"Le Prince Oublié" : En fin de conte…

Conte | Le combat de personnages pour pouvoir survivre après la défection de leur public épouse celui d’un père pour rester dans le cœur de sa fille. Beau comme la rencontre fortuite entre Princess Bride et une production Pixar ou dans un film d’auteur français signé Hazanavicius.

Vincent Raymond | Mercredi 5 février 2020

Photo : © PRELUDE - PATHE - STUDIOCANAL - TF1 FILMS PRODUCTION - BELGA FILMS PRODUCTIONS - KOROKORO


Tous les soirs, Djibi raconte à sa fille Sofia des histoires qu'il crée pour elle, où un Prince triomphe du diabolique Pritprout. Mais à son entrée au collège, Sofia se met à s'inventer ses propres histoires, causant la mise au chômage des personnages de l'univers imaginé par son père…

De la même manière que l'histoire du Prince oublié navigue continûment entre deux mondes, la sphère du “réel“ et celle de l'imaginaire, le cinéma de Michel Hazanavicius offre au public un double plaisir : suivre le spectacle déployé par la narration (à savoir les aventures/mésaventures des personnages) tout en l'incitant à demeurer vigilant à la mécanique du récit, à sa méta-écriture et aux fils référentiels dont il est tissé. L'approche hypertextuelle constitue d'ailleurs une composante essentielle de son œuvre depuis le matriciel La Classe américaine ; au point qu'Hazanavicius semble avoir voulu illustrer par l'exemple les différentes pratiques recensées par Gérard Genette dans Palimpsestes : pastiche et travestissement pour les OSS 117, parodie et charge dans Le Redoutable, transposition avec The Search, forgerie pour The Artist

Éloge manifeste ou manifeste élogieux de l'art du conte(ur) ainsi que de ses muses, Le Prince oublié dissémine dans les replis de ses images des hommages à quelques figures tutélaires du récit : arrêt de bus baptisés Suzanne Schiffmann (scénariste, par ailleurs mère du chef-opérateur de ce film), Guy Debord, Jacques Prévert, entre autres clins d'œil…

Deux autres mondes

Au-delà du concept proposé par cet hybride entre Mother ! (version familiale, hein) et Le Magicien d'Oz, Le Prince oublié poétise le sentiment reliant un père à sa fille ainsi que son mouvement réciproque, comme il illustre la béance grandissante séparant les parents de leurs adolescents lorsque ceux-ci développent des codes vernaculaires, des références intrinsèques…bref acquièrent leur autonomie. Hazanavicius complète à sa façon la série de BD de Riad Sattouf Les Carnets d'Esther — sans doute la plus affûtée des visions sur l'adolescence contemporaines.

Un apologue s'abritant en chaque conte, celui-ci ne peut faire exception et s'achève donc par une morale, laquelle pourrait s'énoncer ainsi : « la plus grande victoire d'un père est de savoir prendre la porte au bon moment… mais en se tenant prêt derrière en cas de rappel. » De quoi ménager la sensibilité des paternels !

Le Prince Oublié de Michel Hazanavicius (Fr., 1h41) avec Omar Sy, Bérénice Bejo, François Damiens…

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"Police" : Protéger ou servir ?

ECRANS | De Anne Fontaine (Fr., 1h38) avec Omar Sy, Virginie Efira, Grégory Gadebois…

Vincent Raymond | Jeudi 3 septembre 2020

Virginie, Aristide et Erik sont flics au sein de la même brigade parisienne, enchaînant les heures et les missions, sacrifiant leur vie privée aux aléas de leur métier. Un soir, on leur confie une mission différente : convoyer un réfugié à l’aéroport en vue de son expulsion. Doit-on toujours obéir ? Film à thèse, film sociétal ? Sans doute : Anne Fontaine ne s’intéresserait pas aux atermoiements de représentants des forces de l’ordre si elle-même ne voulait pas à la fois parler de l’étrange ambivalence de la “patrie des droits de l’Homme” lorsqu’elle procède à des *reconduites à la frontière* (terme pudique) de personnes en péril dans leur pays d’origine, ainsi qu’aux conditions de vie et de travail des policiers. Dès lors, on comprend mieux la construction violemment hétérogène de Police, juxtaposition de deux films formellement différents, voire opposables. Le premier, archi découpé, syncopé même, combinant les points de vues de trois protagonistes offre une vision heurtée, parcellaire, parfois contradictoire de leurs interventions au quotidien. Outre

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Omar Sy : « C’est à mon instinct que je me connecte le plus »

L’Appel de la Forêt | Entre Los Angeles et Paris, Omar Sy mène une prolifique carrière transatlantique. Avant d’attaquer le tournage de la série Arsène Lupin, il est à l’affiche de trois fils en ce début 2020 : après Le Prince oublié et avant Police, on peut le voir dans L’Appel de la forêt…

