La Route de Babel

MUSIQUES | Après la tournée "Toboggan", Jean-Louis Murat poursuit sa route avec l'excellente formation post-folk clermontoise The Delano Orchestra. Il sera de passage dans la Loire, à Rive-de-Gier pour présenter le foisonnant double-album "Babel" paru fin 2014. Stéphane Duchêne

Stéphane Duchêne | Mardi 3 mars 2015

Photo : Julien Mignot


Lors d'un entretien réalisé en mars 2013 avec Murat pour la sortie de Toboggan, le Bourboulien nous confiait son ras-le-bol des automatismes inhérents à l'enregistrement en groupe. Raison pour laquelle il s'était alors isolé pour donner naissance à un disque comme patiné par cent ans de solitude, pour ne pas dire cent hivers éternels. Un Toboggan si vertigineux qu'on ne pouvait qu'acquiescer à ce «caprice» muratien.. Mais le grand amateur de football – celui d'avant, celui des fougueux avants cavalant cheveux au vent – n'est, on le sait, avare ni de contre-pieds, ni de coups du foulard. Et c'est en changeant radicalement de tactique (ou, comme on dit aujourd'hui, d'animation offensive) qu'il a accouché les chansons du successeur de Toboggan, s'offrant non seulement un groupe, mais en plus pas le moins fourni – six membres solides comme des rocs : The Delano Orchestra, chef de file de la scène clermontoise tant célébrée il y a quelques printemps.

Au départ, en décembre dernier, il ne s'agissait que de répondre à l'invitation, faite par Didier Varrod de France Inter, d'un concert exceptionnel sis à la Coopérative de Mai, chaudron musical clermontois, à l'occasion des cinquante ans de la radio. Plus qu'enthousiasmé par le résultat, Varrod glissait à Murat et au Delano l'idée de prolonger pour quelques dates estivales, de festival en festival. Pas la pire des idées tant le projet live donne alors un souffle plus ravageur à Toboggan que l'attelage guitare-batterie jusqu'ici proposé un peu chichement et surtout à contre-emploi. De là à envisager de poursuivre jusqu'en studio il y avait un grand pas... Mais le fait est qu'avec Murat, on n'envisage pas très longtemps : on se retrousse les manches, on sort sa bite et son couteau et on pisse de la copie et de l'accord sur les genêts à peine en fleurs. Le chanteur avait 20 chansons en attente pour un double album, elles ont été enregistrées en 9 jours à Clermont.

Cacophonie

Mais plus qu'une association, Murat a en réalité cornaqué le Delano. Ce bien sont ses chansons qui figurent sur le dénommé Babel. L'Orchestra (plus Morgane Imbeaud et, sur un titre, le vieux complice Oren Bloedow) n'étant là pour rien d'autre que jouer – ce qui est déjà énorme tant les cuivres, le violoncelle et les envolées western du groupe, son habitude de laisser la musique couler et épouser les obstacles donnent là encore un relief majestueux aux chansons du Maître.

Sur un titre déjà subrepticement dévoilé avant l'été, Chacun vendrait des grives, l'équipée déboule, sauvage, dévale le Puy-de-Dôme comme on se parachuterait de la Tour de Babel. La référence peut paraître évidente, trop peut-être, Murat concédant un possible renvoi à cette cacophonie du temps, dont lui-même se trouverait prisonnier : adossé aux anciens parlant encore le patois et faisant face à une jeune garde – symbolisée par les membres du Delano – chantant en anglais, ne jurant que par le rock anglo-saxon, comme lui dans sa jeunesse. Un grand écart, une schizophrénie personnelle, qu'en obsessionnel du verbe français, il a de plus en plus de mal à assumer et qui l'effraie : «Pour réaliser une idée, ajoutait-il en référence à l'épisode biblique, il faut parler la même langue

