"1917" : La guerre, et ce qui s'ensuivit

Le film du mois | En un plan-séquence (ou presque) Sam Mendes plonge dans les entrailles de la 1ère Guerre mondiale pour restituer un concentré d’abominations. Éloge d’une démarche sensée fixant barbarie et mort en face, à l’heure où le virtuel tend à minorer les impacts des guerres…

Vincent Raymond | Mercredi 8 janvier 2020

Photo : ©Universal Pictures France


1917, dans les tranchées de France. Deux caporaux britanniques sont dépêchés par un général pour transmettre au-delà des lignes ennemies un ordre d'annulation d'assaut afin d'éviter un piège tendu par les Allemands. Une mission suicide dont l'enjeu est la vie de 1600 hommes…

Depuis que le monde est monde, l'Humanité semble avoir pour ambition principale de se faire la guerre — Kubrick ne marque-t-il pas l'éveil de notre espèce à “l'intelligence“ par l'usage d'une arme dans 2001 : l'Odyssée de l'espace ? Et quand elle ne se la fait pas, elle se raconte des histoires de guerre. Ainsi, les premiers grands textes (re)connus comme tels sont-ils des récits épiques tels que L'Iliade et L'Odyssée ayant pour toile de fond le conflit troyen.

À la guerre comme à la guerre

Si la pulsion belliciste n'a pas quitté les tréfonds des âmes, comme un rapide examen géopolitique mondial permet de le vérifier, la narration littéraire occidentale a quant à elle suivi une inflexion consécutive aux traumatismes hérités des deux conflits mondiaux. Art plus jeune et régi par d'autres impératifs — celui de servir d'instrument de conditionnement propagandiste, notamment —, le cinéma a pris davantage de temps pour se départir d'une fascination enfantine pour la pyrotechnie ou la chorégraphie des scènes de combats : l'héroïsation des vainqueurs se mariant si bien au spectaculaire de l'image. Rares furent les films de guerre assumant leur antimilitarisme tels que Les Sentiers de la gloire, La Colline des hommes perdues ou Johnny Got His Gun ! Même Il faut sauver le soldat Ryan, Black Hawk Down ou Démineurs témoignent par leurs séquences toujours plus réalistes et/ou leur montage frénétique d'une forme de complaisance pour la chose militaire. Comment représenter, sans basculer dans l'apologie inconsciente, la violence et la boucherie des guerres passées, au moment où celles-ci se font de plus en plus virtuelles ?

Ce (long) préambule était nécessaire pour expliquer le propos de Sam Mendes et l'usage qu'il fait ici du plan-séquence “absolu“ figeant dans une unité quasi parfaite l'action, le lieu et le temps. En apparence, cette unité calque la continuité des FPS, où le joueur en mode subjectif se comporte en prédateur. Sauf qu'ici les prises de vues papillonnent autour des protagonistes, les encerclent, les inscrivent (et le public avec eux) dans une position de proies. Ce sentiment d'épreuve renforcé par le dispositif du temps réel, rappelle le parti pris de Erik Poppe pour Utøya 22 juillet ; ici encore, le procédé répond à un questionnement moral, non à une logique de poudre aux yeux. Ni de recyclage opportuniste. Du grand cinéma, donc.

1917 de Sam Mendes (G.-Br.-E.-U., 1h55) avec George MacKay, Dean-Charles Chapman, Mark Strong…

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Matthew Vaughn : « Faisons les films que personne ne peut faire »

KINGSMAN - LE CERCLE D'OR | Le réalisateur de Kingsman remet le couvert, plaçant une baronne de la drogue sur la route de son armada d’élégants. Du sur-mesure pour ses interprètes, et du cousu-main par l’auteur qui détaille ici son patron. Propos recueillis lors de sa conférence de presse parisienne.

