Place aux jeunes !

Théma : Teen Movies | Place aux jeunes ! Devant (parfois aussi derrière) la caméra, les grands ados métaphorisent à l’écran les métamorphoses dont ils sont les témoins privilégiés. Il y en a pour tous les goûts…

Vincent Raymond | Mercredi 9 juin 2021

Photo : Gagarine © Margaux Opinel


Débutons par une débutante très exposée, Suzanne Lindon et ses Seize Printemps (16 juin), vraie fausse auto-fiction autour d'une néo-effrontée du (très) beau Quartier Latin parisien, tombant en pâmoison face à un comédien de théâtre trentenaire… Disons que c'est conforme à ce que l'on peut en attendre, pour le pire et le meilleur : naïf et autocentré (c'est le sujet), le fait qu'il soit interprété par la réalisatrice interro sur la distance qu'elle veut poser par rapport à son personnage. Y a-t-il du recul, de l'ironie par rapport à certains clichés propres à ce genre de films, au milieu qui est le sien et qu'elle décrit, à son recours un peu gratuit à la comédie musicale (en hommage à Decouflé ?), à sa personne ? Il faudra attendre son prochain film pour être fixé. Freaky de Christopher Landon (23 juin) offre de son côté une vision franchement plus décalée de l'irruption dans le monde des adultes, puisqu'elle reprend en mode comédie horrifique, production Blumhouse oblige, le désormais classique switch de Freaky Friday : l'échange de corps entre deux personnages — la permutation se faisant ici entre une ado et un tueur en série pervers au possible. Le film fonctionne sur deux tableaux puisque le gore symbolisant les pulsions ou tabous obsédant les lycéens se trouve dédramatisé par le registre multi-référentiel et parodique. Efficace et distrayant.

Soyons sérieux

Connu comme comédien, Samir Guesmi passe derrière la caméra (mais reste aussi devant) pour Ibrahim (même date), conte contemporain initiatique comme il est convenu de dire, d'un ado aux mauvaises fréquentations tentant de se racheter aux yeux de son père illettré (et édenté) en compromettant un peu sa jeunesse et sa fraîcheur. Entre les lignes, on retrouve des thèmes sociaux et des axes (mélo) dramatiques hugoliens dans ce qui ressemble à un court métrage distendu, où Philippe Rebbot étonne en micheton fortuné amateur de chair fraîche.

Signé Fanny Liatard & Jérémy Trouilh, Gagarine (photo, même date) est quant à lui la version prolongée d'un court métrage homonyme et éponyme de la cité où les films ont été tournés. On y suit l'odyssée intérieure de Youri, ado livré à lui-même dans une cité proche de la destruction qu'il va investir avec, notamment, l'aide d'une Rrom de son âge. Entre vision réaliste et méditation parabolique, cette observation des villes satellites que sont les banlieues raconte soixante ans d'histoire de France avec une mélancolie poétique digne de Bowie. Un premier film orbital et prometteur.

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Entendons-nous bien…

Théma : Sur les deux oreilles | À force de louer les qualités visuelles du cinéma, on en oublierait presque qu’il marche sur une autre jambe : son oreille, si l’on ose dire. Et que son, musique ou écoute sont décisifs…

Vincent Raymond | Mercredi 9 juin 2021

Entendons-nous bien…

Sans un bruit 2 devait sortir en mars dernier. Et puis, crac ! Pandémie, confinement, fermeture des salles, silence radio… Un écho assez troublant pour cette suite au thriller survivaliste de (et avec) John Krasinsky, dont le succès (légitime) et surtout l’hallucinante rentabilité (20 fois la mise) avaient sans peine convaincu les producteurs de prolonger l’aventure. Seize mois après la date initiale — et après notre douloureuse promesse de maintenir le silence sur l’intrigue — sort donc le 16 juin cette séquelle parée d’un prologue décrivant l’invasion par le ciel de créatures chassant tout ce qui bouge à l’oreille ; des prédateurs monstrueux dont les fréquences des appareils auditifs de la fille de l’héroïne sont, avec l’eau, les seuls talons d’Achille connus. Dans cet opus, où Evelyn et sa famille partent à la recherche d’autres survivants, les rues désertes, la paranoïa galopante ou les zones censément à l’abri (des huis clos le point de devenir de nouveaux clusters) prennent dans le contexte du Covid un relief d’un réalisme insoupçonné. Le silence obligé des protagonistes contamine la salle et le suspense demeure térébran

