"Un jeune se tue", un groupe s'envole

SCENES | Les élèves de troisième année de l’Ecole de la Comédie de Saint-Etienne, dite promotion X, interprètent le texte de Christophe Honoré mis en scène par Robert Cantarella. Une avant-première stéphanoise attendue, précédant leur programmation au Festival d’Avignon cet été. Regard sur un groupe lumineux. Grégory Bonnefont

Grégory Bonnefont | Lundi 28 mai 2012

Photo : Jean-Louis Fernandez


D'abord, d'abord il y a eux. Les X. Le groupe, beau, vivant, une promesse de l'avenir, tant leurs propositions théâtrales révèlent la maîtrise de l'art scénique. Car chez ces gens-là, Monsieur, on ne joue pas, on ne ment pas, on vit. On incarne la parole, dans une choralité la plus totale et une capacité d'écoute, d'être à l'autre. «Cela a été divin !» de les rencontrer pour Robert Cantarella, qui les met en scène dans Un jeune se tue. On salue l'initiative de Arnaud Meunier qui a impulsé ce projet d'envergure en conclusion de leur formation au CDN. L'un d'entre eux, Arthur Fourcade, dit du théâtre qu'il lui prouve l'existence de l'autre. Celui dont on vante l'agilité et la puissance physique, se décrit comme un grand timide mais sa voix en dit long sur l'endroit d'où jaillit la parole. Cette dernière si chère à Clémentine Desgranges, «un petit jedi» m'a-t-on dit au sujet de sa combativité et de sa quête, émue d'expliquer la permanence d'une parole corporelle qui permet de se sentir vivre. Puis il y a Lucile Paysant, dont une seule larme dit l'âme. Autant dans le triptyque anglais, monté récemment par le groupe, que dans Pelléas et Mélisande proposé par Béatrice Venet, elle a su trouvé «un endroit extrêmement sincère, fin et délicat». De quoi ravir Béatrice qui parvint à mettre en scène la douceur pour contrebalancer la violence d'un monde, le nôtre. Au début elle eut peur de s'engager dans ce parcours. Mais l'envie de «chérir la langue» fut la plus forte chez celle pour qui le théâtre, c'est «l'art d'être libre». Toujours surprenante, on évoque sa passion du travail. Un trait commun chez tous, qui avouent la difficulté de créer ensemble.

Un groupe aux individualités fortes et uniques

La sélection au concours fit bien les choses. Ils citent le travail fondateur avec Elsa Rooke, la responsable pédagogique qui les a recrutés. Fabien Spillmann a pris le relai. Ils étaient 10, puis 9 en seconde année. Un moment pour tester la cohésion du groupe, renforcée par Gwénaël Morin qui les mit en scène dans Introspection de Peter Handke. Ils leur ont appris l'écoute et l'art de la parole, perfectionnée par l'incontournable Myriam Djemour et la bienveillance de leur parrain Michel Raskine. Les X prennent peu à peu conscience du travail accompli lors de cette troisième et dernière année, notamment lors de la rencontre avec Olivier Py. Armand Deladoey leur apprit qu'ils n'étaient pas que de simples élèves, au sens scolaire, mais de jeunes artistes en recherche, rappelle René Turquois. Ce dernier parle du théâtre comme un souvenir d'enfant, une révélation à 6 ans qui l'a amené à incarner une évidence avec la langue et à dégager une puissance dans l'occupation de l'espace. C'est ce que pense Kathleen Dol, la plus jeune du groupe dont on respecte le jeu sans concessions. Une personnalité entière et heureuse de voir combien le théâtre lui permet d'être «utile». Une conscience politique propre aussi à François Gorrissen. Il parle de l'école comme un très beau cloître, où le groupe s'est construit au nom du collectif. On admire souvent sa sensibilité qui n'a d'égale que son engagement. Il fut remarquable dans Un pour la route de Pinter mis en scène par Katell Daunis dont on évoque la foi dans l'art et le théâtre. Cela transpire de ses interprétations soulignant sa personnalité «délicate et affirmée». Comme ce fut le cas dans Manque de Sarah Kane, mis en scène par Arthur où Maud Lefebvre, à l'humour si sensible, interprétait M. Et on M ça! « Cette quête de devenir artistes, c'est exactement cela que je voulais quand j'en rêvais, et que je veux faire durer, entouré des gens qui m'accompagnent », me confie celle qui fait sienne la parole de Joël Pommerat.

« Un jeune se tue », l'ouverture sur l'avenir

Depuis le 21 mai, le groupe a débuté un travail de construction et de recherche,  sous la direction de Robert Cantarella, accompagné de Julien Fišera et Alexandre Meyer. Il s'agira d'orchestrer une «symphonie du deuil» révélée par le style baroque de Christophe Honoré, qui a écrit spécialement pour l'évènement. Car c'est bien de la mort dont il est question dans un décor de reconstitution. Une route de campagne, un accident de voiture et le décès d'une jeune fille. Un titre aux relents de fait divers pour évoquer la douleur de la jeunesse emprunte de violence. Robert Cantarella, et son approche polymorphe de la mise en scène, entend demander aux acteurs d'être extrêmement incarnés, avec l'idée sous-jacente du cinéma. «Que des élèves assument avec nous cette création est un geste historique qui nous rend joyeux», écrit le metteur en scène. Une joie à l'image des élèves auxquels revient le rôle d'entretenir la flamme du théâtre. Ces X-là sont en tous les cas un exemple d'humilité pour les générations à venir. Bonne route !

Mardi 3 juillet, 16h et 20h, mercredi 4 juillet, 18h, L'Usine.
Du 10 au 16 juillet, Festival d'Avignon, cloître Saint-Louis.

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