"Aurore" : elle est libre Agnès Jaoui !

Portrait d'une femme à la croisée des émotions et de la vie, cette comédie culottée de Blandine Lenoir sur la ménopause brise réellement les règles. Interprète du rôle-titre, Agnès Jaoui donne émotion et fantaisie à ce grand-huit émotionnel, usant de son superbe naturel. Tendre et drôle.


Aurore a la cinquantaine et les hormones en panique. Et quand son aînée lui annonce qu'elle est enceinte, sa cadette son désir d'arrêter ses études, son nouveau patron ses délires jeunistes, la coupe déborde. Au milieu de ce chaos surgit alors un fantôme de son passé : son premier amour.

Heureusement que des actrices comme Agnès Jaoui existent dans la galaxie souvent monochrome du cinéma français pour épouser la figure de la normalité à l'écran. Pour donner une silhouette, un corps et un visage à un personnage féminin irréductible à une seule caractéristique physique ou psychologique ; pour accepter d'être ce qu'elles sont, et non entretenir un paraître pathétique.

À ces comédiennes qui s'offrent "nues" à la caméra,  non sans vêtement mais dans la vérité de leur âge et la pureté d'un jeu dépourvu d'afféterie, il convient de manifester avant toute chose un maximum de gratitude. Car on peut parier que sans la conjonction du talent et de la notoriété d'Agnès Jaoui, Aurore n'aurait pas vu le jour

Du genre tout public

Film funambule, Aurore se joue de la gravité de son sujet avec une remarquable adresse. Loin de n'interpeller qu'une moitié du public, il parle de la féminité, de ses petits et grands tracas et de ses mystères évolutifs à chacun… et à chacune. La réalisatrice Blandine Lenoir dédramatise en effet cette puberté à l'envers, montrant à quel point certaines femmes en connaissent mal les mécanismes et les effets – c'est le propre d'un tabou.

Et si elle s'/nous amuse avec les clichés sur les bouffées de chaleur ou les variations d'humeur de son héroïne, elles les met en parallèle avec les réactions sinusoïdales de la fille d'Aurore attendant son premier enfant : la ménopause n'est pas une fin, mais le commencement d'une nouvelle étape. Quel contraste avec cette époque pas si lointaine (rappelée par Françoise Héritier dans un document édifiant intégré dans le film) où la femme était au mieux considérée comme supplétif de son "seigneur et maître" !

Tournant autant en dérision les comportements machistes rétrogrades que les paradoxales lois de l'attraction, cette comédie légère et profonde réussit enfin haut la main le test de Bechdel – qui dénonce le sexisme dans les fictions en regardant si, dans un film, deux femmes identifiables parlent ensemble d'autre chose que d'un personnage masculin. C'est si peu fréquent que l'on s'en rend compte en voyant la scène qui le valide. Il y a encore du boulot, les gars… et les filles.

Aurore
de Blandine Lenoir (Fr., 1h 29) avec Agnès Jaoui, Thibault de Montalembert, Pascale Arbillot…


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