Vincent Raymond | Mercredi 19 février 2020

Omar Sy : « C’est à mon instinct que je me connecte le plus »

Tout le monde a envie d’avoir un “Buck“ dans sa vie. C’est votre cas ? OS : J’en ai deux : un cane corso et un american staff ! Mais j’espère que tout le monde a un “Buck“, que ce soit un frère, un pote, une copine, une chérie ou même ce qu’a Buck : un loup qui symbolise son instinct et qui le guide. J’espère qu’on est tous connectés à cette petite voix dans notre tête et qu’on l’écoute un petit peu plus. C’est ce que dit le film, et le livre aussi, je crois. Après, je ne connais pas Jack London, c’est pas mon pote ! (sourire) Ce que je comprends de ce qu’il nous raconte, Buck, c’est nous. On peut le voir comme un enfant qui devient un homme. Un enfant à qui on a appris des choses qui ne marchent pas toujours dans la vie. Alors, il s’adapte. Il s’adapte sans cesse et finalement, son vrai guide, c’est son instinct. Les réponses sont en lui. J’ai l’impression que pour nous aussi, c’est pareil. Malgré son imaginaire, malgré la communication, même s’il met des habits, l’Homme reste un animal. Vous-même, êtes-vous instinctif ? Je ne suis que ça ! Tout ce qui m’arrive par… chance ou par hasard

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"L'Appel de la forêt" : Loup y es-tu ?

ECRANS | De Chris Sanders (É.-U., 1h40) avec Harrison Ford, Omar Sy, Dan Stevens…

Vincent Raymond | Mercredi 19 février 2020

La destinée de Buck, bon gros chien arraché à sa famille du sud des États-Unis pour être revendu au Yukon en pleine fièvre de l'or ; son parcours de maître en maître et son éveil à son instinct primitif, jusqu'à ce que le loup en lui parvienne enfin à s'exprimer à nouveaux… À l’instar de Joseph Conrad, Jack London “vécut“ avant d’écrire (même s’il sut marier les deux de concert) et donc écrivit sur l’aventure en connaissance de cause. Ce n’est sans doute pas un hasard si ses romans d’apprentissage rencontrent encore aujourd’hui un succès inentamé par-delà les générations et au-delà des transpositions — en témoigne la récente variation sur Martin Eden signée par Pietro Marcello. Plus remarquable encore est le fait que le roman d’apprentissage d’un non-humain, un chien, touche autant nos congénères ; d’autant qu’à rebours de son époque exaltant l’industrialisation triomphante, London y exaltait des valeurs quasi rousseauistes de retour à la nature ! Par un des étranges renversements auxquels l’Histoire nous a habitués, les notions de recherche ou de préservation de l’étincelle de sauvagerie innée sont au cœur des préoccupations contemporaines :

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Antonin Baudry, Mathieu Kassovitz, François Civil, Réda Kateb : “Ce film est une tragédie grecque dans un sous-marin aujourd’hui“

Le Chant du loup | Auteur et scénariste de Quai d’Orsay, Antonin Baudry s’attaque à la géopolitique fiction avec un thriller de guerre aussi prenant que documenté, à regarder écoutilles fermées et oreilles grandes ouvertes. Rencontre avec le cinéaste et ses comédiens autour d’une apocalypse évitée.

Vincent Raymond | Mercredi 20 février 2019

Antonin Baudry, Mathieu Kassovitz, François Civil, Réda Kateb : “Ce film est une tragédie grecque dans un sous-marin aujourd’hui“

Pour une première réalisation de long métrage, vous vous êtes imposé un double défi : signer un quasi huis clos en tournant dans des sous-marins, mais aussi donner de la visibilité au son… Antonin Baudry : C’était l’une des composante dans l’idée de créer un espace immersif. Il fallait d’abord reproduire le son et ensuite avoir une représentation visuelle des choses qu'on entend, et une représentation dans le son des choses qu'on voient etc. C’est un truc très envoûtant : on a essayé de recréer des écrans à la fois beaux et réalistes, qui jouent narrativement, politiquement également. Cela fait partie du décor, du rapport entre les êtres humains et les machines les sonars donc de la problématique du film. Le terme “Chant du Loup“ préexistait-il ? AB : C'est le nom que l’on donne souvent à des sonars ennemis parce qu’il reflète cette notion de danger. Une fois; quand j'étais à bord d’un sous marin à moitié en exercice et en mission, ne espèce de sirène a retenti et j'ai vu que tout le monde se crispait un peu. J’ai entendu quelqu'un qui disait: : «

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"Le Chant du loup" : La mort dans les oreilles

Silence, on coule ! | De Antonin Baudry (Fr., 1h55) avec François Civil, Omar Sy, Reda Kateb, Mathieu Kassovitz…