Vincent Raymond | Jeudi 12 octobre 2017

Matthew Vaughn : « Faisons les films que personne ne peut faire »

C’est la première fois que vous tournez la suite d’un de vos films. En quoi Kingsman est-il si différent de Kick Ass ou X-Men ? MV : Je n’a pas pu refuser de le réaliser ni lui résister : j’avais adoré tourner le premier ; il n’était pas question pour moi que quelqu’un prenne mes propres jouets et joue avec ! Le Cercle d’Or est davantage une expansion qu’une suite à Kingsman… MV : En effet. Il était très important pour moi de continuer l’histoire amorcée, plutôt que de faire une suite pour une suite ou pour, disons, l’argent. Kingsmna est surtout l’histoire d’Eggsy, qui d’un très jeune garçon, évolue jusqu’au 3e opus. C’est son parcours, son voyage personnel que nous suivons, où qu’il nous emmène. En aucun cas je n’ai voulu me répéter : ça aurait été aussi ennuyeux pour vous que pour moi Quand avez-vous pris la décision de réintégrer le personnage de Colin Firth ? Était-ce prévu dès son exécution à la fin du précédent épisode ? MV : En fait, non. À l’éc

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"Kingsman - Le Cercle d’or" : La suite à l’anglaise

ECRANS | de Matthew Vaughn (G.-B.-E.U., 2h21) avec Taron Egerton, Colin Firth, Mark Strong, Julianne Moore…

Vincent Raymond | Jeudi 12 octobre 2017

Promu Agent Galahad et fiancé à une princesse scandinave, le jeune Eggsy a tout l’avenir devant lui. Las ! La trafiquante de drogue psychopathe Poppy Adams éradique Kingsman. Pour se venger, Eggsy va pouvoir compter sur Merlin et les cousins d’Amérique de l’Agence Statesman… Stupéfiante combinaison entre un spoof et un action movie (à la violence hallucinante, mais monstrueusement bien chorégraphiée), Kingsman (2015) aurait difficilement pu demeurer à l’état de singleton — d’autant qu’il s’était révélé dès plus rentables. Certes, ce nouvel opus ne bénéficie plus de l’effet de surprise du précédent, mais il renoue avec les fondamentaux de ce qu’il faudra donc considérer comme la matrice de la franchise, plaçant dès l’ouverture sa séquence de bravoure : une poursuite dans les rues de Londres dont la réalisation n’a rien à envier aux MI où cavale Tom “Peter Pan” Cruise. Si Kingsman est ouvertement plus décalé que James Bond, longeant volontiers les rives du fantastique ou de la parodie sarcastique, il se montre a

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Que vaut le nouveau James Bond ?

ECRANS | 24e opus de la franchise officielle James Bond, "007 Spectre" n’a rien d’une fantomatique copie. À la réalisation comme pour "Skyfall", Sam Mendes poursuit son entreprise subtile de ravalement du mythe, consistant à jouer la continuité tout en reprenant le mâle à la racine…

Vincent Raymond | Mardi 10 novembre 2015

Que vaut le nouveau James Bond ?

De tous les "serials" modernes, James Bond est le seul dont on puisse garantir la survie, quelles que péripéties que connaisse le monde. À l’écran depuis 1962, s’il a connu une seule éclipse entre 1989 et 1995, elle n’était même pas liée à la fin de la Guerre froide et n’a eu aucune incidence sur son succès – à peine dût-elle troubler son cocktail martini. Davantage qu’un personnage, 007 est une marque, un label en soi, dont l’aura dépasse celle de tous les interprètes prenant la pose dans son smoking. D’avatars en résurrections, chaque épisode parvient à battre des records techniques, artistiques ou, le plus souvent, économiques. Le dernier en date, Skyfall (2012), ne s’est pas contenté de dépasser le milliard de dollars de recettes au box office ni de glaner (enfin) l’Oscar de la chanson originale grâce à Adele – on pourrait parler là de bénéfices collatéraux. Il s’était surtout distingué par une écriture renouvelée, qui coupait court avec les incertitudes et les bricolages de Casino Royale (2006) et de

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Imitation game

ECRANS | Encore une bio filmée ? Encore un film à oscars ? Certes, mais Morten Tyldum réussit à faire de la vie d’Alan Turing, mathématicien génial, inventeur de l’ordinateur, artisan de la défaite des nazis contre l’Angleterre et homosexuel dans le placard un surprenant puzzle à la Citizen Kane. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Lundi 26 janvier 2015

