Petite mère courage

SCENES | La nouvelle création du directeur de la Comédie de Saint-Etienne sera présentée du 25 février au 1er mars au CDN stéphanois. Femme non rééducable, de Stéfano Massini, est le récit théâtral d’un engagement, celui d’Anna Politkovskaïa, journaliste russe, retrouvée assassinée dans la cage de son immeuble moscovite en 2006, gisant à côté d’un pistolet et de quatre balles. Durant son vivant, la journaliste s’est attachée à dénoncer notamment les violations des droits de l’Homme commises par les forces fédérales russes en Tchétchénie ou encore dans son dernier livre la politique de Vladimir Poutine. Anne Alvaro est une des interprètes qui porte la pièce mis en scène par Arnaud Meunier et inspirée du travail d’Anna Politkovskaïa.

Florence Barnola | Mardi 4 février 2014

Photo : 1/Livia Saavedra 2/ jean-Louis Fernandez


Arnaud Meunier : "la pièce pose la question du courage et de l'engagement face à l'autoritarisme"

Pour la deuxième fois de la saison, Arnaud Meunier monte une pièce de Stéfano Massini. Chapitres de la Chute, créé en octobre à Saint-Etienne et retraçant l'histoire des Lehman Brothers, avait été la première pierre de cette rencontre. Femme non rééducable est le deuxième rendez-vous du dramaturge italien et du directeur de la Comédie qui a pour habitude de mettre en scène plusieurs pièces d'un même auteur (Vinaver, Pasolini…). Propos recueillis par Florence Barnola

Pourquoi monter Femme non-rééducable aujourd'hui ?
Le déclencheur du désir a été tout d'abord l'écriture de Massini qui a l'art de raconter une histoire sans répondre aux questions posées. Sa première pièce éditée en France est Femme non rééducable. Je la connaissais déjà, je l'utilisais dans le cadre d'ateliers amateurs, aux concours de l'Ecole. J'ai toujours trouvé que c'était un texte très fort, certes il s'agit de la journaliste Anna Politkovskaïa, mais de manière très large il pose la question du courage et de l'engagement individuel face à l'autoritarisme. Et la Russie est la clef de voûte de tout un tas de sujets géopolitiques qui nous concernent directement… Et puis j'avais envie depuis longtemps de travailler avec Anne Alvaro. Quand elle est venue à la Fête du Livre pour la lecture d'Annie Ernaux (en 2012) je me suis dit qu'il était évident de travailler cette pièce avec elle.

Quel est votre parti pris de mise-en-scène ?
Stéfano Massini définit Anna Politkovskaïa comme «deux yeux et un stylo», il refusait de tomber dans une figure d'héroïne martyre. C'est une femme parmi d'autres femmes, une journaliste parmi d'autres journalistes. C'est important car cela nous ramène à quelque chose de très universel. D'où mon intuition qu'il ne fallait pas que ce soit un monologue mais qu'il y ait un contrepoint, Régis Royer. C'est donc plutôt un duo d'acteurs. C'est même un trio, deux comédiens et un violoniste électro-acoustique, Régis Huby. C'est un magicien, il est capable de sortir de son violon des choses incroyables, il a créé des paysages sonores. Comme dans Chapitres de la Chute, Stéfano Massini ne dit pas combien il y a d'acteurs, ni qui dit quoi, il laisse le metteur-en-scène complètement libre de la répartition du texte et du nombre d'interprètes.

Et la scénographie ?
C'est une sorte de grande baie vitrée explosée. Elle représente une fenêtre ouverte sur le monde…

 

Anne Alvaro : "C'est fragile, le désir"

Depuis le début des années 70, Anne Alvaro arpente les scènes théâtrales dans des mises en scène de Bob Wilson, wajda, Françon, Engel ou Lavaudan. Elle est parmi les grandes et rares actrices françaises qui ont une carrière irréprochable au théâtre comme au cinéma (Le Goût des autres, Le Scaphandre et le papillon, Le Bruit des glaçons…), elle est un modèle pour des légions d'apprentis comédiens. Rencontre en répétition avec cette artiste humble et proche du public. Propos recueillis par Florence Barnola

Connaissiez-vous Stéfano Massini ?
C'est Arnaud qui m'a fait lire ce texte dont j'avais vaguement entendu parler parce qu'il avait été déjà monté et joué dans des formes différentes.

