"Au nom de la terre" : Un champ d'amour

ECRANS | De Édouard Bergeon (Fr., 1h43) avec Guillaume Canet, Veerle Baetens, Anthony Bajon…

Vincent Raymond | Mercredi 25 septembre 2019

Photo : ©Nord Ouest Productions


Fin des années 1970. Pierre rentre des USA avec de grands projets pour l'exploitation agricole familiale, qu'il loue en fermage à son père. Quelques années plus tard, étranglé par de trop nombreux investissements, Pierre perd pied. Et la faillite pointe son hideux visage…

Connaître l'origine du projet biaise fatalement la réception que l'on peut avoir du film : comment ne pas éprouver de la sympathie pour la démarche du réalisateur, fils du personnage joué par Canet, racontant la tragédie vécue par son père — et, au-delà, celle de milliers d'agriculteurs laminés par le système productiviste, saignés par les crédits et empoisonnés par les produits “phytosanitaires“ ? Car à moins d'être du côté de l'agro-business, on ne peut raisonnablement soutenir un modèle qui tue la terre, produit hors-sol, dévoie même les concepts “bio” tout en asservissant les paysans.

En prolongeant par une “fiction“ — les noms ont été changés, pas les situations — portée par une star le documentaire qu'il avait consacré à la question, Édouard Bergeon espère sensibiliser un plus large public à cette question. Il le fera sans doute grâce à la force de frappe médiatique de Guillaume Canet. Tant mieux. Mais du point de vue cinématographique, son film se révèle d'une désespérante platitude, très loin de C'est quoi la vie ? de Dupeyron (1999) qui abordait le même sujet, ou du plus récent Petit Paysan de Hubert Charuel. Pas assez de distance, peut-être, et hélas une esthétique de téléfilm que les excellents Veerle Baertens et Rufus (effrayant en patriarche autocentré) ne parviennent pas à transcender.


Au nom de la terre

De Edouard Bergeon (Fr, 1h43) avec Guillaume Canet, Veerle Baetens...

De Edouard Bergeon (Fr, 1h43) avec Guillaume Canet, Veerle Baetens...

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Pierre a 25 ans quand il rentre du Wyoming pour retrouver Claire sa fiancée et reprendre la ferme familiale. Vingt ans plus tard, l'exploitation s’est agrandie, la famille aussi. C’est le temps des jours heureux, du moins au début…


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"La Belle époque" : Tout est affaire de décors

Moi, pas émoi | De Nicolas Bedos (Fr., 1h55) avec Daniel Auteuil, Guillaume Canet, Doria Tillier…

Vincent Raymond | Mardi 5 novembre 2019

La soixantaine dépressive, méprisé par sa femme, Victor se voit proposer par un ami de son fils de vivre une expérience immersive dans des décors reconstituant l’époque de son choix. Victor choisit de replonger dans sa jeunesse, pile la semaine où il rencontra sa future épouse… Nicolas Bedos est-il un jeune vieux ? Si Monsieur & Madame Adelman avait dans son projet l’ambition encyclopédique d’embrasser une (double) vie, La Belle Époque — et bientôt OSS 117 : Alerte rouge en Afrique noire, semble-t-il — accréditent la thèse d’une nostalgie un peu paradoxale pour des années 1970 qu’il n’a pas connues. Se livrerait-on à la psychanalyse de comptoir (avec le personnage de Fanny Ardant, psy reconvertie dans le numérique, on se sent presque autorisé), qu’on y verrait comme un fantasme de résurrection de cette époque où son père, dont il est le clone, régnait au music-hall. Mais laissons cette hypothèse. À peine un « grand film malade » (pour reprendre le mot de Truffaut), plutôt un Leo McCarey mort-né, La Belle Époque agace

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Benoît Magimel : « Guillaume me connaît et sait que je suis un gentil garçon »

"Nous finirons ensemble" | Personnage pivot des Petits mouchoirs, Vincent est à nouveau interprété par Benoît Magimel. Conversation avec un comédien sur la manière d’appréhender un rôle et son métier à l’occasion des Rencontres du Sud d’Avignon…

Vincent Raymond | Jeudi 2 mai 2019

Benoît Magimel : « Guillaume me connaît et sait que je suis un gentil garçon »

