"Papicha" : Liberté, j'écris ton “non“

ECRANS | De Mounia Meddour (Fr.-Alg.-Bel.-Qat., 1h45) avec Lyna Khoudri, Shirine Boutella, Amira Hilda Douaouda…

Vincent Raymond | Mercredi 9 octobre 2019

Photo : ©Jour2Fête


Alger, début des années 1990. Alors que le pays s'enfonce durement mais sûrement dans la terreur, la jeune étudiante Nedjma résiste à sa manière, continuant à affirmer ses désirs de femme libre et indépendante. Mais jusqu'à quand le pourra-t-elle ?

Ce brillant portrait d'une “papicha“ — “beau brin de fille“ — à une époque où il ne faisait pas bon être femme ni revendiquer son autonomie, résonne terriblement aujourd'hui : la violence ne s'exerce plus directement pas les armes, mais la pression sociétale est devenue telle que beaucoup d'entre elles ont intériorisé la menace religieuse et masculine. Nedjma apparaît comme une rebelle quand tous les autres jeunes de son âge (filles ou garçons) se soumettent en se voilant ou en préparant leur exil de l'autre côté de la Méditerranée ; tous composent avec les privations de liberté qui s'annoncent, sans même les contester. Sauf Nedjma, donc, qui ironiquement est la seule à manifester un attachement profond à ce pays qui lui veut tant de mal.

Près de trente ans après les faits, les blessures algériennes ne sont toujours pas refermées, loin s'en faut. En témoigne le récent soulèvement populaire ayant fait chavirer le régime de Bouteflika. Autre indice d'une société mal apaisée : la valse-hésitation des autorités face au film de Mounia Meddour. Tourné avec les autorisations requises, présenté avec succès à Cannes et à Angoulême, Papicha a même été retenu pour représenter l'Algérie dans la course à l'Oscar du meilleur film étranger. Et pourtant, sa projection s'est vue interdite par un censeur du Ministère de la Culture. Alors qu'il continue sa marche triomphale dans les festivals (y compris les pays du monde arabe, comme El Gouna en Egypte), cet obstacle pourrait compromettre sa participation aux Academy Awards. Preuve qu'il touche juste, comme les films de Nabil Ayouch au Maroc.

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Combats, amours et songes…

Panorama ciné octobre 2019 | Traditionnellement chargé en volume et en titres de qualité, octobre est un rude champ de bataille. Comme la vie, souvent à l’inspiration des films à l’affiche ce mois…

Vincent Raymond | Mardi 1 octobre 2019

Combats, amours et songes…

Voici l’habituel contrecoup de la rentrée et des festivals réunis ; ce moment béni où l’on ne se demande pas si l’on va aller au cinéma, mais ce que l’on va aller voir en premier. Pour commencer en douceur, faisons un rêve avec des films se nourrissant d’ésotérisme, d’onirisme ou d’utopie réalisée. Prenons l’optimiste Tout est possible (The biggest little farm) de John Chester (9 octobre), stimulant documentaire racontant comment un jeune couple américain a réussi en quelques années opiniâtres sur une terre morte à rebâtir une ferme biologique vertueuse, en raisonnant sa production et en apprenant de ses (nombreuses) erreurs. Seul bémol : le film “omet“ de préciser le coup pharaonique de l’investissement, pas à la portée du premier apprenti paysan venu, hélas. Question changement de vie, Un monde plus grand de Fabienne Berthaud (30 octobre) se pose là. Ce biopic de la preneuse de son Corine Sombrun raconte la découverte de son don de chamane au fin fond de la Mongolie ainsi que sa longue initiation permettant aujourd’hui à des scientifiques d’étudier le phénomène de transe chamanique. Que l'on croie o

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"Luna" : Frime et châtiment

Portrait | de Elsa Diringer (Fr., 1h33) Avec Laëtitia Clément, Rod Paradot, Lyna Khoudri…

Vincent Raymond | Mercredi 4 avril 2018

Encore un peu ado, Luna est accro à Ruben, le beau gosse du groupe. Un soir de beuverie entre potes, elle incite la bande à humilier un type de leur âge, Alex. Lorsque celui-ci débarque dans l’exploitation agricole où elle travaille, sans la reconnaître, elle panique. Puis s’attache à lui… Il est des adéquations naturelles dont l’évidence éclate à l’œil. Telle celle entre Elsa Diringer et sa découverte, la débutante Laëtitia Clément, solaire en dépit du nom de son personnage. Sans l’une ni l’autre, Luna n’aura pas été cet instantané vif et cru d’une jeunesse méridionale traînant ses incertitudes dans les antichambres de la ville, de la vie d’adulte, des responsabilités. Le fait que les deux aient encore un pied, voire un pied et demi dans “le plus bel âge” explique sans doute l’acuité du regard, dépourvu de cynisme ou de désabusement. Pas de contrefaçon non plus dans le langage, les comportement, qui participent d'une revendication sociale, temporelle et géographique. À l’intérieur de ce cadre restreint, Luna va suivre une trajectoire “dardennienne” à la

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