"Miss" : Pas celle que vous croyez

ECRANS | ★★☆☆☆ De Ruben Alves (Fr., 1h47) avec Alexandre Wetter, Pascale Arbillot, Isabelle Nanty…

Vincent Raymond | Mercredi 21 octobre 2020

Photo : ©Warner Bros. France


Passer de l'exception à l'acceptation : telle est la situation d'Alex dans Miss, où un jeune homme à demi-marginalisé recherche un épanouissement libérateur en mentant sur son identité et en participant au concours Miss France… Signée Ruben Alves, cette comédie grand public aux accents de feel good movie devrait contribuer à dégetthoïser la situation des personnes transgenres — d'autant qu'elle est tournée avec la transparente complicité du Comité Miss France (qui s'achète ici une image de modernité, alors même que ses statuts poussiéreux prouvent régulièrement leur inadéquation avec la société contemporaine) et de comédiens hyper-populaires, comme Isabelle Nanty ou Thibaut de Montalembert en trav'…ailleuse du sexe au Bois. Mais ce film, qui tient beaucoup du conte d'Andersen, ne tiendrait pas sans la personne ni la personnalité d'Alexandre Wetter, qui fait exister le personnage à travers son parcours initiatique : l'“image” de femme qu'il crée masque les banalités, facilités et quelques incohérences disséminées ici ou là. Gardons le positif.

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"Présidents" : Vieilles choses publiques

ECRANS | Enchaînant films et sujets opposés, Anne Fontaine s’attaque après Police à l’étage supérieur : le pouvoir suprême et ceux qui l’ont exercé… lorsqu’ils en sont dépossédés. Entre fable et farce, une relecture des institutions et de l’actualité politique bien plus intéressant que ce que les teasers-sketches laissaient supposer…

Vincent Raymond | Jeudi 1 juillet 2021

Reconverti en homme d’intérieur dépressif, l’ex président Nicolas S. prend pour prétexte la popularité grandissante de la candidate d’extrême-droite pour partir en Corrèze afin de convaincre son ancien adversaire et successeur François H. de monter un nouveau parti avec lui. La cohabitation sera d’autant plus rude qu’ils sont opposés en tout, et que leurs compagnes s’invitent dans la campagne… Une évidence en préambule : sur les arcanes de la Ve République — et ses bruits de cabinet, diront les mauvaises langues — il sera difficile de parvenir un jour à se montrer plus complet que t le magistral L’Exercice de l’État de Pierre Schoeller. Rien n’empêche toutefois d’attaquer le sujet par la bande, en se focalisant sur des espèces s’ébattant dans cet écosystème. Tels les Présidents du film homonyme d’Anne Fontaine construit comme une fable dont les protagonistes ne seraient pas de grands fauves, mais deux ex éconduits par leur bien-aimée, trompant ensemble leur déni dans l’illusoire espoir d’une reconquête. Sauf que la belle, de plus en plus versatile et capricieuse, ne veut plus d’e

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François Ozon : « Il n’y a pas une manière pour diriger les acteurs »

Été 85 | Retenu dans la sélection officielle du Festival de Cannes 2020, en compétition au Festival de San Sebastien, Été 85 séduit… Sans doute parce qu’il parle de séduction et renvoie à l’adolescence des spectateurs. En tout cas, à celle de son auteur, François Ozon. Rencontre.

Vincent Raymond | Mercredi 29 juillet 2020

François Ozon : « Il n’y a pas une manière pour diriger les acteurs »

