Libre Échange

Alain Koenig | Mercredi 9 janvier 2019

Photo : © Mathieu Lorry-Dupuy


Dix ans à peine que Cosi Fan Tutte a quitté l'affiche de l'opéra de Saint-Étienne. Sempiternel questionnement de la fidélité amoureuse, qui de Plaute à Molière, Shakespeare à Marivaux ou de Dauvergne à Da Ponte secoue l'humanité, mis en musique par le plus "théophile" des compositeurs. Musicalement, le sextuor de l'acte 2 reste un sommet de l'art du magicien de Salzbourg. Une distribution jeune et fraîche, une mise en scène pétulante et colorée devraient séduire l'initié comme le profane.

Cosi Fan Tutte, du 1 au 5 février à l'Opéra de Saint-Étienne


Così fan tutte

Opéra bouffe de Mozart, dir. mus. : José Luis Dominguez Mondragon, ms Christophe Gayral, avec Elodie Hache, Marion Lebègue... + l'OSSEL et le Choeur Lyr. St-Etienne Loire
Opéra de Saint-Etienne Jardin des Plantes Saint-Étienne
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


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Design-moi un demi-ton !

Classique | Ayant longtemps réchauffé le coeur des amoureux, littéralement, "transis" de musique de chambre, la Petite Saison du SyLF pose ses bagages dans la très (...)

Alain Koenig | Mardi 5 février 2019

Design-moi un demi-ton !

Ayant longtemps réchauffé le coeur des amoureux, littéralement, "transis" de musique de chambre, la Petite Saison du SyLF pose ses bagages dans la très "conceptuelle" et bien chauffée Cité du design, ce dont vos membres inférieurs, assurément, vous sauront gré. Troquant l’autel de la consumation pour celui de la consommation, ce nouvel écrin conserve pourtant en lieu sûr, l’éclat de la gemme. Le brunch se met, lui aussi, au "goût" du jour. Il gagne en appétence conceptuelle ce qu’il perd en "agapes uderziennes ". Dans ses quartiers d’hiver, le concert intitulé Les grands designers de la musique établira les parallèles entre design et musique classique, où les précurseurs établissent un standard dans lequel s’engouffre l’armée des "suiveurs", créant ainsi modes et styles… La démonstration s’appuiera sur les célèbres trend setters incarnés en leur temps par Mozart, Haydn, Vivaldi ou Schubert. Dans leur sillon, les spin off d’antan furent légion, et leur musique, sans toujours atteindre le pinacle, mérite une ré-écoute attentive, dans sa forme comme son esthétique. Vous prendrez bien une petite coupe de Corelli ou de Salieri avant le brunch ?

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Là-bas, là-bas, dans la montagne...

Festival classique | Les Musicales de Sainte-Croix-en-Jarez n'en finissent pas de ravir le chartreux, ses ermitages, ses visiteurs, tutoyant les étoiles, élevant l'âme, (...)

Alain Koenig | Mardi 4 septembre 2018

Là-bas, là-bas, dans la montagne...

Les Musicales de Sainte-Croix-en-Jarez n'en finissent pas de ravir le chartreux, ses ermitages, ses visiteurs, tutoyant les étoiles, élevant l'âme, toujours. L'édition 2018 entend semondre un triumvirat de rêve : Schumann, Schubert et l'indispensable Wolfgang. Le programme invite paradoxalement au péché, un comble en ces lieux ; de gourmandise, naturellement. C'est avec le génial trublion que s'ouvrira l'ascension vers les cimes : la mort du "commandeur" Leopold, son père, coach fusionnel et tyrannique, point entre les lignes de la partition. On ne présente plus la deuxième partie du concert : le célébrissime Quintette pour clarinette K581, une des plus belles pages du maître "maçon" de Vienne. Puis vient le Quintette à deux violoncelles D.956 de Schubert. Ce dernier se sait condamné par le mal silencieux, et compose ces pages, un peu lunatiques parfois, mais toujours magnifiques. Enfin c'est à Schumann qu'incombe de clore l'escalade spirituelle. Le rayonnant Quatuor en la mineur Op.41 invite à un apaisement bienvenu, tandis que le Quintette avec piano en mi bémol majeur Op.44, créé avec sa musicienne d'épouse Clara au piano, nous invite au vo

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Tête de Turc

MUSIQUES | Donné en mars 2009, Saint-Étienne remet ce tube de Mozart à l'affiche. Deux couples d'amants " troquent " leurs conjoints respectifs pour des masques (...)

