"Docteur ?" : Toubib or not toubib ?

ECRANS | De Tristan Séguéla (Fr., 1h28) avec Michel Blanc, Hakim Jemili, Solène Rigot…

Vincent Raymond | Mercredi 11 décembre 2019

Photo : ©Apollo Films


Seul SOS Médecin en service à Paris la nuit de Noël, l'aigri Serge est lui-même si peu vaillant qu'il convainc Malek, un livreur à vélo croisé par hasard, de le remplacer dans ses consultations. Pas de panique : Serge lui dira quoi faire dans l'oreillette. Hélas, Malek est capable de zèle et d'impro…

Tristan Séguéla n'est pas un débutant dans la comédie, mais il signe là sa première réussite avec ce buddy movie porté à égalité par Michel Blanc et Hakim Jemili : aucun des deux comédiens ne tirant à lui la couverture (de survie). Si l'on sourit d'entrée face au générique illisible griffonné comme une ordonnance, si l'on s'amuse franchement face au défilé des patients et à la liste hétéroclite des symptômes qu'ils présentent, on réprime un peu ses zygomatiques lorsque l'on découvre que l'auteur s'est nourri d'anecdotes authentiques.

Comme souvent, le réel dépasse la fiction. La farce se fait alors plus troublante : en consentant à y prêter attention, cette nuit de garde agitée dessine en creux une cartographie humaine et sociale d'une grande ville d'aujourd'hui (avec ses classes bien déterminées, bien démarquées) et de la souffrance ordinaire. Une souffrance partagée par des praticiens en sous-effectif dont on comprend aisément qu'ils en viennent à sombrer, à l'instar de Serge, dans la dépression et l'alcool.

Rythmé, Docteur ? l'est aussi grâce à sa musique signée par l'irremplaçable Grégoire Hetzel, s'essayant ici à la comédie avec réussite. Auteur cette année notamment de la partition de Roubaix une lumière, récompensé à Luchon pour Thanksgiving, il devrait fort logiquement être au palmarès des César 2020.

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Décembre : On casse la baraque ?

Panorama ciné | Alors que se profile Noël, fête familiale par excellence, une foule de films dont les protagonistes ressemblent à des escargots hors de leur coquille sort sur les écrans. Un choix pour le moins singulier, quand on connaît le destin des escargots en période de réveillon(s)…

Vincent Raymond | Mercredi 4 décembre 2019

Décembre : On casse la baraque ?

Qu’est-ce qui caractérise une famille ? Figée pendant des décennies (voire des siècles), la définition a connu ces dernières années moult révisions liées à la naturelle évolution des mœurs et de la société. Il demeure toutefois un paramètre central dans la qualification de la cellule familiale, fût-elle éclatée : le fait que des individus partagent un toit, en plus d’un patrimoine affectif et/ou génétique. Leur façon d’appréhender leur logis commun, et la manière dont les cinéastes les représentent, en disent souvent long sur les relations de ceux qui les occupent. Prenez La Famille Addams (4 décembre) : certes ils habitent une bâtisse plus que pourrie, mais leur cohésion s'avère totale face à l’adversité, incarnée par une sorte de Stéphane Plaza blonde et diabolique. En dépit d’un script dépourvu de la moindre originalité, cette énième résurrection de la pacifique tribu de morts-vivants (ici en version animée et signée par Conrad Vernon & Greg Tiernan) se laisse plutôt regarder, et même entendre en français : Kev Adams, voix de Gomez, se met au service de son personnage sans en faire d

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"Voyez comme on danse" : Les lauriers sont fanés

Suite | de et avec Michel Blanc (Fr., 1h28) avec également Karin Viard, Carole Bouquet, Charlotte Rampling…

Vincent Raymond | Jeudi 11 octobre 2018

Quinze ans environ après leurs premières aventures, le groupe d’Embrassez qui vous voudrez poursuit sa vie : Véro la poissarde, Elizabeth la distinguée et son fraudeur fiscal de mari, Lucie et son nouveau jules, Julien, un parano qui la trompe. Sans compter la descendance… On attendait avec une confiance raisonnable Michel Blanc pour cette suite d’un divertissement pimpant ayant laissé un agréable souvenir dans le flot des comédies chorales — ce désormais genre en soi qui nous gratifie trop souvent de représentants de piteuse qualité, à oublier comme de vieux mouchoirs. Force est de constater que le comédien-réalisateur et (jadis brillant) scénariste dilue ici paresseusement un ou deux rebondissements et quiproquos à l’ancienne (genre XIXe siècle) en rentabilisant les personnages caractérisés dans l’opus précédent. Seul Jean-Paul Rouve, très bon en velléitaire chronique, apporte un soupçon de fraîcheur. Cela devient une habitude chez lui, entre la vocation et l’apostolat, de sauver l’honneur des machins de guingois. Quant à la fin, comme sabor

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Orpheline : Toute seule(s) au monde

ECRANS | De l’enfance à l’âge adulte, le portrait chinois d’une femme jamais identique et cependant toujours la même, d’un traumatisme initial à un déchirement volontaire. Une œuvre d’amour, de vengeance et d’injustices servie par un quatuor de comédiennes renversantes.