La réalisation de ce film a-t-elle été pour une manière d’exécuter un pacte que vous auriez contracté avec vous-même, lecteur de 17 ans découvrant le roman de Aidan Chambers? François Ozon : Quand j’ai lu le livre, je n’étais pas encore cinéaste, c’est vrai, j’étais lycéen rêvant de faire du cinéma et je me suis dit que j’adorerais faire ce film, raconter cette histoire… En même temps, j’avais presque plus envie d’en être le spectateur. Peut-être que, déjà, je me sentais trop proche des personnages, je n’aurais pas été capable de raconter l’histoire. J’étais quasiment sûr d’ailleurs qu’un réalisateur comme Gus Van Sant, John Hughes ou Rob Reiner aurait pu s’en emparer et faire un teen movie à l’américaine. Mais ça c’est jamais fait. Quand j’en ai parlé à Aidan Chambers, qui a 85 ans aujourd’hui, il m’a dit que trois réalisateurs avaient essayé de l’adapter pendant toute cette période, sans succès. Après Grâce à Dieu — qui avait été un film un peu compliqué, vous vous doutez pourquoi — j’avais envie de

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Défions-nous des apparences…

Panorama ciné mars | Mois de la bascule entre les saisons, du changement d’heure — bref, de toutes les métamorphoses — mars incite à aller au-delà de la surface des choses. Et donc de l’écran…

Vincent Raymond | Mercredi 4 mars 2020

Défions-nous des apparences…

Puisque l’on célèbre en mars la Journée internationale des droits des femmes (le 8) et que 2020 doit censément voir aboutir dans l’industrie l’objectif paritaire 50/50, posons crânement la question : où sont les femmes ce mois-ci au cinéma ? Derrière les fourneaux, en train de faire le repassage ou de se pomponner pour leur mari dans La Bonne Épouse (11 mars). Situé dans une école ménagère en déclin à la veille de mai-68, cette comédie de Martin Provost joue sur un second degré évident entre la fin de l’époque patriarcale et l’espoir de l’avénement d’une autre, en bénéficiant d’un trio féminin de choc : Juliette Binoche en directrice d’école prenant la vague, Yolande Moreau en vieille fille éberluée par les changements et surtout Noémie Lvosky en bonne sœur façon Don Camillo en cornette — une distribution compensant des inégalités de forme et de rythme. Pour Mathias Malzieu, la femme est coupée en deux et dans la baignoire — mais c’est pour son bien puisqu’il s’agit d’Une Sirène à Paris (même date). Dans ce nouveau conte burtonien,

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Aurélie Voltz, Madame la commissaire en chef

Portrait | Un peu plus de deux ans après après son arrivée à la direction du Musée d'Art Moderne et Contemporain de Saint-Étienne Métropole, Aurélie Voltz a résolument pris ses nouvelles marques, loin de Paris, sa ville-racine. Rencontre avec une femme de conviction qui, riche d'un parcours sans faute de goût, entend bien faire bouger les lignes. Texte et photo Niko Rodamel

Niko Rodamel | Mercredi 8 janvier 2020

Aurélie Voltz, Madame la commissaire en chef

Alors qu'en 1973 disparaissent de la scène artistique deux illustres Pablo, Neruda et Picasso, naît à Paname la petite Aurélie, au sein d'une famille baignée de culture. Maman est journaliste pour le magazine Connaissance des arts, papa est graphiste. « Dès l'âge de quatre ans mes parents m'ont régulièrement emmenée au Centre Georges-Pompidou qui venait d'ouvrir. Nous allions aussi au marché aux puces, ce qui a sans doute développé chez moi un certain intérêt pour tous types d'arts, jusqu'à l'artisanat. » Aurélie grandit ainsi à Paris dans un appartement peuplé d'objets issus de différentes cultures et de différentes époques. Elle est pourtant davantage portée vers les lettres, le français... Elle entreprend ainsi des études littéraires au cours desquelles elle est très tôt attirée par le XIXᵉ siècle. L'adolescente nourrit notamment une réelle passion pour le mouvement anglais des préraphaélites. C'est peut-être même un tableau en particulier, Ophélia, peint par John Everett Millais en 1851, qui sera un des éléments déclencheurs d'une vocation sous-jacente. « C'est une oeuvre qui m'a vraiment impressionnée et touchée, avant même que je ne com

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"Mon chien Stupide" : Chienne de vie !

