"Oleg" : Au plus balte

ECRANS | De Juris Kursietis (Lett.-Bel.-Lit.-Fr., 1h48) avec Valentin Novopolskij, Dawid Ogrodnik, Anna Próchniak…

Vincent Raymond | Mercredi 23 octobre 2019

Photo : ©Arizon Distribution


Travailleur letton émigré en Belgique, Oleg tombe dans l'illégalité et, pour son malheur, dans les rets d'une mafia polonaise dont il devient le larbin. Piégé, il doit accepter des tâches de plus en plus risquées et dégradantes…

Europe, face B. Celle des travailleurs détachés et de la main-d'œuvre ligotée, d'un sous-prolétariat livré à une servitude grandissante par la “vertus“ d'accords inter-états mal fagotés ; cela parce que l'Union repose moins sur un projet politique ou humain qu'économique, et que le libre-échange est sa doxa. Une manne pour tous les circuits parallèles, pour qui fausser l'équité théorique des transactions relève de la promenade et santé et constitue une source d'enrichissement inépuisable.

On pense énormément au Skolimowski de Travail au noir face à cette histoire d'exploitation et d'isolement : ne parlant qu'un peu d'anglais, privé de papiers, figé par la honte de rentrer bredouille au pays, Oleg est une proie vulnérable que tout renvoie à sa situation de précaire. La séquence la plus cruelle est précisément celle où, à la suite d'un quiproquo (qu'il entretient), une snobinarde le met dans son lit croyant avoir à faire à un comédien, avant de le chasser, révulsée, lorsqu'elle découvre qu'il est “seulement“ boucher au chômage. Tellement révélateur…

Avec sa gueule entre Daniel Craig et Gael Garcia Bernal, Valentin Novopolskij incarne impeccablement ce boucher se faisant dépecer vivant, victime métaphorique d'une Europe libérale, donc inaboutie. Que l'histoire se déroule à Bruxelles, sa capitale, n'est certainement pas anodin ; le poisson pourrit toujours par la tête…

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"Noureev" : Paris vaut bien une danse

ECRANS | De Ralph Fiennes (G.-B., 2h07) avec Oleg Ivenko, Adèle Exarchopoulos, Raphaël Personnaz…

Vincent Raymond | Mercredi 19 juin 2019

1961. Danseur au Kirov, Rudolf Noureev se distingue par son talent hors normes autant que par son caractère entier. En tournée à Paris avec le ballet russe, il se laisse griser par la vie à l’Ouest, suscitant l’ire du KGB. Au moment du départ, son destin va se jouer en quelques instants… La sympathie immense que l’on éprouve pour le comédien Ralph Fiennes ne doit pas tempérer le jugement que l’on porte sur le travail de Fiennes Ralph, réalisateur amateur de grandes destinées — Coriolan, Dickens et maintenant Noureev. Car si la fresque qu’il nous livre ici possède bien des vertus mimétiques (choix d’un clone de “Rudy” pour le rôle-titre, soin méticuleux dans la reproduction d’un Paris de cartes postales ou de pub de parfum, jolies couleurs satinées d’époque etc.), elle évoque surtout ces cupcakes au glaçage impeccable mais dépourvus de saveur originale. Diluée dans ses deux heures bien tapées d’allers-retours temporels (un non-sens, quand on y pense, puisqu’il s’agit quand même de l’histoire d’un transfuge, donc d’un passage irrévocable d’un état/État à un autre), l’évocation touristique du Paris by Night souffre de

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The Last Family - Portrait de famille

ECRANS | de Jan P. Matuszynski (Pol., 2h03) avec Andrzej Seweryn, Dawid Ogrodnik, Andrzej Chyra…

Vincent Raymond | Mercredi 21 mars 2018

The Last Family - Portrait de famille

Principalement connu des amateurs d’art et de faits divers, Zdzisław Beksiński (1929, assassiné en 2005) est un peintre polonais dont la singulière existence, au moins aussi atypique que ses toiles (classées “surréalistes”), méritait a minima un coup de projecteur. Créant de l’étrangeté par son hypernaturalisme, ce biopic propose une approche astucieuse des trente dernières années de ce plasticien vivant quasi reclus avec sa famille — comptant un fils bancal et suicidaire —, en faisant se succéder de longues séquences empruntées à leur quotidien. L’acte créatif ne figure pas au centre du propos de Jan P. Matuszynski, c’est bien la vie privée — ce ferment de l’imaginaire — qui l’intéresse. Beksiński y apparaît comme exagérément stable dans des situations requérant des émotions chez des individus lambda (comme la maladie ou la mort de ses proches), doublé d’un authentique maniaque enregistrant tout, jusqu’au conversations domestiques. Imperméable à ce qui se passe hors de son pâté de maison, il l’est aussi aux chamboulement considérables rencontrés par la Pologne durant ces trois décennies : c’

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