Imitation game

En 1940, Alan Turing incorpore une équipe de mathématiciens réunis par les services secrets britanniques afin de décoder le langage utilisé par les nazis pour envoyer des messages informant des positions anglaises. Les méthodes de Turing le mettent en porte-à-faux avec ses collègues : il s’isole et commence à bricoler une machine complexe et coûteuse, tout en tentant de convaincre le ministre de la défense de financer son projet avant-gardiste. Le film de Morten Tyldum — cinéaste norvégien dont les œuvres précédentes n’ont même pas eu droit à une sortie en salles chez nous — ne commence pourtant pas ici, mais quelques années après. Turing est arrêté par la police et interrogé sur ses activités qui, secret défense oblige, ont été effacées par l’administration. Et, régulièrement, le film plonge dans son passé : élève introverti, il avait noué une amitié forte avec un autre jeune garçon, Christopher. Ce puzzle narratif, directement emprunté à Citizen Kane, va faire apparaître le Rosebud de Turing, qui n’est pas tant son homosexualité, rapidement révélée, que ce qui a fait tenir ensemble toutes les pièces de son existence. Citizen Turing Qu’on se l

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How I live now

ECRANS | L’éducation sentimentale d’une jeune Américaine névrosée chez ses cousins anglais en pleine troisième guerre mondiale : Kevin MacDonald mixe SF réaliste et romantisme sans jamais dégager de point de vue cinématographique sur ce qu’il raconte. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 13 mai 2014

How I live now

Quand l’Américaine Daisy débarque chez ses cousins anglais, c’est d’abord le choc des cultures : d’un côté, une post-ado grunge névrosée — elle entend des voix et souffre d’anorexie — de l’autre, une famille rurale dont la mère, inexplicablement, s’affaire à des questions de politique internationale. Il faut dire que la troisième guerre mondiale menace et que le péril nucléaire plane au-dessus de Londres — Paris, on l’apprend dans un flash télé, a déjà été réduit en cendres. Alors que Daisy s’amourache du solide Eddy et qu’ils folâtrent entre cousins au bord d’une rivière bucolique, le souffle d’une explosion et une pluie de cendres signalent que le conflit a commencé, et que l’heure n’est plus à la rigolade. Ça s’appelle une rupture de ton, et c’est tout le pari d’How I live now : passer presque sans transition du récit d’apprentissage à la SF réaliste, de la romance teen au survival post-apocalyptique. Comment Kevin MacDonald, documentariste brillant — voir son récent Marley — mais cinéaste de fiction balourd — Le Dernier roi d’Écosse, bio filmée façon Alan Parker, Jeux de pouvoir, médiocre transposition de la série

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Le Hobbit : La Désolation de Smaug

ECRANS | Ce deuxième épisode retrouve les défauts d’Un voyage inattendu, même si Peter Jackson a soigné et densifié en péripéties son spectacle, seul véritable carte dans sa manche pour faire oublier qu’au regard de la première trilogie, ce Hobbit fait figure de série télé sur grand écran. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mercredi 11 décembre 2013

Le Hobbit : La Désolation de Smaug

Tout d’abord, la sortie de ce deuxième volet du Hobbit donne lieu à une surenchère technologique quant à sa diffusion, si bien qu’entre la 2D, la 3D, l’IMAX, le HFR, le Dolby Atmos et ce truc tellement XXe siècle qu’est la VO, il y a presque autant de versions du film que de cinémas qui le projettent — quoique certains les diffusent toutes, sait-on jamais, faudrait pas perdre un spectateur potentiel et sa carte illimitée.… Cela pourrait être purement anecdotique, mais cela en dit long aussi sur le statut même de cette nouvelle trilogie tirée de Tolkien : elle semble chercher à compenser par de la nouveauté technique son évidente infériorité thématique par rapport au Seigneur des anneaux, comme un petit frère qui voudrait à tout prix se hisser sur les épaules de son aîné. Rien n’y fait pourtant, et même si les efforts de Jackson sont louables pour inverser les carences manifestes d’Un voyage inattendu, La Désolation de Smaug ne tient pas la comparaison avec Les Deux tours, l’opus ma

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Star Trek : Into Darkness

ECRANS | J. J. Abrams fait encore mieux que le premier volet avec ce nouveau Star Trek, blockbuster autoroute sans temps morts, qui ne cherche pas à être autre chose que ce qu’il est : un morceau de mythologie transformé en récit survolté et spectaculaire. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Vendredi 14 juin 2013