ECRANS | De et avec Yvan Attal (Fr., 1h45) avec également Charlotte Gainsbourg, Pascale Arbillot, Éric Ruf…

Vincent Raymond | Mercredi 23 octobre 2019

Jadis écrivain prometteur, Henri n’a rien produit de potable depuis des années. La faute en incombe, selon lui, à sa femme et ses enfants qu’il accuse de tous ses maux. Lorsqu’un énorme molosse puant et priapique débarque ex nihilo dans sa vie, il y voit un signe bénéfique du destin. Les personnages perdant toute inhibition pour cracher une misanthropie sans filtre au monde entier emportent facilement la sympathie du public, qui aimerait bien souvent se comporter comme eux. Incorrect au plus haut degré, l’égotique Henri est de cette race d’anars domestiques en ayant soupé des convenances et du masque social ; peu lui chaut de dire ses quatre vérités son épouse ou à sa progéniture. En cela, il évoque beaucoup le narrateur de American Beauty (1999) — dont on se demande par ricochet s’il n’a pas été inspiré par le roman posthume de John Fante que Yvan Attal adapte ici. Mais aussi cet autre écrivain obsessionnel et râleur héros de Kennedy et moi (1999), campé par Jean-Pierre Bacri. D’ailleurs, cela peut-être l’enseignement principal de Mon chien stupide, Yvan A

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"Sorry We Missed You" : Misère UBER alles

ECRANS | Un intérimaire se lance dans l’entrepreneuriat franchisé avec l’espoir de s’en sortir… précipitant sa chute et celle de sa famille. Par cette chronique noire de l’ère des GAFA, Ken Loach dézingue toujours plus l’anthropophagie libérale. En compétition à Cannes.

Vincent Raymond | Mercredi 23 octobre 2019

Newcastle, de nos jours. Abby et Ricky s’en sortent tout juste avec la paie de l’une et les intérim de l’autre. Alors, Ricky convainc son épouse de vendre leur voiture pour acheter un utilitaire afin de devenir livreur “indépendant“. Le mirage d’une vie meilleure s’offre à eux. Le début de l’enfer. D’aucuns pourraient reprocher — c’est une figure de style : en fait, ils le font — à Ken Loach de rabâcher sous toutes les formes sa détestation du modèle capitaliste. Ou d’avoir joué depuis trente ans les prophètes de mauvais augure en dénonçant avec constance les ravages de la politique thatchéro-reagano-libérale qui, ayant désagrégé le tissu socio-économique britannique, n’en finit plus de saper ce qu’il reste de classe moyenne, après avoir laminé les classes populaires, au nom de la “libre“ entreprise, “libre“ concurrence… bref de toute cette belle liberté octroyée au haut de la pyramide pour essorer le lumpenprolétariat. Trente ans que Loach essuie les mêmes remarques condescendantes des partisans du marché (qui le voient

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"La Permission" : Hors jeu

ECRANS | de Soheil Beiraghi (Irn., 1h28) avec Baran Kosari, Amir Jadidi, Sahar Dowlatshahi…

Vincent Raymond | Mercredi 28 novembre 2018

Capitaine de l’équipe féminine iranienne de futsal, Afrooz doit disputer une compétition internationale en Malaisie lorsqu’elle découvre que son époux a révoqué son autorisation de sortie du territoire. Entre stupeur et colère, elle lutte quasi seule pour changer les choses… Voici un film étrangement en phase avec l’actualité. Bref rappel : le 10 novembre dernier à Téhéran, pour la première fois depuis 1979, des femmes ont eu la possibilité d’assister à un match de football dans un stade largement occupé par des hommes, à l’occasion de la finale de la Ligue des champions asiatique. Un spectaculaire contraste avec l’histoire d’Afrooz, qui se déroulait “en vrai“ quelques mois plus tôt. Comme souvent dans le cinéma iranien contemporain — dont on ne cesse de signaler l’audace politique autant que formelle — la construction est dialectique : face à une problème administratif ou une énigme, la complexité des faits se déploie progressivement, révélant de nombreuses ramifications au fil d’un dialogue incisif, mais jamais pesant. Nul manichéisme dans le traitement des personnages : chacun