La langue de ce texte est-elle facile à appréhender ?
Ce n'est pas facile. Déjà il y a la traduction et l'épreuve de bien comprendre pourquoi ces choix-là ont été faits, choix que l'on ne remet pas en question quand c'est un auteur écrivant dans notre langue maternelle alors on a tendance à tout admettre. De toute façon, quelque soit l'auteur, on passe par un apprentissage d'une autre langue que la sienne, dans la vie on ne parle pas ni Claudel ni Koltès. Donc là, la difficulté est doublée du fait que l'on est obligés, pour revenir à l'esprit de la langue originelle, d'être aidés par le traducteur.

Anna Politkovskaïa a réellement existé, comment aborde-t-on ce type de rôle ?
C'est plus ce qu'elle a écrit et vu, que sur elle-même. La force du texte, à mon avis, tient beaucoup dans sa forme. Il est inspiré d'un livre écrit par Anna Politkovskaïa, «Tchétchénie, un déshonneur russe». Dans la pièce, il y a toute une galerie de personnages qu'elle rencontre, qu'elle interviewe. Chaque page amène un endroit, un interlocuteur, un témoignage différents. J'essaie de ne pas m'attacher à la figure, à la personne. Ce n'est pas systématiquement « moi Anna Pétrovskaïa jouée par Anne Alvaro j'éprouve cette chose-là ». C'est une volonté de l'auteur et j'y adhère totalement. La force est dans le témoignage, dans ce qu'elle dit. Il n'empêche qu'il y a des ondes de choc, elle est prise à parti, on lui casse la gueule, on tente de la raisonner... mais à chaque fois c'est un épisode de plus sur son travail qu'elle fait d'une manière très courageuse, très intelligente et sensible. Il y a un va et vient en permanence entre la surprise de ce que l'on apprend, de ce pourquoi on se sent responsable de le transmettre et l'effet que cela fait aussi. Si on est au travail comme elle, on ne peut pas s'arrêter à l'effet, à la terreur que cela produit.

Le propos de la pièce a une grande résonnance à l'heure actuelle…
Moi, je ne peux pas m'empêcher d'entendre la Syrie au moment où je répète ce spectacle. Encore une fois le spectacle ne se focalise pas sur l'héroïne martyre Anna Pétrovskaïa, même si on l'entend et qu'on ne l'oublie pas. Nous ne le traitons pas en distanciation, nous y allons franchement, mais comme dans un théâtre récit, un théâtre documenté plus que documentaire.

Comment arrive-t-on après plus de quarante ans de carrière à garder le même enthousiasme ?
On fait un peu "à la va comme je te pousse" quand même... On ne se réveille jamais en se disant «je vais faire une carrière comme ça». Ce n ‘est pas ainsi que les choses se passent. Il y a toujours un choix et ce n'est jamais simple. Le choix est lié au désir qui peut se perdre en route devant des difficultés en rapport avec le travail lui-même ou avec la vie. C'est fragile, le désir. Pour le renouveler et en faire une force sans volontarisme cela passe par le serment, l'engagement… Ouais, j'ai dit le serment, ouais…(rires) Mais c'est vrai, dans mon cas c'est ce qui se passe. Nous ne sommes pas scindés en deux, il n'y a pas le travail d'un côté et la vie de l'autre, nous avançons avec ce que nous sommes donc c'est complexe parfois. On est fragile, très en demande de confirmation, d'encouragements…. Quand je sens qu'on me propose un projet «y'a plus qu'à !», d'être sur un terrain connu, je n'ai pas très envie d'y aller. J'ai besoin d'avoir de la curiosité donc aller vers quelque chose que je ne connais pas. Mais j'ai eu de la chance d'avoir des choix à faire presque d'enfant gâtée… J'ai été très gâtée dans les propositions qu'on m'a faites, c'est rare que j'accepte quelque chose parce que je n'ai pas autre chose.