Figuriez-vous parmi les comédiens les plus heureux de retrouver leur personnage ? Benoit Magimel : Le plus heureux, je ne sais pas, , mais lorsque Guillaume me l’a proposé j’ai tout de suite dit oui, bien sûr. C’est une chance si rare de pouvoir retrouver un personnage au cinéma dix ans plus tard, de vieillir avec lui ; forcément, c’est une expérience assez unique. Retrouver Vincent, sa voix, était une évidence. J’étais ravi. Sa situation, son statut et ses rapports avec les personnages, cela l’était-il également ? Oui, bien sûr. À partir de 40 ans, j’ai l’impression que plus les années passent, plus on accepte de vivre un peu plus pour soi, un peu moins pour les autres. La façade, le masque tombent, on s’accepte un peu plus, on se connaît mieux. Ce personnage est très hésitant, ses sentiments assez contradictoires : l’attirance qu’il avait pour Max dans le premier était de l’ordre d’une amitié forte : il considérait qu’il était plus heureux avec lui qu’avec sa femme ; ce n’est pas par hasard

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"Nous finirons ensemble" : Encore un peu plus à l’ouest

ECRANS | De Guillaume Canet (Fr., 2h15) avec François Cluzet, Marion Cotillard, Gilles Lellouche…

Vincent Raymond | Jeudi 2 mai 2019

Dix ans après l’été maudit qui vit périr l’un des leurs, le groupe d’amis du Cap Ferret s’est disloqué. Sous l’impulsion d’Éric, ils se retrouvent tous pour célébrer les 60 ans de Max. Or celui-ci, sur le point de vendre sa maison, goûte guère la surprise… On prend les mêmes et on continue en suivant la recette : faire fermenter dans une résidence de nabab émirati ou de milliardaire texan un groupe “d’amis“ aux égos hypertrophiés se mesurant la longueur du portefeuille pour savoir qui sera le nouveau mâle alpha de la bande. Fatalement, il faut s’attendre à du combat de coqs. Quand ils en ont le temps, certain·es de ces quadra adulescents pensent (un peu) aux autres. Pas forcément à leurs enfants — ces boulets d’arrière-plan décoratif conservés en cas de nécessité dramatique — ; plutôt à la planète le temps d’un couplet fédérateur dans l’air du temps. Ces personnages seraient faits pour être raillés, on souscrirait volontiers. Mais non : il faut les aimer pour leurs “blessures“, conséquences de leur égoïsme et de leur arrogance aveugle. Des liens profonds unissant Canet à son ment

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"Duelles" : La chair de ta chair

ECRANS | De Olivier Masset-Depasse (Fr.-Bel, 1h33) avec Veerle Baetens, Anne Coesens, Mehdi Nebbou…

Vincent Raymond | Jeudi 2 mai 2019

1960, une banlieue cossue bruxeloise. Habitant deux propriétés mitoyennes, Alice et Céline sont mères d’enfants se fréquentant. Leur amitié se rompt lorsque Alice assiste impuissante à l’accident fatal au fils de Céline. Le deuil passé, une relation trouble se noue entre les deux voisines… Changement de registre pour Olivier Masset-Depasse : après des réalisations sous le sceau du politique et/ou du social (le court Chambre foide, le long Illégal, le téléfilm Sanctuaire…), ce thriller psychologique se double d’un habile exercice de style tant esthétique que narratif plongeant dans les faux-semblants feutrés et l’élégance glamour de la fin des années 1950 : l’ombre de Boileau-Narcejac plane sur l’interprète d’Alice, Veerle Baertens (pourquoi les réalisateurs ne pensent pas davantage à elle ??), dont la silhouette épouse admirablement les formes de l’époque et la coiffure n’a rien à envier à Lana Turner. Le récit pouvant à tout moment basculer du suspense hitchcockien au mélo à la Sirk, il s’avè

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"Doubles Vies" : Sous les couvertures…

Bon à tirer | De Olivier Assayas (Fr., 1h48) avec Guillaume Canet, Juliette Binoche, Vincent Macaigne…

Vincent Raymond | Mercredi 16 janvier 2019

Dirigeant avec pugnacité et passion une maison d’édition, Alain s’interroge. Sur ses publications — il vient de refuser l’énième opus de son ami nombriliste Léonard —, sur l’évolution de son métier à l’heure du numérique, sur le couple qu’il forme avec Séléna, une comédienne de série… Bonne nouvelle : après l’éprouvant Personal Shopper, Olivier Assayas a tourné la page pour évoquer en français deux sujets on ne peut plus hexagonaux : les chassés-croisés amoureux et le milieu du livre — deux passions tricolores qui se croiseront prochainement à nouveau dans Le Mystère Henri Pick de Rémi Bezançon. L’approche est habile, car on ne sait en définitive s’il s’agit d’une réflexion profonde sur les mutations des industries culturelles (s’apprêtant, après avoir glissé du monde des lettres à celui des chiffres, à basculer dans celui, binaire, de la digitalisation) passée en contrebande dans une comédie entomologique de mœurs germanopratine, ou bien du contraire. Seuls des archétypes de parisiens peuvent se livrer à ces petites joutes verbales, amoureuses et professionnelles,