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"Mission : Impossible - Fallout" : Redoublement en 6e

Tempus Fugit | Suite directe de Rogue Nation, Fall Out revisite les fondamentaux de la franchise Mission : Impossible en passant la sixième vitesse. La rapidié, une manière comme une autre pour Tom Cruise de défier le temps qui passe…

Vincent Raymond | Mercredi 5 septembre 2018

Censé empêcher un groupe terroriste de s'emparer de sphères de plutonium, Ethan Hunt compromet sa mission afin de sauver un membre de son équipe. Le CIA lui met alors dans les pattes l’agent Walker chargé d’évaluer l’IMF ; charge à lui de récupérer les éléments radioactifs… Pour ce sixième opus, on ne change pas une équipe qui gagne (des dollars), et encore moins l’architecture narrative de la franchise : une nouvelle fois, il est ici avéré qu’une taupe trahit l’Agence et des preuves accablantes s’accumulent contre Hunt ; lequel, placé en fragilité, doit jouer contre sa hiérarchie pour sauver le monde avant même de prouver son innocence. Voilà qui n’est pas sans rappeler la trame de l’excellent film inaugural de DePalma (1996). Impression renforcée par un finale à coup d’hélicoptères, une large inscription territoriale du film entre Paris et Londres et le démasquement grâce à un masque du traître de l’histoire. Les références à l’épisode matriciel deviennent des révérences assumées. Éternelle genèse Vingt ans plus tard, cette constance app

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"Guy" : Guy Lutz

Documenteur | de et avec Alex Lutz (Fr., 1h41) avec également Tom Dingler, Pascale Arbillot…

Vincent Raymond | Vendredi 31 août 2018

Pour approcher Guy Jamet, vieille gloire de la musique depuis l’époque yéyé dont sa mère lui a révélé qu’il était son père, Gauthier a entrepris de tourner un documentaire dans l’intimité du chanteur. Mais plus il filme, plus il repousse le moment de révéler son secret à star déclinante… Pour sa deuxième réalisation, Alex Lutz s’est essayé au format toujours plaisant du documenteur, empruntant l’apparence du documentaire pour servir un propos totalement imaginaire. Filmé en caméra subjective (et à la manière de ces séries télé s’accrochant aux basques d’une célébrité pour en divulguer les jardins secrets), Guy est entrelardé de séquences “d’archives” forcément bidons retraçant un demi-siècle de sa carrière fictive. C’est sur ce point que Lutz se montre le plus efficace — sans doute sa pratique de la pastille-pastiche n’y est-elle pas étrangère — : ses contrefaçons de tubes années 1960, 1970 et 1980 avec mises en images à l’appui s’avèrent crédibles et drôles au premier degré. Nul besoin d’en rajouter quand les costumes ou les play-backs sont à la base approximatifs.

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"Les Tuche 3" : Idiocratie à la française

ECRANS | de Olivier Baroux (Fr., 1h32) avec Jean-Paul Rouve, Isabelle Nanty, Claire Nadeau…

Vincent Raymond | Mercredi 31 janvier 2018

Voir un candidat au programme étique accéder à la magistrature suprême après que son adversaire s’est ridiculisé lors du débat d’entre-deux tours n’a aujourd’hui plus rien d’absurde. Pas plus que d’imaginer le dernier des clampins gouverner une super-puissance. La démocratie est cette chose prodigieuse qui donne parfois au peuple le pouvoir de faire n’importe quoi de sa voix. Prenons le cas des Tuche (2010). Gentil succès dans les salles, son audience record lors de sa diffusion télévisée a commandé la mise en chantier d’une suite désespérante…. mais triomphale au box-office. Un solide argument pour légitimer ce troisième opus — celui de la maturité ? Ah non, on ne parle pas de musique. Ici, Jeff Tuche devient donc président de la République, ce qui contrarie sa vocation de fainéant professionnel. Son épouse Cathy martyrise les cuisiniers de l’Elysée pour arriver à la frite parfaite et leur fille se fait manipuler par un écrivaillon de salon. Bref, c’est le chaos au Château… Baroux et sa troupe ne parviennent toujours pas à trancher entre la comédie épa

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La directrice de la Cité du design démissionne

Tête(s) de culture | Mme Caroline Tisserand, nommée en juillet dernier directrice de la Cité du design de Saint-Étienne suite au départ de M. Ludovic Noël début mars 2017, (...)

