Un Rhino en pleine(s) forme(s)

MUSIQUES | Après son depart de Rive de Gier en 2009, le festival semblait avoir quelque peu reduit la voilure, contraint de dégraisser le rhino pour mieux digérer la pilule. Mais en à peine trois ans, l’animal est bel et bien sur ses quatre pattes et semble avoir repris son poids de forme avec une programmation digne des plus belles annees. Rencontre avec Ludovic Paulet-Chazalon, programmateur du festival. Niko Rodamel

Niko Rodamel | Lundi 17 septembre 2012

Photo : Marcus Miller credit Niko Rodamel, Otis Taylor credit Len Irish, Renaud Garcia Fons credit Niko Rodamel


Comment construit-on une programmation comme celle du Rhino Jazz(s) ?
Pendant six ou sept mois de l'année, je me déplace beaucoup sur Paris mais aussi en régions pour aller écouter toutes les tendances actuelles du jazz. En quinze ans d'expérience dans le domaine de la programmation, je bénéficie désormais d'un solide réseau de lieux, d'agents, de tourneurs et bien sur de musiciens.

Le S rajouté entre parenthèses à la fin du mot jazz annonçait-il un virage pour le festival ?
Lorsque l'on a quitté Rive de Gier il a presque fallu réinventer notre projet. On s'est dit que c'était l'occasion d'ouvrir encore davantage notre programmation aux musiques cousines du jazz, en se tournant notamment vers l'Afrique ou même vers des musiques plus rock. Depuis, on a pu vérifier que le public est en effet assez réceptif aux sonorités africaines. Il y a vingt ans, lorsque Jean-Paul Chazalon programmait Cheb Khaled lors de sa première venue en France, ça paraissait franchement borderline pour un festival de jazz ! Ce qui n'est plus le cas aujourd'hui avec tous les métissages que l'on connaît. Il m'arrive également d'avoir des envies, je vais quelques fois chercher des musiciens que l'on a un peu oubliés pour leur exposer une idée qui débouchera peut-être sur quelque chose d'inédit. Ce fut le cas par exemple avec Sandre N'kake. Elle n'était pas naturellement disposée à travailler en direction du jeune public, pourtant nous sommes parvenus à monter une création qui a vraiment bien fonctionné l'année dernière. Une bonne programmation est un dosage entre plusieurs choses : écouter les envies qu'expriment les musiciens quand ils nous proposent de nouveaux projets, tout en restant attentif aux attentes du public.

Quelle est selon vous la spécificité ou même la force du festival ?
Indéniablement, l'intercommunalité ! Nous avons sans doute été les premiers, avec Banlieues Bleues pour la région parisienne, à vraiment jouer cette carte-là. Le partenariat avec près de trente-cinq communes nous permet de mettre en place des coproductions qui à la fois étoffent notre programmation et étendent notre couverture géographique. Certaines communes, comme Châteauneuf, sont d'ailleurs partenaires depuis fort longtemps. Avec le temps on sait ce qui marche dans tel ou tel lieu, on a pour certaines communes une sorte de rendez-vous avec un public fidèle qui attend chaque année un certain type de jazz. Bien sûr on est parfois tenté de chambouler un peu les habitudes pour ne pas s'endormir en reconduisant chaque année des recettes qui ont fait leurs preuves. Mais la spécificité des lieux compte beaucoup, la couleur, l'ambiance… Par exemple nous programmons depuis plusieurs éditions une chanteuse à l'église de Villars, avec un accompagnement adapté à l'acoustique du lieu.

Vous semblez aussi pouvoir vous appuyer sur une solide équipe de bénévoles…
Nous avons la chance d'avoir une équipe stable et efficace d'une vingtaine de personnes, retraités pour la plupart mais pas seulement. Chose assez rare, ils ont constitué une association, le Rhino Jazz Band, qui leur permet de conserver une certaine autonomie tout en restant bien sûr au service du festival. Certains sont inamovibles dans leur domaine de prédilection depuis un joli nombre d'années.