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"Le Grand Bain" : J’ai piscine

Effet aquatique | de Gilles Lellouche (Fr., 2h02) avec Mathieu Amalric, Guillaume Canet, Benoît Poelvoorde…

Vincent Raymond | Mercredi 17 octobre 2018

Chômeur dépressif, Bertrand rejoint un groupe de bras cassés, tous vaguement en déroute personnelle, pour former une très baroque équipe de natation synchronisée masculine. Entraînés par deux ex championnes azimutées, les gars vont se révéler aux autres et à eux-mêmes… Gilles Lellouche réalisateur, ce n’est pas une nouveauté : co-auteur de courts ainsi que d’un long avec son ancien complice Tristan Aurouet (Narco, 2004), il avait aussi participé à la trop inégale (dé)pantalonnade Les Infidèles (2012) avec un autre de ses potes, Jean Dujardin. En revanche, c’est la première fois qu’il se retrouve en solo derrière la caméra pour un long. Si son fidèle Guillaume Canet figure au générique, il n’en est pas le centre de gravité : Le Grand Bain est authentique histoire sur le groupe et la force de l’union. Pas d’un club de quadra friqués pérorant en buvant des huîtres ; plutôt une collection de paumés de la classe jadis moyenne confrontée aux fins de mois diff

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"L'Amour est une fête" : Et le film, une défaite

Cul-cul | de Cédric Anger (Fr., 1h59) avec Guillaume Canet, Gilles Lellouche, Camille Razat…

Vincent Raymond | Mardi 18 septembre 2018

Vous qui entrez dans la salle, abandonnez tout espoir de tomber sur un équivalent de Boogie Night à la française. Narrant l’infiltration de deux flics dans l’univers des peep-shows et du X des années 1980 parisiens, ce pensum n’en a ni le rythme, ni la folie. Présente-t-il quelque gravité dramatique, des attraits comiques insoupçonnés ? Pas davantage. Diable… Oserait-il, alors, s’appuyer sur ce décor ou ce contexte favorable pour créer un authentique film érotique doté d’une intrigue ? Pas plus que Yann Gonzalez avec sa (dé)pantalonnade Un couteau dans le cœur : on se trouve en présence de cinéastes qui vendent hypocritement l’idée du soufre, en craignant d’en prononcer le nom, et passent leur film à moquer leurs aînés du cinéma bis ou Z, tout en les pillant et les contrefaisant (mal) à coup de néons roses et de cheveux peroxydés. Ne parlons pas hommage, puisqu'il s’agit de dérision. Il n’y a là ni amour, ni fête ; d’ailleurs, ce n’est ni fait, ni à faire… Seule lumière au tableau : la B.O. de Grégoire Hetzel, et la mélancolie mélodique de ses partitions pour instr

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"La Prière" : Joints, les poings

ECRANS | de Cédric Kahn (E.-U., 1h47) avec Anthony Bajon, Damien Chapelle, Alex Brendemühl…

Vincent Raymond | Mercredi 21 mars 2018

C'est la dernière chance pour Thomas. Lourdement dépendant, violent, le jeune homme a accepté une retraite dans une communauté montagnarde dirigée par d’ex-toxicomanes n’ayant pour soutien que le groupe, l’amitié et la foi. Il va falloir tenir, avec la prière pour seul expédient. Restant extérieur au protocole, comme un observateur privilégié un brin éthologue, Kahn s’intéresse crûment à la trajectoire particulière de son protagoniste durant sa parenthèse thérapeutique hors le monde “ouvert”. Ni prosélyte, ni film à charge, La Prière ne prouve ni n'élucide rien : il montre les effets — placebo ? Sur ce point, chacun se fera sa religion — d’une thérapie par l’ascèse, où une addiction est délogée par une autre (menant du désordre aux ordres), avant d’être chassée par une nouvelle idée fixe, d’ordre sentimental celle-là. Le déclic de la guérison reste aussi brutal dans son mystère que la cristallisation amoureuse ou la survenue d’un miracle : il faut vivre l’événement pour le ressentir ; aussi, les ellipses ménagées par Kahn laissent-elles toute leur place

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Cédric Kahn : « J’ai une attirance pour une forme de radicalité »

"La Prière" | De retour de la Berlinale, où son film a été distingué de l’Ours d’argent pour son jeune interprète Anthony Bajon, Cédric Kahn se confie. Sans se faire prier.