 

Femme non rééducable,  à la Comédie de Saint-Etienne, du 25 au 28 février à 20h et le 1er mars à 15h

 


Femme non rééducable

De Stefano Massini, ms Arnaud Meunier, avec Anne Alvaro, prod. La Comédie de Saint-Étienne
La Comédie de Saint-Etienne Place Jean Dasté Saint-Étienne
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


Femme non rééducable

De Stefano Massini, ms Arnaud Meunier, avec Anne Alvaro, prod. La Comédie de Saint-Étienne
La Comédie de Saint-Etienne Place Jean Dasté Saint-Étienne
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


entrez votre adresse mail pour vous abonner à la newsletter

Benoît Lambert est le nouveau directeur de la Comédie

Mercato | Suite au départ d'Arnaud Meunier de la direction de La Comédie de Saint-Étienne en ce début d'année, c'est Benoît Lambert qui vient d'être désigné pour sa (...)

Nicolas Bros | Vendredi 29 janvier 2021

Benoît Lambert est le nouveau directeur de la Comédie

Suite au départ d'Arnaud Meunier de la direction de La Comédie de Saint-Étienne en ce début d'année, c'est Benoît Lambert qui vient d'être désigné pour sa succession. Ce metteur en scène est directeur du Théâtre Dijon Bourgogne depuis janvier 2013. Il a été élève à l'École Normale Supérieure avant de suivre des cours de théâtre avec Pierre Debauche au début des années 90. Du côté de la scène, il a notamment créé trois pièces de François Bégaudeau : La Grande Histoire en 2014, La Devise  en 2015 et La Bonne Nouvelle en 2016. Il a toujours la volonté de mettre la jeunesse en avant comme le prouve sa mise en scène de Le Jeu de l'amour et du hasard de Marivaux en 2017, où il dirige quatre jeunes acteurs en contrat de professionnalisation. Enfin, Saint-Étienne n'est pas

Continuer à lire

Arnaud Meunier : « Je vois la MC2 comme une locomotive »

Mercato | On a appris cet été que le 1er janvier 2021, le metteur en scène Arnaud Meunier succédera à Jean-Paul Angot à la tête de la MC2, l’une des plus importantes scènes nationales de France. On l’a rencontré début septembre alors qu’il se rendait à ses premiers rendez-vous grenoblois (on passait juste avant la Ville de Grenoble) pour en savoir un peu plus sur son projet et ses envies.

Aurélien Martinez | Vendredi 4 décembre 2020

Arnaud Meunier : « Je vois la MC2 comme une locomotive »

Pourquoi avez-vous décidé d’être candidat au poste de directeur de la MC2 ? Arnaud Meunier : Il y a plusieurs raisons. D’abord, ça fait maintenant dix ans que je suis dans la région comme je dirige la Comédie de Saint-Étienne. Une région que je connaissais mal avant d’y arriver mais que j’ai appris à découvrir et dans laquelle je me sens aujourd’hui très bien, d’où l’envie très forte d’y rester. Ensuite, après dix ans d’aventure heureuse à Saint-Étienne, je voulais un nouveau défi tout aussi excitant. Dans le paysage régional, la MC2 me semblait passionnante, tant du point de vue historique que dans ses enjeux en 2020. C’est l’une des institutions françaises les plus richement dotées, elle a donc un rôle important dans l’économie du spectacle vivant et de la création. Et puis il y a Grenoble en tant que telle, qui me paraît elle aussi passionnante. C’est, par exemple, une ville qui concentre une moyenne de CSP+ plus importante que d’autres, et qui en même temps a des quartiers parmi les plus difficiles de France. Pour quelqu’un comme moi qui œuvre à la mixité des publics, à faire se rencontrer des gens d

Continuer à lire

La Comédie cherche sa direction

SCENES | Nouvelle directrice ou nouveau directeur ? En tout cas, ce sera une ou un artiste pour diriger La Comédie de Saint-Étienne après le départ d'Arnaud Meunier (...)

