Bertrand Belin : des hommes qui tombent

Chanson | Sur "Persona", son dernier album, ce drôle d'oiseau de Belin continue d'élaguer son verbe, de débroussailler le langage, pour faire surgir la poésie contradictoire et empathique d'un monde qui se promet au feu et condamne à la chute des hommes qu'on ne regarde déjà plus.

Stéphane Duchêne | Mercredi 5 février 2020

Photo : © DR


Énigmatique, cryptique, sec comme un coup de bec, de plus en plus le verbe et donc le chant belinien semblent évoluer vers l'abstraction. On le constate à chacun de ses albums, le Breton Bertrand va toujours plus loin vers ce far west d'épure et de chanson à l'os, son plat de plus en plus traditionnel.

Mais c'est sans doute à force de « parler en fou » (de Bassan), ainsi qu'il le confessait sur un précédent disque, Cap Waller ; à force de jouer la poésie d'un hasard qui n'en est pas vraiment un, d'une contingence et il faut bien le dire, d'une élégance folle, d'une sorte de désinvolture imitant la pose et la pause du dandy-moqueur, qu'il trouve sa manière de solidification, déjoue la question de la profondeur par le superficiel apparent, affronte la réalité comme le pic-vert attaque l'arbre, à coups aussi répétés que millimétrés.

Si un disque de Bertrand Belin symbolise cette approche singulière, c'est sans doute Persona, où le chanteur-guitariste-auteur-compositeur-conteur démontre à quel point ce "parler fou" est le langage de la lucidité, se nourrit d'une logique implacable pour déciller les yeux aveugles en se glissant par les écoutilles.

Grand duc et président

Le terme Persona est multiple. Il référence bien entendu Bergman et ce film où une femme parle pour une autre ; désigne aussi les masques que portaient les acteurs des tragédies antiques, autant de visages et de caractères derrière lesquels se glisser et à travers lesquels parler, et aujourd'hui distingue, dans un élan de cynisme absolu, une typologie marketing d'acheteurs potentiels ou fantasmés, que le marché tient fermement dans son viseur.

C'est tout cela à la fois qu'embrasse Belin le versatile, se glissant, la plupart du temps en métaphores ou en images, dans la peau de persona, pour mieux boire leurs déboires et en recracher la glossolalie navrée autant qu'ironique. Des hommes qui vacillent ou sont déjà tombés : SDF (Sur le cul), réfugiés (De corps et d'esprit), travailleurs pauvres de temps modernes chapliniens aux reflets soudains très jaunes (Camarade, que Belin fait rimer avec "chien"), personnages au bord de la rupture (Les Nuits bleues) ou en chute très libre (sublime Glissé redressé).

Mais dans ce petit théâtre de la désolation où s'annonce « un été de canadair, de ciel embrasé », inéluctable à force de combustion politico-climatique spontanée, l'ubiquiste Belin quitte parfois la subjectivité empruntée à d'autres, pour surplomber son monde tel un oiseau de proie à l'œil rapace, à l'ouïe infaillible (« Je vois tout, j'entends tout » sur Grand duc) et au hululement obsessionnel, pointant « la vérité nue », et « au premier rang, le président », roi tout aussi nu. « Petit à petit l'oiseau fait son bec », constate Belin, et dans une forme qui élague fait remonter le fond à la surface.

Bertrand Belin samedi 22 février à 20h30 au Centre culturel Le Sou de La Talaudière


Bertrand Belin


Centre culturel Le Sou 19 rue Romain Rolland La Talaudière
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


entrez votre adresse mail pour vous abonner à la newsletter

Dégueu

Crasse | Les Présidentes, ce sont Erna, Grete et Marie, trois figures de la majorité silencieuse empêtrées dans leurs minables existences de petites-bourgeoises (...)

Cerise Rochet | Mardi 7 septembre 2021

Dégueu

Les Présidentes, ce sont Erna, Grete et Marie, trois figures de la majorité silencieuse empêtrées dans leurs minables existences de petites-bourgeoises autrichiennes. Attablées dans la cuisine, elles entament une diarrhée verbale qui va les mener à l’horreur absolue, tandis que le pape parle à la télé. Présidentes de leur égo, c’est peut-être déjà trop. Poète de la merde, chroniqueur du crasse, Werner Schwab nous tend ici un miroir dans lequel on observe avec dégout toutes les bassesses de l’être l’humain. Âmes sensibles s’abstenir, ces trois présidentes-là sont ici pour bousculer le spectateur... Et ce n’est pas seulement scato, mais aussi et surtout, puissant, drôle, émouvant et sidérant. Les Présidentes, du 14 au 17 décembre au Centre Culturel La Ricamarie

Continuer à lire

La Ric' invite à laisser ses lumières allumées

Revue de saison 20/21 | « Cette crise conforte d'autant plus les choix de programmation qui sont les nôtres. Il y a urgence à se poser des questions, à remettre en cause les (...)

