Une belle équipe : Sorties de leur réserve

ECRANS | De Mohamed Hamidi (Fr., 1h35) avec Kad Merad, Alban Ivanov, Céline Sallette…

Vincent Raymond | Mercredi 15 janvier 2020

Photo : ©Gaumont distribution


Un seul point. C'est ce qu'il manque à l'équipe de foot de Clourrières pour assurer son maintien. Sauf que les joueurs ont tous été suspendus après une bagarre. Alors, l'entraîneur monte une équipe féminine pour les trois ultimes rencontres. Et se heurte à l'hostilité machiste du village…

Alors qu'il s'apprêtait à en débuter le tournage en 2018, Kad Merad prévenait que ce film n'aurait rien à voir avec Comme des garçons, cette comédie-fiction bâtie sur l'histoire de la première équipe de France de football féminine. On le confirme : Mohamed Hamidi ne s'intéresse ni à la romance ni à la reconstitution historique, mais au — difficile — basculement des mentalités vers une société paritaire, le football étant le symptôme (ou le déclencheur) d'une prise de conscience : troquer le ballon contre la charge domestique ordinairement dévolue à leurs épouses équivaut à une castration pour ces messieurs. Le réalisateur (qui, au passage, remercie ses six sœurs au générique) s'amuse à montrer à quel point la sensibilité masculine est asymétrique : chatouilleux sur leurs “privilèges“ envolés, les hommes sont aveugles au fait que les affiches publicitaires utilisent des corps de femmes afin de vendre n'importe quoi à n'importe qui. Bien sûr, il y a de la caricature et des gros traits, des personnages-standard, un postulat administratif douteux et du happy end… Mais Hamidi laisse le plein champ à ses comédiennes, permet à une héroïne le soin de sauver la face (comme dans la vraie vie), comme il s'interdit toute grivoiserie. Sous peu, il jouera dans l'élite de la comédie française. Son film en tout cas, présentait toutes les qualités pour bénéficier d'une projection spéciale à l'occasion du festival Sport littérature et cinéma.

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Ivanov rode

Humour | Si Alban Ivanov laisse à penser qu'il est à l'écran plus que sur scène (Le sens de la fête, Le Grand Bain...), il reste un humoriste de scène avant tout. Avant de (...)

Nicolas Bros | Mardi 5 novembre 2019

Ivanov rode

Si Alban Ivanov laisse à penser qu'il est à l'écran plus que sur scène (Le sens de la fête, Le Grand Bain...), il reste un humoriste de scène avant tout. Avant de repartir en tournée avec son nouveau spectacle Vedette, qu'il présentera d'ailleurs les 11 et 12 mars 2020 au Centre des Congrès de Saint-Étienne, il propose quelques dates de "rodage" dont une le mercredi 4 décembre du côté de L'Opsis à Roche-la-Molière. Alban Ivanov en rodage, mercredi 4 décembre à 20h30 au Centre culturel L'Opsis de Roche-la-Molière

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Audrey Diwan : « Le doute m’a permis d’avancer »

Mais vous êtes fous | Pour son premier long métrage, Mais vous êtes fous, l’ancienne journaliste Audrey Diwan s’est penchée sur une histoire d’addiction à fragmentation multiple. Propos rapportés des Rencontres du cinéma d’Avignon et de Gérardmer.

Vincent Raymond | Mercredi 24 avril 2019

Audrey Diwan : « Le doute m’a permis d’avancer »

Pourquoi ce titre ? Audrey Diwan : Je voulais donner un élan. Quand il y a une pulsion dramatique, on ne va pas la renforcer par quelque chose de triste — surtout que j’ai l’impression que le film n’est pas forcément comme ça. Et puis j’avais envie d’un titre inclusif pour les deux personnages du couple Céline Sallette et Pio Marmaï. Comment vous êtes tombée sur ce fait divers ? J’ai rencontré par hasard la femme dont est tirée l’histoire vraie — ce qui ne veut pas dire que c'est son histoire parce que derrière on a pas mal fictionnalisé. Et j’ai était bouleversé par cette femme qui ne comprenait pas ce qui lui arrivait, parce qu’elle venait de découvrir que son mari souffrait d’une grave addiction, que sa famille était contaminé. Elle était surtout pleine de questions, sidérée et puis bouleversée pour elle mais aussi pour lui. C’était quelqu’un capable de sentiments très forts. J’ai longtemps pensée à elle, jusqu’à apprendre quelle avait été la résolution de cette histoire,