Nicolas Bros | Mardi 1 septembre 2020

La Comédie cherche sa direction

Nouvelle directrice ou nouveau directeur ? En tout cas, ce sera une ou un artiste pour diriger La Comédie de Saint-Étienne après le départ d'Arnaud Meunier en fin d'année à Grenoble. Une annonce a été postée par la structure d'art dramatique stéphanoise. Avis aux intéressés ! Nous en profitons pour vous rappeler que la saison 20/21 débutera dès le 17 septembre prochain avec le spectacle Angels in America. Toutes les dates sont à retrouver sur cette page.

Continuer à lire

Arnaud Meunier part à Grenoble

Nomination | C’est Arnaud Meunier qui succédera le 1er janvier 2021 à Jean-Paul Angot à la direction de la Maison de la Culture de Grenoble, Scène nationale. Il quittera ainsi la Comédie de Saint-Étienne qu’il dirige depuis 2011, ainsi que l’école supérieure afférente.

Nadja Pobel | Jeudi 16 juillet 2020

Arnaud Meunier part à Grenoble

Arnaud Meunier est, par ailleurs, artiste metteur en scène. Ces dernières années, il a notamment dirigé Didier Bezace et Catherine Hiegel dans Retour au désert, Rachida Brakni (Je crois en un seul Dieu), qu’il a associée à Philippe Torreton dans J'ai pri

Continuer à lire

Arnaud Meunier : "Ne mettre personne sur la paille"

Point de vue | Le confinement touche l'activité du spectacle vivant de plein fouet. Notamment l'activité théâtrale et les créations. Arnaud Meunier, directeur de La Comédie, nous explique comment il tente de gérer la situation.

Nicolas Bros | Jeudi 2 avril 2020

Arnaud Meunier :

Y-a-t-il encore un peu d’activité à La Comédie, malgré le confinement ? Les activités administrative et comptable se poursuivent de manière numérique et digitale. Concernant l’École, nous avons trouvé un programme pédagogique qui fonctionne par Skype et Internet, donc les élèves sont maintenus au travail. En revanche, le reste de l’activité du Centre dramatique national est à l’arrêt, tout ce qui était répétitions, spectacles… Pour une institution telle que La Comédie de Saint-Étienne, qu’est-ce que cette crise va changer ? Ce que j’espère, c’est qu’il y aura un avant et un après. Cette épreuve mondiale est inédite et elle nous amène à nous poser des questions sur ce qu’est une société et sur ce qui nous paraît essentiel et important. Par rapport à La Comédie, nous avons écrit une lettre aux spectateurs pour les tenir informés de ce qu’il se passait et nous avons eu de nombreux retours et c’est très émouvant. Il est beau de se rendre compte qu’un théâtre est un endroit où l’on se regroupe avant tout. Dans une période de mise à distance sociale, c’est vraiment ce qu’il nous manque finalement. Le théâtre a

Continuer à lire

Tout est chaos…

Théâtre / Création | En adaptant Candide sur la scène de la Comédie de Saint-Etienne, Arnaud Meunier convoque une nouvelle fois un Grand Texte de la littérature française au profit d'un discours des plus contemporains.

