"Waves" : Ondes de choc

ECRANS | De Trey Edward Shults (É.-U., 2h16) avec Kelvin Harrison Jr., Taylor Russell McKenzie, Sterling K. Brown…

Vincent Raymond | Mercredi 29 janvier 2020

Photo : ©A24


Jeune espoir de la lutte, Tyler cache à son père — lui-même ancien sportif de haut niveau ayant réussi sa reconversion — la gravité de douleurs lancinantes. Son stress le plonge la surmédication, altère son humeur, cause sa rupture et va provoquer une cascade de drames à l'échelle familiale…

Les ambitions de Trey Edward Shults sont manifestes : illustrer la théorie des dominos en l'appliquant à une famille où la pression excessive d'un père control freak va bousiller la vie de son fiston en provoquant d'irréparables dégâts collatéraux — un indice : ça va mal se finir, et au tribunal. Mais aussi désagréger ladite famille. Au passage, le fait que celle-ci soit afro-américaine ajoute une lecture sociologique supplémentaire : la stricte méritocratie ne suffisant pas dans un contexte hyperconcurrentiel au sein d'une population où une forme ségrégation perdure, on peut supposer que l'acharnement du père à voir son rejeton suivre scrupuleusement ses traces pour conserver son statut fraîchement acquis est lié à un complexe de classe.

Volontiers démonstratif — et surtout, répétitif — dans son arsenal stylistique multiplieant panoramiques circulaires en milieu clos et effets clinquants, Shults s'offre cependant une belle séquence abstraite au mitan de son film confinant au cinéma expérimental. Un pur moment hallucinatoire faisant sens symboliquement et narrativement puisqu'il fait office de transition efficace : Waves change alors de personnage principal, afin d'observer le ressac des premières vagues. Inégal sans être déplaisant, hétérogène et un peu tape-à-l'œil.

entrez votre adresse mail pour vous abonner à la newsletter

Amour, miel et poison

Adaptation | Myriam Muller adapte au théâtre "Breaking the Waves", le chef-d’œuvre de Lars von Trier. Une plongée dans les abysses du sentiment amoureux, pour un entrelacement d’émotions.

Cerise Rochet | Mardi 5 mars 2019

Amour, miel et poison

Une histoire d’amour, avec un grand A. Une histoire d’amour qui ouvre au monde et entraîne sur des chemins jusqu’ici inexplorés. Une histoire d’amour sacrificielle, qui repose sur l’abnégation et le don de soi. Drame passionnel et violent, Breaking the Waves explore le dogmatisme religieux et l’obsession érotique. Avec cette pièce, adaptée du film éponyme signé Lars von Trier, la Luxembourgeoise Myriam Muller s’empare de la vie de Bess, jeune fille un brin simplette « atteinte » d’une grande bonté. Elevée dans une petite communauté religieuse d’Ecosse très pieuse et repliée sur elle-même, cette dernière s’entiche de Jan, brave gars venu d’ailleurs, qui travaille sur une plateforme pétrolière. Malgré le monde qui les sépare et le rigorisme des proches de la jeune femme, on célèbre des épousailles. Le conte de fée sera néanmoins de courte durée. Jusqu’au sacrifice ultime Trop vite en effet, un malheureux événement viendra briser ce bonheur naissant. Rendu tétraplégique par un accident survenu alors qu’il est en mer, Jan incite Bess à se livrer à d’autres et à lui conter les moindres détails de ces histoires, prétextant qu’elles peuvent le guérir. En

Continuer à lire

"Escape Game" : Le game qui tue le game

Toute sortie est définitive | De Adam Robitel (E.-U.-Af. du S., avec avert., 1h39) avec Taylor Russell McKenzie, Logan Miller, Deborah Ann Woll…

Vincent Raymond | Mercredi 27 février 2019

Ils sont six à avoir reçu en cadeau une invitation à tester le plus formidable escape game de la ville. Six alléchés par la prime offerte au vainqueur. Six à déchanter lorsqu’ils découvrent que les pièces infernales s’enchaînent et qu’elles essayent toutes de les tuer. Pour de vrai… Il fallait bien que cela arrive : l’essor et l’engouement pour les escape games devait inspirer une adaptation cinématographique. Un juste retour des choses, puisque ces espaces ludiques hautement scénarisés tirent leurs ambiances pour partie d’univers littéraires et majoritairement d’atmosphères filmiques, à grand renfort de sound design. Mélange assez pervers d’éléments connus aperçus dans Dix petits nègres, Cube, Destination finale, Action ou vérité et Saw (la dimension fantastique en moins), Escape Game fait défiler une série de décors-énigmes témoignant de l’ingéniosité vicieuse des auteurs. On s’attend à être crispé sur son fauteuil et, de fa

Continuer à lire