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"Mais vous êtes fous" : De la poudre aux yeux

ECRANS | De Audrey Diwan (Fr. 1h35) avec Pio Marmai, Céline Sallette, Carole Franck…

Vincent Raymond | Mercredi 24 avril 2019

Dentiste apprécié, mari et papa aimant, Roman cache sa cocaïnomanie. L’une de ses fillettes étant victime d’une surdose, la police et les services sociaux débarquent : la famille entière se révélant positive à la drogue, Les enfants sont placés. Et l’image du bonheur parfait se pulvérise… Audrey Diwan a tiré son argument d’une histoire vraie en modifiant, comme le veut la coutume, les noms et situations des protagonistes afin qu’ils ne soient pas identifiables. De ce fait divers à énigme qui aurait pu ne tenir qu’un court métrage — en clair, comment ont-ils tous pu être contaminés par le père ; ce dernier les a-t-il délibérément empoisonnés ? —, la cinéaste a su étoffer son propos en composant un film où l’addiction prend des significations supplémentaires et se transforme en bombe à fragmentation. S’ouvrant sur la dépendance aux stupéfiants, le drame bifurque en effet vers un récit centré autour du manque : celui éprouvé par des parents privés de leur progéniture, et puis surtout celui que les deux amants Roman et Camille officiellement séparés ressentent l’un pour l’autre et q

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"Jusqu'ici tout va bien" : Fisc de zup !

Franchement la zone | De Mohamed Hamidi (Fr. 1h30) avec Gilles Lellouche, Malik Bentalha, Sabrina Ouazani…

Vincent Raymond | Mercredi 27 février 2019

Fred Bartel a jadis faussement domicilié son entreprise de com’ en zone franche pour éviter taxes et impôts. Le fisc l’ayant rattrapé, il doit soit s’acquitter d’une lourde amende, soit déménager sa boîte à La Courneuve. Ce qu’il fait avec ses salariés. À chacun de s’acclimater… Vingt-cinq ans après La Haine, au prologue duquel il fait explicitement référence par son titre, ce nouveau “film sur la banlieue“ laisse pantois. Car s’il prétend raconter le bilan “globalement positif“ d’une implantation dans « territoires perdus de la République » et une osmose réussie entre bobo de souche et jeunes-des-cités, Jusqu’ici tout va bien ne franchit pas tout à fait le Périph’ : son esprit reste ailleurs, dans les quartiers dorés. Et son angélisme de façade, irréel, est bien incapable de réduire la moindre fracture. En alignant plus de clichés qu’une planche-contact, Mohamed Hamidi les dénonce moins qu’il ne les perpétue. Trop lisse — sans doute pour cadrer avec la promesse d’une comédie — le film s’encombre de gadgets scénaristiqu

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"Frères Ennemis" : Affaires de familles

Polar | Capitaine des stups, Driss a grandi dans une cité où il a conservé quelques contacts. Dont Imrane, qui le tuyaute sur un gros coup à venir. Quand celui-ci (...)

Vincent Raymond | Mercredi 26 septembre 2018

Capitaine des stups, Driss a grandi dans une cité où il a conservé quelques contacts. Dont Imrane, qui le tuyaute sur un gros coup à venir. Quand celui-ci se fait descendre, et que tout accuse Manuel, Driss tente de renouer avec son cet ancien pote dont la tête semble mise à pri… S’il ne l’avait déjà choisi en 2006 pour un excellent thiller, David Oelhoffen aurait pu prendre Nos retrouvailles pour ce polar nerveux et immersif, dont le mouvement général tranche avec celui communément observé dans ce genre auquel il se rattache. Bien souvent en effet, les films traitant de la criminalité et des bandes organisées dans les cités de banlieue s’inscrivent dans un schéma de réussite fanstamée et d’extraction du milieu originel : le banditisme semblant la seule voie pour s’en sortir vite et gagner de l’argent, ainsi que les territoires respectables de la ville. Dans Frères ennemis, ce n’est pas la sortie qui est prohibée, mais l’entrée : les personnages ne peuvent rarement pénétrer normalement dans une logis (y compris le leur) : il leu

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"Le Doudou" : Canaille Peluche

Objet transitionnel | Employé à Roissy, Sofiane excelle dans les magouille foireuses et le baratin. Découvrant l’avis de recherche d’un nounours perdu, il espère dans un premier (...)