Cerise Rochet | Mardi 1 octobre 2019

Tout est chaos…

Candide, ou l'histoire d'une désillusion. Candide, ou l’œuvre des Lumières la plus lue dans le monde, celle que l’on découvre adolescent, sur les bancs du lycée. Celle qui sert d’appui à la formation de notre esprit critique. Candide, ou le moyen choisi par Voltaire pour toucher le grand public, et pas seulement les élites de la société. Ambition partagée aujourd’hui par Arnaud Meunier, qui adapte ce mois-ci le conte philosophique sur les planches de la Comédie de Saint-Etienne. Avec ce projet de troupe - on retrouve sur scène une dizaine de comédiens - le metteur en scène invite les spectateurs à se départir de la bienséance et des bonnes mœurs, de l’ordre établi et de leurs propres croyances. Un conte plus que jamais d'actualité Un résumé, s’il en est besoin ? Candide, à qui l’on a raconté avec vigueur que le monde créé par Dieu ne peut être que parfait, va bien vite déchanter. Chassé du château du baron de Thunder-ten-tronckh, où il a été élevé, le jeune homme va découvrir la guerre, l’atrocité et la bêtise humaine, l’égoïsme des hommes. Lui aurait-on menti ? « Si c’est ici le meilleur des mondes possibles, que sont donc l

Continuer à lire

Arnaud Meunier / Une vie en actes

Portrait | Depuis janvier 2011, Arnaud Meunier dirige La Comédie de Saint-Étienne. Avec pour ligne de mire permanente la création et la transmission, le metteur en scène poursuit son travail mêlant ouverture du théâtre au plus grand nombre, mise en avant d'oeuvres contemporaines et en valeur de la cité stéphanoise.

Nicolas Bros | Mercredi 6 février 2019

Arnaud Meunier / Une vie en actes

Arnaud Meunier est un homme qui semble tout avoir pour être heureux. À la tête de La Comédie de Saint-Étienne, une des plus belles institutions théâtrales de France - n'ayons pas peur des mots - , le metteur en scène met tout en œuvre pour faire rayonner la capitale ligérienne à travers cet art noble qu'est le théâtre. Mais diriger un tel vaisseau artistique tout en continuant son travail de scène accapare beaucoup... La preuve, le matin où nous le rencontrons dans son bureau, situé à l'étage de "la nouvelle Comédie" dans ce bâtiment industriel entièrement rénové du quartier créatif, entre le Zénith et le Fil. Le temps presse car il est en pleine répétition de sa dernière pièce J'ai pris mon père sur mes épaules, écrite par Fabrice Melquiot avec Rachida Brakni et Philippe Torreton au plateau. Un succès public et critique annoncé d'avance, confirmé dès la générale. Couverture presse nationale, retours positifs, cette épopée comique et tragique ne fait que confirmer le talent d'Arnaud Meunier pour transcender les acteurs et les œuvres auxquelles il s'attaque. Mais ce matin-là, malgré le travail de scène à accomplir, il prend le temps de nous expliquer son parcours en dé

Continuer à lire

Ça pulse pour la promo 28

Théâtre | Le spectacle de sortie des élèves de la Comédie, écrit par Pauline Sales et mis en scène par Arnaud Meunier, raconte l’histoire d’une bande d’ados à dix ans d’intervalle. Dans une atmosphère de légèreté estivale, le destin de ces jeunes adultes bascule dans une gravité dictée par un événement imprévu.

Houda El Boudrari | Mardi 5 juin 2018

Ça pulse pour la promo 28

Une bonne fée s’est penchée sur le berceau de la promo 28 de l’école de la Comédie de Saint-Étienne en leur offrant comme marraine Pauline Sales, co-directrice depuis 2009 du Préau (centre dramatique national de Normandie-Vire). Pour leur spectacle de fin d’études, les dix jeunes comédiens (dont six filles) ont eu droit à un texte sur-mesure de la plume incisive de cette talentueuse dramaturge qui dissèque avec minutie, mais non sans humour, les états d’âmes de ses contemporains. « Pas une pièce pour ados à l’américaine » Il y a trois ans, le public de la Comédie de Saint-Étienne avait découvert son art du dialogue dans le truculent feuilleton théâtral Docteur Camiski ou l’esprit du sexe, et les fidèles auront eu l’occasion d’apprécier à nouveau sa plume désopilante cette saison lors de l’excellente pièce J’ai bien fait ?. Cette fois-ci, exit les tribulations d’un sexologue tourmenté et la crise existentielle d’une quadra bobo, c’est sur un tout autre registre que l'institution théâtrale stéphanoise e a convoqué le talent de Pauline Sales : une histoire d’ados pour des ados, programmée d’ailleurs au festival d’Ados de Vire qui s’est tenu