Alain Koenig | Mardi 4 septembre 2018

Tête de Turc

Donné en mars 2009, Saint-Étienne remet ce tube de Mozart à l'affiche. Deux couples d'amants " troquent " leurs conjoints respectifs pour des masques exotiques. La Turquerie fait fureur au XVIIIe siècle, et donne à Mozart, comme d'autres avant lui, l'occasion d'évaluer la " constance " du serment amoureux, encadrée de sages personnages plébéiens. Venu du fond des âges, de Plaute à Molière, de Beaumarchais à Marivaux, on ne se lasse pas du chef-d’œuvre du génial trublion Wolfgang-qui-aime-Dieu. Ce dernier le lui rend bien. Così Fan Tutte de Mozart, du 1er au 5 février à l'Opéra de Saint-Étienne

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Les nuits sans Kim

Classique | Les clichés ont la vie dure, et pourtant. Quelques mesures au clavier par Sunwook Kim rappellent les heures enchantées des Argerich, Barenboïm, Perahia, (...)

Alain Koenig | Mardi 6 mars 2018

Les nuits sans Kim

Les clichés ont la vie dure, et pourtant. Quelques mesures au clavier par Sunwook Kim rappellent les heures enchantées des Argerich, Barenboïm, Perahia, interprètes fétiches de votre discothèque idéale. Mozart et Ravel ("Who else ?") au menu de cette rencontre au sommet, portée à la baguette par un autre Roi...David. Concertos pour piano / Mozart, Ravel, jeudi 29 mars à 20h à l'Opéra de Saint-Étienne

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La Voix du Mort

Opéra | Le Requiem de Mozart reprendra vie du côté de l'Opéra de Saint-Étienne en ce début de mois de janvier avec un très beau casting vocal sous la direction de David Reiland. Une occasion bénie de revenir sur les clichés véhiculés autour de cette oeuvre mais aussi et surtout de la réécouter.

Alain Koenig | Mercredi 4 janvier 2017

La Voix du Mort

Reprise d'une pièce du grand Pouchkine par Peter Schaffer, Amadeus de Milosz Forman, perpétue un aguichant scénario policier, aussi mince historiquement qu'une augmentation de salaire de la fonction publique. Grand buzz de la musique classique, ce "Petits Meurtres entre compositeurs" véhicule tous les clichés des mythes héroïques. D'éminents musicologues (dont la stéphanoise Florence Badol-Bertrand) y apportent un catégorique démenti : Mozart est mort dans la misère totale. Faux ! "Panier percé" assurément, mais compositeur admiré et reconnu, il venait de créer La Clémence de Titus pour le couronnement de Leopold II et La Flûte Enchantée. Salieri était un compositeur frustré, besogneux, jaloux compulsif de Mozart. Archi-faux ! Nommé compositeur de la cour en 1774, il connut des succès retentissants, comme Les Danaïdes. Il se vit même confier l'éducation musicale du fils de Mozart par sa veuve. Une mère confierait-elle son fils à l'assassin, même présumé, de son époux ? Reste pourtant un très beau film... La mort aux trousses 1791, course désespérée de Mozart contre l'inévitable ! Catalyseur inachevé de la musique européen

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La Chartreuse de Charme

MUSIQUES | Le mélomane, assoiffé de spiritualité, gagnera son élévation ce mois-ci, en marchant sur les chemins du monastère chartreux de Sainte-Croix-en-Jarez. Autour du (...)

Alain Koenig | Mardi 1 septembre 2015

La Chartreuse de Charme

Le mélomane, assoiffé de spiritualité, gagnera son élévation ce mois-ci, en marchant sur les chemins du monastère chartreux de Sainte-Croix-en-Jarez. Autour du thème "L'esprit du chant", les Musicales de Sainte-Croix se déploient cette année sur trois dimanches, durant lesquels la fine fleur du chant rhônealpin viendra baguenauder autour des ermitages. L'Ensemble Tarentule, tout d'abord, vaut à lui seul l’ascension du Pilat, d'autant plus qu'il s'adonnera à son répertoire de prédilection: la musique a cappella de la Renaissance et ses trésors. L'Octuor de l'Orchestre National de Lyon et ses quatre solistes proposeront leur vision du très sombre Octuor à vent en ut mineur KV.388 de Mozart. L'oeuvre témoigne de l'engouement de l'époque pour une formation dont le répertoire comporte, certes, des œuvres originales, comme les sérénades de Mozart, mais qui, depuis la création de l'Harmonie Impériale par Joseph II, permettaient, bien avant l'invention du MP3 de rejouer des transcriptions d'airs que fredonnait le passant viennois, comme les opéras ou les symphonies. De talentueux chanteurs lyonnais, dont l'excellent Paul-Henry

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«Éviter d'estropier la musique»

MUSIQUES | Directeur Général de l'Opéra de Lausanne, mais aussi metteur en scène, Eric Vigié est un amoureux de voix. A la magnifique mise en scène de "La Flûte Enchantée", initialement créée par son mentor Pet Halmen, il ajoute une pointe de mouvement et de fluidité, dans l'absolu respect des chanteurs, de la musique, et du chef d'oeuvre de Mozart. Propos recueillis par Alain Koenig