Vincent Raymond | Vendredi 15 juin 2018

Employé à Roissy, Sofiane excelle dans les magouille foireuses et le baratin. Découvrant l’avis de recherche d’un nounours perdu, il espère dans un premier temps escroquer des parents aux abois. Mais finit par partager l’obsession du papa excédé : retrouver le précieux doudou. Première réalisation de Philippe Mechelen & Julien Hervé, ce buddy movie des familles se révèle bien plus sympathique que Les Tuche, la série à succès commise par le duo. Car s’y côtoient en bonne intelligence et avec rythme de l’absurde (un maître-chien psychopathe persuadé que son dogue est sa “fille“, des châtelains fin de race et hors d’âge), une pointe d’incorrection (Isabelle Sadoyan, dans son ultime rôle, campe une vieille résistante frappée d’Alzheimer révélant ses sympathies collabo) ainsi qu’une certaine tendresse de mieux en mieux assumée par Kad Merad. Paupière lourde de patriarche à la Danny Glover, effets contenus, celui-ci confirme donc dans la comédie populaire le virage pris avec Comme des rois. C’est donc à Malik Bentalha

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Xabi Molia : « Je place Kad Merad au même rang que Denis Podalydès »

Entrevue | Dans la peau d’un petit escroc à l’aura pâlissante, Kad Merad effectue pour Comme des rois de Xabi Molia une prestation saisissante, troublante pour lui car faisant écho à sa construction d’acteur. Propos glanés entre les Rencontres du Sud d’Avignon et Paris.

Vincent Raymond | Mercredi 2 mai 2018

Xabi Molia : « Je place Kad Merad au même rang que Denis Podalydès »

Xabi, quelle a été la genèse de ce film ? X. M. : L’idée est venue d’une manière assez amusante. Il faut savoir que j’ai le profil du bon pigeon : j’adore qu’on me raconte des histoire. Je me suis donc fait arnaquer assez régulièrement, et notamment une fois à la gare Montparnasse. Pendant que j’attendais le départ de mon train, un type est monté et m’a raconté une histoire très alambiquée… Je ne saurais la raconter, mais l’enjeu c’était 20 euros. Je me souviens m’être méfié et l’avoir poussé dans ses retranchements ; mais lui, retombais sur ses pattes, trouvait de nouveaux trucs pour que son histoire tienne debout. Bref, il me prend ces 20 euros et je ne le revois évidemment jamais. J’ai d’abord été déçu de m’être fait délester de 20 euros. Mais finalement, il les avait quand même gagnés de haute lutte ! Et j’ai imaginé le matin que ce type avait peut-être dit à sa femme : « bon bah moi aujourd’hui je vais Gare Montparnasse, j’ai un nouveau truc ». Et le soir, peut-être qu’elle lui a demandé comment ça s’est passé et qu’il lui a répondu

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"Comme des rois" : L’embrouille en héritage

ECRANS | Un bonimenteur de porte-à-porte à la rue donne malgré lui le virus de la comédie à son fils… Xavi Molia signe une splendide comédie sociale aux accents tragiques, portée par Kacey Mottet Klein et Kad Mérad, touchants dans l’expression maladroite d’une affection mutuelle.