Continuer à lire

De Sainté à L.A, même combat

Théâtre | Arnaud Meunier remixe l’Orestie dans une version "tour de Babel à l’américaine" pour questionner le vivre ensemble. Alors, pub Benetton ou comédie fracassante ?

Houda El Boudrari | Mardi 6 février 2018

De Sainté à L.A, même combat

Une pièce écrite par une slameuse afro-américaine, jouée –in english please - par une équipe mixte d’étudiants de la Comédie de Saint-Étienne et de l’École CalArts de Los Angeles, dans un melting-pot des origines et des couleurs digne d’une pub Benetton… Arnaud Meunier a fait Fore !, ou le cri qu’on pousse au golf pour avertir les imprudents qu’une balle risque de leur fracasser la tête. Le directeur de la Comédie de Saint-Étienne nous avait habitués à dénicher de nouveaux talents venus d’ailleurs. Que ce soit avec Stefano Massini, l’auteur italien qu’il a révélé avec Les Chapitres de la Chute en 2013, ou avec l’auteure néerlandaise Lot Vekemans et son truculent Truckstop la saison dernière. Cette fois-ci, il pousse l’exercice un peu plus loin avec cette première création franco-américaine, sous la plume de la jeune Aleshea Harris. Une grande Orestie contemporaine Performeuse de "spoken word" (un équivalent du slam), l’auteure afro-américaine compose dans Fore ! une grande Orestie

Continuer à lire

Arnaud Meunier : « Rendre vivant le théâtre populaire »

SCENES | Directeur de La Comédie de Saint-Étienne depuis 2011, Arnaud Meunier a fait de l’ouverture à la diversité et de la programmation d’auteurs vivants sa marque de fabrique. Il nous explique comment La Nouvelle Comédie lui donne les moyens de plus grandes ambitions.

Houda El Boudrari | Mardi 12 septembre 2017

Arnaud Meunier : « Rendre vivant le théâtre populaire »

Que symbolise cette nouvelle Comédie pour la ville, sa politique culturelle et son rayonnement national, voire international ? Cette nouvelle Comédie s’inscrit pleinement dans le renouveau de l’image de Saint-Etienne à travers trois grands marqueurs que sont le design, le sport et la culture, avec sur ce dernier volet une importance singulière pour le théâtre. Car il ne faut pas oublier que la ville a été pionnière dans la politique de décentralisation menée après-guerre avec la création par Jean Dasté de La Comédie de Saint-Etienne en 1947, juste après le CDN de Colmart. La visibilité du théâtre stéphanois se mesure au nombre de représentations des spectacles produits par La Comédie de Saint-Étienne et au prestige des lieux qui les accueillent. Truckstop 1, a été programmé l’année dernière au In du festival d’Avignon pour la première fois depuis 45 ans. Grâce aux moyens techniques de notre nouveau bâtiment, nous pourrons désormais produire des spectacles de plus grande envergure, qui représenteront dignement le théâtre stéphanois. Ma

Continuer à lire

La Comédie de Saint-Etienne en ses nouveaux murs

Lieu culturel | 70 ans après que Jean Dasté ait inventé cette Comédie de Saint-Étienne, fleuron du théâtre décentralisé, voilà qu'elle s'apprête à quitter son quartier populaire de Beaubrun pour renaître à côté du Fil et de la Cité du design.

