“La Conspiration des belettes“ de Juan José Campanella

Vincent Raymond | Lundi 6 septembre 2021

Photo : ©Eurozoom


Dans une grande demeure à l'écart de la capitale argentine vit un ménage à quatre de vieilles gloires du cinéma qui s'insupportent mutuellement : un réalisateur, un scénariste, un comédien paraplégique ainsi que son épouse, actrice à la mémoire défaillante. Leur haine routinière est perturbée par l'irruption d'admirateurs : des agents immobiliers désireux de faire main basse sur leur bâtisse. Mais on ne s'attaque pas si aisément à des experts en construction dramatique…

Jadis lauréat d'un Oscar pour un thriller politico-sentimental — Dans ses yeux — et vieux routier des plateaux étasuniens où il a tourné bon nombre de séries, Juan José Campanella concocte ici un délice de manipulation auto-réflexive et métafilmique jouant autant avec les règles du genre policier qu'avec le public. En découle une comédie noire sardonique très Sunset Boulevard sur les vieilles peaux encapsulées dans leur passé, une réflexion mélancolique sur l'éphémère de la séduction (et à ses faux-semblant troubles), ainsi qu'un éloge vachard et jouissif du pouvoir absolu de la création artistique, du jeu ou du mensonge, magnifiés par le 7e art. Un très plaisant moment de cinéma… sur le cinéma ; avec en sus le toujours excellent Oscar Martinez.

★★★☆☆La Conspiration des belettes de Juan José Campanella (Arg.-Esp., 2h09) avec Clara Lago, Graciela Borges, Oscar Martinez…

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Juin : Un été en famille

Théma été 21 | Qui a dit que la saison chaude n’était pas adaptée à la fréquentation des salles obscures ? Sans doute quelqu’un qui n’en a pas été privé six mois, a oublié leur fraîcheur durant la canicule et ignore la tenue de “l’estival de Cannes“ cette année… Allez, tous au cinéma cet été !

Vincent Raymond | Mercredi 9 juin 2021

 Juin : Un été en famille

Bénéfice collatéral de la disette hivernale et printanière : il n’y aura pas de pénurie estivale dans les salles. Et tout particulièrement pour les films parlant des familles ou à leur destination. Cocon surprotecteur, emprisonnant les individualités par ses étouffantes habitudes ou traditions, le désir de s’en libérer rend son emprise tragique, comique… ou les deux. Variation multiple et ludique de Freaky Friday, Le Sens de la famille de Jean-Patrick Benes (30 juin) crée ainsi un chamboule-tout géant, où les esprits des parents, grands-parents et enfants naviguent dans les corps des uns et des autres sans fin pour une raison inconnue. S’ensuivent d’inévitables quiproquos glissant doucement vers un registre trash, changeant agréablement de l’injonction à faire de la comédie aseptisée. Quant à la fin, qui ne résout rien, elle permet (presque) de supporter le jeu de Dubosc — le seul à en faire des tonnes. Plus archaïque est la famille des Croods, de retour avec un second opus, une nouvelle ère,

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Kóblic : Chasse au pilote

ECRANS | de Sebastián Borensztein (Arg.-Esp., 1h32) avec Ricardo Darín, Oscar Martinez, Inma Cuesta… (5 juillet)

Vincent Raymond | Mercredi 5 juillet 2017

Kóblic : Chasse au pilote

Argentine, sous la dictature. Pilote dans l’armée, Kóblic déserte après avoir dû larguer des opposants au-dessus de l’océan. Pensant se fondre dans l’anonymat d’un village du Sud, il est identifié par un flic local retors et vicieux, qui veut connaître la raison de sa présence chez lui… Si le point de départ — c’est-à-dire les méthodes d’élimination — rappelle Le Bouton de nacre de Patricio Guzmán, évoquant la dictature du voisin chilien, ce puissant contexte historique reste à l’état de lointain décor. La menace qu’il représente s’avère plus que diffuse, les personnages se retrouvant, dans ce Sud profond, livrés à eux-mêmes et à leurs passions. Incontournable interprète du cinéma argentin, Ricardo Darín donne du flegme tourmenté au héros-titre, dans une prestation honorable mais prévisible. Heureusement qu’il a face à lui ce caméléon d’Oscar Martinez, dé

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Citoyen d'honneur : Inspirez ; expi(r)ez !

ECRANS | De retour dans son village natal pour être célébré, un Prix Nobel voit se télescoper ses œuvres avec ceux dont il s’est inspiré… à leur insu. Il va devoir payer, ou au moins, encaisser. Un conte subtil et drôle sur cet art de pillard sans morale qu’on appelle la littérature.

Vincent Raymond | Mercredi 1 mars 2017

Citoyen d'honneur : Inspirez ; expi(r)ez !

Reclus dans sa villa espagnole depuis l’attribution de son Prix Nobel de Littérature, Daniel Mantovani n’écrit plus et ne répond guère aux invitations. Lorsque survient la proposition de Salas, son village natale d’Argentine de le faire Citoyen d’honneur, il accepte autant par nostalgie que curiosité. Mais était-ce une si bonne idée que cela ? Mariano Cohn & Gastón Duprat n’étaient pas trop de deux pour signer ce film jouant simultanément sur autant de tableaux : s’engageant comme une comédie pittoresque teintée de chronique sociale, Citoyen d’honneur change au fur et à mesure de tonalité. L’aimable farce tourne en effet à l’aigrelet, transformant un auteur habitué depuis des lustres à gouverner son destin (et celui de ses personnages, en bon démiurge) en sujet dépendant du bon vouloir de ses hôtes. Mantovani semble alors propulsé dans un épisode inédit de la série Le Prisonnier, qu’on jurerait ici adaptée par Gabriel García Márquez, avant de plonger dans une inquiétante transposition de Delivrance — cette fois retouchée par Luis Sepúlveda ! Comme un boomerang L’œuvr

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Aux yeux de tous

ECRANS | Critique du film Aux yeux de tous de Billy Ray (É-U, 1h51) avec Julia Roberts, Chiwetel Ejiofor, Nicole Kidman…

Vincent Raymond | Mercredi 23 mars 2016

Aux yeux de tous

Hollywood, usine à remakes… En signant celui de El secreto de sus ojos (2009), Billy Ray n’a cependant pas la main trop malheureuse. Car si Juan José Campanella intégrait son film dans un contexte politique rarement exploré (les prémices de la dictature argentine), son thriller manquait de substance, de rythme. Quitte à choir dans la caricature, Aux yeux de tous peut essuyer des reproches opposés : l’efficacité prime sur l’ancrage historique — la période consécutive à l’attentat contre le World Trade Center. On perd en originalité ce que l’on gagne en sensations pures — mais l’on conserve une très correcte séquence dans un stade ! Aux yeux de tous permet également d’opérer un constat : en plaçant côte à côte Julia Roberts et Nicole Kidman, on voit très clairement laquelle des deux ne mise pas tout sur son apparence et livre une réelle composition. VR

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