Nicolas Bros | Jeudi 25 janvier 2018

La directrice de la Cité du design démissionne

Mme Caroline Tisserand, nommée en juillet dernier directrice de la Cité du design de Saint-Étienne suite au départ de M. Ludovic Noël début mars 2017, a démissionné à la fin du mois de janvier 2018. Du côté de la Cité du design, l'information est confirmée mais on ne fait pas de commentaire complémentaire concernant le lancement d'un nouveau processus de recrutement. D'après nos confrères d'Activ Radio, « elle n’aurait pas supporté la mauvaise gestion de l’EPCC - établissement public de coopération culturel - qui dure depuis quelques années. » Pour information, la prochaine Biennale du design aura lieu en début d'année 2019. Le thème de cette dernière n'est, pour le moment, pas encore dévoilé.

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"Aurore" : L’âge de madame est avancé

ECRANS | Portrait d’une femme à la croisée des émotions et de la vie, cette comédie culottée sur la ménopause brise réellement les règles. Interprète du rôle-titre, Agnès Jaoui donne émotion et fantaisie à ce grand-huit émotionnel, usant de son superbe naturel. Tendre et drôle.

Vincent Raymond | Mercredi 5 avril 2017

Aurore a la cinquantaine et les hormones en panique. Et quand son aînée lui annonce qu’elle est enceinte, sa cadette son désir d’arrêter ses études, son nouveau patron ses délires jeunistes, la coupe déborde. Au milieu de ce chaos surgit alors un fantôme de son passé : son premier amour. Heureusement que des actrices comme Agnès Jaoui existent dans la galaxie souvent monochrome du cinéma français pour épouser la figure de la normalité à l’écran. Pour donner une silhouette, un corps et un visage à un personnage féminin irréductible à une seule caractéristique physique ou psychologique ; pour accepter d’être ce qu’elles sont, et non entretenir un paraître pathétique. Du genre tout public Film funambule, Aurore se joue de la gravité de son sujet avec une remarquable adresse. Loin de ne s’adresser qu’à une moitié du public, il parle de la féminité, de ses petits et grands tracas et de ses mystères évolutifs à chacun… et à chacune. Blandine Lenoir dédramatise en effet cette puberté à l’envers, montrant à quel point certaines femmes en connaissent mal les mécanismes et les effets — c’est le propre d’un tabou. Et si elle s’/nous am

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Olivier Peyricot : « Le design est un acteur de poids dans la société »

3 questions à... | Directeur Scientifique de la Biennale Internationale Design Saint-Étienne 2017, Olivier Peyricot est également directeur du pôle Recherche de la Cité du design. Il revient pour nous sur la thématique et les orientations de cette 10ème édition entre mutation du design objet vers un design d'usage et la volonté de mettre en lumière l'expérimentation.

Nicolas Bros | Jeudi 9 mars 2017

Olivier Peyricot : « Le design est un acteur de poids dans la société »

Pourquoi avoir choisi la thématique des mutations du travail ? La question du travail est un sujet en tension dans la société. Il est affleurant un peu partout. Avoir un travail pour avoir une présence sociale, cela compte beaucoup dans notre mode de vie. Il y a également de nombreuses tensions économiques et politiques autour du travail. L'actualité est très forte autour de ce sujet. Il suffit de se tourner vers la loi El Khomri et d'observer tout ce que ce changement cristallise. Il y a aussi une différence à entrevoir entre "travail" et "emploi". Ce n'est pas forcément fait dans les médias ou par les politiques. L'emploi, tel qu'on l'a connu, disparaît. Ce qui n'est pas le cas pour le travail. Ce dernier est en train de muter avec l'arrivée du numérique ou de nouvelles organisations sociales et innovantes... Les choses changent et c'est ce que nous allons essayer de pointer durant la Biennale. Sachant que le design change également. « Le design est sous influence des usages.» Nous passons d'un design d'objet à un design d'usage ? Le design est sous influence des usages. Il y a eu