Nadja Pobel | Mercredi 5 avril 2017

La Comédie de Saint-Etienne en ses nouveaux murs

C'est un chantier comme il y en a peu dans le domaine théâtral en France : si les réhabilitations sont monnaie courante (dans la région : le TNP il y a peu, le Cargo/MC2 à Grenoble précédemment...), la construction ex-nihilo est rare. Installée à Beaubrun depuis 1969, la salle aurait pu être rénovée mais les travaux de mise aux normes étaient trop importants. Voici donc qu'en septembre, la Comédie de Saint-Étienne ouvrira ses portes à la Plaine Achille juste à côté du Fil (la SMAC), du Zénith et à une rue de la Cité du design actuellement en pleine effervescence avec sa Biennale. Toutefois, dans ce quartier récent, ce bâtiment a déjà une histoire, celle de la société stéphanoise des constructions mécaniques (qui s'étendait alors jusqu'à la gare sur un terrain marécageux). Dans cette ancienne usine de fabrication de matériel pour les mineurs, des rails pour le transport de matériaux et des charpentes apparentes dont les chemins de ponts pour transporter des charges lourdes ont été immobilisées, subsistent encore. Construit et agrandi au gré des besoins entre les guerres, ce site en briques présente des volumes impressionnants que les architectes du Studio Milou (concept

Continuer à lire

Dérapage à bord d’un routier

Théâtre | Présenté dans le "IN" du festival d’Avignon cet été, Trusckstop est un polar social poignant servi par l’écriture saccadée de l’auteure néerlandaise Lot Vekemans et la mise en scène sans fioriture d’Arnaud Meunier.

Houda El Boudrari | Mercredi 1 février 2017

Dérapage à bord d’un routier

Des vies minuscules emportées par un grand drame. Ça se passe dans un Truckstop, un relais routier au carrefour des grandes routes marchandes européennes où vivent une mère et sa fille. Un jeune camionneur s’y arrête régulièrement pour grignoter et boire un café. À la manière d’un film d’Inarritu (Babel, 21 grammes...), dans une dramaturgie morcelée et non chronologique, l’auteure néerlandaise Lot Vekemans nous raconte de manière très singulière une histoire très simple. Sur fond de mondialisation galopante où l’on transporte les cochons de Pologne et les poulets de Belgique, où il faut constamment gagner du temps et économiser de l’argent, où il y a peu de place pour ceux qui sont plus lents ou différents, Truckstop met en scène trois personnages presque ordinaires à travers leurs rêves et leurs désirs d’échapper au quotidien pour se projeter dans de meilleurs lendemains. Un puzzle de 21 morceaux Les acteurs, dont les talentueux Manon Raffaelli et Maurin Ollès, issus de l’école de la Comédie, et la remarquable Claire Aveline qui joue le rôle de la mère, sont bouleversant

Continuer à lire

Trois femmes explosives

SCENES | En incarnant sur la même scène trois femmes que tout oppose et que le destin réunit funestement dans un attentat, Rachida Brakni brouille les frontières entre les camps du Mal et du Bien. Un théâtre tout en nuances qui nous fait froid dans le dos.

Houda El Boudrari | Mercredi 4 janvier 2017

Trois femmes explosives

Un cube et trois portes. Une seule actrice pour incarner trois femmes. Et les mots de Stefano Massini qui sonnent terriblement juste pour animer ce décor spartiate et nous projeter dans la tête, dans les tripes de ces trois femmes puissantes. Eden Golan est une professeure d’histoire juive. Elle a 50 ans et fait partie des milieux de la gauche israélienne. Shirin Akhras est une étudiante à l’Université de Gaza, palestinienne. Elle a 20 ans et cherche à devenir une martyre d’AlQassam. Mina Wilkinson est une militaire américaine. Elle a 40 ans. Elle fait partie des troupes américaines qui prêtent main forte à l’armée israélienne dans les opérations anti-terroristes. Dans la peau d’une terroriste Pour incarner avec la même justesse la passion brûlante de la jeune martyre palestinienne, la conscience fissurée par la peur de l’intellectuelle israélienne, et le cynisme effaré de la GI américaine, Arnaud Meunier a choisi la fougueuse Rachida Brakni. « Une personnalité forte et une femme engagée avec laquelle je partage les mêmes convictions politiques » justifie le metteur en scène qui tenait aussi à ce que le rôle soit interprété par une actrice issue de

Continuer à lire

Envers et contre tout, mais surtout pour tou-te-s

12e Face à Face : | Le rendez-vous stéphanois du cinéma LGBT s'offre même en exclusivité pour l'ouverture une pépite qui devrait devenir un film-culte : L'Ornithologue.