La Bibliothèque de Saint-Babel

Sauf que derrière l'exégèse en libre association se cachent les évidences d'un terrien qui ne regarde guère plus loin que le bout de chemin vicinal qui dessert son enclos. Si le disque se nomme Babel, c'est tout simplement en hommage au village quasi voisin de Saint-Babel, 900 habitants. Chez Murat, on est toujours un peu dans Strip-tease au Mont d'Or, version western Arverne. Sans doute parce que son inspiration se ramasse au ras de ses quatre murs, comme on récolte les légumes de son potager, comme on collecte pour un herbier. Et pourtant, derrière ce recours habituel à la toponymie locale (Chamablanc, Crest, Sancy, Chambon, vallées et montagnes, faune et flore) qui fait de la géographie une histoire et inversement, se joue cette articulation entre le proche et le lointain, le familier et l'inconnu, les mondes d'où l'on revient et ceux que l'on déserte : « Il est temps partons, fuyons ce roman (...) Quittons cet exil que me font les chansons / Vivre, vivre, aimer tout dire et chaque nuit manger la proie et l'ombre » chante-t-il sur Long John, adressé au héros de L'Île au Trésor, qui a bercé tant d'enfances.

Et le chanteur a beau dire « J'ai fréquenté la beauté, je n'en ai rien gardé (...) J'ai fréquenté la santé, je n'en ai rien gardé », il s'avère que depuis Grand-Lièvre, son antépénultième album, l'Auvergnat est dans une forme plutôt éblouissante – proche d'un autre de ses doubles aux accents bibliques, Lilith – pour ce qui est de décliner tout un éventail de chants d'amour et de comptines, d'oraisons et d'odes à la nature, de récits d'échappées volontaires rattrapées par la réalité. Bref, de nous bercer de ses tics aussi agaçants pour les uns qu'envoûtants pour les autres. Sans doute parce chaque album de Murat est comme un ouvrage de La Bibliothèque de Babel de Borgès : il contient, dans un ordre parfois imperceptiblement différent, parfois sens dessus-dessous et livrés en vrac, les mêmes signes sans cesse réagencés d'une inspiration aussi labyrinthique qu'inépuisable.

Jean-Louis Murat & The Delano Orchestra, samedi 7 mars à 20h30, salle Jean Dasté, Rive-de-Gier

Babel (Scarlett / [Pias] Le Label)


Jean-Louis Murat

Rock poétique
Salle Jean Dasté 8 place du Général Valluy Rive-de-Gier
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


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Le Rhino reporte une partie de sa prog'

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Devant les difficultés liées à l'accueil de jauges réduites à 1 000 personnes et que « la quasi-totalité de l'équipe du festival, à l'exception de deux personnes testées négatives, est en quarantaine soit pour positivité ou cas contact en cours de test », le festival Rhino Jazz a décidé de reporter une partie des concerts prévus du 2 au 20 octobre. Voici donc la liste des concerts maintenus : - A POLYLOGUE FROM SILA – Château du Rozier – Feurs – 2 octobre – 0477286609 - PAUL LAY TRIO – Maison de la Culture – Firminy – 7 octobre – 0477100777 - STOCHELO ROSENBERG TRIO – La Passerelle – Saint Just Saint Rambert – 8 octobre – 0477556551 - LUCAS SANTTANA SOLO – Le Quarto – Unieux – 10 octobre – 0477403080 - UMLAUT BIG BAND – Théâtre de la Renaissance – Oullins – 13 octobre – 0472397491 - GRIO – Théâtre de la Renaissance – Oullins – 14 octobre – 0472397491 - GAËL HORELLOU SEPTET – Salle Jeanne d'Arc – Saint-Étienne – 14 octobre – administration@gagajazz.com Concerts reportés : - Le Grand Barouf Du Rhino à la Grande Usine Créative – Cité du Design – Saint-Étienne / Re