Vincent Raymond | Mercredi 20 février 2019

L'ouïe hors du commun de Chanteraide lui permet d’identifier grâce à sa signature sonore n’importe quel submersible ou navire furtif. Mais à cause d’une hésitation, l’infaillibilité du marin est remise en cause. Une crise nucléaire sans précédent va pourtant le rendre incontournable… Scénariste sous le pseudonyme d’Abel Lanzac de la série BD et du film Quai d’Orsay, le diplomate Antonin Baudry change de “corps“ mais pas d’état d’esprit en signant ici son premier long métrage : une nouvelle fois en effet, c’est une certaine idée du devoir et de la servitude à un absolu qu’il illustre. Les sous-mariniers forment un “tout“ dévoué à leur mission, comme le ministre des Affaires étrangères l’était à sa “vision“ d’une France transcendée par sa propre geste héroïque. Mais s’il s’agit de deux formes de huis clos (l’un dans cabinets dorés du pouvoir, l’autre parmi les hauts fonds), tout oppose cinématographiquement les projets. Le Chant du loup assume l’audace rare dans le paysage hexagonal de conjuguer intrigue de géopolitique-fiction f

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Philippe Godeau & Omar Sy : " Le film parle d’un voyage, il en est aussi un pour moi"

YAO | En dédiant YAO à leurs pères respectifs, Philippe Godeau et Omar Sy insistent sur l’importance de la question de la transmission et des racines se trouvant au cœur du film. Retour sur ses origines en compagnie du scénariste-réalisateur et du comédien.

Vincent Raymond | Mercredi 23 janvier 2019

Philippe Godeau & Omar Sy :

Vous êtes tous deux coproducteurs. Autrement dit, votre implication est double puisqu’elle va au-delà de l’investissement artistique. Pourquoi spécifiquement sur ce film ? Philippe Godeau : Omar, c’est l’acteur numéro 1. En faisant un film en Afrique, au Sénégal, j’avais l’envie de partager une expérience, le voyage… Je savais en plus qu’il avait une envie de produire et je trouvais que c’était bien de faire ce voyage à deux. Comme je un vieux producteur et jeune metteur en scène ; qu’Omar est un acteur d’aujourd’hui et novice en production (sourire), je lui ai proposé… Omar Sy : Et j’ai accepté ! Le fait qu’il me laisse cette place, cette chance même, j’ai accepté parce que l’envie de partager quand on est producteur est rare. Avoir ce partage était intéressant : le film parle d’un voyage, il en est aussi un pour moi ainsi que l’aventure avec Philippe : c’est la première fois que j’ai participé à des discussions sur la manière dont on fait, on réfléchit un film, comment on le prépare, on le tourne, on le monte. Et le voyage n’e

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"YAO" : Cahier d’un retour au pays des ancêtres

ECRANS | De Philippe Godeau (Fr.-Sen., 1h44) avec Omar Sy, Lionel Louis Basse, Fatoumata Diawara…

Vincent Raymond | Mercredi 23 janvier 2019

Petit Sénégalais de 13 ans, Yao vénère la star européenne Seydou Tall, au point de connaître son livre par cœur. Apprenant que l’idole est de passage à Dakar, Yao fait les 400km séparant son village pour le rencontrer. Touché (et poussé par le destin), Seydou décide de la ramener chez lui. Il s’agit là clairement d’un conte où le voyageur pensant maîtriser son cheminement se trouve “voyagé“, guidé par des forces de plus en plus pressantes à accomplir une mission initiatique à laquelle il n’était pas préparé. Dans ce récit, Yao n’est pas le héros mais le déclencheur inconscient, l’adjuvant à travers lequel le fatum va se manifester pour infléchir la trajectoire de Seydou ; un cicérone malgré lui tirant par ailleurs des leçons profitables de son escapade. Godeau et Sy ont tenté manifestement d’éviter le “folklorisme“ tout en préservant un certain réalisme dans la vision du pays. Toutefois, il ne faut pas non plus s’attendre à une vérité documentaire : la caméra ne reste pas assez longtemps pour cela, c’est l’histoire qui veut cela… e le genre road movie, qui lui aussi effe

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"Le Jeu" : Drame de cœur à vous l’honneur

Phone Game | de Fred Cavayé (Fr., 1h30) avec Bérénice Bejo, Suzanne Clément, Stéphane De Groodt…

Vincent Raymond | Jeudi 11 octobre 2018

Une soirée comme Vincent et Marie en organisent souvent : autour d’un bon repas entre amis. Sauf que cette fois-ci, l’idée émerge que tous les messages parvenant sur les smartphones durant le dîner soient partagés à haute et intelligible voix. Un jeu bien anodin aux effets dévastateurs… Connu du grand public grâce à des polars à force interchangeables car redondants, Fred Cavayé s’était récemment aventuré dans la comédie (Radin) ; on n’imaginait pas que tout cela le préparait à signer avec Le Jeu son meilleur thriller, une étude de mœurs aussi acide que rythmée dissimulée sous des oripeaux d’un vaudeville à la Bruel et Danièle Thompson. Remake d’un film italien à succès, Perfetti sconosciuti (jusqu’à présent inédit dans nos salles, également adapté par Alex de la Iglesia), cette fausse comédie chorale bifurque rapidement sur une voie dramatique perturbante, révélant comme dans Carnage les visages de chacune et chacun lorsque se fissurent les masques des convenances so