Nicolas Bros | Jeudi 11 juin 2020

La Ric' invite à laisser ses lumières allumées

« Cette crise conforte d'autant plus les choix de programmation qui sont les nôtres. Il y a urgence à se poser des questions, à remettre en cause les certitudes, à interroger nos modes de vie, à remettre l'humain au centre de nos valeurs. Il y a urgence aussi à se retrouver pour rire, s'émouvoir, débattre, partager. C'est bien là le sens de notre action. » Voilà sur quelles idées fondatrices l'équipe du Centre Culturel de La Ricamarie a pensé sa saison 2020/2021, pendant laquelle Jean-François Ruiz, son directeur, nous invite à « laisser nos lumières allumées ». Une saison - comme toutes celles qui nous sont présentées - qui pourra être « susceptible d'évoluer en fonction des décisions gouvernementales » liée à la Covid-19... Forcément. Une saison où le théâtre prendra une belle part. Tout d'abord avec les artistes en résidence. Si le metteur en scène stéphanois Grégory Bonnefont poursuit ses interventions avec sa compagnie De l'âme à la vague, il est rejoint cette saison par Laurent Fréchuret, metteur en scène du Théâtre de l'Incendie. Ce dernier débute une résidence de trois ans pendant laquelle il présentera ses créations et entamera un projet avec un établissement s

Continuer à lire

Boys (and girls) band

MUSIQUES | Eclectique et inventif grâce aux moult croisements ou métissages qui en font une musique résolument vivante, le jazz voit pourtant passer encore quelques (...)

Niko Rodamel | Mardi 3 septembre 2019

Boys (and girls) band

Eclectique et inventif grâce aux moult croisements ou métissages qui en font une musique résolument vivante, le jazz voit pourtant passer encore quelques OVNI qui chamboulent l'ordre plus ou moins établi. The Very Big Experimental Toubifri Orchestra est un big band délicieusement déjanté, à la fois sauvage et poétique, 18 musicos pas si foutraques qui envoient du gros son autour de Loïc Lantoine, chanteur-énergumène, obsédé textuel à fleur de peau et humaniste-funambule. Loïc Lantoine & The Very Big Experimental Toubifri Orchestra, vendredi 27 septembre à 20h, salle Daquin à la Ricamarie

Continuer à lire

Lever de rideau

SCENES | Une saison riche en réflexions et en émotions se prépare au centre culturel de la Ricamarie. Au travers de ses 20 spectacles, la programmation propose une thématique dominante sur la relation au pouvoir ainsi que des pièces centrées sur des histoires et des destins hors du commun.

Antoine Desvoivre | Mardi 18 juin 2019

Lever de rideau

Cette saison, au centre culturel de la Ricamarie, les acrobates tutoient les empereurs romains, les résistants chantent, les sourds trouvent leur voix et les scientifiques donnent la réplique aux dévots. Certains brisent les codes et d'autres partent jouer en forêt. On peut être poète, enfant ou Don Juan... La cage s'est ouverte et les rêvent s'échappent. Trois récits de vie, trois époques et trois pays, voici trois histoires vraies qui se sont glissées dans cette programmation. Comment subit-on la violence ? Comment réagit-on à la tyrannie ? Ce sont les questions que pose Une Opérette à Ravensbrück. Adaptée du livre de la résistante Germaine Tillon, l'oeuvre dépeint en théâtre et en chansons, la vie dans les camps de concentration. La pièce, mise en scène par Claudine Van Beneden, raconte comment, afin de préserver leur dignité et leur sanité, Germaine et certaines de ses codétenues, montent une opérette au sein du camp. Un bel exemple de résistance par l'art, qui leur a permis de créer des moments de vie, de joie et d’espoir au cœur de l'horreur. C'est un autre type de réflexion que propose Le Projet Rimb

Continuer à lire

Rêve-partie

Théâtre | Avec Le Nouveau Monde, Gilles Cailleau et la compagnie Attention Fragile présentent une histoire du début du XXIe siècle. Sauf qu’en fait, il ne sait (...)