Vincent Raymond | Mercredi 2 mai 2018

Volubile embobineur, Joseph a connu des jours meilleurs dans l’escroquerie. Pour se sortir de cette période un peu délicate, il pense pouvoir compter sur sa famille, en particulier sur Micka, son fils qu’il a patiemment formé. Mais ce dernier rêve d’exercer ses talents ailleurs : sur scène. Aspirer à être comme un roi, c’est un peu construire des châteaux en Espagne : viser un objectif prestigieux, tout en sachant inconsciemment en son for intérieur qu’il est d’une essence incertaine. On ne pourrait mieux résumer le personnage de Joseph, artisan-escroc à l’ancienne dont les talents de hâbleur ne lui permettent plus que de ramasser des miettes dans un monde contemporain le dépassant chaque jour davantage. Bateleur sans public, il demeure seigneur révéré d’une famille soudée dans le délit, mais assiste impuissant à la rébellion paradoxale de son fils dont il réprouve les choix et déplore l’absence de conscience criminelle. Un fils qui, de surcroît, le surpasse dans sa branche. Art, niaque et arnaques Xabi Molia avait entre ses doigts un sujet

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Le spectacle d'Alban Ivanov reporté

Humour | Prévu le mercredi 1er mars à 21h à la salle Jeanne d'Arc, dans le cadre du festival des Arts Burlesques, le spectacle d'Alban IVanov est déplacé au dimanche 5 (...)

Nicolas Bros | Jeudi 19 janvier 2017

Le spectacle d'Alban Ivanov reporté

Prévu le mercredi 1er mars à 21h à la salle Jeanne d'Arc, dans le cadre du festival des Arts Burlesques, le spectacle d'Alban IVanov est déplacé au dimanche 5 mars même lieu, même horaire. Les billets restent valables pour cette nouvelle date.

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"L'Outsider" : pour enfin comprendre l'affaire Kerviel

ECRANS | Christophe Barratier remise patine et chansonnette pour prendre le parti de Jérôme Kerviel face à la Loi des marchés. Il réalise une jolie plus-value au passage : grâce à ce film maîtrisé, la séance se clôt par une forte hausse de la valeur de son cinéma.

Vincent Raymond | Mardi 31 mai 2016

Qu’il semble loin, le temps des Choristes, de Faubourg 36 ou de La Nouvelle Guerre des boutons ; cette époque laissant croire que Christophe Barratier préférait idéaliser un passé de carton-pâte, baigné d’insouciance nostalgique, comme s’il fuyait toute représentation du présent. Pour son premier film réellement contemporain, le cinéaste se paie le luxe de traiter frontalement un sujet en or que beaucoup de ses confrères français auraient sans doute évacué comme le mistigri : “l’affaire Kerviel”. Frontalement, c’est-à-dire sans recourir à ce faux-nez habituel qu’est “l’évocation de faits réels” — une touchante pudeur visant à ce prémunir d’éventuelles poursuites. Ici, tout étant avéré, Barratier cite nommément et sans barguigner les protagonistes et les raisons sociales impliquées dans la crise de la Société Générale en 2008 — on se croirait dans un film américain ! Défi d’initier L’Outsider raconte la bourse, la mécanique mathématiquement astucieuse mais moralement obscène du trading sans virer au clip de prestige, ni tomber dans le didactique-pantoufle

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Bis

ECRANS | De Dominique Farrugia (Fr, 1h38) avec Franck Dubosc, Kad Merad…

Christophe Chabert | Mardi 17 février 2015

Bis

C’est un cas d’école : comment le succès d’un film d’auteur français — Camille redouble — conduit à un dérivé opportuniste et commercial qui en reprend exactement la même formule — ce Bis signé Dominique Farrugia. Impossible d’oublier cette donnée pendant qu’on regarde cette comédie, pourtant pas la plus nulle engendrée par le cinoche français ces derniers temps. Il y a certes les éternels jeux de mots foireux qu’affectionne l’ex-Nul et qui nous donnent plutôt envie de chialer de dépit ; et une fin d’un conservatisme tellement inouï et assumé qu’on se demande si Farrugia ne fait pas déjà campagne pour la réélection de Sarkozy en 2017. Ceci mis à part, dans le foutoir ambiant, il y a quelques bonnes idées, notamment celle qui montre ces deux vieux-jeunes tenter de convaincre la secrétaire de Claude Berri de produire les futurs succès du box office hexagonal. Voir Kad Merad voler l’idée des Ch’tis à Dany Boon est assez amusant, mais la réaction sceptique de la secrétaire l’est plus encore, venant corroborer l’idée qu’un succès est