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Jazz à Vienne 2021, le retour : les premiers noms

Festival | Armés de notre plus solide perche d'espoir (et bientôt peut-être d'un vaccin) sautons par dessus la crise sanitaire comme Armand Duplantis efface 6m à (...)

Stéphane Duchêne | Mardi 8 décembre 2020

Jazz à Vienne 2021, le retour : les premiers noms

Armés de notre plus solide perche d'espoir (et bientôt peut-être d'un vaccin) sautons par dessus la crise sanitaire comme Armand Duplantis efface 6m à l'entraînement et projetons nous vers l'été prochain. C'est à cette date que Jazz à Vienne gonflé d'optimisme nous propose d'atterrir aux alentours du 23 juin en dévoilant, comme si de rien n'était (ou ne sera), les premiers noms de son édition 2021, sise du 23 juin, donc, au 10 juillet prochain. à commencer par l'ami Jamie Cullum qui se verra ce jour précédé sur scène par la batteuse et chef d'orchestre Anne Paceo. Deux jours plus tard, se tiendra une soirée délicieusement africanisante avec la légende Salif Keita, le prince (et Dorian Gray) du blu-funk Keziah Jones et la mezzo-soprano Julia Sarr qui viendra livrer un message de paix à l'occasion de Sénégal en Isère 2021. On continue les 28 juin et 05 juillet avec d'autres habitués de la scène allobroge parce que furieusement incontpurnables d'abord les trompettistes Ibrahim Maalouf et Erik Truffaz en un double plateau d'envergure, puis le contrebassiste

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Ibrahim Maalouf de retour à Sainté

Jazz | Après avoir mis le feu au Rhino Jazz festival en 2015, le trompettiste Ibrahim Maalouf s'apprête à remettre le couvert le 9 octobre 2020 à 20h au Zénith de (...)

Nicolas Bros | Jeudi 13 février 2020

Ibrahim Maalouf de retour à Sainté

Après avoir mis le feu au Rhino Jazz festival en 2015, le trompettiste Ibrahim Maalouf s'apprête à remettre le couvert le 9 octobre 2020 à 20h au Zénith de Saint-Étienne. Ce sera encore une fois dans le cadre de ce même festival et il présentera son dernier album S3NS. Ibrahim Maalouf, vendredi 9 Octobre à 20h au Zénith de Saint-Étienne

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"Atlantique" : Eau-delà

ECRANS | De Mati Diop (Fr.-Sén.-Bel., 1h45) avec Mama Sané, Amadou Mbow, Ibrahima Traore…

Vincent Raymond | Mercredi 2 octobre 2019

Dakar, de nos jours. Lassés de travailler sans être payés, les ouvriers d’un chantier décident de quitter le pays dans une embarcation de fortune qui chavire en mer. Mais leurs esprits reviennent posséder les vivants et réclamer justice pour les vies qui leur ont été volées… La vie actuelle est-elle à ce point si désespérante qu’il faille se résigner à recourir à des extensions post mortem pour pouvoir la vivre pleinement ? C’est un peu le sentiment que l’on éprouve face à la déferlante de films de zombies, revenants et autres fantômes dont nos écrans sont les réceptacles depuis quelques semaines. Ces non-morts à qui la paix du repos a été refusée viennent hanter les vivants comme des incarnations — souvent désincarnées — de leur mauvaise conscience, dans une mouvement de balancier moral très judéo-chrétien. Amalgamant une situation sociale et géopolitique (le drame des réfugiés économique) à une structure fantastique, Atlantique est représentatif de cette tendance. Et s’il parle d’une histoire d’amour interrompue entre Ada et Suleiman avant que d’avoir été consommée, il y est surtout question de possession

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Caraïbes

MUSIQUES | En voilà un qui a fait un sacré bout de chemin depuis sa première apparition scénique à la Havane à l’âge de quinze ans ! En vingt ans, le pianiste-prodige (...)

