"Lands of Murders" : Allemagne année 2

ECRANS | De Christian Alvart (All., 2h09) avec Felix Kramer, Trystan Pütter, Nora von Waldstätten…

Vincent Raymond | Jeudi 23 juillet 2020

Photo : ©KMBO


Allemagne de l'Est, 1992. Deux policiers sont envoyés dans une petite bourgade pour enquêter sur la disparition de deux adolescentes. Le contexte de la chute du Mur, l'hostilité ambiante, la découverte de trafics connexes et leurs méthodes divergentes rendent leur mission très difficile…

Outre un goût du lucre et de la facilité conjugué à un manque d'esprit d'initiative, on se demande souvent ce qui motive, chez un producteur, la mise en œuvre d'un remake. En général, la nouvelle version se contente de toiletter l'original (ou de la “rebooter“) en l'accommodant au parfum du moment ; plus rares sont les propositions singulièrement alternatives, ou les variations pertinentes — on se souvient (ou pas, si l'on peut) de l'inutile Fonzy, décalque sans intérêt du Québécois Starbuck. Lands of Murders est heureusement pour lui et nous d'une autre étoffe.

Transposition du polar d'Alberto Rodríguez Las Isla Minima, le film de Christian Alvart démontre par l'exemple l'universalité de la trame (qui possédait des accents de tragédie antique) dans la mesure où elle constitue un bon vieux McGuffin. L'enjeu est moins d'élucider des crimes que de mettre au jour les divergences entre les personnages, de sortir des placards les squelettes du passé volés d'un deuil au nom d'une rapide réunification/réconciliation nationale — en fait, on pourrait imaginer une histoire identique dans la France de l'épuration, la Roumanie d'après Ceaușescu, le Chili post-Pinochet, l'Afrique du Sud à sa sortie de l'apartheid voire, qui sait, dans la Corée des prochaines années. L'amnistie octroyée aux ex franquistes ou le pardon accordé au anciens membres de la Stasi n'efface pas d'un coup de baguette magique le poids de leur infamie, pas plus qu'il ne les guérit de leurs habitudes…

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La Isla minima

ECRANS | Deux flics enquêtent sur des assassinats de femme dans une région marécageuse et isolée, loin des soubresauts d’un pays en pleine transition démocratique. En mélangeant thriller prenant et réflexion historique, Alberto Rodríguez réalise avec maestria un True detective espagnol. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 14 juillet 2015

La Isla minima

Au tout début des années 1980, l’Espagne continue sa transition entre la dictature franquiste et la monarchie républicaine. Les échos de cette mutation ne parviennent que lentement vers une région reculée de l’Andalousie cernée par les marais, où les habitants ont définitivement renoncé à mettre leurs pendules à l’heure. Pourtant, l’assassinat de deux jeunes filles lors des fêtes annuelles va conduire deux flics venus de Madrid à débarquer dans cette communauté fermée et discrète pour faire surgir la vérité et lever les hypocrisies morales. Alberto Rodríguez, cinéaste jusqu’ici plutôt mineur au sein de la nouvelle génération espagnole, parvient très vite à lier ensemble son thriller et le contexte politique dans lequel il l’inscrit. Et ce grâce à la personnalité de ses deux enquêteurs : l’un, Juan, obsédé par la résolution de l’affaire, représente la nouvelle Espagne qui se met en place lentement et tente de remplacer les méthodes expéditives des milices franquistes ; l’autre, Pedro, a plus de mal à oublier ses vieux réflexes et y voit surtout une forme d’efficacité non entravée par les droits des suspects. Mais cette tension se retrouve aussi dans l’intrigue elle-même

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