Vincent Raymond | Mercredi 2 novembre 2016

Envers et contre tout, mais surtout pour tou-te-s

Confronté comme tant de manifestations culturelles dans un contexte économique tendu à de douloureuses incertitudes — d’aucuns ne semblent vraiment pas adhérer au sous-titre/manifeste du festival “Ensemble contre l’homophobie !” —, Face à Face aurait pu se mettre cette année entre parenthèses. Refusant un défaitisme mortifère, l’équipe a troussé une 12e édition à la hauteur des précédentes. Précédé par un chapelet de séances délocalisées (au Colisée de Saint-Galmier pour une projection-débat du brillant documentaire La Sociologue et l’Ourson d’Étienne Chaillou & Mathias Thery mercredi 16 novembre à 20h30 et une avant-première du délicieux Mademoiselle de Park Chan-wook le 19 à 20h30 ou encore au Renoir de Roanne pour celle de You will never be alone de Alex Anwandte le 18 à 20h30), le festival s’ouvre même jeudi 24 au Méliès Jean-Jaurès à 21h avec une splendide curiosité en amont de sa sortie, L’Ornithologue, de João Pedro Rodrigues. Su

Continuer à lire

"Truckstop" au In d'Avignon

SCENES | Du 12 au 16 juillet prochain, La Comédie de Saint-Étienne sera présente dans la programmation In du festival d'Avignon 2016. La pièce Truckstop tirée du livre (...)

Nicolas Bros | Mardi 5 avril 2016

Du 12 au 16 juillet prochain, La Comédie de Saint-Étienne sera présente dans la programmation In du festival d'Avignon 2016. La pièce Truckstop tirée du livre de la Hollandaise Lot Vekemans et mise en scène par Arnaud Meunier, actuel directeur de l'institution stéphanoise, sera présentée à la Chapelle des Pénitents blancs sur la place de la Principale. Ce sera l'occasion de retrouver sur scène des comédiens issus de l'école de la Comédie tels que Manon Rafaelli ou Maurin Olles. NB

Continuer à lire

Le théâtre, remède à la crise ?

SCENES | Voilà un an que Arnaud Meunier a pris la Direction du CDN stéphanois. En guise d’anniversaire, il offre au public deux mises en scène à l’actualité détonante.

Marc Chassaubene | Mercredi 21 décembre 2011

Le théâtre, remède à la crise ?

Avec 11 septembre 2001 donné à la rentrée dernière, c’est déjà l’écriture de Michel Vinaver qui fut visitée. « Quand je m’accroche à l’écriture d’un auteur, je creuse ! » clame le metteur en scène. Lequel avec Tori no tobu takasa (La hauteur à laquelle volent les oiseaux) revisite une nouvelle fois un texte phare de Michel Viver, qui fut responsable de l’entreprise Gillette. Et cela au travers de la version courte de Par-dessus-bord, adaptée par Oriza Hirata, figure de proue de la culture contemporaine japonaise. La rencontre de trois générations, et de parcours plus atypiques les uns que les autres, constitue une percutante proposition théâtrale. Arnaud Meunier invite le spectateur à rire de la mondialisation. De ce dialogue franco-japonais sur l’entreprise ressort la dramaturgie « en spirale » de Michel Vinaver.  Ainsi le monde des W-C permet l’interrogation du mariage subtile entre poésie et économie. Le thème de la scatologie rappelle

Continuer à lire