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Carine Tardieu : « Pleurer ou rire, c’est une manière d’être vivante »

Interview | Avant d’aller à Cannes à la Quinzaine de Réalisateurs, Carine Tardieu était passée aux Rencontres du Sud pour présenter son film tourné en Bretagne. Rencontre avec une voyageuse…

Vincent Raymond | Vendredi 8 septembre 2017

Carine Tardieu : « Pleurer ou rire, c’est une manière d’être vivante »

Vous abordez ici thème du secret de famille, très fécond au cinéma… CT : Au fur et à mesure de l’écriture de cette histoire, je me suis rendu compte qu’il y avait énormément de famille dans lesquelles il y avait des secrets — beaucoup autour de la paternité, car on sait qui est la mère d’un enfant. On en entend davantage parler depuis que les tests ADN existent. Des gens m’ont raconté leur histoire : certains ont eu envie de chercher leur père biologique, d’autres n’ont jamais voulu savoir… Paradoxalement, découvrir que son père n’est pas son père biologique permet à votre héros de mieux le connaître le premier… CT : Absolument. J’ai eu moi-même la sensation de rencontrer mon père assez tard, alors que mon père je le connais depuis toujours. Parfois, la rencontre se fait à un moment précis de la vie : quand on devient soi-même père ou mère, on se demande quel homme et quelle femme nos parents ont été. On projette des choses sur eux, qui sont juste une petite partie de leur réa

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Ôtez-moi d’un doute : Paire de pères et pères aperts

ECRANS | Un démineur breton se trouve confronté à de multiples “bombes” intimes, susceptibles de dynamiter (ou ressouder) sa famille déjà bien fragmentée. Autour de François Damiens, Carine Tardieu convoque une parentèle soufflante. Quinzaine des Réalisateurs 2017.

Vincent Raymond | Vendredi 8 septembre 2017

Ôtez-moi d’un doute : Paire de pères et pères aperts

Démineur de métier, Erwan a fort à faire dans sa vie privée : il vient d’apprendre que son père l’a adopté et que sa fille (qu’il a élevée seul) est enceinte. Alors qu’il enquête en cachette sur Joseph, son père biologique, Erwan rencontre Anna dont il s’éprend. Las ! C’est la fille de Joseph. Carine Tardieu a de la suite familiale dans les idées. Depuis ses débuts avec La Tête de Maman (2007) et Du vent dans mes mollets (2012), elle s’intéresse à cette sacro-sainte famille. Un microcosme à part, connu de chacun et cependant toujours singulier, ayant surtout la particularité d’être facilement chamboulé. Tant mieux pour qui veut raconter des histoires. Plateau de fruits de père(s) Pour Ôtez-moi d’un doute, la cinéaste conserve son approche favorite consistant à observer une petite tribu de l’intérieur et à hauteur d’enfant. L’enfant a ici quelque peu grandi, puisqu’il s’agit d’un — gigantesque — adulte, en situation de devenir grand-père de surcroît. Mais le scénario le replace justement dans la position d’un rejeto

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JLG, Portrait chinois

"Le Redoutable" | Une année à part dans la vie de Godard, quand les sentiments et la politique plongent un fer de lance de la Nouvelle Vague dans le vague à l’âme. Une évocation fidèle au personnage, à son style, à son esprit potache ou mesquin. Pas du cinéma juste ; juste du cinéma.

Vincent Raymond | Mardi 5 septembre 2017

JLG, Portrait chinois

1967. Au sommet de sa gloire, Jean-Luc n’est pas à une contradiction près : s’il provoque en public en professant des slogans marxistes ou égalitaristes, il aspire en privé à une union conformiste de petit-bourgeois jaloux avec la jeune Anne. Tiraillé entre son Mao et son Moi, le cinéaste passe de l’idéologie au hideux au logis. L’insuccès de La Chinoise ne va rien arranger… Toutes proportions gardées, la vision du Redoutable rappelle celle de AI (2001), cette étonnante symbiose entre les univers et manière de deux cinéastes (l’un inspirateur, l’autre réalisateur), où Spielberg n’était jamais étouffé par le spectre de Kubrick. L’enjeu est différent pour Hazanavicius, à qui il a fallu de la témérité pour se frotter à un Commandeur bien vivant — certes reclus et discret, mais toujours prompt à la sentence lapidaire ou la vacherie définitive. Hommage et dessert En savant théoricien-praticien de l’art du détournement, Hazanavicius a extrait du récit autobiographique d’Anne Wiazemsky Un an après une substance p

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Lettre de Cannes #2

Festival de Cannes 2017 | Ou comment une projection vire à la farce, des militants bouleversent la Croisette et un cinéaste parle à un autre cinéaste.

