Les Bêtes du sud sauvage

ECRANS | Auréolé de prix dans tous les festivals, de Sundance à Deauville en passant par Cannes, le premier film de Benh Zeitlin raconte, au croisement de la fiction ethnographique et du conte fantastique, une bouleversante histoire d’enfance et de survie. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Jeudi 29 novembre 2012

Il était une fois une petite fille qui s'appelait Hushpuppy et qui vivait avec son père dans le bayou en Louisiane, sur une île marécageuse que ses habitants avaient baptisée «le bassin». Ce "Il était une fois" colle parfaitement aux Bêtes du sud sauvage : il dit à la fois sa force de témoignage quasi-documentaire et sa nature de conte pour enfants. Autant dire que Benh Zeitlin convoque des puissances contradictoires pour créer la souveraine harmonie qui baigne son film : d'un côté, l'urgence d'enregistrer ce bout d'Amérique oubliée, bientôt englouti au sens propre comme au figuré, et de l'autre lui donner la fiction qu'elle mérite en l'inscrivant dans une vision cosmique. L'infiniment grand est en effet regardé depuis l'infiniment petit : à la hauteur d'une enfant de 6 ans (la surprenante Quvenzhané Wallis), qui livre ses pensées naïves mais pleines de bon sens sur les événements qu'elle traverse, matérialisant ses peurs à travers une menace sourde dont l'avancée vient régulièrement percer le récit d'une pointe de fantastique. Car si sa réalité est celle de la lente agonie de son père, de la quête de sa mère enfuie et d'une tempête qui fait vaciller les digues et monter le cours des eaux, son imaginaire convoque les aurochs, monstres mythologiques en forme de sangliers géants libérés par la fonte des glaces.

La légende d'Hushpuppy

La sidération ressentie face aux Bêtes du sud sauvage tient ainsi à cet équilibre inédit entre un naturalisme a priori attendu (caméra à l'épaule, acteurs non professionnels trouvés sur place, observation minutieuse des mœurs et des rites d'une micro-société) et son inverse absolu, un mélange de légende et d'onirisme, de fantasmes enfantins et de fulgurances lyriques. Le génie de Zeitlin, c'est que tout cela s'interpénètre jusqu'au vertige, dès la scène d'ouverture où ce qui ressemblait à une tranche de vie ordinaire se termine en carnaval païen. Le cinéaste a même le bon goût de ne jamais laisser son film s'enliser dans sa propre routine : il suffit d'une ultime escale sur un rafiot peuplé de prostituées pour créer un nouvel appel d'air dans le récit et le propulser toujours plus haut dans l'émotion. Car face à cette œuvre où le mot d'ordre des personnages est de ne jamais pleurer et de rester joyeux même confrontés au deuil, les larmes du spectateur sont sollicitées à maintes reprises. Des larmes de tristesse, souvent, mais aussi des larmes de bonheur.

Les Bêtes du sud sauvage
De Benh Zeitlin (ÉU, 1h32) avec Quvenzhané Wallis, Dwight Henry…
Sortie le 12 décembre

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"Wendy" : Île (et elle) était une fois

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Vincent Raymond | Mardi 8 décembre 2020

Quand le train fantôme s’arrête en bas de chez elle, la jeune Wendy n’hésite pas : avec ses deux frères, elle quitte le bouiboui familial et la Louisiane pour l’aventure offerte par Peter Pan. Sur son île fantastique, les enfants s’ébattent libres, sans vieillir. Seule condition : respecter les règles… Depuis Les Bêtes du Sud sauvage (2012) on attendait le retour — et la confirmation — de Benh Zeitlin ; quel plaisir de retrouver son empreinte intacte dans cette adaptation de Peter Pan somme toute cohérente avec son univers épique à hauteur d’enfants, où l’action progresse par envolées spiralées, autant portées par un irrésistible mouvement musical et la voix off que par un somptueux flamboiement visuel. À la fois conte, transe new age et opéra, le cinéma de Zeitlin — et tout particulièrement Wendy — fouille les sensations primales de l’enfance pour retrouver la sincérité originelle du regard. Ce qui n’exclut pas une certaine violence psychologique rappelant Sa Majesté des mouches : ladite enfance est dévorée par l’apprentissage (o

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ECRANS | De septembre à décembre, le programme de la rentrée cinéma est riche en événements. Grands cinéastes au sommet de leur art, nouveaux noms à suivre, lauréats cannois, blockbusters attendus et peut-être inattendus. Morceaux de choix à suivre… Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mercredi 29 août 2012

Une rentrée cinéma en apesanteur

Une rentrée sans palme d’or cannoise n’est pas vraiment une rentrée. Et même si, comme il y a trois ans, elle est signée Michael Haneke, il ne faudra pas rater Amour (24 octobre), tant le film est un accomplissement encore plus sidérant que Le Ruban blanc dans la carrière du cinéaste autrichien. Avec sa rigueur habituelle, mais sans le regard surplombant qui a parfois asphyxié son cinéma, Haneke raconte le crépuscule d’un couple dont la femme (Emmanuelle Riva) est condamnée à la déchéance physique et qui demande à son mari (Trintignant) de l’accompagner vers la mort. C’est très dur, mais aussi très beau et puissamment universel, grâce entre autres à la prestation inoubliable des deux comédiens, au-delà de tout éloge. L’autre événement post-cannois est aux antipodes de ce monument de maîtrise et d’intelligence ; pourtant, Les Bêtes du sud sauvage (12 décembre), premier film de l’Américain Benh Zeitlin, procure des émotions et des sensations tout aussi intenses. Osant le grand pont entre un cinéma ethnographique quasi-documentaire et son exact contraire, la fable fantastique à base de monstres mythologiques, Zeitlin fusi

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