Niko Rodamel | Mardi 2 octobre 2018

Caraïbes

En voilà un qui a fait un sacré bout de chemin depuis sa première apparition scénique à la Havane à l’âge de quinze ans ! En vingt ans, le pianiste-prodige cubain Roberto Fonseca a enchaîné huit albums solo tout en multipliant les collaborations aux côtés d’Ibrahim Ferrer, Omara Portuando ou encore Fatoumata Diawara, entre autres. Avec Abuc (acronyme inversé de Cuba), le musicien télescope brillamment les musiques qui ont accompagné l’histoire de son île natale, des années 40 à aujourd’hui. Roberto Fonseca III, lundi 22 octobre à 20h30, l’Opsis à Roche-la-Molière

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Buena Vista Social Club : Adios : Leçons de son

ECRANS | de Lucy Walker (É.-U.-Cu., 1h50) documentaire avec Ibrahim Ferrer, Omara Portuondo, Manuel Mirabal… (26 juillet)

Vincent Raymond | Vendredi 11 août 2017

Buena Vista Social Club : Adios : Leçons de son

Vingt ans ou presque après le documentaire de Wenders, y avait-il encore des choses à apprendre sur le groupe d’octo- et nonagénaires cubains ? Étonnamment, oui. Réalisé à l’occasion de la tournée d’adieux du Buena Vista Social Club, ce film est davantage qu’une séquelle du précédent opus : il creuse aussi ses racines grâce à un luxe d’archives inédites. Si Lucy Walker opte pour la structure plus classique et une réalisation moins “virtuose” que son prédécesseur allemand, elle compense par un supplément de valeur informative et d’émotion : les maîtres du son dont elle établit le parcours médiatique (Ibrahim Ferrer, Compay Secundo, Rubén González…) avant leur entrée dans l’illustre orquesta sont désormais tous mort, exception faite de la vaillante Omara Portuondo. La cinéaste exhume par ailleurs des images (parfois tendues) de la conception de l’album de 1996, rendant au producteur Nick Gold des lauriers souvent indument tressés au seul bottlenecker Ry Cooder, qu’elle panache de moments forts de l’ultime tournée — tel un segment politique avec Barack O

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Berni Goldblat : « Wallay est un film métis »

ECRANS | Avec Wallay, le documentariste Berni Goldblat signe son premier long métrage de fiction, tourné chez lui, au Burkina Faso.

Vincent Raymond | Mercredi 28 juin 2017

Berni Goldblat : « Wallay est un film métis »

Wallay retrace un parcours initiatique, et montre que l’initiation n’a pas le même sens pour toutes les générations… Exactement. L’initiation de l’oncle correspond à une tradition gravée dans le marbre, à la loi, au dogme. Ady, le jeune héros, s’initie à sa manière et devient un adolescent ; il mûrit avec son procédé à lui. Il n’y a pas que d’une manière que l’on peut s’initier. On ne devient pas quelqu’un uniquement par un document écrit. On est quelqu’un par ce qu’on a fait, pat ce qu’on a vécu ; on peut être noir sans être africain, blanc sans être européen… Ce qui est important, c’est la trace, pas ce qu’on représente aux yeux des autres. Une identité, c’est pas un drapeau une religion ou des habits, c’est bien plus compliqué. Wallay parle de tout cela. Pour Ady, l’Afrique tient de l’abstraction : il l’arbore sur un médaillon, mais ne sait pas grand chose d’elle. C’est un fantasme ; c’est le bled. La première phrase qu’il dit en arrivant, c’est : “Depuis le temps que j’en rêve…”

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Wallay : Il lui manquait une case

ECRANS | de Berni Goldblat (Fr.-Burk.-Qat., 1h24) avec Makan Nathan Diarra, Ibrahim Koma, Hamadoun Kassogué…

