seconde

Panorama ciné rentrée/septembre | Peu importe qu’il soit passé au tout numérique : lorsqu’il s’agit des colères du mondes, le 7e Art retrousse ses babines et retrouve les bobines. Au moins de celles et ceux qui les incarnent…

Vincent Raymond | Mardi 3 septembre 2019

24 révoltes par seconde

Le feuilleton de l’été ne se suivait pas sur les petits écrans (la saga estivale made in TF1, c’est tellement 1987), ni sur les tablettes (la saison 7 de Orange is the new black qui se fait la malle des serveurs de Netflix France, ce fail trop beau pour être vrai), mais dans les coulisses du cinéma hexagonal dont la plupart des représentants (membres de la SRF, étudiants de la Femis, indépendants…) ont accueilli avec des piques l’éventualité d’une nomination du producteur Dominique Boutonnat à la tête du CNC, l’instance suprême de la profession. Pas uniquement parce que celui-ci figurait parmi les premiers à avoir abondé au comité de soutien du candidat Macron (encore que…) ; plutôt pour le rapport que la Ministère de la Culture lui avait commandé, dans lequel il préconisait le financement privé du cinéma et de l’audiovisuel. Ni la mobilisatio

Continuer à lire

"Heartstone - Un été islandais" : Plus de la même bande

ECRANS | de Gudmundur Arnar Gudmundsson (Isl.-Dan., 2h09) avec Baldur Einarsson, Blær Hinriksson, Sveinn Ólafur Gunnarsson…

Vincent Raymond | Mercredi 20 décembre 2017

Un été boréal pour Thor, jeune ado coincé dans son village de pêcheurs d’Islande. Quand ses grandes sœurs ne se liguent pas pour le mettre mal à l’aise, il traîne ici ou là avec son pote Christian. Mais ce dernier éprouve plus que de l’amitié pour Thor, lequel en pince pour une fille… Ce stupéfiant premier long métrage conjugue vision tellurique de paysages baignés d’un jour quasi constant, et regard délicat sur l’écheveau de drames intimistes se nouant parmi un groupe d’ados désœuvrés, abandonnés à leur sort — mais surtout par leurs parents. Un vertigineux contraste au service d’une histoire aussi poignante que sensible, où le cinéaste donne à partager les douleurs, les frustrations, les colères d’un âge compliqué. Amitié fusionnelle des uns, stigmatisation des autres, indifférence des adultes… C’est un tableau banal de l’adolescence, mais également une photographie nette du moment où l’expression d’une différence engendre des mises au ban du groupe aussi cruelles que soudaines. Admirablement ouvragée, cette œuvre sombre renvoie cependant une irradiante lumière. Il faut suivre

Continuer à lire