Avez-vous des coups de cœur particuliers sur cette trente-quatrième édition ?
D'emblée, je dirais Nostoc ! Ils joueront au Musée d'Art Moderne de Saint-Etienne le dimanche 14 octobre. C'est un jazz assez planant, parfois à la limite de la transe. Je les ai découverts il y a trois ans déjà mais ça n'a pas été facile de les programmer car ils sont très occupés depuis qu'ils ont remporté le tremplin Jeunes Talents lors du festival Jazz à Saint-Germain-des-prés. J'ai aussi un faible pour Jungle by Night (jeudi 11 octobre à la Maison de l'Université de St Étienne). Ce sont neufs très jeunes musiciens venus des Pays-Bas. Ils cassent la baraque partout où ils passent avec leur style Afro-beat bien à eux, une sorte de jazz-funk dopé à la sauce africaine. Enfin, nous sommes vraiment heureux d'accueillir à nouveau l'excellent guitariste Ulf Wakenius. Il avait accompagné Youn Sun Nah l'an passé, il revient cette fois-ci en solo à Pavezin le 12 octobre. A ne pas rater !

Rhino Jazz(s), du 2 au 26 octobre, toute la programmation sur www.rhinojazz.com.

entrez votre adresse mail pour vous abonner à la newsletter

Rhino féroce et frappadingue

MUSIQUES | A l’image du nouveau visuel imaginé par le graphiste stéphanois Alex Mikaël (clin d’œil au célèbre test des tâches de Rorschach), le Rhino Jazz(s) cuvée 2012 s’affiche comme l’année de toutes les folies avec une programmation tous azimuts. NR

Niko Rodamel | Lundi 17 septembre 2012

Rhino féroce et frappadingue

La palette annoncée est en effet follement riche : de l’Europe aux Amériques avec des escales au Maroc, au Mali et au Moyen Orient, jazz, blues, world, funk, soul, swing, New Orleans, fusion et nu jazz, il y en aura assurément pour tous les goûts ! Au programme notamment, une longue nuit du blues le 6 octobre à St Chamond et quatre soli d’exception avec l’accordéoniste Nano, le guitariste Ulf Wakenius, l’étonnant «one man band» Philippe Ménard et le très méditerranéen contrebassiste Renaud Garcia Fons. Sont bien sûr attendues quelques somptueuses têtes d’affiche comme le bluesman Otis Taylor, la malienne Rokia Traoré ou le légendaire « bass master » Marcus Miller, qui électrisera la Bourse du Travail à Lyon le 26 octobre. Mais 2012 sera aussi, incontestablement, l’année des « tributes »… Mes hommages, madame… Et pour commencer, le monumental Ray Charles sera à l’honneur le 2 octobre à l’Opéra-Théâtre de Saint-Etienne, avec le pianiste-vocaliste Davell Crawford et son fabulous band. Le show s’annonce des plus explosifs tant « le petit prince de la nouvelle Orléans » est dores et déjà reconnu pour être un performer capable d’enflammer une salle à lui tout seul (c

Continuer à lire

Retour aux sources

MUSIQUES | La songwriter malienne Rokia Traore sera une des plus belles tetes d’affiches du Rhino Jazz(s) avec un tout nouveau projet, « Roots », veritable hommage a l'Afrique plurielle. NR

Niko Rodamel | Lundi 17 septembre 2012

Retour aux sources

Après une Victoire de la Musique remportée en 2009 pour son quatrième album « Tchamantché » dans la rubrique musiques du monde, Rokia Traoré s’est offert une parenthèse théâtrale en collaborant avec la romancière Toni Morrison (prix Nobel de littérature) et le metteur en scène américain Peter Sellars, dans la pièce Desdemona pour laquelle elle a composé la musique et en a été l’interprète. L’occasion pour la chanteuse de s’entourer de choristes et d’instrumentistes sélectionnés par la fondation « Passerelle » qu’elle a fondée à Bamako en 2008 pour former des techniciens du son et de la lumière et venir en aide aux jeunes musiciens. C’est avec cette même formation qu’est né le nouveau spectacle de Rokia Traoré, « Roots », véritable ré-création empruntant à Fela, Miriam Makeba, Bob Marley et même Jacques Brel avec une reprise inattendue de « Ces gens-là ». Sur scène, la belle Rokia (chant et guitare) est donc accompagnée de trois choristes (Naba Aminata Traoré, Fatim Kouyaté et Bintou Soumbounou), d’un joueur de ngoni (Mamah Diabaté), d’un joueur de kora (Mamadyba Camara) et d’un joueur de bolon (Habib Sangaré). En rendant cet hommage à l’Afrique plurielle, Traoré renoue avec ses

Continuer à lire