Cerise Rochet | Mardi 5 mars 2019

Rêve-partie

Avec Le Nouveau Monde, Gilles Cailleau et la compagnie Attention Fragile présentent une histoire du début du XXIe siècle. Sauf qu’en fait, il ne sait plus très bien quand a démarré le XXIe siècle. A quel moment, a-t-on plongé dans cet immense bordel ? Lors de la chute du mur de Berlin ? Des attentats du 11 septembre ? Ou bien carrément, en 1984, lors du début de l’épidémie du Sida, alors que l’humanité passe de la confiance en l’autre à la méfiance de l’autre ? Il se demande, Gilles, si le nouveau siècle n’a pas démarré ce jour-là, si ce n’est pas ce jour-là que la sécurité a gagné la guerre qui l’opposait à la liberté, si tout ce qui a suivi depuis ne vient pas de là. Avec son spectacle conçu de bric et de broc, le comédien et metteur en scène et circassien s’interroge à la manière d’un enfant, sur ce qui peut bien nous attendre maintenant, alors que les deux tours se sont cassé la gueule, alors que les migrants crèvent en mer, alors que l’Occident n’a pas tenu ses promesses et se fait haïr pour cela, alors que la planète devient irrespirable…. Le Nouveau Monde, les 21 et 22 mars à 20 heures au Centre Culturel La Ricamarie

Continuer à lire

Entrelacements

ARTS | Dans le cadre de sa résidence artistique Lugares (2018-2019) à la Ricamarie, la plasticienne Sandra Sanseverino présente une nouvelle série de (...)

Niko Rodamel | Mardi 4 septembre 2018

Entrelacements

Dans le cadre de sa résidence artistique Lugares (2018-2019) à la Ricamarie, la plasticienne Sandra Sanseverino présente une nouvelle série de toiles, Lignes aériennes. Fidèle à son univers en nuances de gris, Sandra s'inscrit pour autant dans une recherche picturale permanente. Le trait épuré, fait d'entrelacements de lignes doucement brisées, laisse entrevoir derrière le geste graphique une quête assurément spirituelle. Les œuvres sur papier entrent en dialogue avec l'architecture de la Médiathèque, des murs au sol, jusqu'à l'esplanade extérieure avec les back-paintings. La ligne d'encre de Chine en mouvement révèle le sens de la transmission et l'échange entre art et culture. Le jeudi 11 octobre à partir de 19h, l'artiste invite le public à participer à la création d'un grand papier peint. Sandra explique : « le projet est de créer un dialogue pictural entre mes compositions, des productions issues des ateliers-laboratoires vécus avec les habitants et enfin les interventions du public le jour du vernissage. Il s'agit donc de développer les trois dimensions de la résidence : artistique d'une part, culturel

Continuer à lire

Décembre : Un Noël plein d’esprit(s)

Panorama ciné | Scrooge n’est pas le seul à voir apparaître des fantômes au moment de Noël : les écrans de cinéma, pourtant habitués aux figures spectrales, connaissent en cette fin d’année un surprenant déferlement de films hantés par des défunts ou des esprits. Drôles de cadeaux !

Vincent Raymond | Mercredi 30 novembre 2016

Décembre : Un Noël plein d’esprit(s)

Non, n’insistez pas, nous ne dirons rien (pour le moment) du spin-off de Star Wars, Rogue One ; pas un mot non plus d’Assassin’s Creed. Mais que ces hauts sapins ne cachent pas la forêt de décembre… qui compte quelques arbres malades — tel Personal Shopper (14 décembre). Aberrant Prix de la mise en scène à Cannes, cette pseudo histoire de spectre est surtout une inutile prolongation du ticket de Kristen Stewart chez Assayas. S’il tenait à satisfaire une envie de la suivre en scooter dans les rues Paris, le réalisateur pouvait se faire paparazzi, au lieu de tourner cette farce insipide ne racontant rien et ne prenant même pas la peine de tenter l’exercice de style fantastique. Peut-être a-t-il tenté de concurrencer son maître Hou Hsiao-hsien sur le terrain de la vacuité stérile ? Dans Sex Doll (7 décembre), Sylvie Verheyde a, quant à elle, jeté son dévolu sur une incarnation d'escort girl travaillant à Londres et décrit, comme elle en a l’habitude, une faune populo-marginale entre chien et loup. Deux obstacles majeurs : c’est invariablement

Continuer à lire

A la recherche du Nord perdu

SCENES | En plein drame des migrants, Les Désorientés met en scène deux personnages abandonnant leur lieu de vie à la suite d’une catastrophe qui a défiguré leur pays. Les (...)

