Candyman : Double crochet du droit

Ecrans | À la fois suite, reboot et extension de l’univers du Candyman originel de Bernard Rose (1992), ce nouveau chapitre signé Nia DaCosta utilise avec intelligence et efficacité les codes du genre, pour s’emparer d’un thème toujours d’actualité dans cette Amérique où suffoque George Floyd : la discrimination raciale/sociale, ainsi que les violences associées. Pointu.

Vincent Raymond | Lundi 20 septembre 2021

Photo : © 2020 Universal Pictures and MGM Pictures. All Rights Reserved...CANDYMAN TM MGM. ALL RIGHTS RESERVED


Chicago, de nos jours. Artiste peintre en mal d'inspiration, Anthony McCoy vient d'emménager dans le quartier de Cabrini Green autrefois ghetto noir, désormais gentrifié. Découvrant la “légende urbaine” de Candyman, le tueur au crochet ayant jadis sévi dans les environs, il va s'en inspirer pour ses nouvelles toiles… et provoquer la résurrection sanglante de ce vengeur des Noirs opprimés…

Un même titre pour une autre histoire ? Disons plutôt une prolongation, offrant une lecture politique actualisée, de surcroît par des auteurs afro-américains. En cela, il ne s'agit pas d'une nouveauté : souvenons-nous du précédent que constitue l'excellent The Birth of a Nation (2016) de Nate Parker, ce nécessaire contrepoint au sinistre long métrage homonyme signé Griffith en 1915. Las, Parker et son œuvre primée à Sundance se trouvent actuellement au purgatoire car une dramatique affaire criminelle le concernant a — très opportunément — ressurgi peu avant la sortie de son film et de probables citations à l'Oscar…

Une Némésis

Revu et amendé par Jordan Peele et Nia DaCosta, ce Candyman se nourrit du terreau fertile du premier volet (1992) qu'il cite explicitement, non en recyclant les images mais — bouche à oreille de la légende urbaine oblige — par le son et grâce à des séquences animées, donnant au personnage-titre une épaisseur symbolique. Au départ damné maléfique et revanchard (à l'instar d'un Dracula ou d'un Freddy Krueger), Daniel Robitaille/Candyman acquiert ici un autre statut : celui d'une Némésis s'incarnant dans un malheureux à chaque époque pour secourir la communauté noire ou la venger des avanies et affronts infligés par la classe dominante — blanche. Il est une sorte d'avatar protecteur tenant d'une divinité vaudoue, fondue dans un creuset pop-culture mêlant sociologie, superstition et codes fantastiques.

Où l'on retrouve le thème de la possession cher Jordan Peele (ici producteur et scénariste), déjà développé dans Get Out (2017) puis Us (2019) — possession prélude à un affranchissement. La différence significative tient ici dans la réalisation plus élaborée de Nia DaCosta qui évoque autant Orphée (1949) de Cocteau pour l'usage des miroirs (et des mondes qu'ils abritent) que Les Griffes de la nuit (1984) de Wes Craven, pour des meurtres commis dans le monde réel, par une entité le plus souvent invisible, car appartenant à une “autre dimension”. Préférant au gros gore qui tache la suavité de la suggestion, la cinéaste compose des séquences où la menace et l'effroi l'emportent sur le grand-guignol et où l'esthétique des plans demeure parfaite — après tout, l'intrigue a pour protagoniste un plasticien, et se situe dans le monde de l'art. À cette enseigne, la mise à mort d'un personnage de critique revêche est, de par sa simplicité apparente, un modèle de virtuosité inscrit dans un plan puissamment métaphorique, où l'horreur s'hybride avec le réalisme du quotidien.

Lorsqu'il s'agit de traiter du fléau discriminatoire aux États-Unis, cette approche oblique par l'épouvante et le surnaturel s'avère au final plus subtile que celle d'un Spike Lee, en étant tout autant explicite quant aux questions sociétales : Nia DaCosta fait assez confiance à sa fiction pour ne pas éprouver le besoin d'inclure des images d'émeutes toutes fraîches afin de la consolider, de la légitimer… ou de séduire le jury d'un festival international. Hameçonnant.

★★★☆☆ Candyman de Nia DaCosta (É.-U., 1h31) avec Yahya Abdul-Mateen II, Teyonah Parris, Nathan Stewart-Jarrett…

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Le ciné est-il dans son assiette ?

Panorama ciné septembre | De la guerre, de l’exil, de la lutte, de l’oppression et de la mort au programme du mois de septembre. Oui, mais on se met aussi à table ; alors ça va…

Vincent Raymond | Mardi 7 septembre 2021

Le ciné est-il dans son assiette ?

Résonance En entrée, ça commence fort : candidat malheureux à l’Oscar du film étranger au printemps dernier, La Voix d'Aida de Jasmila Žbanić (22/09) va trouver dans l’actualité afghane un stupéfiant écho dramatique. Le film se déroule en effet lors de la chute de Srebrenica en 1995, quand l’ONU laisse la ville aux mains de Mladic. On y suit la course folle d’Aida, interprète pour les Casques Bleus, tentant d’exfiltrer son mari et ses fils alors que la milice se rapproche. Le film glace les sangs, par son tragique (et hélas historique) suspense, transmettant l’étouffement progressif saisissant Aida. Respectueux des victimes, il rappelle la réalité des épurations ethniques comme la fragilité de la paix. Sur une thématique voisine mais dans un traitement fort différent, La Traversée de Florence Miailhe (22/09) relate sous forme de conte atemporel l'exil de Kyona et Adriel, sœur et frère tentant de gagner un pays plus tolérant. Une route semée d’embûches, inspirée par l’histoire familiale de la réalisatrice et mise en images

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