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Qu’Allah bénisse la France

ECRANS | D’Abd Al Malik (Fr, 1h35) avec Marc Zinga, Sabrina Ouazani…

Christophe Chabert | Mercredi 10 décembre 2014

Qu’Allah bénisse la France

C’est peut-être un peu cruel, vu que le film n’est pas forcément détestable, mais c’est bien ce Qu’Allah bénisse la France qui donne envie de tirer la sonnette d’alarme concernant l’état du cinéma français. Depuis plusieurs mois, la course à l’histoire vraie — autofiction, bio filmée ou faits-divers — connaît une spectaculaire accélération, d’autant plus inquiétante quand elle est mise entre les mains de cinéastes dont ce n’est pas encore tout à fait le métier. Ainsi d’Abd Al Malik, qui adapte ici son roman autobiographique avec une maladresse d’abord touchante, car elle lui permet d’empoigner la forme cinématographique sans forcément chercher à livrer un produit bien fait, mais graduellement gênante quand le film s’engage dans une escalade narrativo-politique pas franchement maîtrisée — c’est un euphémisme. Qu’Allah bénisse la France n’a aucune échine dramatique et relève d’un empilement de situations qui accompagnent les diverses vicissitudes de son protagoniste — petit voleur à la tire dans les rues de Strasbourg, lycéen doué en lettres, vendeur de shit, repenti musulman prêchant en banlieue, chanteur de rap repéré par les majors… Pensant que sa vie

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Un château en Italie

ECRANS | De et avec Valeria Bruni Tedeschi (Fr, 1h44) avec Louis Garrel, Céline Sallette…

Christophe Chabert | Lundi 28 octobre 2013

Un château en Italie

Une actrice qui ne joue plus rencontre un acteur qui en a marre de jouer ; avec lui, elle veut avoir un enfant. Pendant ce temps, son frère se meurt du SIDA et sa mère, aristocrate déchue, veut vendre le château familial… Il est plus facile pour un chameau et Actrices, les deux premiers films réalisés par Valeria Bruni Tedeschi, exaspéraient par l’impudeur avec laquelle elle étalait sa vie et son métier, sans jamais trouver une forme cinématographique autre que l’ordinaire de l’auteurisme à la française. Un château en Italie fait à peu près la même chose, et quiconque connaît un peu sa biographie — qui, pas de bol, est en partie aussi celle de sa très médiatique sœur — passera son temps à chercher les clés pour démêler ce qui relève ici de la vérité et de la fiction. Un jeu aussi vain que lassant, qui pousse parfois loin la plaisanterie — Garrel travesti refusant un rôle à un cinéaste manifestement gay, si ce n’est pas une référence à l’affaire Laurence Anyways… Dommage, car Bruni Tedeschi a progressé en tant que cinéaste, moins arc-boutée sur ses intentions, plus concentrée sur

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Le Grand méchant loup

ECRANS | De Nicolas et Bruno (Fr, 1h45) avec Benoît Poelvoorde, Fred Testot, Kad Merad…

Christophe Chabert | Lundi 8 juillet 2013

Le Grand méchant loup

Le cinéma commercial français souffre de sa trop bonne santé ; trop d’argent, trop de calculs, trop de compromis. Le Grand méchant loup, à l’inverse, est un film profondément malade, comme l’était d’ailleurs le précédent opus de Nicolas et Bruno, La Personne aux deux personnes : un truc personnel greffé sur un remake — celui des Trois petits cochons, un gros succès québécois — un film sur la névrose, la solitude et la mort qui se planque derrière toutes les formes de comédie possibles, un casting bankable dans lequel un seul acteur intéresse vraiment les réalisateurs, qui lui donnent du coup beaucoup plus d’espace à l’écran — Poelvoorde évidemment, évidemment génial… C’est donc très bancal, peu aimable, mais ça reste singulier. Signe qui ne trompe pas : à un moment, Nicolas et Bruno pastichent gentiment Comment je me suis disputé de Desplechin. C’est pourtant un faux-fuyant, tant on sent que dans une autre économie, plus modeste, le film aurait décliné ses histoires de démon de midi, et notamment celle où Poelvoorde renaît à la passion physique dans les bras de Charlotte Le Bon, sur un ton pas si éloigné de ce cinéma français-là. Cett

