Ces Stéphanois pré-sélectionnés pour les Oscars

GUIDE URBAIN | Ils ont connu un succès fulgurant avec Ma vie de Courgette, un film d'animation prix du public au Festival international du film d'animation d'Annecy projeté lors de la quinzaine des réalisateurs à Cannes. Ils reviennent avec un nouveau projet de court-métrage préparé à Saint-Étienne.

Sylvain Thizy | Lundi 28 novembre 2016

Photo : © Maxime Fossier


Dans les ateliers de Black System rue Antoine Durafour à Saint-Étienne, c'est la fête ce jeudi soir. On célèbre la fin d'un travail qui aura duré trois mois. Depuis septembre, une partie de l'équipe technique de Ma vie de Courgette prépare dans ces ateliers les décors de son nouveau court-métrage. Son nom : La Femme Canon. « Ce sera une histoire d'amour mais une histoire d'amour qui finit bien, une métaphore poétique de la vie de couple » raconte entre deux décors David Toutevoix, le directeur photo de Ma vie de Courgette devenu co-réalisateur dans ce nouveau projet. « La moitié du film est faite ici à Saint-Etienne : on a construit des roulottes, des maisons, du mobilier, une église ». Une quinzaine de décors en tout à l'échelle des personnages qui seront animés. Une attention toute particulière a été portée aux couleurs : la co-réalisatrice Albertine Zullo est illustratrice, c'est elle qui a dessiné les décors et accessoires du film.

10 secondes par jour de tournage

Ces pièces s'apprêtent à prendre la direction de la Suisse pour le tournage qui commencera début décembre. Comptez 10 secondes de film produites chaque jour. Première étape : tourner les arrières plans : forêt, village... avant de passer à l'animation des personnages. « Il faut tout prévoir : nous emmenons des tubes de peintures pour chaque couleur utilisée sur le décor en cas de retouche sur place, les "set dresseurs" auront pour rôle de coller les accessoires, vérifier leur bonne place » nous explique Maxime Fossier, directeur de production sur le film s'apprêtant à rejoindre le tournage, « ça va nous faire un coup au moral de partir de Saint-Étienne, nous nous étions bien intégrés, les commerçants nous connaissaient ». La plupart de ce qui a servi à construire les décors a été acheté à Saint-Étienne. Un petit groupe d'une dizaine de personnes, des anciens de Ma vie de Courgette qui, ravies de leur première collaboration ensemble ont décidé de remettre le couvert après un film d'animation à succès. Tout cela au sein de l'atelier Black System à Saint-Étienne, mis à disposition par le Stéphanois Jean Poirot, qui a participé à la création des décors sur les deux films : « j'aimerais continuer à proposer des résidences-atelier, je travaille sur un projet d'achat d'un nouveau site ».

Une avalanche de prix

En attendant, il peut savourer le succès public de Ma Vie de Courgette : 190 027 entrées dans 215 salles dès la première semaine à l'affiche mais aussi dans le milieu du cinéma.« Quand la salle s'est levée pendant la quinzaine des réalisateurs à Cannes, j'ai halluciné » raconte Maxime, « à Annecy : quinze minutes de standing ovation ». La critique a été unanime : des articles dithyrambiques dans la presse, des récompenses à Angoulême, Zurich, Namur et même... une présélection pour les Oscars : le film représente la Suisse dans la course à la statuette d'or. « Là, on se dit merde, les Oscars ! ». Un honneur qui donne à l'équipe autant d'élan que de pression pour leur prochaine réalisation. Budget total de La Femme Canon : 400 000 euros, une somme conséquente pour un court-métrage qui devrait en partie être financée par du crowdfunding.

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