Florence Barnola | Lundi 10 octobre 2016

A la recherche du Nord perdu

En plein drame des migrants, Les Désorientés met en scène deux personnages abandonnant leur lieu de vie à la suite d’une catastrophe qui a défiguré leur pays. Les protagonistes prennent le large à bord d’un radeau de fortune ne sachant pas quelle est leur destination. Don Quichotte et Sancho modernes, ils dérivent en essayant de passer des frontières, de se cacher des autorités, d’éviter les contrôles… « Ils vont migrer tant bien que mal entre déracinement, perte d’identité, violence, et rêve d’un autre monde » raconte le metteur en scène et auteur de la pièce Karim Demnatt qui interprète l’un des exilés aux côtés de Fabien Bassot. Les personnages représentent des migrants parmi tant d’autres, leurs noms sont des adjectifs ordinaux italiens. Primo se révèle loquace, il philosophe sur un monde abandonné à la barbarie. Il persuade Secondo de le suivre dans sa quête d’un ailleurs, meilleur, qui le verra sans doute roi. Les deux protagonistes tentent de prendre la fuite en espérant atteindre un univers rêvé qui ne veut finalement pas d'eux. Deux visions du monde vont se confronter dans cette pièce ultra contemporaine. Le spectateur vogue aux côtés de ces "héros", e

Continuer à lire

Les films de l'automne 2016 : Comme un (faux) air de déjà-vu

Un semestre en salles | Un Harry Potter, un Star Wars, un Marvel, un Loach Palme d’Or… Non non, nous ne sommes pas victimes d’un sortilège nous faisant revivre en boucle la dernière décennie. Regardez d’un peu plus près : c’est dans les détails que se nichent les nuances…

François Cau | Jeudi 1 septembre 2016

Les films de l'automne 2016 : Comme un (faux) air de déjà-vu

Après un gros premier semestre dévolu aux blockbusters, la fin de l’année accueille traditionnellement le cinéma d’auteur — exception faite des incontournables marteaux-pilons de Thanksgiving et Noël, conçus pour vider une bonne fois pour toutes les goussets des familles. Les candidats 2016 sont, dans l’ordre, Les Animaux fantastiques de David Yates (16 novembre), spin off de la franchise Harry Potter et Rogue One : A Star Wars Story de Gareth Edwards (14 décembre). Qui de Warner ou Disney l’emportera ? Un peu avant (26 octobre), Benedict Cumberbatch tentera de déployer la bannière Marvel dans le film de Scott Derrickson, Doctor Strange — un second couteau parmi les superhéros. Cette impression d’avoir à faire des versions alternatives ou dégraissées de vieilles connaissances se retrouve aussi chez Tim Burton qui signe avec Miss Peregrine et les enfants particuliers (5 octobre) un nouveau conte fantastique sans Helena Bonham Carter, ni Johnny Depp, ni son compositeur fétiche Danny Elfman ! Au moins, on peut espérer un souffle de fraîcheur…

Continuer à lire

L’autre côté du monde

MUSIQUES | Dans la sono mondiale, les métissages donnent bien souvent naissance aux musiques les plus subtiles ou les plus complexes, parfois les plus belles. Le (...)

Niko Rodamel | Mardi 1 mars 2016

L’autre côté du monde

Dans la sono mondiale, les métissages donnent bien souvent naissance aux musiques les plus subtiles ou les plus complexes, parfois les plus belles. Le projet Bab Assalam est la rencontre de deux musiciens syriens, deux frères, Khaled Aljaramani (oûd / chant) et Mohanad Aljaramani (percussions / chant) avec le clarinettiste français Raphaël Vuillard, dans la cité d’Alep en 2005. Après sept années de concerts au Moyen Orient, en Afrique et en Europe, le trio devient quatuor avec l’arrivée du guitariste Philippe Barbier. Bab Assalam est une invitation au voyage et au rapprochement des Hommes, notamment à travers la musique. S’il est ici question d’exil, l’espoir se nourrit du lien qui ne cesse de raccrocher l'Occident à l'Orient. Sous une immense toile rappelant les tentes des peuples nomades et sur laquelle des images sont projetées, la guitare électrique embarque avec elle la clarinette et le oûd, sur des rythmes et des chants qui font monter la transe de façon irrépressible. C’est tout un folklore acoustique qui s’électrise en temps réel, développant une palette sonore aussi riche que magnétique. Niko Rodamel Bab Assalam, vendredi 25 mars à 20h

Continuer à lire

A la poursuite du cerf-bipède

SCENES | 30/40 Livingstone met en scène un sacré duo d’acteurs promenant le spectateur aux confins du fantastique et de l’absurde. Sergi Lopez et Jorge Pico, (...)