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S’exprimer et argumenter en public est un exercice très délicat. Le projet Hauts Parleurs mené par la MJC de Rive-de-Gier et le Théâtre Couzon donnent chaque année la possibilité aux jeunes de plus de 8 ans de se frotter à cette activité. Stages intensifs de préparation et rendus publics sont au programme jusqu’au challenge final le 4 avril à la salle Jean Dasté. Mais avant cela, une grosse soirée est prévue le samedi 21 mars avec le concert de CharlÉlie Couture, parrain officiel de l’édition 2020. L’occasion pour ce chanteur-peintre-poète de distiller le blues délicat de son 23e album, sorti en 2019 et intitulé Même pas sommeil, après l'avoir déjà fait au Théâtre de Roanne le 11 mars. CharlÉlie Couture, samedi 21 mars à la salle Jean Dasté à Rive-de-Gier

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Femmes en scène

C’est lors de ses études aux beaux-arts de Tourcoing que Laurence Verrier a découvert son sujet, l'humain, ainsi que son médium de prédilection, la photographie. Travaillant principalement auprès des femmes de tous âges, la photographe capte la part indicible de l’être, laissant le corps raconter la personne qui l’habite. À travers la série protéiforme Les tribulations de Géraldine qu’elle développe depuis plusieurs années, l’artiste met en scène la comédienne et danseuse Géraldine Berger dans des scénarios décalés, à la croisée de la réalité ordinaire et d’un monde intérieur onirique. A travers l’image fixe, la vidéo et toute une collection d’objets, les deux artistes rendent ainsi hommage à cette faculté qu’ont les femmes de vivre deux réalités dans le même temps. Une installation à découvrir durant tout le mois de février à la MJC de Rive-de-Gier. Le vendredi 8 février, à 15h et 20h30 au théâtre Couzon, Laurence Verrier donnera également, avec Isabelle Almeras-Heyraud, une représentation du spectacle Attention, une femme créative peut en cacher une autre. Les Tribulations de Géraldine de Laurence Verrier, à la MJC de Riv

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Truffaz survole l’Afrique

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Truffaz survole l’Afrique

Quel artiste, quel musicien n’a-t-il pas connu sa période africaine ? Déjà Gainsbourg ou Nougaro et plus tard Peter Gabriel (pour ne citer qu’eux), ont en leur temps puisé dans la palette rythmique et mélodique du continent noir, pour renouveler leurs arrangements, et se relancer le temps d’un ou deux albums… Terre de toutes les origines (et pas seulement en termes artistiques bien sûr), l’Afrique continue d’inspirer le reste du monde musical. Le trompettiste Erik Truffaz aura attendu de préparer son dix-neuvième album pour donner à de nouvelles compositions une franche couleur africaine. Souvent étiqueté jazzman de façon restrictive, on connaît les nombreux autres univers auxquels le musicien s’est frotté jusqu’ici, du rock au rap en passant par le funk ou encore les musiques électroniques. Lors de son dernier passage dans la Loire en 2009, le trompettiste partageait le devant de la scène avec le beat boxeur et rappeur Sly Johnson. Préférant dire qu’il joue de la pop instrumentale plutôt que du jazz, le musicien a régulièrement joué aux côtés de différentes voix comme celles de Christophe, Rodolphe Burger, Ed Harcourt ou encore Sophie Hunger. Après une première

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"The Revenant" : Iñárritu et DiCaprio ont vu l'ourse

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The Revenant

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Princesse de gouaille

MUSIQUES | Accordéon en bandoulière, chansons aux paroles fleuries et chaleur humaine, la Suissesse Yoanna est une artiste hors des sentiers battus. Avec son troisième album "Princesse", elle continue son voyage musical avec sa gouaille caractéristique en passant en fin de mois à Rive-de-Gier. Nicolas Bros