Christophe Chabert | Lundi 22 mai 2017

Lettre de Cannes #2

Cher PB, il faut que je te raconte ce qui s’est passé l’autre matin à la projection d’Okja, le film Netflix de Bong Joon-ho. Depuis l’annonce par Thierry Frémaux de l’entrée en compétition de deux films coproduits mais surtout distribués par l’opérateur de vidéo à la demande par abonnement à 10 boules par mois, plus en version HD, les exploitants français ne cessent de faire les scrogneugneus, et de réclamer peu ou prou qu’on chasse ses malotrus yankees qui viennent sur le territoire français bousiller notre sacro-sainte exception culturelle. On ne leur fera pas l’injure, à certains du moins, de leur rappeler qu’ils ont tous très bien sortis les précédents films de Bong Joon-ho ou de Noah Baumbach, l’autre social-traître à avoir signé chez Netflix. C’est vrai, merde, Mistress America, quoi, au moins 800 salles l’ont programmé ! Et Mother, j’en parle même pas… Et pendant des mois en plus ! Toujours est-il qu’ils avaient prévu leur coup : à peine le logo Netflix apparu sur l’écran, la bronca s’est levée dans le Grand Théâtre Lumière, et s’ils avaient pu passer les portiques de sécurité avec des piques et des fourches pour traîner jusq

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"Demain tout commence" : préparez vos mouchoirs

ECRANS | de Hugo Gélin (Fr, 1h58) avec Omar Sy, Clémence Poésy, Gloria Colston…

Vincent Raymond | Jeudi 8 décembre 2016

Ah ah ! Si l’affiche sur fond blanc, avec un Omar Sy rigolard laisse croire à une comédie, ne vous y trompez pas : Demain tout commence est signé par un amateur de mélo en la personne d’Hugo Gélin, déjà responsable de Comme des frères — aurait-il des accointances avec un fabricant de mouchoirs en papier ? Il convoque ici l’acteur préféré des Français pour un rôle de papa célibataire susceptible de perdre doublement sa fille Gloria : parce que sa mère démissionnaire décide brutalement d’en récupérer la garde, et parce que la gamine est atteinte d’une sale maladie… Parfait mash-up de la chanson de Balavoine Mon fils ma bataille et du tire-larmes L’Arbre de Noël de Terence Young (1969), ce piège à sentiments se referme impitoyablement sur le spectateur un peu trop sensible, conditionné par l’ambiance de fin d’année et le cocon d’amour irréel tissé autour de la petite Gloria, über choyée par ses deux papas — sans pourtant virer gamine pourrie-gâtée. Louchant vers le cinéma anglo-saxon jusqu’au strabisme, ce film un peu trop produit pour être sincère n’arrive pas à trouver la spontanéité ni la l

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Chocolat

ECRANS | Avec quatre réalisations en dix ans — dont trois depuis juin 2011 — on va finir par oublier que Roschdy Zem a commencé comme comédien. Il aurait intérêt à ralentir la cadence : son parcours de cinéaste ressemble à une course forcenée vers une forme de reconnaissance faisant défaut à l’acteur… Vincent Raymond

Vincent Raymond | Mercredi 3 février 2016

Chocolat

Rien de tel, pour un réalisateur désireux de s’assurer un consensus tranquille, qu’un bon vieux film-dossier des familles ou la biographie d’une victime de l’Histoire. Qu’importe le résultat artistique : il sera toujours considéré comme une entreprise morale nécessaire visant à rétablir une injustice et réduit à sa (bonne) intention de départ, si naïve qu’elle soit — on l’a vu il y a peu avec le documentaire mou du genou Demain de Cyril Dion & Mélanie Laurent, encensé pour les vérités premières qu’il énonce, malgré sa médiocrité formelle et sa construction scolaire. Chocolat est de ces hyper téléfilms néo-qualité française qui embaument la reconstitution académique et s’appuient sur une distribution comptant le ban et l’arrière-ban du cinéma, figée dans un jeu "concerné", dans l’attente de séquences tire-larmes. La bande originale de Gabriel Yared, étonnamment proche des mélodies de Georges Delerue — mais ce doit être un hasard, Yared étant plutôt connu pour ses “hommages” à John Williams — incitant fortement à l’usage du mouchoir. Un

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La Famille Bélier

ECRANS | Bons sentiments à la louche, pincée d’humour trash, mise en orbite d’une star de télé-crochet, célébration de l’art de Michel Sardou, regard pataud sur le handicap, populisme facile : Eric Lartigau signe un film dans l’air moisi du temps, qui donne des envies de sepuku critique. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Lundi 15 décembre 2014