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Les films de l'automne 2016 : Comme un (faux) air de déjà-vu

Un semestre en salles | Un Harry Potter, un Star Wars, un Marvel, un Loach Palme d’Or… Non non, nous ne sommes pas victimes d’un sortilège nous faisant revivre en boucle la dernière décennie. Regardez d’un peu plus près : c’est dans les détails que se nichent les nuances…

François Cau | Jeudi 1 septembre 2016

Les films de l'automne 2016 : Comme un (faux) air de déjà-vu

Après un gros premier semestre dévolu aux blockbusters, la fin de l’année accueille traditionnellement le cinéma d’auteur — exception faite des incontournables marteaux-pilons de Thanksgiving et Noël, conçus pour vider une bonne fois pour toutes les goussets des familles. Les candidats 2016 sont, dans l’ordre, Les Animaux fantastiques de David Yates (16 novembre), spin off de la franchise Harry Potter et Rogue One : A Star Wars Story de Gareth Edwards (14 décembre). Qui de Warner ou Disney l’emportera ? Un peu avant (26 octobre), Benedict Cumberbatch tentera de déployer la bannière Marvel dans le film de Scott Derrickson, Doctor Strange — un second couteau parmi les superhéros. Cette impression d’avoir à faire des versions alternatives ou dégraissées de vieilles connaissances se retrouve aussi chez Tim Burton qui signe avec Miss Peregrine et les enfants particuliers (5 octobre) un nouveau conte fantastique sans Helena Bonham Carter, ni Johnny Depp, ni son compositeur fétiche Danny Elfman ! Au moins, on peut espérer un souffle de fraîcheur…

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"Juillet-Août" : la saison chaude inspire Diastème

ECRANS | de Diastème (Fr., 1h40) avec Patrick Chesnais, Luna Lou, Pascale Arbillot… (sortie le 13 juillet)

Vincent Raymond | Lundi 18 juillet 2016

Chaque été, au milieu du lot de films de vacances, il en est toujours un qui prend la tangente en allant au-delà du périmètre étriqué des premiers émois d’adolescent(e)s. L’an dernier, c’était Microbe et Gasoil de Gondry ; Juillet-Août assure peut-être la relève. La saison chaude semble favorable à Diastème — son premier long, Le Bruit des gens autour, (2008), était déjà une évocation drôle et pleine de vie de l’intérieur du festival d’Avignon — ; elle l’inspire pour ce portrait de deux sœurs (dont une au tournant de la puberté), ainsi que de leurs parents, lesquels ont refait leur vie chacun de leur côté. Juillet avec la mère sur la Côte d’Azur, août avec le père en Bretagne… L’existence des frangines est décousue, mais elle se suit dans ses péripéties estivales, et se raccommode dans cette succession de villégiatures. Comme si la famille éclatée se reformait par-delà la distance et le protocole calendaire afin de résoudre toutes les crises — qui ne sont pas propres au jeune âge. Chacun ment ou dissimule un petit secret à ses proches, mais en définitive, c’est ce qui permet à la roulotte d’avancer…

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Les Tuche 2 - Le Rêve américain

ECRANS | De Olivier Baroux (Fr, 1h34) avec Jean-Paul Rouve, Isabelle Nanty, Claire Nadeau…