Star Trek : Into Darkness

Nouvelle mission pour le capitaine Kirk et le Docteur Spock : venir en aide à une peuplade primitive menacée d’extinction par un volcan en éruption. Tandis que Kirk cavale sur terre pour rejoindre l’Enterprise, Spock se téléporte au cœur du volcan pour y placer une bombe qui viendra l’éteindre. Dans le crescendo des dix premières minutes d’Into darkness se joue déjà toute la virtuosité de J. J. Abrams : chaque personnage porte son enjeu, et leurs interactions créent une multitude de conflits qu’il faut résoudre. Spock, le Vulcain garant de la règle et de son strict respect, se heurte à Kirk pour qui la réussite d’une mission et la préservation de son équipe vont de pair. Tout cela est raconté avec une myriade de péripéties, de l’action et un suspens constant, sans parler d’une 3D maîtrisée — on me souffle que la version IMAX est encore plus impressionnante — et d’une remarquable direction artistique — la flore est rougeoyante, les indigènes ont la peau blanche comme du plâtre écaillé et les yeux noirs sans pupille. Mais il y a plus : ce peuple vit encore dans la vénération d’idoles archaïques, représentées sur un parchemin que l’on déplie comme on dressait un an

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Zero Dark Thirty

ECRANS | Sur la traque de Ben Laden par une jeune agent de la CIA, Kathryn Bigelow signe un blockbuster pour adultes, complexe dans son propos, puissant dans sa mise en scène de l’action, personnel dans le traitement de son personnage principal. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 22 janvier 2013

Zero Dark Thirty

Dans Démineurs, Kathryn Bigelow montrait avec un mélange de fascination et de distance critique le travail de quelques GIs en Irak drogués à l’adrénaline guerrière. La soif d’action et d’efficacité de la cinéaste concordait avec leur propre plaisir du danger, jusqu’à ce qu’un vide existentiel vienne les aspirer dans la dernière séquence. Zero Dark Thirty est comme une variation autour du même thème, à ceci près que le sujet est encore plus explosif : comment, durant dix longues années, Maya (Jessica Chastain), va pister Oussama Ben Laden, d’abord comme une jeune agent de la CIA intégrant une équipe chevronnée, puis seule face à l’inertie de sa hiérarchie. Écrit en épisodes scandés par les nombreuses défaites occidentales contre cet ennemi fantomatique, Zero Dark Thirty raconte dans un même geste l’enquête, ses erreurs, ses impasses et son succès final, et l’apprentissage de Maya, ce qui pour Bigelow revient à lui conférer l’aura d’une héroïne. Défaite intérieure Dès le premier mouvement, une longue et éprouvante séquence de torture, Maya se tient dans une zone grise : témoin passif de l’interrogatoire mais déjà déter

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Skyfall

ECRANS | C’était à prévoir : avec Sam Mendes aux commandes, ce nouveau James Bond n’est ni efficace, ni personnel, juste élégamment ennuyeux et inutilement cérébral. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 30 octobre 2012

Skyfall

Rappel des faits : avec Casino Royale, la plus ancienne franchise de l’histoire du cinéma tentait un lifting radical, à la fois retour aux origines du héros et volonté de lui offrir une mise à jour réaliste. Globalement salué, notamment à cause de l’implication de Daniel Craig pour camper un James Bond badass et pourtant vulnérable, ce premier volet s’est vu immédiatement entaché par une suite catastrophique, Quantum of Solace, qui courait pathétiquement derrière les Jason Bourne de Paul Greengrass et ne produisait que du récit indigent et de l’action illisible. Le prologue de Skyfall montre que les producteurs ont bien retenu la leçon : sans être révolutionnaire, il offre une scène d’action parfaitement claire et plausible, filmée avec calme et élégance — Roger Deakins, le chef op’ des Coen, est à la photo et cela se sent. La conclusion montre une fois de plus un Bond fragile, qu’une balle pourrait bien envoyer ad patres — là encore, beau plan sous-marin qui embraye sur un générique tout de suite plus kitsch, mais c’est la loi du genre. Débondage Après, stupeur ! Les faiblesses d’un script vite torché appar

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