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Princesse de gouaille

Lorsque l'on voit chanson française avec accordéon, un furieux a priori monte en nous à la rédaction (ce n'est pas bien, nous vous l'accordons...) et une irrésistible envie de fuir nous prend au cou. Pourtant, il n'y a pas de raison de s'écarter si rapidement d'un style. Qui sait, peut-être avons-nous subi un "trauma-guinguette" généralisé ? Cela dit, lorsque l'on approche une oreille près du travail de la Suissesse Yoanna, on se rend compte de notre bêtise initiale. Cette auteur-interprète possède un côté nature et sincère que l'on avait déjà ressenti dans ces deux premiers albums Moi Bordel ! et Un peu brisée. Fin 2014, elle a sorti son troisième opus, sobrement intitulé Princesse. Empruntant avidement les routes du jazz, du hip hop et de la chanson, les titres de Yoanna possèdent la force d'attirer à elle. Gouaille tenante, artisanal jusqu'à l'autoprod', ce nouvel album contient de l'émotion à revendre mais toujours colorée par les textes ciselés de la Genevoise. Car ses paroles sont franches, teintées d'honnêteté, où transparaissent les fêlures que la vie peut laisser sur les âmes. Franc parler à toute épreuveCette fa

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La Cour de Babel

ECRANS | Un an dans une classe d’accueil parisienne avec des adolescents venus de tous les coins du monde : un beau documentaire de Julie Bertuccelli qui, en adoptant un point de vue local, dresse une carte des troubles qui agitent le monde. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 11 mars 2014

La Cour de Babel

L’école, nouveau lieu d’élection du documentaire français ? Le triomphe d’Être et avoir, la Palme d’Entre les murs — une fiction, certes, mais avec de gros morceaux de réalité à l’intérieur — et le succès au long cours du très réac’ Sur le chemin de l’école pointent en tout cas la salle de classe comme miroir d’une société, de ses conflits, de ses espoirs et de ses doutes. Avec La Cour de Babel, Julie Bertuccelli opère une parfaite synthèse de tous ces films-là, posant sa caméra pendant un an dans une classe d’accueil parisienne, c’est-à-dire un "sas" de remise à niveau pour adolescents étrangers fraîchement arrivés en France. Il y a là une institutrice modèle — Brigitte Cervoni — des élèves attachants, certains très doués — Felipe, un Chilien qui raconte son histoire dans une BD particulièrement inspirée, Andromeda, une Roumaine à l’intelligence éclatante et au regard débordant de bienveillance — et des parents fiers de la volonté d’apprendre manifestée par leur progéniture… Le film avance à coups d’évén

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Un 31 avec la Ballade de Comedy Nils'on

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Nicolas Bros | Lundi 2 décembre 2013

Un 31 avec la Ballade de Comedy Nils'on

Si vous avez encore un peu de force après avoir ingurgité soit avec délice soit avec regret, la sempiternelle dinde aux marrons de grand'maman, on remet le couvert une semaine pile-poil après Noël avec la Saint-Sylvestre. Mais là, vous vous dites "y'en a vraiment marre des réveillons du 31 classiques". C'est vrai, le Champagne, même avec modération, ça devient vite redondant... Mais heureusement, il existe des soirées différentes. Il est rare que nous parlions d'humour dans le Petit Bulletin. Certes, vous allez me dire, nous ne sommes peut-être pas les mieux placés pour cela. Cependant, pour un 31 décembre, on peut se permettre de s'enticher du noeud pap' en pied-de-poule et de se lâcher un peu. Mettons donc le cap sur une soirée-réveillon organisée du côté de Rive-de-Gier et de l'Imprimerie Théâtre en l'occurence. Angolais d'origine, adopté à 9 ans et débarqué à Nantes à 15, Nilson José est aujourd'hui un jeune humoriste en verve. Après avoir présenté son dernier spectacle Le Journal d'Amélie le 9 novembre dernier dans cette même salle, il revient avec son one-man-show précédent Affaires de Famille où il se moque avidement mais avec bienveillance

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