Vincent Raymond | Mercredi 1 mars 2017

Orpheline : Toute seule(s) au monde

Enseignante et enceinte, Renée reçoit la visite surprise dans sa classe de la belle Tara, fantôme d’autrefois Peu après, la police l’arrête dévoilant devant son époux médusé sa réelle identité, Sandra. Elle qui avait voulu oublier son passé, se le reprend en pleine face : sa jeunesse délinquante, son adolescence perturbée, jusqu’à un drame fondateur. Comme vivre après ça ? Il faut rendre grâce à Arnaud des Pallières d’avoir osé confier à trois actrices aux physionomies différentes le soin d’incarner les avatars successifs d’un unique personnage. Ce parti-pris n’a rien d’un gadget publicitaire ni d’une coquetterie, puisqu’il sert pleinement un propos narratif : montrer qu’une existence est un fil discontinu, obtenu par la réalisation de plusieurs “moi” juxtaposés. À chaque étape, chaque métamorphose en somme, Kiki-Karine-Sandra abandonne un peu d’elle-même, une exuvie la rendant orpheline de son identité passée et l’obligeant à accomplir le deuil de sa propre personne pour évoluer, grandir, s’améliorer. Ce qui n’est pas le cas de son vénéneux génie, l’immarcescible Tara, qui revêt les traits de Gemma Arterton. Brelan de dames La construction par fl

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Tonnerre

ECRANS | De Guillaume Brac (Fr, 1h40) avec Vincent Macaigne, Solène Rigot, Bernard Menez…

Christophe Chabert | Lundi 27 janvier 2014

Tonnerre

Un rocker dépressif retourne vivre chez son père à Tonnerre, petite ville de l’Yonne connue surtout pour son vin, et y tombe amoureux d’une jeune journaliste locale, d’abord séduite, puis fuyante… Guillaume Brac, qui avait moissonné les prix avec son moyen métrage Un monde sans femmes, passe au long sans vraiment convaincre. L’idée de renouveler le boy meets girl hexagonal par le traitement quasi-documentaire d’un environnement familier à l’auteur ne crée aucune vérité à l’écran, mais souligne surtout la gaucherie, certes sympathique, des comédiens professionnels — Macaigne et Menez, dont le lien de parenté saute aux yeux, techniquement parlant. Plus l’histoire avance, plus Tonnerre ronronne dans une esthétique de téléfilm France 3 Région assez morne, où la grisaille tient lieu d’humeur monotone. Symptomatique des premiers films français, cette peur d’empoigner la matière cinématographique pour se réfugier prudemment derrière des idées depuis longtemps éculées n’est bousculée que par un dernier tiers qui s’aventure timidement sur la piste du mélodrame criminel, et plus encore par la présence, charnelle, intrigante et émouvante de Solène Rigot.

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Lulu femme nue

ECRANS | De Solveig Anspach (Fr, 1h27) avec Karin Viard, Bouli Lanners, Claude Gensac…

Christophe Chabert | Lundi 20 janvier 2014

Lulu femme nue

Signe des temps : après Elle s’en va, voici un nouveau portrait de femme qui choisit la rupture sociale, l’errance et l’aventure au confort étouffant de sa vie bourgeoise. Là où Bercot se fourvoyait dans une vague et embarrassante pulsion ethnologique, Solveig Anspach choisit au contraire la fantaisie comique pour montrer comment Lulu se "dénude" socialement, réapprend l’amour physique puis la compassion envers autrui. La première moitié, où elle batifole avec un ancien repris de justice à qui ses deux frères un peu tarés collent en permanence aux basques, fait preuve d’un sens du croquis burlesque sans doute hérité de la BD originale. Le tandem Karin Viard / Bouli Lanners fonctionne à la perfection, et la mise en scène, qui utilise avec intelligence l’écran large pour donner de l’air aux situations, prend à revers le bâclage en vigueur dans la comédie française. La deuxième partie, autour de la vieille dame interprétée par Claude Gensac, est moins convaincante, plus attendue et moins farfelue, mais le film a pour lui sa co

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