"À bras ouverts" : oh, un conte colonial moderne

de Philippe de Chauveron (Fr., 1h32) avec Christian Clavier, Ary Abittan, Elsa Zylberstein…


Au cours d'un débat télévisé, un intellectuel de gôôche (Christian Clavier) prônant la générosité se targue d'être prêt à accueillir une famille rom si d'aventure elle venait à sonner à sa porte. Babik (Ary Abittan) et les siens acceptent l'invitation, au grand effarement de leur hôte, forcé d'aligner ses actes sur ses paroles…

En sabrant le nauséabond titre initial (Sivouplééé !), le pire du pire a été évité de justesse. Il se peut fort, d'ailleurs, qu'après le tollé suscité par l'annonce d'un projet de film censé jouer sur les clichés et les caricatures, le scénario ait été expurgé de ses outrances – scénario est un bien grand mot : on anticipe jusqu'à 75 minutes chacun des rebondissements de cette trame préfabriquée.

Finalement, si cette comédie d'immersion dans une communauté (comme Thomas Gilou en tournait il y a 20 ans), signée par Philippe de Chauveron,  réalisateur du fameux Qu'est-ce qu'on a fait au Bon Dieu ?,  n'exhorte pas à la haine des Roms, elle conforte l'image du bon sauvage laid et arriéré reconnaissant envers son bienfaiteur – lequel, candide comme l'agneau de la crèche, doit lutter contre son refoulé raciste afin d'accomplir sa bonne action, tel un pasteur effectuant sa mission d'évangélisation.

À bras ouverts est ainsi un vrai conte colonial d'aujourd'hui suintant d'archaïsmes patriarcaux. On adorerait savoir ce que Gatlif et de Kusturica en pensent. Pour enfin rire.


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