Vincent Raymond | Mercredi 3 février 2016

Les Tuche 2 - Le Rêve américain

Et si le prolifique Olivier Baroux, à travers le fatras profus de sa production annuelle, cherchait à nous faire comprendre la théorie de la relativité générale ? Les Tuche 2 peut en effet se recevoir comme une illustration de la maxime « quand on le contemple, on se désole ; quand on le compare, on se console… ». Considérée isolément, cette comédie filmée à la truelle est un terrain de jeu pour acteurs de qualité aimant cabotiner et surtout peu regardants question stéréotypes. Mise en perspective — tout à coup, les mots font peur — cette suite indolore est moins calamiteuse que certaines séquelles obscènes, voire que le précédent Baroux, Entre amis. Si elle s’enlise dans un nonsense poussif, au moins s’essaie-t-elle à un registre qui n’est ni du bout-à-bout parodique paresseux, ni de l’anachronisme systématique façon Mille-et-une nuits boutonneuse. L’indifférence flasque est garantie, pas le fou-rire inextinguible. VR

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Le Garçon et la Bête

ECRANS | Encore trop peu connu en France, le réalisateur Mamoru Hosoda est bien parti pour faire sortir l’anime nippon de sa zone de confiance totoresque. Il le prouve encore une fois avec cette déclinaison de La Belle et la Bête…

Vincent Raymond | Mardi 5 janvier 2016

Le Garçon et la Bête

La mise en retrait de Miyazaki a du bon. Considéré un peu hâtivement en occident comme l’unique figure tutélaire de la japanimation, au détriment de son alter ego, l’immense Isao Takahata (l’auteur du Tombeau des lucioles, œuvre majeure du cinéma nippon), le vieux maître attirait trop les regards sur ses seules productions. Le paysage étant désormais libre de sa statue de Commandeur, les spectateurs n’auront plus l’impression de commettre un sacrilège en s’intéressant à la nouvelle génération, dont Mamoru Hosoda constitue un éminent représentant. Depuis La Traversée du Temps (2006), et surtout Summer Wars (2009) — que suivra Les Enfants loups (2012) — le réalisateur a imprimé une dynamique nouvelle à l’anime. Tout autant fasciné par les mondes parallèles peuplés de divinités que ses aînés, son ton plus rock n’amenuise en rien son sens de la narration poético-épique, pas plus qu’il ne modère ses ardeurs comiques et rabelaisiennes — en particulier dans le langage. Volontiers grossier, le dialogue dans Le Garçon et la Bête se révèle sur

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Dark touch

ECRANS | De Marina De Van (Fr-Irl, 1h30) avec Missy Keating, Marcella Plunkett…

Christophe Chabert | Mardi 18 mars 2014

Dark touch

Après l’échec sans appel de Ne te retourne pas — et une dépression qu’elle racontait dans son roman Passer la nuit — Marina De Van effectue un sursaut spectaculaire grâce à ce Dark touch tourné en Irlande, où elle consomme pour de bon son flirt avec le cinéma d’horreur. Tout en respectant les codes du genre et en installant un climat de terreur où suggestion et images chocs sont habilement dosées, De Van développe un propos particulièrement dérangeant sur les violences familiales et la résilience impossible. On comprend très vite — peut-être un peu trop — que Neve, 11 ans, est victime de maltraitance de la part de ses parents et que son «don» — elle déplace les objets lors de ses crises d’angoisse — est le véritable responsable de l’incendie qui a ravagé sa maison. Cousine lointaine de la Carrie de Stephen King, Neve va se transformer en ange vengeur qui va faire payer aux adultes les abus commis sur les enfants. De Van prend clairement le parti de sa jeune héroïne, ne la diabolise jamais et cherche à comprendre par quel mécanisme terrible elle s’avère incapable de discerner les preuves de tendresse d’un potentiel assaut sexuel. Sans co