Vincent Raymond | Mercredi 21 mars 2018

Cédric Kahn : « J’ai une attirance pour une forme de radicalité »

Votre personnage “n’existe” cinématographiquement que durant son passage dans la communauté… C. K. : J’avais écrit une première version du scénario il y a 5 ans, où on racontait l’avant, d’où il venait. Mais il ne fonctionnait pas. Ce projet a marché à partir du moment où l’on a mis la prière au centre du récit. Cela s’est fait par étapes : le film commence quand il arrive et finira quand il part, comme un western ; comme quelqu’un qui tape à la porte du ranch et dit : « sauvez-moi ! ». La situation était tellement forte, simple et lisible que plus on en racontait, plus elle s’affaiblissait. On ne trouvait pas de meilleur enjeu que l’histoire d’un gars arrivant en disant : « j’ai failli mourir et j’ai envie de vivre ». Tous les détails ajoutés sur la biographie amenuisaient le personnage. C’est assez étrange, et un peu contraire à toutes les règles du scénario. Quelles ont été vos sources documentaires ? Comment avez-vous recueilli les parcours de vie des résidents s’exprimant face caméra ?

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"Mon garçon" : Le sang des liens

ECRANS | de Christian Carion (Fr., 1h23) avec Guillaume Canet, Mélanie Laurent, Olivier De Benoist…

Vincent Raymond | Mercredi 20 septembre 2017

Brusquement rappelé à ses devoirs lorsqu'il apprend la disparition de son fils, un père divorcé et absent mène en parallèle de la police une enquête aussi désespérée que désordonnée. Malgré son désespoir et ses entorses à la loi, ses efforts le mènent à une piste. Sera-t-elle la bonne ? Familier ces dernières années de lourdes fresques historiques, Christian Carion ose ici un dispositif plus expérimental rappelant démarche de Steven Soderbergh pour Full Frontal : il dirige un comédien tenu à l’écart du scénario (ainsi que de l’ensemble de l’équipe) histoire de miser sur sa spontanéité d’individu plutôt que sur son “métier” d’interprète — le tournage en six jours dans les hauteurs du Vercors ajoutant à son conditionnement psychologique. La démarche, ambitieuse et louable, donne lieu à de surprenantes envolées de Canet qu’on ne supposait pas être aussi physique — sortir de sa zone de confiance, ça a du bon — ainsi qu’à des séquences difficiles à soutenir pour qui est en empathie avec son personnage. Dommage que l’intrigue policière, bien linéaire, manque d

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Cars 3 : Sortie de piste

ECRANS | de Brian Fee (É.-U., 1h49) animation avec les voix (v.f.) de Guillaume Canet, Gilles Lellouche, Nicolas Duvauchelle… (2 août)

Vincent Raymond | Mercredi 19 juillet 2017

Cars 3 : Sortie de piste

Flash McQueen se fait vieux : la nouvelle génération relègue sa génération aux stands, voire à la casse. Bien décidé à montrer qu’il en a encore sous le capot, l’ancien élève de Doc Hudson tente de remettre les gaz aidé par Cruz Ramirez — une coach qui aurait aimé être pilote… Oublié, le deuxième volet à base d’essence d’espionnage frelatée ; retour ici aux fondamentaux : la course, la gomme brûlée et la fascination puérile pour la vitesse — en se livrant à un peu de psychanalyse de comptoir, on tirerait sûrement des choses rigolotes de cette vénération pour les objets polis, aérodynamiques et écarlates majoritairement masculins. À l’instar d’un Rocky Balboa moyen, McQueen doit accepter son déclin et de transmettre le flambeau. Mais de continuer à en remontrer à une bleusaille arrogante. Cette leçon vaut bien un rodage, sans doute, mais elle n’ajoute rien à la gloire de Pixar, dont on espère avec Coco (en novembre sur les écrans) enfin un digne successeur au merveilleux Vice-Versa.

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La Prochaine fois je viserai le cœur