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Né quelque part

ECRANS | De Mohamed Hamidi (Fr, 1h27) avec Tewfik Jallab, Jamel Debbouze…

Christophe Chabert | Mardi 18 juin 2013

Né quelque part

La mort annoncée du père, le retour sur des terres "d’origine" où pourtant on n’a jamais mis les pieds, la découverte d’une culture dont on se revendique sans en connaître ni les bons, ni les mauvais côtés… À travers le périple de Farid, qui "retourne" dans une Algérie inconnue pour y négocier un terrain familial, Mohamed Hamidi, metteur en scène des one-man-shows de Jamel, tient un bel angle, habile et nuancé, sur la question de l’identité. Finalement, ce n’est pas tellement par son scénario que dans sa manière de faire se rencontrer plusieurs registres de cinéma que Né quelque part le développe avec le plus de pertinence. Entre le "banlieue film" bien français qui lui sert de cadre et l’irruption d’une comédie à l’algérienne — pas éloignée de sa cousine italienne — lors des très réussies séquences dans le village, Hamidi crée à son tour un joyeux métissage qu’illumine la présence de Debbouze, toujours passionnant. Trop sans doute pour que sa disparition en cours de récit ne laisse pas un vide béant à l’écran. Quant à la mise en scène, très appliquée, elle ne

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Des gens qui s’embrassent

ECRANS | De Danièle Thompson (Fr, 1h40) avec Kad Merad, Éric Elmosnino, Monica Bellucci, Lou De Laâge…

Christophe Chabert | Mardi 9 avril 2013

Des gens qui s’embrassent

Poursuivant ce qu’elle pense être une observation de la société française, Danièle Thompson invente surtout au fil des films une grande célébration des classes supérieures et de leurs valeurs : famille, religion, argent, apparences, réussite… Elle a beau, comme ici, créer des oppositions — les artistes contre les nantis, les candides contre les cyniques — ce n’est qu’une habile diversion avant la réconciliation finale — dans ce film-là, incroyablement bâclée. Et quand il s’agit de critiquer vaguement l’arrogance de ses personnages, c’est à travers des stéréotypes embarrassants, pas aidés par des comédiens parfois en pleine panade — Monica Bellucci est catastrophique en bourgeoise hystérique. Surtout, Des gens qui s’embrassent a l’ambition d’un film choral, mais se retrouve coincé dans un format de prime time d’évidence trop étroit, et qui intensifie tous ses défauts : ainsi la narration avance par bonds temporels, s’attarde sur des événements sans intérêt et passe à toute vitesse sur ce qui pourrait créer du trouble — le déterminisme amoureux qui relie les deux cousines, par exemple.

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Mais qui a retué Pamela Rose ?

ECRANS | De et avec Kad Merad et Olivier Baroux (Fr, 1h30) avec Audrey Fleurot, Omar Sy…

Christophe Chabert | Mardi 4 décembre 2012

Mais qui a retué Pamela Rose ?

Un air de fête du slip flotte au-dessus de cette suite de Pamela Rose, réalisée cette fois par Kad et Olivier eux-mêmes. En effet, le film a été gavé jusqu’à la gueule de tous les types d’humour existant, produisant beaucoup de déchets en pensant sans doute toucher tous les segments de public. Les deux zouaves se sont sans doute bien amusés, allant jusqu’à s’autociter période Kamoulox, se vieillir avec fausses bedaines et grotesques moustaches texanes, ou se distribuer en faux commentateurs de catch. À leurs côtés, une moitié du casting d’Intouchables tente de garder une certaine dignité au milieu de pantalonnade assez sinistre qui pense que le cinéma, c’est seulement plus gros et plus cher que la télévision. On est même éberlué de voir que la meilleure idée du film, celle qui pouvait légitimer cette suite, débarque seulement vingt minutes avant la fin ! Dans son envie de rire de tout n’importe comment, Mais qui a retué Pamela Rose ? prend acte de cette inflation ridicule, et c’est bien les seuls moments où l’on rit : quand un figurant dit à Kad qu’il «tourne trop», ou quand le comptable de la production vient rappeler que tout ça, c’

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