Florence Barnola | Jeudi 3 mars 2016

A la poursuite du cerf-bipède

30/40 Livingstone met en scène un sacré duo d’acteurs promenant le spectateur aux confins du fantastique et de l’absurde. Sergi Lopez et Jorge Pico, artistes engagés (enragés ?) signent un spectacle drôle, fou et corrosif avec une grande virtuosité. Ils sont espagnols (catalan pour l’un) et jouent en Français, enfin l’un parle et l’autre brame. Sergi Lopez campe un explorateur obsessionnel (et obnubilé par le tennis) partant à la recherche d’une créature légendaire jouée par Jorge Pico. La bête cornée jamais découverte à ce jour est une proie difficile à chasser car invisible pour l’œil humain. On dit d’elle qu’elle serait dotée d’une âme… La forte complicité qui unit les deux compères est le fuit d’une longue amitié qui débuta sur les bancs de l’Ecole Internationale de Théâtre de Jacques Lecoq, au début des années 1990. En 2011, ils ont imaginé, écrit (en catalan puis en français et espagnol) mis en scène, "30/40 Livingstone", qu'ils interprètent encore aujourd'hui. Cette fable délirante, qui a connu un énorme succès au "off" d’Avignon il y a deux ans, pousse le spectateur à accepter son animal intérieur avec force

Continuer à lire

Les manchots dansent sur le balcon du monde

SCENES | Comment expliquer que l'Antarctique, continent le plus froid, le plus sec, le plus venteux suscite une telle fascination ? Est-ce parce qu'il donne (...)

Monique Bonnefond | Mardi 2 février 2016

Les manchots dansent sur le balcon du monde

Comment expliquer que l'Antarctique, continent le plus froid, le plus sec, le plus venteux suscite une telle fascination ? Est-ce parce qu'il donne envie d'aller toujours plus loin ? De dépasser ses limites ? De se détacher du superflu pour aller à l'essentiel quand les conditions de survie dans un monde hostile sont extrêmes ? L'Antarctique a inspiré à Mireille Barlet la création d'une pièce poétique, ludique, drôle, avec quelques touches d'humour, ce qui n'exclut pas une réflexion sur des thèmes en lien étroit avec l'actualité comme la propriété du territoire, l'immigration, la rencontre de l'étranger, le partage des cultures. Mireille s'est mise Au balcon du Monde, expression qui désigne le pôle Sud, ce vaste continent qui n'appartient à personne... De là, elle embrasse l'immensité de l'espace et nous invite à un voyage imaginaire dans l'Antarctique avec deux explorateurs incarnés par un couple de danseurs de talent : Grégory Alliot et Sara Pasquier qui vont rencontrer une colonie de sept manchots, avec qui ils vont vivre de nombreuses aventures. Jean-Sébastien Poncet, le concepteur de la scénographie a eu l'idée géniale de créer des objets numérique

Continuer à lire

À perdre Hagen

MUSIQUES | Musique / En vedette américaine mais surtout allemande, le Rhino Jazz accueille cette semaine Nina Hagen, la reine des punks passée par tous les états de la pensée et de la musique. Stéphane Duchêne

Stéphane Duchêne | Vendredi 1 octobre 2010

À perdre Hagen

Pas facile de s'inventer un avenir, de le transformer en présent perpétuel, quand on a prôné si fort le No Future. C'est sans doute pourquoi l'on voit encore aujourd'hui quelques vieux punks, la crête ratatinée, vociférer sur les scènes à plus de 50 balais. Certains, poussés par une sincérité radicale, d'autres comme John Lydon, anciennement Johnny Rotten des Sex Pistols, par la certitude de ne rien savoir faire d'autre. Et peut-être un peu aussi par un opportunisme bon teint enseigné sans doute par le gourou Malcolm McLaren. Plutôt que de toujours s'entêter dans la voix punk, Nina Hagen, elle, a cherché tous azimut. Certes, elle est toujours peu ou prou cette Gorgone terrifiante et un peu grotesque, image qui a fait sa gloire. Mais elle a traversé, se cherchant comme peu avant elle, toutes les lubies, tous les styles. Punk allemande née dans une famille d'origine juive (mais athée) d'Allemagne de l'Est, Nina Hagen a été bouddhiste (sa fille en héritera un prénom à coucher dehors en équilibre sur un bambou) ; a cru à l'avènement des extra-terrestres, animant des émissions sur le sujet à la télé britannique (entre deux jurys de Popstar) ; a vécu des expériences démoniaques lors d

Continuer à lire