ECRANS | De Cédric Anger (Fr, 1h51) avec Guillaume Canet, Ana Girardot…

Christophe Chabert | Mercredi 12 novembre 2014

La Prochaine fois je viserai le cœur

Comme Vie sauvage d’un autre Cédric (Kahn), La Prochaine fois je viserai le cœur s’inspire d’un fait-divers célèbre : les agissements à la fin des années 70 d’un tueur en série dans l’Oise qui s’est révélé être… un des gendarmes enquêtant sur les crimes. Et comme Vie sauvage, le film de Cédric Anger peine à prendre ses distances avec la réalité, malgré ses tentatives de stylisation et le désir de ne jamais quitter le point de vue du meurtrier — un Guillaume Canet qui surjoue la fièvre et le dolorisme. Le film est d’abord plombé par son écriture, et en particulier ses dialogues, qui reproduisent une  fois encore les clichés des fictions françaises — des gendarmes qui parlent comme des gendarmes, des ados comme des ados, etc. Surtout, Anger tourne autour de la névrose de son personnage sans jamais oser l’affronter à l’écran : la peur des femmes et la haine qui s’empare du gendarme lorsqu’il commence à les désirer. Le personnage d’Ana Girardot, amoureuse aveuglée, lui ouvrait pourtant la voie. Mais la seule scène de sexe du film se résume à

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En solitaire

ECRANS | De Christophe Offenstein (Fr, 1h36) avec François Cluzet, Samy Seghir, Guillaume Canet…

Christophe Chabert | Lundi 4 novembre 2013

En solitaire

Yann Kermadec, marin chevronné, remplace au pied levé son frère qui s’est cassé une jambe pour participer au Vendée Globe. À peine parti, il découvre un clandestin dans la soute, se retrouvant malgré lui en infraction avec le règlement de cette course «en solitaire». Si on enlève le défi du tournage dans les conditions réelles de la navigation, ce premier film du chef opérateur de Guillaume Canet est un naufrage intégral. Le récit prend l’eau de partout, noyé par une avalanche de bons sentiments, sur le bateau comme sur la terre ferme, ce qu’une musique de supermarché vient souligner jusqu’à l’overdose. Surtout, le film ne prend le temps de rien, ni de filmer le professionnalisme du marin, ni de montrer les liens affectifs qui se nouent entre les personnages. C’est une bouillie télévisuelle écrite par des disciples de Robert MacKee qui créent des conflits artificiels et les résolvent en deux secondes — les rapports entre la fille de Cluzet et sa belle-mère jouée par Virginie Efira atteignent ainsi des sommets de niaiserie. Heureusement que le film sort un mois avant All is

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Alabama Monroe

ECRANS | Felix Van Groeningen renouvelle le mélodrame avec ce film poignant baigné de bluegrass, d’amour et de désespoir, qui ose une critique bien sentie des paradoxes de l’Amérique et de la fascination qu’elle procure. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Lundi 15 juillet 2013

Alabama Monroe

Quelque chose se passe dans le cinéma flamand : après Bullhead qui dynamitait les figures imposées du film de gangsters, Felix Van Groeningen, auteur du remarqué La Merditude des choses, prend le mélodrame à bras le corps pour lui donner une nouvelle jeunesse. Le pitch d’Alabama Monroe est à peu près celui de La Guerre est déclarée : Elise et Didier s’aiment et chantent ensemble dans un groupe de bluegrass, jusqu’à ce qu’ils apprennent que leur petite fille Maybelle est atteinte d’un cancer. Là où Donzelli se cachait derrière son petit doigt pop et montrait le couple plier sans rompre comme un roseau dans la tempête, Van Groeningen, nettement plus rock, n’hésite pas une seconde à ouvrir les vannes de l’émotion et à montrer les conséquences dévastatrices de l’événement sur ses deux héros. La première partie met en parallèle leur rencontre, la passion qui en découle, et les diverses phases de soins prodigués à Maybelle. Côté passé, le film est irradié par la présence de ses deux p

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Jappeloup

ECRANS | De Christian Duguay (Fr, 2h10) avec Guillaume Canet, Marina Hands, Daniel Auteuil…

Christophe Chabert | Mardi 12 mars 2013

Jappeloup

Plus scandaleux que l’affaire des lasagnes, l’acharnement du cinéma français à mettre du cheval à toutes les sauces sur les écrans. Après la comédie hippique qui pique comme un vin éventé (Turf), voici le biopic de la monture et de son destrier certifié 100% histoire vraie, avec la fine fleur des acteurs cavaliers dans les rôles principaux. Jappeloup cherche d’un bout à l’autre un angle pour raconter cette success story à la française, pendant que son réalisateur Christian Duguay, yes man canadien à qui on a curieusement accordé un titre de séjour, lui cherche vainement une forme. On sent l’armada de monteurs venus sortir le truc de la panade, tentant de dynamiser l’alternance mécanique de gros plans, plans à la grue et ralentis sur le canasson qui saute un obstacle, pendant qu’un groupe de script doctors prenaient la décision, absurde, de changer toutes les trente minutes de sujet : d’abord le jockey indécis, puis le lien père/fils, puis la réflexion sur le cavalier qui doit aimer son cheval, puis le triomphe seul contre tous. Dans tous les

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