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Henri

ECRANS | De Yolande Moreau (Fr-Belg, 1h47) avec Pippo Delbono, Miss Ming…

Christophe Chabert | Mardi 3 décembre 2013

Henri

À la mort de sa femme, Henri, taciturne tenancier de café, engage un «papillon blanc», Rosette, jeune femme souffrant d’un léger handicap, pour l’aider dans son travail. Une amitié va naître entre ses deux outcasts, comme on dit aux États-Unis, suscitant incompréhension et malentendus de leur entourage, puis fuite du tandem vers les côtes belges. Désormais seule à la mise en scène, Yolande Moreau démontre, après Quand la mer monte, que ce coup d’essai n’avait rien d’un coup de bol : la mise en scène est remarquable, chaque plan y est magnifiquement composé et Moreau sait y saisir, à travers les silences et les distances, toute la solitude de ces êtres en mal d’amour — en cela, Henri est comme la rencontre féconde entre Jacques Tati et Bruno Dumont. Le corps lourd et le visage triste de Pippo Delbono, bouleversant et impénétrable, sont notamment pour elle une source inépuisable de fascination. Dommage toutefois que le film, une fois lancé dans son échappée belle, semble ne plus avoir autre chose à raconter que ce mélange de poésie et de désespoir, attendant avec nonchalance son dénouement et surtout sa dernière image, inoubliabl

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L'opéra du pauvre version Py

SCENES | Née il y a plus de 25 ans, Miss Knife excelle dans l'œuvre de Olivier Py pour son exubérance et son débordement poétique. Un moment de cabaret-théâtre fort en chansons et où le travestissement se transcende pour porter haut la parole du poète. Grégory Bonnefont

Grégory Bonnefont | Samedi 20 avril 2013

L'opéra du pauvre version Py

Trop ! Trop de maquillage et trop de strass. De la grandiloquence dans le propos et un habit de scène fait de plumes et de corset. Tous les ingrédients de l'excès déterminent la présence de Miss Knife. Qui est-elle ? L'alter égo de Olivier Py. L'institutionnel, le directeur trouve dans le travestissement l'instinct de survie, la faille à pénétrer pour trouver la libération de sa parole sienne, son verbe si personnel qu'il sait si bien conjuguer avec ce personnage travelo si joyeusement assumé. Du théâtre oui ! Mais pas n'importe lequel, un théâtre chanté autour d'une vingtaine de compositions. Une manière originale de s'approprier la parole et la dompter. Et puis parce que le temps d'une chanson, le sens s'incarne parfaitement pour laisser libre cours à la souffrance et à la mélancolie. Entourée de quatre musiciens Miss Knife se transcende sur les routes de France pour interpréter dès l'Ouverture la vie d'artiste dans un théâtre noir... de monde. Miss Knife c'est la voix de la transcendance par le travestissement, la convocation du poète quand le rôle est trop court. Et quand elle nous d

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Miss Bala

ECRANS | Véritable thriller nerveux et explosif qui suit les tribulations criminelles d’une future reine de beauté forcée de participer aux exactions d’un gang mexicain, le film de Gerardo Naranjo marie adroitement efficacité cinématographique et réflexion politique. Christophe Chabert

Marc Chassaubene | Lundi 30 avril 2012

Miss Bala

À chacun ses rêves. Celui de Laura, fille pauvre des favelas de Mexico, consiste à gagner le concours de beauté de son quartier. Il est vrai qu’elle est un peu timide, mais carrément charmante, alors pourquoi pas ? Poussée par son amie Uzu, elle se présente donc aux sélections. Tandis qu’elle l’accompagne le soir dans une discothèque, elle assiste à un règlement de comptes entre deux gangs. Planquée dans les toilettes, terrifiée, elle voit se déchaîner une violence meurtrière. Faisons ici une petite halte dans le scénario de Miss Bala, quatrième film de Gerardo Naranjo, cinéaste dont la virtuosité nous avait bluffé sur son segment du film à sketchs Revolucion. Jusqu’ici, il déployait une chronique très Iñarritu de la misère mexicaine, par petites anecdotes bien vues, observant avec une pointe d’ironie la naïveté de son héroïne. Et soudain, à la faveur de cette séquence incroyable, il passe un braquet dans sa mise en scène, et c’est le souvenir d’un autre cinéaste mexicain qui remonte à la surface : celui d’Alfonso Cuarón et ses plans-séquences étourdissants. Ascension par le crime Naranjo n’a pas à rougir de l

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