Alain Koenig | Mardi 31 mars 2015

«Éviter d'estropier la musique»

Je crois savoir que vous avez repris une mise en scène de Pet Halmen. En quoi la version revisitée par Eric Vigié diffère-t-elle de celle de Pet Halmen ? Tout d'abord, il faut situer cette reprise dans une démarche plus globale de ma part. Je fus le premier assistant de Pet Halmen en 1986 lorsqu'il débuta sa carrière de metteur en scène, à la suite du décès de Jean-Pierre Ponnelle, dont il était le décorateur et costumier durant bien des années. Je dois dire qu'il fut mon maître pour la scénographie et les costumes (plus de 50 productions réalisées). J'ai fait un nombre important de productions avec lui entre 1986 et 1994. Lorsque je suis devenu administrateur artistique, puis directeur, je l'ai toujours invité dans les théâtres que je dirigeais. Jusqu'à cette Flûte faite à Lausanne en 2008, et qui a été la dernière production de son vivant, car il devait décéder six mois plus tard. J'ai décidé de la reprendre à Vichy, puis à Saint-Étienne, dans un souci de respect pour Pet, mais aussi pour y gommer ou extrapoler certaines de ses idées car je les connaissais bien. Je fus son assistant sur sa première Flûte en 1991 à Pretoria, et nous av

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Mozart : un maître de lumière

MUSIQUES | En composant «Die Zauberflöte» au printemps 1791, Wolfgang, dont la longévité n'excèdera pas six mois, semble plus préoccupé par la santé de Constance, son épouse enceinte, partie prendre «les eaux» à Baden. Et pourtant, décrire «La Flûte Enchantée» comme le pinacle de son œuvre serait un lieu commun ou une dérisoire litote ! Genèse d'un chef d'œuvre. Alain Koenig

Alain Koenig | Mardi 31 mars 2015

Mozart : un maître de lumière

Génial trublion de la musique, agitateur d'harmonie, créateur transcendant et intemporel, que dire de cet homme qui, avec Bach, ne se laisse pas incarcérer dans nos geôles lexicales ? La biographie de ces deux génies fondateurs laisse toujours perplexe, tant l'absence de corrélation entre leurs vies terrestres et l'infini de leur héritage paraît troublante. Peut-être faut-il retourner quelque pierre, pour accéder à un tracé biographique de Mozart plus satisfaisant pour l'esprit, en cette fin de siècle traumatisé par la Révolution Française. Son grand mécène, l'empereur Joseph II vient de mourir, et c'est Léopold II, frère de la future décapitée Marie-Antoinette qui lui succède. Sans intérêt particulier pour les arts, tenant pour responsable du cruel destin de sa sœur, l'idéal maçonnique du Siècle des Lumières, Léopold augure de funestes lendemains pour Mozart. Aussi n'est-il pas surprenant que ce dernier s'allie à son ami majuscule, Schikaneder, directeur du Theater auf der Wieden et dont il fréquentait assidûment la troupe, pour écrire un quatre mains, inspiré du recueil de contes de Wieland, La Flûte Enchantée. Et de sagesse Composant d

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Titus, le «Seria» Killer

MUSIQUES | En 1791, l'opéra «seria» et ses divinités grecques offensées, ses castrats emplumés égrenant des da capo interminables, ne fait plus recette. Art de cour versé dans l'ostentation et l'adulation des divas, comment le dernier opéra de Mozart a-t-il pu, en cette fin de XVIIIe siècle, être composé dans ce style suranné? Alain Koenig

Alain Koenig | Mardi 3 février 2015

Titus, le «Seria» Killer

1791: la plume de Mozart crisse incessante. Mû par une extraordinaire ivresse créatrice, il enchaîne les merveilles, et entre à son insu, au Panthéon de l'Humanité. C'est l'année de La Flûte Enchantée, du Concerto pour clarinette, du célébrissime Ave Verum et de son universel testament : le Requiem. Une mythologie sulfureuse autour de sa mort, entretenue par sa veuve, perdure jusqu'à nos jours, relancée par le film Amadeus de Milos Forman. Composé en six semaines, en cette année où rien ne semble pouvoir étancher sa soif compositionnelle, «l'opera seria» La Clémence de Titus laissera perplexes des générations de mozartiens, parmi les plus aguerris. Il faut attendre les années 70 (1970 s'entend !) pour que la corporation musicologique adoube la partition et lui décerne l'Oscar suprême de «chef d’œuvre». Car c'en est un ! Une mise en garde s'impose toutefois, si vous êtes néophyte. On ne saurait trop vous recommander les propos d'avant concert de Florence Badol-Bertrand, éminente spécialiste de Wolfgang... Un opera seria, fût-il un grand cru mozartien, ne se livre pas au premier venu.

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