"Le Photographe" : À ton image

ECRANS | De Ritesh Batra (Ind.-All.-É.-U., 1h49) avec Nawazuddin Siddiqui, Sanya Malhotra, Farrukh Jaffar…

Vincent Raymond | Mardi 21 janvier 2020

Photo : ©Joe D'Souza / 2018 Tiwari's Ghost, LLC. All Rights Reserved


Modeste photographe des rues de Bombay, Raphi tombe sous le charme de Miloni, appartenant à une classe supérieure. Pourtant, la jeune étudiante accepte de jouer le rôle de sa fiancée dans le but de persuader la grand-mère de Raphi de continuer à prendre ses médicaments…

Ritesh Batra a une cote pas possible depuis le succès de The Lunchbox (2013). Tant mieux pour lui : cette aura lui a déverrouillé les portes trop hermétiques du cinéma occidental, et permis de tourner avec des pointures (Redford, Fonda, Dern, Rampling, Broadbent etc.), pour des résultats hélas mitigés — en témoigne À l'heure des souvenirs (2018). De retour au bercail avec une comédie oscillant entre portrait social et conte romantique, Batra semble fort soucieux de respecter le cahier des charges d'un film “concernant“ portant sur la survivance d'un système violemment hiérarchisé en Inde, où chacun a intégré dès la naissance l'étanchéité des castes et l'impossibilité de lutter contre ce déterminisme. Au tableau de la vie misérable chez les plus pauvres répond ainsi celui des “petits-bourgeois“ urbains jouant aux colons méprisants vis-à-vis de leurs concitoyens issus des villages.

Plus transversale est la figure de l'autorité patriarcale, se superposant volontiers au pouvoir économique et/ou intellectuel pour imposer son désir, libidineux ou non, sur les femmes. Heureusement, Raphi tranche en étant plus que respectueux avec Miloni, laquelle se démarque en affichant une indifférence pour la question des classes — mais comme elle semble indifférente à tout, le brave Roméo n'a pas à s'en réjouir pour autant ! Du fait de l'indolence systémique de la belle, la romance en prend un coup. Mais ce n'est pas le seul grief que l'on peut faire à ce film souffrant d'étranges ellipses et d'une réalisation parfois hasardeuses. Comme un parfum d'inachevé…

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"The Mumbai Murders" : Le venin du mal

Thriller | Le copycat d’un tueur en série de Bombay provoque un flic déglingué en qui il a repéré un joli potentiel. Commence une longue traque faite de victimes collatérales. Une cavale bien noire puant le vice où toute innocence sera sacrifiée. Attention, c’est du violent.

Vincent Raymond | Mercredi 31 octobre 2018

Policier coké jusqu’à ses verres teintés, Raghavan traque le balafré Ramana, un tueur en série aussi cintré qu’arrogant qu’il a laissé filer alors qu’il s’était livré à ses services. Reparti dans la nature, Ramana continue à le provoquer en exécutant ses victimes avec une sauvagerie gratuite… Dans la volumineuse production indienne, par ailleurs très mal diffusée en Occident, il faut s’armer de patience pour trouver l’aiguille au creux de la meule de foin, ou le clou de girofle au milieu du garam masala. Mais quand on s’y pique, on tient sa récompense. C’est le cas avec ce film, enfin visible deux ans et demi après son passage à la Quinzaine des Réalisateurs cannoise — une éternité pour le prolifique réalisateur des Gangs of Wasseypur. The Mumbai Murders s’inspire des méfaits de Raman Raghav, un authentique tueur en série paranoïaque ayant sévi durant les années 1960 dans les rues de Bombay, dont Ramana se veut une manière de version réactualisée et “augmentée“ — le titre original est d’ailleurs Raman Raghav 2.0. Dépo

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"À l’heure des souvenirs" : La mémoire dans le faux

Drama-tea | de Ritesh Batra (G.-B., 1h48) avec Jim Broadbent, Charlotte Rampling, Harriet Walter…

Vincent Raymond | Mercredi 4 avril 2018

Vieux divorcé bougon, Tony occupe sa retraite en tenant une échoppe de photo. Il est confronté à son passé quand la mère de Veronica, sa première petite amie, lui lègue le journal intime de son meilleur camarade de lycée, Adrian. Seulement, Veronica refuse de le lui remettre. À raison… À mi-chemin entre le drame sentimental à l’anglaise pour baby-boomers grisonnants (conduite à gauche, tasses de thé, humour à froid et scènes de pub) et l’enquête alzheimerisante (oh, la vilaine mémoire, qui nous joue des tours !), ce film qui n’en finit plus d’hésiter se perd dans un entre-deux confortable, en nous plongeant dans les arcanes abyssales de souvenirs s’interpénétrant (et se contredisant) les uns les autres. Une construction tout en méandres un peu téléphonée qui fait surgir ici un rebondissement, là Charlotte Rampling et permet à Jim Broadbent d’endosser à nouveau un ces rôles de gentils râleurs-qu’on-aimerait-bien-avoir-pour-grand-père/père/tonton/compagnon qu’il endosse comme une veste en tweed. À siroter entre un haggis et un scone.

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The Lunchbox

ECRANS | De Ritesh Batra (Inde-Fr-All, 1h42) avec Irrfan Kahn, Nimrat Kaur…

Christophe Chabert | Mardi 10 décembre 2013

The Lunchbox

S’il fallait une preuve ultime de la mondialisation en cours dans le cinéma d’auteur et de l’uniformisation esthétique qu’elle produit, The Lunchbox serait celle-là. En effet, jamais film indien n’avait paru si peu indien dans sa facture, si occidentalisé, si loin de Bollywood et même des cinéastes qui ont cherché à s’en démarquer. Conséquence : on prend un plaisir étrange, presque coupable, à le regarder, comme on goûte un plat typique mais débarrassé de ses épices les plus puissantes. De cuisine, il est justement question dans The Lunchbox, qui commence par un quiproquo pour le coup très local : un plateau-repas préparé par une épouse dévouée n’atterrit pas sur le bureau de son mari mais sur celui d’un comptable solitaire et dépressif. S’ensuit une drôle de relation culinaro-épistolaire où l’épouse révèle son insatisfaction et le comptable son envie de briser sa vie triste et routinière. La première partie est une brillante comédie qui repose sur une mise en scène millimétrée ; la deuxième, moins enthousiasmante, développe les fils sentimentaux de l’intrigue, et cherche à créer une émotion un peu trop fabriquée pour véritablement convaincre. Faisant l

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