Vincent Raymond | Mercredi 28 juin 2017

Wallay : Il lui manquait une case

Petite délinquance, chapardage des économies familiales… Ady a trop tiré sur la corde. Son père l’envoie donc en “vacances” chez son oncle au Burkina Faso. Sur place, l’ado apprend que son billet de retour en banlieue dépend de ses efforts. Un lent apprivoisent mutuel débute… Venu du documentaire Berni Goldblat dessine dans ce film d’apprentissage une trajectoire géographique allant à rebours de la majorité des productions contemporaines traitant de l’axe Europe-Afrique : la question de l’immigration est ici présente en arrière-plan. Son jeune héros Ady doit certes obtenir un visa, mais c’est pour l’âge adulte ; non pour un supposé el dorado. Le réalisateur en profite également pour casser le cliché d’un bled rétrograde et miséreux, vivant hors la modernité : l’emprise consumériste y est réelle, mais pas aussi forte qu’au nord de la Méditerranée. Du (bon) grain à moudre pour de jeunes spectateurs s’interrogeant sur leur identité ou leur sujétion aux marques ! Un mot pour finir sur de l’épatante partition signée par le compositeur Vincent Segal, qui tire profit de toutes

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Jazz : Notre sélection de concerts

MUSIQUES | Voici la sélection de concerts jazz de la rédaction du Petit Bulletin Saint-Étienne pour la saison 15/16.

Niko Rodamel | Mardi 1 septembre 2015

Jazz : Notre sélection de concerts

Maalouf au quart de tour La source musicale principale d'Ibrahim Maalouf se trouve dans les profondeurs de la tradition musicale arabe : l'improvisation. C’est sans doute pour cela que ses albums se suivent sans se ressembler. Véritable touche-à-tout, Maalouf sortira coup sur coup cette automne deux nouveaux LP : Kalthoum, hommage à la chanteuse égyptienne puis Red and Black Light, dans lequel il assumera pleinement sa veine électro-pop. Incorrigible ! Niko Rodamel Ibrahim Maalouf, jeudi 1er octobre à 21h, le Fil Afrobeat child Fidèle batteur de l’immense Fela Kuti, Tony Allen demeure à ce titre l'un des musiciens les plus influents du continent noir. Et si l'afrobeat connaît actuellement un regain d'intérêt, Allen en est le maître vivant mais aussi le gardien. Après cinquante ans d’une incroyable carrière, le musicien poursuit sa voie royale, celle d’une musique à la rythmique hypnotique reconnaissable entre toutes, dont l’énergie

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Soirée à part : Ibrahim Maalouf

MUSIQUES | De Sting à Arthur H, de Disiz la Peste à Mathieu Chedid, d’Amadou & Mariam à Vanessa Paradis, on ne compte plus les collaborations du trompettiste (...)

Marc Chassaubene | Mercredi 21 décembre 2011

Soirée à part : Ibrahim Maalouf

De Sting à Arthur H, de Disiz la Peste à Mathieu Chedid, d’Amadou & Mariam à Vanessa Paradis, on ne compte plus les collaborations du trompettiste Ibrahim Maalouf qui en font, depuis plusieurs années, un des musiciens les plus sollicités sur scène comme en studio, dans les styles les plus diverses. Pourtant, qu’il ait aussi accompagné Vincent Delerm ou Enrico Macias, on ne s’en soucie guère puisque ce sont les compositions personnelles du trompettiste qui nous intéresseront ici. Après le prometteur Diasporas en 2007 puis le quelque peu déroutant Diachronism en 2009, le somptueux Diagnostic, troisième et dernier volet d’un étonnant triptyque, est arrivé il y a quelques mois dans les bacs. A l’image de ce dernier enregistrement, la venue du trompettiste pour la première fois à Saint-Étienne donnera l’occasion de découvrir toute la singularité de ce musicien inclassable. Car les univers de Maalouf sont multiples tant il passe et repasse sa trompette à quart de ton (inventée par son père) à travers le prisme du jazz, du classique, des musiques du monde, du rock, de l’électro, et même du rap ! Dans ses toutes nouvelles orchestrations, Maalou

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