La Famille Bélier

«Bélier : n. m. 1) Mâle non châtré de la brebis. 2) Machine de guerre des anciens servant à battre les murailles en brèche.» Cette double définition piquée dans le Robert sonne comme la meilleure critique possible de La Famille Bélier. 1) Le nouveau film d’Éric Lartigau s’apparente à une comédie sentimentale mi-chèvre, mi-chou, qui met les pieds dans le purin campagnard et la tête dans les étoiles de la réussite, les mains dans le cambouis du populisme et le nez dans la grande cause du handicap, via une famille de sourds-muets avec en son centre Paula, jeune adolescente qui non seulement parle et entend, mais en plus chante d’une voix d’or. Lartigau emprunte d’abord la piste gonflée du comique trash, avec une scène chez le médecin où les parents s’engueulent à cause de la mycose de madame et de l’appétit sexuel de monsieur. Admirateur des Farrelly, Lartigau est loin de leur humanisme par la provoc’ : le vrai gag de la séquence, ce sont les traductions de Paula, et les reproches qu’elle adresse à ses géniteurs. Ce qui compte, ce n’est pas que le spectateur s’identifie aux parents sourds, mais à la petite valide. Qui, comme le spectateur, n’entend

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The Search

ECRANS | De Michel Hazanavicius (Fr, 2h14) avec Bérénice Bejo, Annette Bening, Maxim Emelianov…

Christophe Chabert | Mardi 25 novembre 2014

The Search

Mal accueilli à Cannes, judicieusement remonté depuis, The Search prouve que son cinéaste, Michel Hazanavicius, possède un très estimable appétit de cinéma. Après le triomphe de son néo-muet The Artist, il signe le remake d’un mélodrame éponyme de Fred Zinnemann, qu’il réinscrit dans le cadre de la deuxième guerre de Tchétchénie en 1999. En parallèle, on suit deux destins : l’errance d’un enfant dont les parents ont été massacrés sous ses yeux par l’armée russe, recueilli par une chargée de mission de l’Union Européenne, et un jeune un peu paumé que ladite armée va transformer en machine de guerre. On ne révèlera pas ce qui les réunit, tant il s’agit d’un des tours de force de The Search. L’autre, c’est la sécheresse avec laquelle Hazanavicius parvient à raconter son histoire, différant longuement la montée émotionnelle pour s’en tenir à un classicisme bienvenu et efficace. Peu de musique externe, une volonté de trouver la bonne distance face aux événements et de ne pas chercher la fresque mais plutôt le désarroi qui émane des ruines ou des colonnes de civils chassés par la guerre. Le film, même dans cette version, n’évite pas toujours le didac

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Samba

ECRANS | Retour du duo gagnant d’Intouchables, Nakache et Toledano, avec une comédie romantique sur les sans papiers où leur sens de l’équilibre révèle à quel point leur cinéma est scolaire et surtout terriblement prudent. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 14 octobre 2014

Samba

Alors que le triomphe d’Intouchables leur ouvrait toutes les portes, Olivier Nakache et Éric Toledano ont choisi avec Samba de tracer tranquillement leur sillon. Mais en territoire miné. Car il faut être passablement inconscient pour tourner une comédie romantique sur les sans papiers où une cadre en burn out (Charlotte Gainsbourg) devient bénévole dans une association et s’éprend d’un cuistot en situation irrégulière (Omar Sy). Le plus surprenant étant qu’ils réussissent à le faire sans froisser quiconque alors que le sujet, passionnel, cristallise l’opinion française depuis un quart de siècle. Exploit ? Pas vraiment, car c’est justement cette méthode, consistant à chercher sans arrêt l’équilibre pour quêter l’unanimité, qui finit par rendre le film agaçant. Le mot méthode n’est pas employé au hasard : Nakache et Toledano ont une manière bien à eux de rassurer le spectateur, de remettre toujours la balle au centre et, finalement, de jouer la carte de la plus grande prudence. Ainsi, chaque fois qu’ils s’approchent un peu trop près d’une situation dramatique — la visite dans le centre de rétention — ils la contrebalancent par un moment de comédi

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Le Dernier diamant

ECRANS | D’Éric Barbier (Fr, 1h45) avec Yvan Attal, Bérénice Béjo…

Christophe Chabert | Mardi 29 avril 2014

Le Dernier diamant

Dans la grande poubelle à films foireux du mois d’avril, Le Dernier diamant est un exemple fascinant : ce film d’arnaque à la française où un escroc fraîchement libéré de prison tente de dérober un diamant inestimable à une riche héritière révèle, même au moins attentif des spectateurs, sa fabrication chaotique. Il démarre comme une comédie policière enlevée façon Ocean’s eleven et s’achève dans un bain de sang à la Johnnie To ; les dialogues — surtout ceux de Bérénice Béjo, qui grille en un rôle toute la crédibilité acquise chez Hazanavicius et Farhadi — sont grotesques de sérieux explicatif, comme le scénario qui récapitule sans cesse l’intrigue pour les mal-comprenants, jusqu’à une scène où des révélations top confidentielles se font au milieu d’un parc public — super discret, donc. Mais le plus incroyable reste le montage hystérique, aussi vain qu’épuisant, du film, qui vient compenser la mollesse manifeste d’une mise en scène accumulant les gros plans jusqu’à la nausée. Éric Barbier a longtemps été considéré comme le cinéaste maudit de la génération IDHEC — celle de Desplechin, Rochant, Ferran… En fait, après cette daube hallucinante, on se

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Suzanne

ECRANS | Peut-on faire un mélodrame sans verser dans l’hystérie lacrymale ? Katell Quillévéré répond par l’affirmative dans son deuxième film, qui préfère raconter le calvaire de son héroïne par ses creux, asséchant une narration qui pourtant, à plusieurs reprises, serre le cœur. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Lundi 16 décembre 2013

Suzanne

Suzanne : le deuxième film de Katell Quillévéré après le timide Un poison violent, choisit son héroïne dès son titre. Mais ce seront autant ses absences que sa présence qui vont intéresser l’auteur, autant les questions que son comportement instable suscite que les réponses qu’on pourrait apporter pour expliquer sa fuite en avant. D’où provient le mal-être de Suzanne ? D’une mère morte très jeune ? Trop facile… Autour d’elle, son père (François Damiens, exceptionnel, qui irradie de beauté et de bonté) et sa sœur (Adèle Haenel, qu’on espère bientôt reconnue à sa juste et haute valeur parmi les jeunes comédiennes françaises) forment une famille aimante, dévouée, compréhensive. Pourquoi choisit-elle de garder cet enfant au père inconnu, alors qu’elle est encore lycéenne ? Là aussi, Quillévéré décide de laisser le mystère sombrer dans un des nombreux vides narratifs soigneusement entretenus, comme un trou noir qui aspirerait toutes les tentatives d’explications, psychologiques ou sociologiques, qui voudraient percer à peu de frais l’opacité de son personnage. Elle-même finira par disparaître du récit, au profit d’une longue ellipse : on la laisse filant le

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Je fais le mort

ECRANS | De Jean-Paul Salomé (Fr-Belg, 1h42) avec François Damiens, Géraldine Nakache, Lucien Jean-Baptiste…

Christophe Chabert | Mardi 10 décembre 2013

Je fais le mort

Le premier mérite de Je fais le mort est l’originalité de son point de départ : un acteur dans la dèche, souffrant d’une réputation détestable sur les plateaux, accepte d’aller "faire le mort" pour la reconstitution judiciaire d’un triple homicide du côté de Megève. Une fois sur place, entre drague maladroite de la juge d’instruction et volonté de «réalisme» sur la scène du crime, il provoque une série de catastrophes mais révèle aussi les approximations de l’enquête. Au milieu d’un genre sinistré, celui de la comédie hexagonale ici matinée de polar, Je fais le mort tire son épingle du jeu. Pas tellement par sa mise en scène, même si son artisanat télévisuel lui confère une modestie bienvenue ; surtout par le portrait de ce comédien égocentrique et vaniteux qui conduit à quelques réflexions bien vues sur un monde du cinéma où même le plus pitoyable des losers se prend pour un génie de «l’acting» — on sent que Salomé a vu Extras, la formidable série de Ricky Gervais. C’est bien sûr une partition parfaite pour un François Damiens en grande forme, trop heureux de pouvoir être à la fois l’acteur de cinéma subtil qu’il est devenu et

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Gare du Nord

ECRANS | Claire Simon tente une radiographie à la fois sociologique et romanesque de la gare du nord avec ce film choral qui mélange documentaire et fiction. Hélas, ni le dialogue trop écrit, ni les récits inventés ne sont à la hauteur de la parole réelle et des vies rencontrées… Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mercredi 4 septembre 2013

Gare du Nord

Pensant probablement le naturalisme en bout de course pour raconter le monde contemporain, deux réalisatrices tentent en cette rentrée de faire se croiser réalité documentaire et fiction intime. Si Justine Triet avec sa Bataille de Solférino s’en tire grâce à l’élan vital débraillé qui irrigue sa fiction, le dispositif de Gare du Nord échoue à hisser le romanesque à la hauteur de la réalité. Il y a d’abord un prétexte très artificiel véhiculé par le personnage de Reda Kateb, étudiant en sociologie faisant une thèse sur la gare du Nord comme «place du village global», justification scénaristique facile pour le montrer abordant commerçants et usagers. Ensuite, la structure chorale du film, avec ses trois histoires entremêlées — une femme malade tombe amoureuse d’un homme plus jeune qu’elle, un père cherche sa fille fugueuse, une agent immobilière ne supporte pas d’être séparée de son mari et de ses enfants — paraît là aussi dictée par une intention trop appuyée, celle de faire se croiser dans un microcosme à la fois unique et globalisé des destins singuliers. Que Claire Simon ait recours à un procédé devenu éculé pour souligner une idée déjà mart

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Le Passé

ECRANS | Pour son premier film tourné hors d’Iran, Asghar Farhadi prouve à nouveau qu’il est un des cinéastes importants apparus durant la dernière décennie. Mais ce drame du non-dit et du malentendu souffre de la virtuosité de son auteur, un peu trop sûr de son talent. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Samedi 18 mai 2013

Le Passé

Il n’aura pas fallu longtemps à Asghar Farhadi pour devenir la star du cinéma d’auteur mondial. Découvert par les cinéphiles avec le très fort A propos d’Elly, puis couvert de récompenses — ours d’or, césar, oscar — et adoubé par le grand public pour Une séparation, le voilà qui quitte son Iran natal pour tenter l’aventure en français dans le texte avec Le Passé. Il faut rappeler ce qui a fait la force du cinéma de Farhadi : une vision inédite des classes moyennes iraniennes, dont les cas de conscience exposés dans des récits puissants et brillamment construits avaient quelque chose d’universel, et que le cinéaste parvenait à faire vivre grâce à des mises en scènes tendues comme des thrillers. Le Passé peut d’abord  se regarder comme un grand jeu des sept erreurs : qu’est-ce qui reste du Farhadi iranien dans sa version française, et qu’est-ce qui s’en écarte ? La classe moyenne est toujours au centre du récit, mais comme une donnée presque routinière, et le choc des cultures entre un mari iranien et sa femme française, qui plus est vivant avec un nouvel amant d’origine algérienn

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L’Écume des jours

ECRANS | Avec cette adaptation du roman culte de Boris Vian, Michel Gondry s’embourbe dans ses bricolages et recouvre d’une couche de poussière un matériau littéraire déjà très daté. Énorme déception. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Jeudi 25 avril 2013

L’Écume des jours

Plus madeleine de Proust adolescente que véritable chef-d’œuvre de la littérature française, L’Écume des jours avait déjà fait l’objet d’une adaptation cinématographique, devenue difficile à voir pour cause de gros échec à sa sortie en salles. Le cinéma français ayant redécouvert les vertus de son patrimoine littéraire, voici donc Michel Gondry qui s’y colle. Le moins que l’on puisse dire est que, là où beaucoup auraient jugé l’univers métaphorico-poétique de Vian ardu à transposer à l’écran, Gondry est face à lui comme un poisson dans l’eau, trouvant une matière propice à déverser toutes ses inventions visuelles. Trop propice, tant les premières minutes du film fatiguent par leur accumulation d’idées passées au broyeur d’un montage hystérique. On n’a tout simplement pas le temps de digérer ce qui se déroule sous nos yeux, Gondry enchaînant à toute blinde les trouvailles, multipliant les accélérés, les changements d’échelle ou les trucages à la Méliès. D’une certaine manière, sa fidélité à Vian est déjà un handicap : là où il aurait pu faire le tri, il préfère empiler 

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Mais qui a retué Pamela Rose ?

ECRANS | De et avec Kad Merad et Olivier Baroux (Fr, 1h30) avec Audrey Fleurot, Omar Sy…

Christophe Chabert | Mardi 4 décembre 2012

Mais qui a retué Pamela Rose ?

Un air de fête du slip flotte au-dessus de cette suite de Pamela Rose, réalisée cette fois par Kad et Olivier eux-mêmes. En effet, le film a été gavé jusqu’à la gueule de tous les types d’humour existant, produisant beaucoup de déchets en pensant sans doute toucher tous les segments de public. Les deux zouaves se sont sans doute bien amusés, allant jusqu’à s’autociter période Kamoulox, se vieillir avec fausses bedaines et grotesques moustaches texanes, ou se distribuer en faux commentateurs de catch. À leurs côtés, une moitié du casting d’Intouchables tente de garder une certaine dignité au milieu de pantalonnade assez sinistre qui pense que le cinéma, c’est seulement plus gros et plus cher que la télévision. On est même éberlué de voir que la meilleure idée du film, celle qui pouvait légitimer cette suite, débarque seulement vingt minutes avant la fin ! Dans son envie de rire de tout n’importe comment, Mais qui a retué Pamela Rose ? prend acte de cette inflation ridicule, et c’est bien les seuls moments où l’on rit : quand un figurant dit à Kad qu’il «tourne trop», ou quand le comptable de la production vient rappeler que tout ça, c’

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